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Publié le 5 Mai 2017

Une exposition d'Edgar Sarin

Du 31 mars au 20 juillet 2017

Au Collège des Bernardins

 

L'art contemporain, vous le savez peut-être si vous lisez régulièrement ces lignes, fait partie des sujets épineux à propos desquels je peine à me faire une idée claire. Et comme je ne déteste rien tant que de ne pas comprendre quelque chose, je saisis toutes les occasions possibles de voir du nouveau, dans l'espoir, à défaut d'apprécier, de réussir au moins à en saisir le sens.

 

Me voici donc à nouveau au Collège des Bernardins, quelques mois après y avoir découvert l'exposition de Tarik Kiswanson. C'est une fois de plus dans l'ancienne sacristie que le lieu fait dialoguer les époques, en abritant sous ses voûtes cisterciennes l'exposition Un minuit que jamais le regard, là, ne trouble, de l'artiste contemporain Edgar Sarin. 

 

Le concept est à la fois simple et énigmatique : chaque semaine, à la même heure, l'artiste s'enferme dans cet espace avec quelques personnes sélectionnées, qu'il appelle "échantillon de population". Pendant ce moment particulier, que l'artiste appelle "un minuit", les participants vont agir sur leur environnement, à l'aide des objets qui y sont présents, ils vont s'approprier cet espace et l'habiter : le lieu va donc évoluer, les objets se dévoiler, changer de place. A l'issue des minuits, le visiteur est à nouveau admis dans la sacristie : il doit alors faire appel à son observation, à son imagination, à son ressenti, pour reconstituer ce qui s'est passé au cours de ces 45 minutes de huis clos. 

 

D'ailleurs, les historiens de l'art et le public finiront bien par savoir... mais pas tout de suite ! Au cours de chacun des 16 minuits de l'exposition, un scribe est chargé de prendre des notes de réaliser quelques films et quelques photos. L'ensemble de ces documents sera ensuite scellé dans une capsule, puis enterré en forêt. Ils ne seront exhumés que dans 100 ans. 

 

Mais pour le visiteur de l'exposition aujourd'hui, concrètement, ça donne quoi ? 

 

 

Le jour de l'inauguration, une bonne centaine de personnes se presse devant la sacristie. L'artiste est à l'intérieur, avec les participants qu'il a choisi pour l'accompagner dans cette performance. A 19h10, avec quelques minutes de retard sur l'horaire prévu, la porte s'ouvre enfin pour laisser passer une procession d'une dizaine de personnes, menée par un prêtre. Il y a toutes les couleurs de peau, des parents, des personnes seules, des couples, des femmes, des hommes, des jeunes et des moins jeunes, des personnes valides et d'autres en situation de handicap : en les détaillant, on comprend mieux l'idée d'échantillon voulue par l'artiste. Ils s'éloignent, laissant derrière eux le sillage de l'encens qu'ils tenaient dans leurs mains. 

 

Les premiers visiteurs peuvent enfin accéder à l'installation. Ce qui saisit d'emblée, c'est la forte odeur d'encens, à la fois signe de l'activité de ce minuit, mais également réminiscence de l'histoire du lieu. Puis, j'aperçois une chaise accrochée aux voûtes, avec un carton. La troisième impression est auditive : l'artiste est là, qui joue quelques notes sur un piano en partie démonté et désaccordé, accompagné de trois participants qui semblent psalmodier, une bougie à la main. Un pendule accroché au plafond oscille. Pendant quelques dizaines de secondes, les notes résonnent encore, puis Edgar Sarin souffle la bougie déposée sur le piano, et les quatre hommes quittent la salle. 

 

 

Je m'engage alors plus avant dans l'exploration du lieu, à la recherche de sens. Des morceaux de bois et de pierre ont été disposés un peu partout. Un carré a été tracé au sol, à la craie, dans un coin duquel on a déposé une boîte contenant de la terre et - je l'apprendrai un peu plus tard - des graines prêtes à germer. Au mur, sont accrochés plusieurs cadres, dont un est rempli de papier froissé, et un peu plus loin, un bouquet de roses séchées semble léviter, attirant particulièrement la curiosité des visiteurs.

 

En revenant sur mes pas, je découvre d'étranges constructions où se trouvent des objets posés - volontairement ou involontairement - en équilibre précaire, que ne tardent pas à renverser des visiteurs maladroits, ou peu observateurs. Et, au milieu de la sacristie, accrochés à une colonne, encore de nombreux objets destinés à trouver peu à peu leur place dans le dispositif à l'occasion des prochains minuits. Plus j'observe, et plus je prends conscience d'une multitude de détails qui m'avaient échappé au premier abord.

