Articles avec #paris tag

Publié le 20 Mars 2017

Un spectacle de Joseph Agostini 

Avec Fabien Tucci et Johanna Berrebi 

Au théâtre Clavel du 10 mars au 13 mai 2017 

 

 

Tressia et David rêvent à deux d'un grand mariage romantique, avec des fleurs dans les cheveux, une calèche... Et puis, un jour, paf ! David sort du placard et lui annonce qu'il a finalement changé d'avis. Pas vraiment sur le mariage en lui même, plutôt sur le type de moitié qu'il souhaite...

 

C'est une Tressia à nouveau en couple qui nous raconte cette histoire, les réactions des voisins, ainsi que le tournant décisif de la carrière de footballeur de David. 

 

Johanna Berrebi prête ses traits à Tressia et nous emmène à la rencontre des personnalités de son village, à l'époque où les pages rouges permettaient de s'inventer une nouvelle identité. Avec une présence incontestable, une énergie débordante et un débit de parole plutôt impressionnant, la comédienne campe une Tressia exubérante et, qui sait ? peut-être même un peu névrosée, dans le fond. 

 

 

A ses côtés, Fabien Tucci, dont je vous ai déjà parlé dans ces colonnes - ici ou encore ici par exemple - incarne David, un footballeur prometteur auquel l'annonce récente de son homosexualité va jouer quelques tours : des parents qui se demandent ce qu'ils ont bien pu faire de travers, un sélectionneur épaulé par une voyante, et des villageois de Plan-de-Cuques qui regardent l'ensemble d'un air incrédule. Entre autres. 

 

 

J'avoue cependant avoir été moins convaincue par le texte de la pièce. Trop de pseudos de stars, des situations où peine a affleurer la moindre émotion ou empathie pour les personnages, des situations parfois trop absurdes, parfois pas assez : tant qu'à faire, autant pousser l'excentricité jusqu'au bout. Au final, l'impression d'un texte au potentiel comique assez mitigé, et des comédiens qui montrent une très belle énergie à incarner autant de personnages différents, aidés par une mise en scène qui sait se faire discrète et des effets de lumière efficaces.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5  

Plus d'informations et réservations auprès du théâtre Clavel, ou sur BilletRéduc

 

Publié le 24 Février 2017

De Molière 

A la Comédie française 

Retransmission en direct via Pathé live 

Mise en scène de Clément Hervieu-Léger 

 

Distribution

Alceste : Loïc Corbery

Philinte : Éric Génovèse

Oronte : Serge Bagdassarian

Célimène : Adeline d'Hermy

Eliante : Jennifer Decker

Arsinoé : Florence Viala

Acaste : Christophe Montenez

Clitandre : Pierre Hancisse

Du Bois : Gilles David

Basque : Yves Gasc

Domestiques et gardes : Tristan Cottin, Marina Cappe, Ji Su Jeong, Amaranta Kun et Axel Mandron 

 

Cela fait très longtemps que je ne suis pas allée à la Comédie française. Depuis que l'opéra est entré dans ma vie, j'ai eu tendance à délaisser le théâtre pour aller user mon compte en banque, mes éventails et mes jumelles sur les fauteuils de l'Opéra Bastille ou du Théâtre des champs Elysées. Parfois, il me vient un certain remords de mettre de côté mes anciennes amours au profit des nouvelles, mais que voulez-vous ? Il faut bien raisonnablement faire des choix. 

 

Aussi, lorsque j'ai reçu il y a peu, une invitation à assister à la représentation du Misanthrope de la Comédie française, en direct et au cinéma, j'y ai vu l'occasion de faire taire un peu mon sentiment de culpabilité envers le théâtre, autant que de découvrir cette nouvelle production. 

 

 

Cela fait un peu plus d'un an que je fréquente de temps à autres les salles de cinéma pour découvrir des lives d'opéra. Au départ dubitative, j'ai peu à peu pris goût au procédé, et c'est la première fois que tente l'expérience avec le théâtre. 

 

Avec le Misanthrope, c'est en quelque sorte pour moi un retour aux sources : Molière est le premier auteur que j'ai découvert, et dont je montais des scénettes à l'école primaire, sans doute davantage pour le plaisir de la langue et de ses effets comiques qu'avec une compréhension réelle du texte, à l'époque. C'est donc avec un grand plaisir que mes pas me mènent pour la deuxième fois en quelques semaines - après le Roméo et Juliette du Met - au Gaumont opéra. 

