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Publié le 20 Mars 2017

Un spectacle de Joseph Agostini 

Avec Fabien Tucci et Johanna Berrebi 

Au théâtre Clavel du 10 mars au 13 mai 2017 

 

 

Tressia et David rêvent à deux d'un grand mariage romantique, avec des fleurs dans les cheveux, une calèche... Et puis, un jour, paf ! David sort du placard et lui annonce qu'il a finalement changé d'avis. Pas vraiment sur le mariage en lui même, plutôt sur le type de moitié qu'il souhaite...

 

C'est une Tressia à nouveau en couple qui nous raconte cette histoire, les réactions des voisins, ainsi que le tournant décisif de la carrière de footballeur de David. 

 

Johanna Berrebi prête ses traits à Tressia et nous emmène à la rencontre des personnalités de son village, à l'époque où les pages rouges permettaient de s'inventer une nouvelle identité. Avec une présence incontestable, une énergie débordante et un débit de parole plutôt impressionnant, la comédienne campe une Tressia exubérante et, qui sait ? peut-être même un peu névrosée, dans le fond. 

 

 

A ses côtés, Fabien Tucci, dont je vous ai déjà parlé dans ces colonnes - ici ou encore ici par exemple - incarne David, un footballeur prometteur auquel l'annonce récente de son homosexualité va jouer quelques tours : des parents qui se demandent ce qu'ils ont bien pu faire de travers, un sélectionneur épaulé par une voyante, et des villageois de Plan-de-Cuques qui regardent l'ensemble d'un air incrédule. Entre autres. 

 

 

J'avoue cependant avoir été moins convaincue par le texte de la pièce. Trop de pseudos de stars, des situations où peine a affleurer la moindre émotion ou empathie pour les personnages, des situations parfois trop absurdes, parfois pas assez : tant qu'à faire, autant pousser l'excentricité jusqu'au bout. Au final, l'impression d'un texte au potentiel comique assez mitigé, et des comédiens qui montrent une très belle énergie à incarner autant de personnages différents, aidés par une mise en scène qui sait se faire discrète et des effets de lumière efficaces.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5  

Plus d'informations et réservations auprès du théâtre Clavel, ou sur BilletRéduc

 

Publié le 24 Février 2017

De Molière 

A la Comédie française 

Retransmission en direct via Pathé live 

Mise en scène de Clément Hervieu-Léger 

 

Distribution

Alceste : Loïc Corbery

Philinte : Éric Génovèse

Oronte : Serge Bagdassarian

Célimène : Adeline d'Hermy

Eliante : Jennifer Decker

Arsinoé : Florence Viala

Acaste : Christophe Montenez

Clitandre : Pierre Hancisse

Du Bois : Gilles David

Basque : Yves Gasc

Domestiques et gardes : Tristan Cottin, Marina Cappe, Ji Su Jeong, Amaranta Kun et Axel Mandron 

 

Cela fait très longtemps que je ne suis pas allée à la Comédie française. Depuis que l'opéra est entré dans ma vie, j'ai eu tendance à délaisser le théâtre pour aller user mon compte en banque, mes éventails et mes jumelles sur les fauteuils de l'Opéra Bastille ou du Théâtre des champs Elysées. Parfois, il me vient un certain remords de mettre de côté mes anciennes amours au profit des nouvelles, mais que voulez-vous ? Il faut bien raisonnablement faire des choix. 

 

Aussi, lorsque j'ai reçu il y a peu, une invitation à assister à la représentation du Misanthrope de la Comédie française, en direct et au cinéma, j'y ai vu l'occasion de faire taire un peu mon sentiment de culpabilité envers le théâtre, autant que de découvrir cette nouvelle production. 

 

 

Cela fait un peu plus d'un an que je fréquente de temps à autres les salles de cinéma pour découvrir des lives d'opéra. Au départ dubitative, j'ai peu à peu pris goût au procédé, et c'est la première fois que tente l'expérience avec le théâtre. 