 

 

Et puis, de façon plutôt inattendue, on me propose de rencontrer l'artiste. En quelques minutes, je me retrouve, un peu surprise et très intimidée, sur une terrasse du collège des Bernardins. Que raconte-t-on à un artiste lorsqu'on est pas sûr d'avoir compris, ni même apprécié l'exposition ? Une poignée de journalistes déjà présents m'épargneront heureusement de trouver une réponse à cette question épineuse. Je m'assieds discrètement dans un coin, comme une petite souris muette, et j'ouvre grand mes oreilles. 

 

Avec son costume cravate et ses cheveux soigneusement peignés, Edgar Sarin me fait penser à André Breton. L'air timide, presque absent, il répond aux questions d'un cercle de journalistes qui semblent déjà très bien connaître ses précédents travaux. Je me tasse au fond de ma chaise en espérant ne pas me faire remarquer. Ils évoquent notamment Concessions à Perpétuité, où l'artiste a conçu des oeuvres qu'il enferme dans des coffres de bois, à l'abri des regards, donc. A sa mort, les propriétaires de ces coffres recevront une lettre et pourront alors les ouvrir révélant ainsi les oeuvres qui y étaient mises en sommeil.  

 

A propos de l'exposition dont il est ici question, une journaliste s'interroge sur l'échantillon représentatif, "fait de rencontres", lui répond Sarin. Une autre demande le pourquoi de ce titre "Un minuit que jamais le regard, là, ne trouble". L'artiste la regarde fixement quelques instants, avant de répondre - non sans une certaine désinvolture, voire désintérêt - qu'il s'agit du vers d'un de ses poèmes, le premier qui lui avait traversé l'esprit lorsqu'on lui avait demandé un titre. 

 

 

Au fil des conversations, des leitmotivs commencent à apparaître : au lien avec la littérature et la poésie vient s'ajouter une certaine obsession du protocole, terme presque clinique, semblant pourtant se teinter dans son esprit d'une spiritualité qui le rapproche davantage du rituel. Un protocole qui, Edgar Sarin l'affirme à plusieurs reprises, n'est qu'un prétexte à son travail, et auquel il ne semble pas attacher, en tant que tel, une importance particulière.

 

D'autres liens se font jour : avec l'archéologie par exemple. L'idée que les objets prennent du sens à posteriori, avec l'éclairage que leur apporte le temps et de nouveaux éléments exhumés - au propre comme au figuré - est particulièrement présente. La notion d'évolution progressive, d'un sens non figé dans le temps, semble donc prépondérants. L'exposition présentée du Collège des Bernardins va ainsi prendre forme, dans l'espace et dans le regard du visiteur, sans que l'artiste lui-même ne sache encore quel en sera l'aboutissement exact. Edgar Sarin précise : "Une exposition doit mettre en péril et le créateur, et le spectateur". 

 

J'ai alors pris congé sur la pointe des pieds, les concepts, les images et les idées se bousculant dans ma tête. Pour être honnête, je ne sais pas encore, aujourd'hui, ce que je pense vraiment de l'exposition. En revanche, j'en retiendrai surtout l'impression, troublante, d'avoir pénétré dans l'univers d'un artiste singulier dont les codes m'échappent. Une invitation au vagabondage de l'esprit et à l'imagination plus qu'à une réflexion esthétique. A bien y penser, la ressemblance avec Breton n'est peut-être pas tout à fait fortuite !  

 

Pour vous faire votre propre idée

Un minuit que jamais le regard, là, ne trouble, jusqu'au 20 juillet au Collège des Bernardins

Entrée Libre 

l'installation est fermée tous les jeudis de 11h à 11h45 pendant la tenue des minuits

 

Publié le 1 Février 2017

A la maison de Victor Hugo 

Du 17 novembre 2016 au 23 avril 2017 

 

Au départ de ce projet, toute une série d'interrogations : comment faire une exposition sur un poème ? Quels objets présenter ? Et quel poème choisir ? C'est de cette réflexion que va naître l'exposition actuellement présentée au public à la Maison de Victor Hugo. 