 

 

Ce qui est particulièrement intéressant, avec cette production, c'est la façon dont le texte a entièrement été décortiqué, décomposé, pour laisser paraître des intentions à chaque morceau. Le procédé en rompant avec les codes rythmiques des vers, donne un aspect plus contemporain, plus naturel, oserais-je dire, au langage du 17e. Il y a cependant, même avec ces changements, un "style" comédie française, immédiatement palpable, et que l'on aime ou que l'on décrie, c'est selon. Pour autant, la performance théâtrale me semble toujours relever d'une merveilleuse alchimie, un peu magique : malgré le texte en vers, le langage d'une autre époque, malgré tous les artifices de la voix ou de la mise en scène, à un moment donné, l'ensemble prend vie avec une apparence de naturel criant. La douleur, la colère, la tendresse provoquent parfois ce sentiment de gène du spectateur qui croit, l'espace d'un moment, assister à quelque chose de réel. C'est, me semble-t-il, tout le miracle du spectacle vivant, qui j'espère, ne cessera jamais de m'émouvoir. 

 

Les costumes et les décors sont contemporains pour mieux rendre l'actualité sans cesse renouvelée du sens du texte. Quant à la mise en scène, elle se garde bien de tout sensationnalisme : d'une précision que l'on sent millimétrée, elle se met entièrement au service de l'oeuvre sans tenter de briller par elle-même. C'est intelligent, humble, émouvant et efficace. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Vous pouvez découvrir le Misanthrope à la Comédie française jusqu'au 26 mars 2017 et au cinéma en direct ou en différé jusqu'au 30 juin 2017.

 

Publié le 20 Février 2017

Un spectacle d'Olivier Giraud 

Au théâtre des Nouveautés 

 

 

Il fallait une bonne dose d'audace - ou d'inconscience - pour oser monter un spectacle en anglais à Paris. Une ville où, en dépit de l'afflux de visiteurs venus du monde entier, il n'est malheureusement pas rare d'entendre répliquer à un touriste perdu et demandant son chemin "Monsieur, ici on parle français ! ". Sans grande surprise, c'est donc avec incrédulité, voire suspicion, qu'Olivier Giraud a tout d'abord été accueilli par ses interlocuteurs lorsqu'il a entamé ce projet. Personne ne croyant à la réussite de ce spectacle, il a finalement monté sa propre boîte de production pour le mener à terme. Et Depuis 2009, le spectacle a fait son petit bout de chemin : le bouche à oreilles aidant, c'est dans une salle quasi comble que Monsieur Lalune et moi-même découvrons How to become Parisian in one hour au Théâtre des Nouveautés. 

 

Un public assurément divers, composé d'expatriés et de touristes étrangers, mais également de français venus de province et de parisiens dotés du sens de l'humour - si, si, il paraît que ça existe. Il y a ici Mexicains, Italiens, Américains, Argentins, Australiens, Marocains, Anglais, Danois, Canadiens, Allemands - entre autres... Un mélange qui confère à la salle une ambiance très différente de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les salles parisiennes : plus réactif, bon enfant, plus expressif, aussi. Bref, un public qui s'amuse, et qui le fait savoir ! 

 

 

L'occasion pour les étrangers de comprendre pourquoi ils se font repérer à coup sûr ! Afin de permettre aux non-initiés de se fondre un maximum dans le microcosme de la capitale, Olivier Giraud procède donc à un cours de parisien accéléré. Comment communiquer avec un chauffeur de taxi ou un serveur ? Comment se comporter dans un café, un magasin, s'habiller, prendre le métro, danser, embrasser, et le plus important : comment exprimer son mécontentement comme un parisien ? 

 

Certains objecteront que l'on égrène ici pas mal de clichés. C'est en partie vrai, sans que ces clichés soient totalement faux non plus. Toutefois, puisque le comédien tire à vue sur tout le monde, l'ensemble trouve son équilibre : si les américains sont taquinés sur leurs connaissances approximatives et leur enthousiasme débordant, l'exubérance latine ne sera pas plus laissée de côté que la propension des parisiens à être peu amènes.  

 

 

S'il est bien entendu conseillé de comprendre un minimum l'anglais, que les moins anglophones se rassurent : nul n'est besoin d'être bilingue pour apprécier ce spectacle. Le comédien arbore un accent français - que je crois volontaire - qui rendra l'ensemble plus compréhensible pour nos compatriotes. De plus, une grande partie des effets repose davantage sur les expressions et la gestuelle, ainsi que sur l'interaction avec le public, que sur le langage lui-même, rendant l'ensemble très accessible. 