 

Avec le Misanthrope, c'est en quelque sorte pour moi un retour aux sources : Molière est le premier auteur que j'ai découvert, et dont je montais des scénettes à l'école primaire, sans doute davantage pour le plaisir de la langue et de ses effets comiques qu'avec une compréhension réelle du texte, à l'époque. C'est donc avec un grand plaisir que mes pas me mènent pour la deuxième fois en quelques semaines - après le Roméo et Juliette du Met - au Gaumont opéra. 

 

 

Ce qui est particulièrement intéressant, avec cette production, c'est la façon dont le texte a entièrement été décortiqué, décomposé, pour laisser paraître des intentions à chaque morceau. Le procédé en rompant avec les codes rythmiques des vers, donne un aspect plus contemporain, plus naturel, oserais-je dire, au langage du 17e. Il y a cependant, même avec ces changements, un "style" comédie française, immédiatement palpable, et que l'on aime ou que l'on décrie, c'est selon. Pour autant, la performance théâtrale me semble toujours relever d'une merveilleuse alchimie, un peu magique : malgré le texte en vers, le langage d'une autre époque, malgré tous les artifices de la voix ou de la mise en scène, à un moment donné, l'ensemble prend vie avec une apparence de naturel criant. La douleur, la colère, la tendresse provoquent parfois ce sentiment de gène du spectateur qui croit, l'espace d'un moment, assister à quelque chose de réel. C'est, me semble-t-il, tout le miracle du spectacle vivant, qui j'espère, ne cessera jamais de m'émouvoir. 

 

Les costumes et les décors sont contemporains pour mieux rendre l'actualité sans cesse renouvelée du sens du texte. Quant à la mise en scène, elle se garde bien de tout sensationnalisme : d'une précision que l'on sent millimétrée, elle se met entièrement au service de l'oeuvre sans tenter de briller par elle-même. C'est intelligent, humble, émouvant et efficace. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Vous pouvez découvrir le Misanthrope à la Comédie française jusqu'au 26 mars 2017 et au cinéma en direct ou en différé jusqu'au 30 juin 2017.

 

Publié le 17 Mars 2016

De Léa Fehner 

 

 

Ils vont de ville en ville, un chapiteau sur le dos, leur spectacle en bandoulière. Dans nos vies ils apportent le rêve et le désordre. Ce sont des ogres, des géants, ils en ont mangé du théâtre et des kilomètres. Mais l’arrivée imminente d’un bébé et le retour d’une ancienne amante vont raviver des blessures que l’on croyait oubliées. Alors que la fête commence !

 

 

 

 

 

 

Les Ogres, comme cet appétit de vivre et d'aimer, comme ces bouches qui s'ouvrent, béantes, pour rire à gorge déployée, mais également cette passion de la scène qui finit par les dévorer, à force de cacher leurs peines et leurs drames sous le costume d'un personnage, à grand renfort de musique, de maquillage et de paillettes.

 

Malgré les cris, les désaccords, les dérapages, les affaires de coeur et de famille. Ici, à la scène comme en coulisses, on parle, on rit, on s'engueule fort, on boit beaucoup, on vit ensemble toute la palette des émotions humaines : c'est le propre des univers clos. Ici, on bascule en un instant du rire au larmes, et des larmes au rire, sans crier gare. Car dans cet univers qui se donne aux autres chaque soir, rien ne saurait être nuancé: toute émotion est forcément extrême, décuplée par la promiscuité de la vie de troupe.

 

 

Il y a François, le metteur en scène, figure paternelle cherchant à tout contrôler à la scène comme à la ville, il y a Marion, son épouse délaissée, il y a Inès, leur fille en manque de reconnaissance, qui lutte avec la paperasse et les emmerdes qui vont avec. Il y a aussi Mr Déloyal, souffrant de dépression après le décès de son fils, et sa jeune compagne, enceinte, dont l'enfant à venir réveille toutes les craintes. Et puis, il y a le spectacle, qu'il faut à tout prix assurer, coûte que coûte, soir après soir. Et quel plus beau spectacle pour faire écho à cette histoire qu'un cabaret inspiré de Tchekhov, aux accents tantôt mélancoliques, tantôt frénétiques, recelant toute l'exhubérance des sentiments et les excès de l'âme russe ? 