 

Le choix du conservateur s'est porté sur un poème de Victor Hugo datant de 1830, et intitulé La pente de la rêverie, que Baudelaire avait qualifié de "premier poème visionnaire". En effet, selon lui, ce dernier annonce, avec vingt ans d'avance, les grands poèmes qu'Hugo rédigera en exil. Ces vers ont ensuite été donnés à 10 classes de lycéens, 8 poètes et 2 artistes contemporains en leur demandant de créer une ou plusieurs oeuvres inspirées par ce poème. Ce sont ces oeuvres que nous présente l'exposition. 

 

Si pour les artistes contemporains, la démarche est moins commentée, il est très intéressant de voir comment les élèves ont appréhendé ce projet. Ce sont dix classes de lycée généraux ou professionnels de l'académie de Créteil qui se sont livrées à l'exercice. Le conservateur ne cache pas que les premiers temps ont parfois été difficiles : pour de nombreux jeunes, la langue de Victor Hugo s'avérait, de prime abord, incompréhensible, trop imagée, trop éloignée du langage moderne. Qu'à cela ne tienne, les professeurs ont entrepris de décortiquer avec eux chaque vers, d'expliquer chaque référence, et de recontextualiser l'oeuvre pour guider leurs élèves vers une compréhension globale. Une fois passée cette première barrière, les lycéens se sont entièrement appropriés le poème, pour livrer des productions très personnelles.

 

 

Ce qui frappe, d'emblée, c'est de voir la diversité des oeuvres proposées, qui vont de la chanson à la vidéo, en passant par la photographie, la mode, l'imprimerie ou encore la conception d'une structure invitant le visiteur à expérimenter lui-même cette pente de la rêverie. Certains, estimant qu'il était impossible aujourd'hui de comprendre le poème sous sa forme première, ont par exemple entrepris de le traduire, puis de le chanter, avec leurs mots à eux. Pour d'autres lycéens, le poème du 19e siècle faisait douloureusement écho aux tristes événements de l'année 2016, et ils en ont tiré un film. Certaines classes ont démembré le texte pour que chaque élève puisse illustrer tel ou tel vers qui l'inspirait le plus, d'autres encore ont choisi de ne présenter qu'une seule oeuvre, fruit d'un travail collectif. 

 

Dans les salles suivantes, ce sont les artistes contemporains Jean-Christophe Ballot et Anne Slacick, respectivement photographe et peintre qui présentent leur travail, ainsi que 8 poètes - Vincent Broqua, Bernard Chambaz, Suzanne Doppelt, Antoine Emaz, Marie Etienne, Isabelle Garron, Virginie Lalucq et Frank Laurent - qui ont chacun écrit une rêverie autour du texte de Victor Hugo ou de l'auteur lui-même. 

 

 

Je dois avouer que les oeuvres contemporaines, pourtant plus abouties esthétiquement, m'ont moins touchée que celle des lycéens, dont on sent davantage la volonté d'appropriation et une certaine fraîcheur dans l'approche du texte, mais également, si j'en crois les visages à la fois souriants et timides croisés lors du vernissage, la fierté de voir leurs oeuvres présentées dans un musée. 

 

Une exposition pleine de surprises sur des approches contemporaines d'un texte du 19e, mais également sur la capacité de l'oeuvre de Victor Hugo à nous parler encore aujourd'hui, malgré les évolutions du langage, de la société et des mentalités. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de la Maison de Victor Hugo 

Publié le 13 Novembre 2016

Au Musée Bourdelle

Du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017 

 

On a beau arpenter les rues de la capitale depuis presque une décennie, il reste toujours à Paris des lieux à découvrir. L'amour que je porte à cette ville est sans doute éhontément subjectif, mais il me semble que cette impression de n'avoir jamais fini d'en faire le tour contribue grandement à son charme. 

 

C'est donc avec une immense curiosité (mon plus joli défaut) que j'ai accepté l'invitation à découvrir l'exposition De Bruit et de Fureur au Musée Bourdelle. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds, et un sculpteur dont j'ignorais tout. 

 

Et quelle découverte ! Celle de l'exposition, tout d'abord, qui évoque la conception du monument aux morts de Montauban, ville natale du sculpteur Antoine Bourdelle, commandée à l'artiste suite au concours qu'il remporte en 1895. Cette oeuvre, destinée à rendre hommage aux combattants de la guerre franco-prussienne de 1870, allie l'horreur de la guerre à un certain élan patriotique, dans une expressivité qui m'a vraiment impressionnée, et immédiatement captivée. 