 

Et à la sortie, si le coeur vous en dit, Olivier Giraud vous attend pour discuter du spectacle, ou prendre une photo. Et avec la moue parisienne de rigueur, s'il vous plaît ! (dont ma maîtrise est encore balbutiante, visiblement...) 

 

 

En bref, How to become Parisian in one hour ? est un spectacle où l'on rit autant des autres que de soi-même. Un bon moment à passer ou à conseiller à des amis anglophones de passage pour lesquels l'offre théâtrale à Paris est si rare !

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Plus d'informations sur le site du Théâtre des Nouveautés

 

Publié le 1 Février 2017

A la maison de Victor Hugo 

Du 17 novembre 2016 au 23 avril 2017 

 

Au départ de ce projet, toute une série d'interrogations : comment faire une exposition sur un poème ? Quels objets présenter ? Et quel poème choisir ? C'est de cette réflexion que va naître l'exposition actuellement présentée au public à la Maison de Victor Hugo. 

 

Le choix du conservateur s'est porté sur un poème de Victor Hugo datant de 1830, et intitulé La pente de la rêverie, que Baudelaire avait qualifié de "premier poème visionnaire". En effet, selon lui, ce dernier annonce, avec vingt ans d'avance, les grands poèmes qu'Hugo rédigera en exil. Ces vers ont ensuite été donnés à 10 classes de lycéens, 8 poètes et 2 artistes contemporains en leur demandant de créer une ou plusieurs oeuvres inspirées par ce poème. Ce sont ces oeuvres que nous présente l'exposition. 

 

Si pour les artistes contemporains, la démarche est moins commentée, il est très intéressant de voir comment les élèves ont appréhendé ce projet. Ce sont dix classes de lycée généraux ou professionnels de l'académie de Créteil qui se sont livrées à l'exercice. Le conservateur ne cache pas que les premiers temps ont parfois été difficiles : pour de nombreux jeunes, la langue de Victor Hugo s'avérait, de prime abord, incompréhensible, trop imagée, trop éloignée du langage moderne. Qu'à cela ne tienne, les professeurs ont entrepris de décortiquer avec eux chaque vers, d'expliquer chaque référence, et de recontextualiser l'oeuvre pour guider leurs élèves vers une compréhension globale. Une fois passée cette première barrière, les lycéens se sont entièrement appropriés le poème, pour livrer des productions très personnelles.

 

 

Ce qui frappe, d'emblée, c'est de voir la diversité des oeuvres proposées, qui vont de la chanson à la vidéo, en passant par la photographie, la mode, l'imprimerie ou encore la conception d'une structure invitant le visiteur à expérimenter lui-même cette pente de la rêverie. Certains, estimant qu'il était impossible aujourd'hui de comprendre le poème sous sa forme première, ont par exemple entrepris de le traduire, puis de le chanter, avec leurs mots à eux. Pour d'autres lycéens, le poème du 19e siècle faisait douloureusement écho aux tristes événements de l'année 2016, et ils en ont tiré un film. Certaines classes ont démembré le texte pour que chaque élève puisse illustrer tel ou tel vers qui l'inspirait le plus, d'autres encore ont choisi de ne présenter qu'une seule oeuvre, fruit d'un travail collectif. 

 

Dans les salles suivantes, ce sont les artistes contemporains Jean-Christophe Ballot et Anne Slacick, respectivement photographe et peintre qui présentent leur travail, ainsi que 8 poètes - Vincent Broqua, Bernard Chambaz, Suzanne Doppelt, Antoine Emaz, Marie Etienne, Isabelle Garron, Virginie Lalucq et Frank Laurent - qui ont chacun écrit une rêverie autour du texte de Victor Hugo ou de l'auteur lui-même. 

 

 

Je dois avouer que les oeuvres contemporaines, pourtant plus abouties esthétiquement, m'ont moins touchée que celle des lycéens, dont on sent davantage la volonté d'appropriation et une certaine fraîcheur dans l'approche du texte, mais également, si j'en crois les visages à la fois souriants et timides croisés lors du vernissage, la fierté de voir leurs oeuvres présentées dans un musée. 