 

Les Ogres est pour ma part l'occasion de découvrir Adèle Haenel, dont j'avais étendu beaucoup de bien. D'un naturel désarmant, elle campe une future mère pleine de spontanéité. Les autres comédiens sont au diapason, incarnant chacun à leur manière ces saltimbanques sur la brèche, à la sensibilité à fleur de peau et pourtant si forts à eux tous. 

 

 

Avec les Ogres, Léa Fehner nous emmène au coeur d'une histoire de famille, d'une histoire de tripes, de coeur, de passion. Un film sous forme de déclaration d'amour, où il n'est pas rare que lorsque les personnages rient, le spectateur pleure. Un spectacle où l'outrance est reine, un pied de nez à une vie ordinaire et polissée. Et au final, plus fort que tout, l'appel déchirant du théâtre, comme si la scène était le seul lieu de bonheur possible : et tant pis s'il est factice, s'il est dur, s'il est fugace, pourvu qu'il soit.

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 14 Mars 2016

Au théâtre BO Saint-Martin

 

Jusqu'au 27 mars 2016

Texte de Sacha Judaszko et Vincent Leroy 

Mise en scène de Marlène Noël

 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas regoûté aux joies du théâtre, c'est pourquoi j'ai accepté avec plaisir une invitation à venir découvrir Prête-moi ta femme sur la scène du théâtre BO saint-martin, un de ces petits théâtres dont le confort rudimentaire cède le pas à l'intimité instantanée qui s'y crée entre le spectateur et les comédiens.

 

Une proximité bienvenue, puisqu'il est ici question de couple : Léo et Léa sont au bord de la rupture. Elle lui reproche son immaturité, et une certaine aventure d'un soir. Il ne lui reproche pas grand-chose, sauf lorsqu'il apprend qu'il est stérile... et qu'elle lui annonce être enceinte ! L'histoire se corse encore quand le thérapeute de couple censé les rabibocher tombe fou amoureux de Léa...

 

Tous les ingrédients sont donc ici réunis pour chahuter notre trio de personnages : mensonges, quiproquos et malentendus sont prétextes à des situations relativement classiques dans le théâtre de boulevard mais terriblement efficaces, la fin est connue d'avance, mais... qui sait ? elle pourrait bien nous réserver tout de même quelques surprises ! 

 

 

Sacha Judaszko, qu'on avait un peu perdu de vue depuis la fin d'On ne demande qu'à en rire, joue à merveille l'adulescent gentiment idiot, et Thibault de Lussy est hilarant dans le rôle du psy à la deontologie vacillante. Quant à Anne-Sophie Bajon, que ces messieurs se disputent, elle incarne une Léa tour à tour manipulatrice ou naïve. Nous avons donc passé un excellent moment en compagnie de ce trio grâce auquel - et duquel- nous avons beaucoup ri. D'autant qu'il n'est pas exclu que l'on puisse se reconnaître soi-même dans certaines répliques !

 

Avec des dialogues qui font presque toujours mouche, des acteurs qui s'éclatent, quelques fous rires incontrôlables - autant sur scène que dans la salle - et une mise en espace astucieuse malgré l'étroitesse du plateau, Prête-moi ta femme s'avère une pièce fort sympathique qui, sans être inoubliable, n'en réserve pas moins un moment de divertissement efficace !