 

 

De bruit et de fureur réunit une soixantaine de sculptures et plus de 130 photographies, pour permettre au visiteur de saisir tout le processus créatif à l'origine de ce monument doté d'une force qui m'a semblée peu commune. Le parcours s'ouvre ainsi sur les différentes propositions répondant au concours lancé par la municipalité. Des projets qui sont globalement d'allure très classique, et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est celui de Bourdelle qui a été choisi, tant il apparaît comme totalement différent de celui des autres concurrents.

 

L'exposition s'attache ensuite à nous montrer la façon de travailler de Bourdelle - élève de Rodin -  à commencer par la place qu'occupent les femmes - modèles ou amantes - dans l'oeuvre dont il est ici question. Elles inspirent parfois des figures masculines, mais surtout l'allégorie de la France qui domine le monument et dont la sensualité, plus que la nudité, n'a pas manqué de faire controverse à l'époque. L'autre aspect très particulier de son  processus créatif mis ici en évidence réside dans une conception fragmentée de l'oeuvre. Bourdelle travaille chaque élément à part, modelant un corps, une figure, des visages, un bras, qu'il va ensuite assembler, mais qu'il pourra également tout autant exploiter séparément : cela donne lieu à une grande individualisation de ses guerriers et des différents personnages qui composent cette oeuvre monumentale. Mais ce qui m'a le plus impressionnée, c'est cette incroyable recherche d'expressivité, particulièrement visible dans les ébauches et recherches autour des visages hurlants, dont l'exposition propose de nombreux exemples. 

 

 

L'autre aspect important de ce parcours réside dans la multiplicité des photographies qui entourent cette oeuvre. Clichés des modèles de l'artiste, ou des parties de l'oeuvre en cours de création, images envoyées à ses assistants, à son épouse, façon de matérialiser l'avancée de son travail ou d'en faire la promotion auprès des journaux et des commanditaires : ce sont plus de 130 clichés, tirages d'époque ou modernes, qui sont ici présentés. Bourdelle y photographie ses sculptures, son atelier et les effets que produit la lumière sur son travail, mais pose également au coeur de son oeuvre monumentale, qui se transforme alors en décor, auquel la fragmentation donne des allures de nuages.

 

 

Cette visite a également été pour moi l'occasion de découvrir l'existence du Musée Bourdelle et de son atelier, lieux que je n'ai malheureusement pas eu le temps d'arpenter. J'ai toutefois fait un petit détour du côté du jardin tout en longueur, réduit à quelques mètres de verdure de part et d'autre du chemin qui le parcourt, animé de nombreuses oeuvres de l'artiste. Un environnement étonnant, qui m'a vraiment émerveillé par son côté insolite, doublé de ma surprise de découvrir au coeur de Paris ce lieu entre parenthèses. 

 

Une exposition captivante qui met en avant la force, la rage, mais également la sensualité de l'oeuvre monumentale dont il est ici question, tout autant qu'elle nous donne à voir le processus créatif particulier de son sculpteur. Un vrai coup de coeur pour cette visite, porte d'entrée vers un artiste que je ne connaissais pas, qui m'a laissée avec l'envie profonde de découvrir plus avant le travail de Bourdelle ainsi que le musée qui lui est dédié. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

Publié le 5 Novembre 2016

Exposition de Tarik Kiswanson 

Au collège des Bernardins 

Du 14 octobre au 18 décembre 2016

 

Vous ne le savez peut-être pas - pas encore, du moins - mais j'ai toujours eu quelques réticences avec l'art contemporain. Non pas que je sois de ceux qui ne jurent que par l'art de la Renaissance ou du 19e siècle, mais plutôt que, selon moi, qui dit art dit dimension esthétique. Or, au cours du 20e siècle, ce facteur s'est peu à peu effacé au profit d'une vision plus conceptuelle de l'art, dans laquelle la beauté n'est plus essentielle, et où elle peut donc disparaître au profit de la provocation et du questionnement. Et c'est donc là où commence ma discorde avec l'art contemporain. 

 

J'ai donc un peu hésité avant de me décider à accepter l'invitation pour venir découvrir cette exposition de Tarik Kiswanson. Il me semblait que mon passif avec l'art contemporain me rendait illégitime à l'évoquer dans ces pages. Et puis, finalement - vous me connaissez - je n'ai pu résister à l'opportunité de découvrir quelque chose de nouveau, et c'est avec curiosité que j'ai passé la porte du Collège des Bernardins. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds non plus : l'occasion de faire d'une pierre deux coups. 