 

Une exposition pleine de surprises sur des approches contemporaines d'un texte du 19e, mais également sur la capacité de l'oeuvre de Victor Hugo à nous parler encore aujourd'hui, malgré les évolutions du langage, de la société et des mentalités. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de la Maison de Victor Hugo 

Publié le 14 Janvier 2017

D'Eric Summer et Eric Warin

 

Félicie est une jeune orpheline bretonne qui n’a qu’une passion : la danse. Avec son meilleur ami Victor qui aimerait devenir un grand inventeur, ils mettent au point un plan rocambolesque pour s’échapper de l’orphelinat, direction Paris, ville lumière et sa Tour Eiffel en construction ! Félicie devra se battre comme jamais, se dépasser et apprendre de ses erreurs pour réaliser son rêve le plus fou : devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris…

 

 

 

 

Les films d'animation français ont décidément de la suite dans les idées. Après Ma vie de Courgette il y a quelques mois, voici encore une très jolie production. Ballerina nous plonge dans le Paris de la fin du 19e siècle sur les pas d'une jeune orpheline bretonne rêvant de devenir danseuse étoile et prête à tout pour intégrer la célèbre école de ballet de l'Opéra de Paris. 

 

Les histoires de rêve à réaliser sont un grand classique de l'animation et, bien menée, cette typologie de scénario s'avère des plus efficaces. Ce qui m'a le plus frappé, au delà de la qualité évidente des images, de la lumière et des textures, c'est le soin apporté à la reconstitution du Paris fin 19e, une de mes périodes favorites de l'histoire de la capitale, avec son lot de transformations et la construction de nombreux monuments emblématiques.

 

 

Je dirais même que l'on est, plus précisément, en 1888, si l'on en juge par le premier étage de la tour Eiffel à peine achevé. C'est le règne de la modernité, avec son lot d'innovations, d'ingénieurs, d'opportunités et de fortunes nouvelles, mais également l'époque où Paris, capitale des arts, attire des artistes de toute l'Europe. La période idéale, donc, pour s'intéresser au destin de ces deux enfants sans le sou rêvant de devenir, l'un inventeur, l'autre danseuse.

 

C'est également le plaisir, pour l'amatrice de l'époque, de voir la tour Eiffel encore inachevée, l'Opéra de Paris flambant neuf, la statue de la Liberté surmontant encore la rue de Chazelle ou encore le palais du Trocadéro. C'est peut-être un détail, mais ces décors ajoutent de la profondeur et de la crédibilité à cette belle histoire, et autant d'occasions de profiter de vues splendides de la capitale. Un film qui, sans être historique, est donc truffé de détails réalistes.

 

 

En somme, Ballerina impressionne surtout par sa capacité à faire rêver : si les plus jeunes spectateurs recevront probablement davantage le message de persévérance et de confiance en soi, adultes comme enfants conviendront de la beauté des décors et paysages, notamment des vues autour de l'Opéra Garnier. S'agissant d'un de mes monuments chouchous, il n'est pas impossible que cet avis ne soit pas tout à fait objectif, remarquez. Cependant je n'ai pu résister à ces superbes vues de la salle de spectacle, du grand escalier, mais également des toits de l'Opéra, un de ces lieux mythiques qui ont inspiré de nombreux photographes. Ces derniers n'ont d'ailleurs pas hésité à y faire poser des danseurs pour prendre des clichés à couper le souffle. Ballerina s'inscrit tout à fait dans ce sillage, avec l'avantage supplémentaire de pouvoir y faire évoluer ses personnages dans des chorégraphies impossibles à réaliser en temps normal, questions de sécurité oblige. De jolies scènes, qui renforcent - s'il était nécessaire - mon envie d'avoir la chance de grimper un jour sur les toits de cet édifice fabuleux. 

 

J'ai ainsi passé un très beau moment avec Ballerina, autant du point de vue du simple plaisir de suivre les aventures de Félicie et Victor à la conquête de leur avenir, mais également celui, plus intellectuel, de voir le Paris de la fin du 19e revivre sous nos yeux. Pour les enfants, nul doute que Ballerina sera une jolie histoire et, qui sait, leur donnera peut-être envie de visiter l'Opéra Garnier ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 20 Novembre 2016

 

De Jacques Offenbach 

A l'Opéra de Paris 

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Robert Carsen 

 