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5
 

Publié le 12 Août 2015

Cela faisait longtemps que mon dramaturge français préféré n'était pas apparu dans ces colonnes. Je dis dramaturge, car malgré la quantité phénoménale d'écrits de toute forme que Victor Hugo a pu produire, je ne peux me vanter d'être familière qu'avec ses oeuvres théâtrales. Si ma mémoire est bonne, la dernière fois qu'il a été évoqué ici, c'était à l'occasion d'une pièce, précisément, intitulée Victor Hugo, mon amour qui m'avait profondément émue. Car plus que pour tout autre écrivain, j'ai un attachement tout particulier à l'oeuvre de Victor Hugo : Parce que c'est avec sa Lucrèce Borgia que j'ai connu mon premier choc théâtral, parce c'est avec lui que j'ai plongé dans les centaines de lettres que compte sa correspondance avec Juliette Drouet pour écrire mon premier dialogue, et joué pour la première fois dans l'écrin de velours rouge d'un théâtre à l'italienne en interprétant cette magnifique amante. C'est aussi à cause de lui que j'ai pris mon premier râteau lorsque, amoureuse du jeune homme qui jouait son rôle, j'ai appris à ne pas confondre l'espace de la scène avec la réalité : Victor Hugo est donc indissociable de ma passion pour les planches. Depuis ces années de découverte, le théâtre a cédé la place à l'opéra de façon inattendue, mais je garde une tendresse particulière pour ce grand homme qui fait, d'une certaine manière, partie de ma vie.

 

Depuis que j'habite la capitale, j'avais saisi l'occasion de fleurir sa tombe au Panthéon, mais pas encore de visiter sa maison, Place des Vosges. C'est vous dire avec quelle immense joie j'ai répondu présent à l'invitation de Gérard Audinet, directeur des maisons de Victor Hugo de Paris et Guernesey,  à participer à l'accrochage organisé pour la réouverture des appartements après rénovation. N'ayant pas vu les salles avant travaux, je serais bien en peine de vous donner mon impression sur les changements effectués et me concentrerai donc sur la façon dont les salles s'organisent à présent.

 

La progression dans les appartements du deuxième étage s'effectue de façon chronologique, évoquant les différentes étapes de sa vie avant, pendant et après l'exil. On peut y admirer des oeuvres mettant en scène sa vie de famille, comme des dessins réalisés de la main d'Adèle, son épouse, ou ce portrait de Léopoldine, sa fille aînée tragiquement décédée à l'âge de 19 ans. Son oeuvre est également abondamment illustrée, avec par exemple cette très belle peinture de Luc-Olivier Merson représentant une scène clé de Notre-Dame de Paris qui a tout particulièrement attiré mon attention.


Parmi les autres éléments notables, on y découvre les goûts et talents de Victor Hugo  en matière de décoration. Cela peut paraître à la fois déroutant et très moderne, avec l'utilisation d'éléments de récupération, comme ces bobines composant le lustre, ou des réassemblages de plusieurs meubles d'époques et de styles différents pour créer des pièces de mobilier uniques - et parfois assez peu fonctionnelles. Le genre de fantaisies que l'on peut également trouver à Hauteville house, sur l'île de Guernesey ou l'écrivain a passé 14 ans pendant le règne de Napoléon III qu'il surnommait "le petit".

 

La dernière partie du musée - la plus changée par rapport au précédent agencement, si j'ai bien compris, est la plus émouvante. Elle évoque le retour d'exil et la vieillesse de Victor Hugo marquée notamment la perte de ses deux fils. Le bureau, entièrement tendu de vert comme l'était celui de son dernier refuge, rue d'Eylau, expose notamment le bureau auquel il travaillait debout, ainsi qu'un buste puissant sorti de l'atelier de Rodin. On y trouve également un touchant portrait de Juliette Drouet âgée, l'amante fidèle qui l'aura accompagné dans toutes les épreuves de sa longue vie, jusqu'à sa propre mort, en 1883. La visite se clôture par chambre de l'écrivain, où trône le lit qui l'a vu mourir, meuble que l'on peut reconnaître sur certaines de ses représentations mortuaires,  pratique courante à l'époque.

Je pourrais vous raconter encore de nombreux détails et impressions sur la visite de ces lieux, mais le mieux est encore de venir découvrir par vous-même cette maison remplie d'objets évoquant autant l'homme que l'écrivain.