 

En pénétrant dans l'ancienne sacristie, où se tient l'exposition, l'impression est assez curieuse : trois installations sont ici présentées, et il m'a semblé de prime abord qu'il s'agissait de sortes de méduses métalliques suspendues au plafond. Et puis, en observant mieux, on remarque que leur constitution est plus complexe qu'elle n'y paraît  : chaque oeuvre est composée de lamelles de métal poli reflétant les alentours à la manière d'un miroir. Et plus les lamelles sont larges, moins elles sont nombreuses. A mon grand étonnement, l'ensemble fait écho de façon plutôt harmonieuse aux arêtes des voûtes cisterciennes du lieu. 

 

Mais le plus intrigant, c'est que le visiteur est invité à pénétrer à l'intérieur de ces structures. Au milieu de ces lames polies comme autant de miroirs, la sensation est très étrange, presque irréelle. Le métal que l'on a écarté pour passer devient mouvant, cliquette, et se crée alors une illusion optique générée par un double focus : l'oeil cherche en vain à y voir net entre l'effet miroir des lamelles et le décor autour. C'est très troublant! Et de l'intérieur, l'harmonie de la structure avec le décor devient encore plus évidente. 

 

En sortant, j'étais encore assez confuse, cherchant à mettre des mots sur des impressions encore diffuses, mais dotées de cette dimension esthétique à laquelle je tiens tant. Je ne sais pas si je réussirai un jour à lever totalement mes réticences quelque peu primaires face à l'art contemporain, mais une chose est sûre, cette exposition a sans aucun doute participé à ce cheminement !  

 

Plus d'informations sur le site du collège des Bernardins

 

Publié le 30 Octobre 2016

A la Galerie Sakura 

Du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017 

 

Certains lieux semblent militer contre la morosité ambiante : c'est le cas de la Galerie Sakura, qui propose depuis début octobre une exposition intitulée Décalage immédiat. En réunissant des oeuvres, essentiellement photographiques, de pas moins de 36 artistes, elle nous donne à voir - et à acheter - des pièces très différentes : parfois colorées, drôles, ironiques, poétiques, ou tout simplement pop, elles partagent comme seul point commun un certain sens de la dérision. 

 

Parmi les artistes exposés, difficile de vous citer tous ceux que j'ai apprécié plus particulièrement, mais s'il fallait n'en citer que trois, je retiendrai les paysages humains de Carl Warner, les montages de Rui Pinho, associant célébrités et personnages animés de la culture populaire, ou encore les photos de Alain Desjean mettant en scène un homme bedonnant dans des situations de grossesse. Il y a tellement de styles différents, que chaque visiteur devrait pouvoir y trouver son compte. En tout cas, n'hésitez pas à y faire un petit crochet si vous passez dans le coin, et pourquoi pas y dénicher un cadeau de Noël, car les premières oeuvres - des tirages argentiques en série limitée, encadrés sous verre - sont à partir de 65€. 

 

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site internet de la Galerie Sakura, 21 rue du Bourg Tibourg, Paris 4e

Publié le 31 Mai 2016

Après la découverte de Jacques Emile Blanche, c'est sur les planches que nous mènent nos pas dans l'après midi, pour une exposition en plein air, à la vue de tous. Pour faire écho à la thématique du portrait, déjà évoquée ce matin, les Franciscaines - futur lieu de vie culturelle Deauvillois prévu pour 2019 - dévoilent en amont une partie de leurs collections sous le titre Faces à la Mer. Les reproductions, apposées sur les cabines du front de mer, présentent des portraits photographiés, peints ou caricaturés, qui permettront aux baigneurs et aux promeneurs d'avoir un aperçu de la diversité du fonds.

 

Datées du 20 et 21e siècle, présentées seules, par paire ou par trois, les oeuvres mêlent les figures emblématiques du Deauville mondain avec des portraits plus psychologiques. On y reconnaîtra par exemple Mistinguett et Foujita, mais également quelques visages découverts ce matin, comme celui du prince de Caraman-Chimay. On y croisera Jean-Claude Brialy accompagné de Marie Bell et Régine, ou encore Françoise Sagan en bonne compagnie. 

 

Pour permettre aux visiteurs de profiter au mieux de cette exposition, la ville et les Franciscaines ont proposé à quelques grands noms du journalisme et de la culture de prêter leur voix aux commentaires d'oeuvres. Grâce à l'application La plage - iOS et Android - ce sont ainsi Sandrine Treiner, Franck Ferrand, ainsi que Patrick et Olivier Poivre d'Arvor qui accompagneront les promeneurs dans leur découverte de ces portraits. 