Distribution 

Hoffmann : Ramón Vargas

La Muse, Nicklausse : Stéphanie d'Oustrac 

Lindorf, Coppélius, Dapertutto, Miracle : Roberto Tagliavini 

Andrès, Cochenille, Pitichinaccio, Frantz : Yann Beuron 

Olympia : Nadine Koutcher 

Antonia : Ermonela Jaho 

Giulietta : Kate Aldrich 

La mère d'Antonia : Doris Soffel 

Spalanzani : Rodolphe Briand 

Luther, Crespel : Paul Gay 

Schlemil : François Lis 

Nathanaël : Cyrille Lovighi

Hermann : Laurent Laberdesque 

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Je ne vous cache pas que si j'avais pris mon billet pour ces Contes d'Hoffmann, c'était avant tout pour le plaisir d'entendre Jonas Kaufmann et Sabine Devieilhe. Mais après le désistement de l'un et de l'autre, pour des raisons tout à fait légitimes, j'étais tout de même un peu chagrine, d'autant que cet opéra ne compte pas vraiment parmi mes opéras favoris. J'aime, individuellement, nombre de ses airs, mais la cohérence dramatique de l'ensemble ne me convainc pas vraiment. Bref, j'y suis un peu allée en traînant des pieds.  

 

 

C'est en 1880 que Jacques Offenbach compose Les Contes d'Hoffmann, et réalise ainsi son rêve d'écrire - lui qui est surtout considéré comme un "amuseur" - un opéra, qui doit être donné à la salle Favart. Une oeuvre qu'il ne verra cependant jamais représentée, puisqu'il meurt quatre mois avant la première, la laissant inachevée. 

 

Inspirée de la pièce de théâtre du même nom, les Contes d'Hoffmann racontent les amours malheureux du poète. Trois femmes qui se succèdent, et qui chacune, lui brisent le coeur : Olympia, qui s'avère être une poupée mécanique, la jeune et pure  Antonia, qui meurt de la tuberculose, et Giulietta, une courtisane vénitienne qui va le manipuler. Et dans toutes ces histoires, trois hommes au nom différent pour une même figure diabolique, qui tire les ficelles dans l'ombre pour pousser Hoffmann au désespoir. 

 

 

C'est le ténor Ramón Vargas qui remplace Jonas Kaufmann dans le rôle d'Hoffmann. Un challenge qui se présentait épineux par avance, au regard de la déception du public privé de son chouchou allemand. Un défi relevé vocalement cependant, à un détail près : sur certains airs, la prononciation du ténor mexicain laisse plutôt à désirer, au point de rendre les phrases incompréhensibles. Malgré ce bémol, le reste de la distribution est à la hauteur de la partition du compositeur allemand. Nadine Koutcher est très convaincante dans le rôle de la poupée Olympia, tant vocalement que scéniquement : de loin, l'illusion mécanique est parfaite. Quant à Ermonela Jaho - que j'avais découverte dans Traviata - sa douce Antonia s'avère vraiment sensible et touchante, même si on notera quelques aigus légèrement trop hauts. On remarque également Stéphanie d'Oustrac dont le jeu presque cabotin dans l'air Une poupée aux yeux d'émail laisse transparaître un amusement certain de la mezzo-soprano.

 

Du côté des voix masculines, je dois avouer que j'étais vraiment très heureuse de pouvoir enfin voir Yann Beuron sur scène, l'ayant beaucoup écouté dans ses rôles de Pâris (La Belle Hélène) et de Fritz (La Grande Duchesse de Gerolstein) du temps ou je préparais ces oeuvres avec la troupe d'opérette dont je fais partie. Le ténor montre sur scène la même vocalité et le même jeu superbement comique que je lui avais connu par vidéo interposée, pour mon plus grand bonheur. Il réussit à rafler la mise avec un seul air - celui de Fritz - preuve s'il en est qu'il n'y a pas de petit rôle. Enfin, Roberto Tagliavini - que j'avais repéré dans Il Trovatore en février dernier, campe une figure diabolique globalement convaincante, mais peut-être pas aussi inquiétante qu'on l'aurait souhaitée. 

 

 

La mise en scène, habile, met en abyme l'opéra, avec des décors figurant le plateau, les coulisses, les fauteuils d'orchestre ou la fosse, dans un ensemble visuellement cohérent qui convient à mon sens tout à fait à cette histoire en plusieurs volets. Elle met également en avant toute l'extravagance dOffenbach et rappelle par moments la folie et la satire qui anime ses oeuvres plus légères. 