 

Cerise sur le gâteau : l'entrée des collections permanentes est gratuite ! Toutefois, si le coeur vous en dit, vous pourrez toujours, lors de votre visite, déposer une contribution pour soutenir le musée !

Maison de Victor Hugo

6, place des Vosges

75004 Paris

6 place des Vosges
75004 Paris
6 place des Vosges
75004 Paris
6 place des Vosges
75004 Paris

Publié le 10 Septembre 2014

Vous aurez peut-être constaté un petit ralentissement dans les articles cinéma ces derniers temps. Rassurez-vous, je n'ai pas chômé pour autant mais j'ai réservé l'exclusivité de ces contributions à un autre site : Les Bridgets . Vous y trouverez donc mes deux critiques. 

 

Pour Mademoiselle Julie, c'est par ici

 

Pour Gemma Bovery il faudra cliquer juste là

 

Publié le 8 Août 2014

Au théâtre Michel,

jusqu'au 30 août 2014

Texte et mise en scène de Didier CARON

 

Une troupe de théâtre minable, qui joue une pièce nullissime, dans une tournée ringarde. Un poil de satire, un poil de parodie, un poil de tendresse et une touffe de rigolades !

 

Egocentriques ou à fleur de peau, fragiles ou un peu snobs, nombreux sont les clichés sur les comédiens vivant de cet art curieux qui consiste à sortir ses tripes tous les soirs et à les présenter au public dans une sorte de rituel exhibitionniste cathartique. J'ai moi même caressé, un temps, l'idée de devenir l'un d'entre eux, et puis j'ai finalement pris un travail socialement plus acceptable, par peur ou sens des réalités, allez donc savoir...

 

 Toujours est-il que le sujet me touche encore aujourd'hui et que c'est avec un brin d'impatience que je pousse les porte du théâtre Michel. Le rideau s'ouvre sur l'oeuvre qu'ils jouent : un texte russe hermétique et une mise en scène expérimentale, la caricature d'un certain théâtre. Les comédiens espèrent, évidemment, la porter jusqu'en Avignon. En attendant, la troupe va surtout de salle des fêtes en salle des fêtes quasi vides, et transporte ses états d'âme d'hôtel en d'hôtel.

 

Quatre comédiens, un metteur en scène, et les hôtes qui les voient défiler, mi-inquiets, mi-amusés, devant ces drôles de personnages. Caprices de célébrités déchues, petits cachets alimentaires, méthodes et techniques de jeu, débrouille et rencontre avec les autochtones : tout ce petit monde va, face aux tracas de la vie en tournée, nous offrir un spectacle bien meilleur que celui qu'ils jouent ! Drôle de bout en bout, ce spectacle m'a offert de beaux fous rires, avec des blagues dans lesquelles j'ai reconnu souvent le reflet d'un comédien ou d'un autre croisé sur ma courte route théâtreuse. Et c'est sans doute également pour cela que ce spectacle m'a autant plu : car s'il m'a fait beaucoup rire et, il sait aussi, derrière la caricature, révéler le fond des âmes de ceux qui ne veulent rien de plus qu'être aimés.

 

Publié le 29 Janvier 2014

De William Shakespeare

Au théâtre de la porte St Martin

jusqu'au 29 avril

Mise en scène de Nicolas Briançon

 

Il est des sujets avec lesquels on ne plaisante pas. Jamais. Grand jamais. Et Roméo et Juliette en fait partie. Parce que. Parce que Roméo et Juliette c'est ma découverte de Shakespeare, de la VO, au travers de l'adaptation de Baz Luhrmann, ce sont des dizaines de soirées en leur compagnie, et puis, lorsque j'ai su le film par coeur, la découverte du texte intégral, tel qu'écrit en 1597 par Shakespeare, qui m'a amené ensuite vers toutes ses autres pièces.

 

C'est dire avec quel mélange d'impatience et de crainte j'ai pris place en ce 29 janvier dans la salle du théâtre de la porte St Martin : car malgré toute ma fascination pour cette oeuvre, je ne l'avais jamais vue au théâtre. J'étais prête à adorer cette adaptation, mais craignais en même temps d'être déçue. Tout le problème d'avoir des attentes trop fortes.

 

La mise en scène déplace l'action dans l'Italie des années 50. Cela permet de recréer une ambiance plus compréhensible par le spectateur actuel, grâce notamment à la présence de musiciens qui amène un supplément d'âme à l'ensemble. 

Ce qui m'a - bêtement - surpris, c'est le texte en français. Non pas que je m'attende à ce que la représentation soit en version originale, mais, j'y ai perdu une part de mes repères, car si je connaissais des pans entiers de la pièce par coeur, c'était en anglais. Mais c'est très personnel comme remarque. 

 

Les acteurs sont tous investis de leur personnage et savent nous les dépeindre profondément humains, avec leurs failles. Anna Girardot est forte et fragile juste comme il faut, et Niels Schneider campe un Roméo pour lequel on a instantanément le béguin, comme il se doit. Ce couple d'acteurs sait révéler toute la douceur et la jeunesse fougueuse des amants maudits. Mais la grosse réussite de toute la distribution, c'est surtout de parvenir à rendre le rythme de Shakespeare, qui mélange dans le même temps la comédie et la tragédie :  cette capacité à nous faire rire alors que l'on connaît le drame qui se noue. L'ensemble est vraiment très réussi, et l'esthétique de la scène finale très jolie.

 

Si je n'ai pas été aussi émue et emportée que je l'aurais voulu - mais sans doute n'ai-je plus 18 ans - l'ensemble est de grande qualité. Le soin particulier apporté au décor, à la mise en scène et à la musique apporte une crédibilité supplémentaire au jeu de tous les acteurs, très convaincants. Une jolie réussite.

Publié le 5 Décembre 2013

De Kressmann Taylor

Au théâtre Antoine

Mise en scène de Delphine de Malherbe

 

Je ne connaissais pas vraiment cette oeuvre, si ce n'est son thème de fond : la montée du nazisme. L'occasion se présentant, c'est avec curiosité que je me suis rendue à cette représentation, d'autant plus que les interprètes du moment, Eric Elmosnino et Jean-Pierre Darroussin m'inspiraient la plus grande confiance.

 

Ce soir là, la salle est remplie de collégiens. J'ai craint, un instant, que l'ensemble soit quelque peu dissipé, mais, au bout de quelques minutes à peine, le poids des mots et de la réalité historique qu'ils dessinent a suffi à captiver l'auditoire. Il faut dire que le propos est fort, et curieusement pas si manichéen qu'on pourrait l'imaginer de prime abord.

 

Ce qui est très intéressant, c'est que, la forme théâtrale nous oblige à écouter le discours raciste. Entendons-nous bien, je ne le soutiens certainement pas ! Je m'explique : dans un monde ou la langue de bois et les euphémismes sont rois, et où chacun aseptise ses paroles par calcul politique ou sous la pression médiatique, entendre ce type de discours est nécessaire afin de l'identifier et de prendre conscience de son côté violent, odieux et inacceptable. En faire soi-même l'expérience au travers d'un texte comme celui-ci vaut toutes les leçons de morale.

 

L'autre intérêt de cette pièce est sa dimension historique : il rappelle comment, peu à peu, l'idéologie nazie s'est implantée puis développée. A cet égard, il me rappelle l'ouvrage Dans le jardin de la bête, qui montrait  très bien les mécanismes grâce auxquels ce régime de terreur s'est installé, sans que personne, ou presque, n'en mesure réellement l'ampleur. Mais comment, à l'époque, imaginer qu'une telle horreur soit possible ? Dans Inconnu à cette adresse, il y a tout cela à la fois, de l'espoir de renaissance de la fierté allemande jusqu'à la prise de conscience de la mainmise nazie sur le pays.