 

Finalement, j'ai passé une soirée sans grande révélation, mais sans déplaisir non plus. Un enthousiasme probablement modéré en partie par la déception de départ, mais aussi par une oeuvre que j'ai du mal à comprendre vraiment, quels que soient la qualité du chant et du jeu, pourtant présents ce soir-là.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de l'Opéra de Paris 

 

Publié le 18 Novembre 2016

Du Cirque Alexis Gruss 

A Paris du 22 octobre 2016 au 19 février 2017 

En tournée du 11 mars au 10 mai 2017

 

Aller au cirque, c'est la certitude de retomber en enfance : pénétrer sous le chapiteau, réclamer une barbe à papa (même si l'on n'a plus tout à fait l'âge de se rouler par terre en hurlant pour l'obtenir), s'asseoir sur les gradins, et laisser la magie opérer. 

 

C'est par un froid samedi d'octobre que nous avons donc rendez-vous avec Monsieur Lalune du côté du Bois de Boulogne, sous le grand chapiteau du cirque Alexis Gruss. Pour ce nouveau spectacle Quintessence, la famille Gruss met encore en scène les chevaux qui ont fait sa renommée, au cours de nombreux numéros d'acrobatie équestre. Pour la seconde fois, elle s'est associée à la compagnie des Farfadais, chargée quant à elle d'animer le ciel au dessus de la piste. 

 

Dans ce nouveau spectacle, Pégase, le cheval ailé, est tombé malade. Un jeune garçon, Joseph, doit parcourir le royaume des quatre éléments (air, terre, eau, feu) pour trouver les objets magiques qui, réunis, permettront de le sauver. Un prétexte assez classique mais généralement efficace, pour scénariser un spectacle et créer des effets d'ambiance. 

 

 

Hélas, cent fois hélas, la magie n'a pas opéré pour nous ce jour-là : jour de malchance ? Sans doute un peu, car il y a eu pas mal de ratés dans les numéros, mais il s'agit d'un risque à courir : c'est aussi ça le spectacle vivant. Je dois avouer être incapable de juger de la qualité du dressage, qui, paraît-il, est ici fantastique. Aussi, je peux seulement vous dire à ce sujet que les chevaux sont magnifiques, et que les numéros équestres sont parmi les plus réussis du spectacle, avec ceux des Farfadais, qui confèrent une part de rêve à l'ensemble.

 

C'est surtout dans la cohérence entre les numéros que réside le gros problème de ce spectacle, à commencer par le scénario introduit au départ: la quête du jeune Joseph pour sauver Pégase. Tout l'intérêt de ce procédé réside, à l'origine, dans la création d'un fil directeur qui est supposé faire le lien entre les numéros et générer des ambiances en fonction de la progression de l'intrigue. Sauf qu'ici, on assiste à une juxtaposition de différents moments : à l'exception près des Farfadais, il n'y a rien qui relie les numéros à ces fameux quatre éléments. Chaque prestation conserve son ambiance, sa musique, son énergie propre, et rend ainsi inutile voire dommageable le scénario en question, qui intervient davantage comme un élément perturbateur que fédérateur. A vrai dire, j'aurais préféré demeurer sur un spectacle traditionnel fondé sur la qualité et l'effet de chaque prestation plutôt que ce mélange qui lorgne vers le nouveau cirque - dont les Farfadais sont d'ailleurs issus - mais qui pour le moment, se situe maladroitement entre les deux. 

 

 

Mais le pire, ce qui vraiment nous a gênés tout au long du spectacle, c'est la narratrice / chanteuse. A sa décharge, elle est malmenée, évoluant avec les autres artistes et parfois les chevaux au milieu de la piste, parfois suspendue en l'air avec les Farfadais, mais cela n'empêche : elle a massacré la quasi totalité des chansons interprétées. Il ne s'agit pas de style, mais bien de justesse, car elle était systématiquement en dessous des notes souhaitées. A-t-on négligé de la doter d'un retour oreillette pour lui permettre de s'entendre, et d'entendre l'orchestre ? Je n'en sais rien, mais au résultat, c'est vraiment assez peu agréable. Sans compter quelques erreurs et hésitations sur le texte parlé. On aime l'idée de départ de tout avoir en live, sans aucun playback, mais cela demande un regain d'exigence. Pourquoi, aussi, choisir pour ce spectacle des chansons aussi célèbres et n'ayant de plus qu'un vague lien sémantique avec l'action (Frozen de Madonna, au royaume de l'air, Underwater de Mika, pour le royaume de l'eau) ? 