 

Ce qui sonne, au départ, comme un affrontement purement intellectuel entre les deux protagonistes devient cruellement réel au travers du destin d'une femme, soeur de l'un et dont l'autre a secrètement été amoureux. Vient alors l'heure des choix. C'est alors que l'auteur place le spectateur face au même dilemme que ses personnages : du point de vue moral, théorique, il est facile de les juger, mais la vraie question, et la plus dérangeante sans aucun doute, est bien là:  Et moi, à leur place, qu'aurais-je fait ?

 

Un spectacle en forme de coup de poing où l'on contemple la grande histoire à l'oeuvre au travers de deux individus, chacun d'un côté de la barrière. Edifiant. Terrible.

Publié le 27 Octobre 2013

De William Shakespeare

Au théâtre du Nord Ouest jusqu'à mars 2014

Mise en scène d'Olivier Bruaux

 

Si Shakespeare compte parmi mes auteurs préférés, je dois avouer qu'il y a bien longtemps que je n'ai plus parcouru ses oeuvres. J'ai donc lu Richard III il y a plusieurs années, et ne me souvenais plus de l'intrigue en allant voir ce spectacle. Peu m'importait, à vrai dire. J'aime parfois me donner la chance de redécouvrir complètement une oeuvre.

 

Tout d'abord cette affiche, avec le véritable crâne de Richard III, récemment authentifié, me plaît, car elle ancre la pièce dans une certaine réalité. Comme si l'oeuvre ici présentée n'était pas une oeuvre de fiction, chose tout à fait cohérente puisqu'elle met en scène des personnages historiques.

 

Le spectateur pénétre dans la salle par le fond de scène, à travers une grande porte à double battant, comme une invitation non à venir simplement assister au drame qui va s'y jouer, mais plutôt à y prendre part, comme témoin. L'entrée en scène de Richard, qui n'est encore que Gloucester, confère une certaine solennité au début de cette pièce, qui va se diffuser sur la longueur de son premier monologue et bien après.

 

Shakespeare est, si vous me permettez la comparaison avec l'opéra, un peu comme Verdi: tellement populaire et tellement célèbre qu'on le croirait facile. Or, comme la musique de Verdi, bien plus complexe qu'elle en a l'air de prime abord, le texte de Shakespeare est particulièrement difficile à dire. Peut être parce qu'il est un peu ancien, peut-être parce qu'il n'offre pas la musique des alexandrins qui structure plus aisément un vers, peut-être parce qu'on ne peut y céder à la facilité sous peine de le rendre  incompréhensible. Pour toutes ces raisons, réussir à rendre le texte audible est, déjà en soi, une réelle performance que tous les acteurs ici nous livrent.

 

Le texte seul ne suffisant bien évidemment pas, il faut également y ajouter la difficulté du jeu, particulièrement avec un texte ancien, où intentions comme intonations sont bien plus complexes à trouver pour transmettre l'émotion au spectateur moderne qui parle un langage différent. C'est cette difficulté que les comédiens surmontent ici de façon inégale : la plupart le font brillamment, quelques autres avec difficulté, rares mais d'autant plus visibles par contraste, trop concentrés sur leur diction pour réussir à insuffler l'état d'esprit de leur personnage. Mais peut-être simplement est-ce le problème d'un soir. Avec le spectacle vivant, on ne sait jamais trop.

 

Dans son ensemble cependant, cette production joue la carte de la sobriété et tire parti de la structure particulière de la scène pour créer des espaces d'intimité, et ainsi mettre en valeur le texte de Shakespeare et le jeu de ses interprètes. Par manque de comédiens ou par choix, le nombre de personnages a été réduit, et c'est tant mieux, concentrant une fois de plus l'attention sur le coeur du drame.

 

Pour résumer, voici donc une production dotée d'une mise en scène classique et sobre, et de comédiens pour la plupart parfaitement à la hauteur. De quoi redécouvrir cette oeuvre si sombre avec grand plaisir !