 

Vous l'aurez compris, et bien que je me sente toujours vaguement coupable d'écrire un avis négatif - ne serait-ce que pour la quantité de travail titanesque que représente pour les artistes la création d'un spectacle pareil - je ne peux pas dire que j'ai passé une soirée merveilleuse. Certains numéros sont de haut niveau, mais globalement l'ensemble est très inégal, d'autant que malgré les efforts déployés par les artistes, la mise en scène, le scénario - inutile - et le chant - faux - achèvent de saper jusqu'aux meilleurs prestations. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2,5/5

 

Plus d'informations sur http://alexis-gruss.com/

 

Publié le 13 Novembre 2016

Au Musée Bourdelle

Du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017 

 

On a beau arpenter les rues de la capitale depuis presque une décennie, il reste toujours à Paris des lieux à découvrir. L'amour que je porte à cette ville est sans doute éhontément subjectif, mais il me semble que cette impression de n'avoir jamais fini d'en faire le tour contribue grandement à son charme. 

 

C'est donc avec une immense curiosité (mon plus joli défaut) que j'ai accepté l'invitation à découvrir l'exposition De Bruit et de Fureur au Musée Bourdelle. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds, et un sculpteur dont j'ignorais tout. 

 

Et quelle découverte ! Celle de l'exposition, tout d'abord, qui évoque la conception du monument aux morts de Montauban, ville natale du sculpteur Antoine Bourdelle, commandée à l'artiste suite au concours qu'il remporte en 1895. Cette oeuvre, destinée à rendre hommage aux combattants de la guerre franco-prussienne de 1870, allie l'horreur de la guerre à un certain élan patriotique, dans une expressivité qui m'a vraiment impressionnée, et immédiatement captivée. 

 

 

De bruit et de fureur réunit une soixantaine de sculptures et plus de 130 photographies, pour permettre au visiteur de saisir tout le processus créatif à l'origine de ce monument doté d'une force qui m'a semblée peu commune. Le parcours s'ouvre ainsi sur les différentes propositions répondant au concours lancé par la municipalité. Des projets qui sont globalement d'allure très classique, et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est celui de Bourdelle qui a été choisi, tant il apparaît comme totalement différent de celui des autres concurrents.

 

L'exposition s'attache ensuite à nous montrer la façon de travailler de Bourdelle - élève de Rodin -  à commencer par la place qu'occupent les femmes - modèles ou amantes - dans l'oeuvre dont il est ici question. Elles inspirent parfois des figures masculines, mais surtout l'allégorie de la France qui domine le monument et dont la sensualité, plus que la nudité, n'a pas manqué de faire controverse à l'époque. L'autre aspect très particulier de son  processus créatif mis ici en évidence réside dans une conception fragmentée de l'oeuvre. Bourdelle travaille chaque élément à part, modelant un corps, une figure, des visages, un bras, qu'il va ensuite assembler, mais qu'il pourra également tout autant exploiter séparément : cela donne lieu à une grande individualisation de ses guerriers et des différents personnages qui composent cette oeuvre monumentale. Mais ce qui m'a le plus impressionnée, c'est cette incroyable recherche d'expressivité, particulièrement visible dans les ébauches et recherches autour des visages hurlants, dont l'exposition propose de nombreux exemples. 

 

 

L'autre aspect important de ce parcours réside dans la multiplicité des photographies qui entourent cette oeuvre. Clichés des modèles de l'artiste, ou des parties de l'oeuvre en cours de création, images envoyées à ses assistants, à son épouse, façon de matérialiser l'avancée de son travail ou d'en faire la promotion auprès des journaux et des commanditaires : ce sont plus de 130 clichés, tirages d'époque ou modernes, qui sont ici présentés. Bourdelle y photographie ses sculptures, son atelier et les effets que produit la lumière sur son travail, mais pose également au coeur de son oeuvre monumentale, qui se transforme alors en décor, auquel la fragmentation donne des allures de nuages.

 

 

Cette visite a également été pour moi l'occasion de découvrir l'existence du Musée Bourdelle et de son atelier, lieux que je n'ai malheureusement pas eu le temps d'arpenter. J'ai toutefois fait un petit détour du côté du jardin tout en longueur, réduit à quelques mètres de verdure de part et d'autre du chemin qui le parcourt, animé de nombreuses oeuvres de l'artiste. Un environnement étonnant, qui m'a vraiment émerveillé par son côté insolite, doublé de ma surprise de découvrir au coeur de Paris ce lieu entre parenthèses. 

 

Une exposition captivante qui met en avant la force, la rage, mais également la sensualité de l'oeuvre monumentale dont il est ici question, tout autant qu'elle nous donne à voir le processus créatif particulier de son sculpteur. Un vrai coup de coeur pour cette visite, porte d'entrée vers un artiste que je ne connaissais pas, qui m'a laissée avec l'envie profonde de découvrir plus avant le travail de Bourdelle ainsi que le musée qui lui est dédié. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

Publié le 5 Novembre 2016

Exposition de Tarik Kiswanson 

Au collège des Bernardins 

Du 14 octobre au 18 décembre 2016

 

Vous ne le savez peut-être pas - pas encore, du moins - mais j'ai toujours eu quelques réticences avec l'art contemporain. Non pas que je sois de ceux qui ne jurent que par l'art de la Renaissance ou du 19e siècle, mais plutôt que, selon moi, qui dit art dit dimension esthétique. Or, au cours du 20e siècle, ce facteur s'est peu à peu effacé au profit d'une vision plus conceptuelle de l'art, dans laquelle la beauté n'est plus essentielle, et où elle peut donc disparaître au profit de la provocation et du questionnement. Et c'est donc là où commence ma discorde avec l'art contemporain. 

 

J'ai donc un peu hésité avant de me décider à accepter l'invitation pour venir découvrir cette exposition de Tarik Kiswanson. Il me semblait que mon passif avec l'art contemporain me rendait illégitime à l'évoquer dans ces pages. Et puis, finalement - vous me connaissez - je n'ai pu résister à l'opportunité de découvrir quelque chose de nouveau, et c'est avec curiosité que j'ai passé la porte du Collège des Bernardins. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds non plus : l'occasion de faire d'une pierre deux coups. 

 

En pénétrant dans l'ancienne sacristie, où se tient l'exposition, l'impression est assez curieuse : trois installations sont ici présentées, et il m'a semblé de prime abord qu'il s'agissait de sortes de méduses métalliques suspendues au plafond. Et puis, en observant mieux, on remarque que leur constitution est plus complexe qu'elle n'y paraît  : chaque oeuvre est composée de lamelles de métal poli reflétant les alentours à la manière d'un miroir. Et plus les lamelles sont larges, moins elles sont nombreuses. A mon grand étonnement, l'ensemble fait écho de façon plutôt harmonieuse aux arêtes des voûtes cisterciennes du lieu. 

 

Mais le plus intrigant, c'est que le visiteur est invité à pénétrer à l'intérieur de ces structures. Au milieu de ces lames polies comme autant de miroirs, la sensation est très étrange, presque irréelle. Le métal que l'on a écarté pour passer devient mouvant, cliquette, et se crée alors une illusion optique générée par un double focus : l'oeil cherche en vain à y voir net entre l'effet miroir des lamelles et le décor autour. C'est très troublant! Et de l'intérieur, l'harmonie de la structure avec le décor devient encore plus évidente. 

 

En sortant, j'étais encore assez confuse, cherchant à mettre des mots sur des impressions encore diffuses, mais dotées de cette dimension esthétique à laquelle je tiens tant. Je ne sais pas si je réussirai un jour à lever totalement mes réticences quelque peu primaires face à l'art contemporain, mais une chose est sûre, cette exposition a sans aucun doute participé à ce cheminement !  

 

Plus d'informations sur le site du collège des Bernardins

 

Publié le 30 Octobre 2016

A la Galerie Sakura 

Du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017 

 

Certains lieux semblent militer contre la morosité ambiante : c'est le cas de la Galerie Sakura, qui propose depuis début octobre une exposition intitulée Décalage immédiat. En réunissant des oeuvres, essentiellement photographiques, de pas moins de 36 artistes, elle nous donne à voir - et à acheter - des pièces très différentes : parfois colorées, drôles, ironiques, poétiques, ou tout simplement pop, elles partagent comme seul point commun un certain sens de la dérision. 

 

Parmi les artistes exposés, difficile de vous citer tous ceux que j'ai apprécié plus particulièrement, mais s'il fallait n'en citer que trois, je retiendrai les paysages humains de Carl Warner, les montages de Rui Pinho, associant célébrités et personnages animés de la culture populaire, ou encore les photos de Alain Desjean mettant en scène un homme bedonnant dans des situations de grossesse. Il y a tellement de styles différents, que chaque visiteur devrait pouvoir y trouver son compte. En tout cas, n'hésitez pas à y faire un petit crochet si vous passez dans le coin, et pourquoi pas y dénicher un cadeau de Noël, car les premières oeuvres - des tirages argentiques en série limitée, encadrés sous verre - sont à partir de 65€. 

 

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site internet de la Galerie Sakura, 21 rue du Bourg Tibourg, Paris 4e