 

A peine perturbés par la pluie qui semble vouloir sa part des réjouissances, nous visitons ensuite le lieu des Franciscaines, qui sera rénové à partir de l'été. Pour l'instant, cet ancien couvent est encore "dans son jus", mais d'ici 2019, il accueillera un tout nouveau lieu de vie culturelle, qui se veut aussi convivial qu'innovant.

 

C'est l'agence Moatti & Riviere, comptant à son actif le réaménagement du premier étage de la tour Eiffel - entre autres - qui a remporté le concours lancé par Deauville. Le but : créer de nouveaux espaces d'exposition, d'ateliers et de conférences, en respectant l'histoire et l'architecture du lieu. Les arcades du cloître seront par exemple réouvertes et l'espace intérieur entièrement réagencé. A terme, le lieu permettra d'exposer des collections de façon permanente et temporaire, d'accueillir des festivals et des artistes en résidence, une médiathèque, des conférences, des spectacles, des projections mais également un FabLab. La place du visiteur a également été soigneusement réfléchie, avec une vision très interactive, qui sera possible grâce  aux technologies du numérique.

 

Un projet ambitieux qui, vous l'aurez compris, attise ma curiosité, tant les questions de transformation des lieux de patrimoine me fascine : faire évoluer les bâtiments pour qu'ils restent des lieux de vie permet aux habitants de se les réapproprier, de les aimer, et par conséquent, de les protéger sur le long terme.

Publié le 29 Mai 2016

Au point de vue - Deauville

Du 14 mai au 18 septembre 2016

 

Je ne suis pas sûre d'être déjà allée à Deauville auparavant, ou en tout cas, je ne m'en souviens pas. Sachant que dans ma famille tout est soigneusement documenté et photographié, j'ai la quasi certitude que s'il n'existe aucun cliché de ma fratrie sur les planches, c'est que nous n'y sommes probablement jamais allés. 

 

C'est donc avec un grand plaisir que j'ai accepté l'invitation de Deauville à venir y passer une journée pour découvrir deux expositions. Pendant que d'autres arpentaient le tapis rouge de la Croisette, j'avais donc rendez-vous avec le bois - humide - des planches et un ciel plus gris que prévu en cette fin de printemps. Mais - foi de bretonne - il aurait fallu bien plus que quelques gouttes pour gâcher une journée qui promettait tant de découvertes : tout d'abord l'exposition consacrée à Jacques-Emile Blanche, au Point de Vue ; puis celle s'affichant sur les portes des cabines de la plage, intitulée Faces à la Mer ; et enfin, la visite du couvent des Franciscaines appelé à devenir, après rénovation, un tout nouveau centre culturel. Mais avant de vous parler de ces deux dernières étapes de mon voyage deauvillois, c'est avec Jacques-Emile Blanche que j'ai tout d'abord rendez-vous. 

 

C'est la première fois que Deauville propose aux visiteurs de découvrir une exposition de peintures au Point de Vue, lieu davantage habitué à présenter des clichés photographiques. Provenant exclusivement du Musée des Beaux Arts de Rouen, partenaire de l'événement, les toiles exposées permettent au spectateur de se plonger dans l'oeuvre de l'artiste, au travers des nombreux portraits réalisés au cours de sa carrière. L'exposition espère bien compter parmi les moments forts de la troisième édition du festival Normandie impressionniste, qui compte cette année plus de 400 événements. 

 

Seule exception à cette exposition monographique - consacrée à un seul artiste - c'est un portrait de Jacques Emile, réalisé par son ami John Singer Sargent, qui accueille le visiteur dès l'entrée, comme pour l'inviter à découvrir son oeuvre. C'est tout d'abord avec sa famille que nous faisons connaissance, au travers de deux beaux portraits réalisés par le peintre : son père, aliéniste de renom, comptait parmi ses patients des artistes tels que Gounod, de Nerval ou Maupassant. Et ceux qui n'avaient pas besoin des soins du Docteur Blanche pouvaient se rencontrer chez Madame, qui tenait salon. Rien d'étonnant donc, à ce que le petit Jacques-Emile, baignant dans cette ambiance, finisse par choisir la carrière de l'art. Mais sera-t-il écrivain, ou bien peintre ? C'est finalement la peinture qu'il choisira pour métier, tout en continuant à écrire, laissant notamment à la postérité une oeuvre de mémorialiste à la plume acérée. 

 

La deuxième partie de l'exposition souligne les liens de Blanche avec les cercles littéraires : élève de Mallarmé, il se lie également d'amitié avec Gide, dont il redoutait toutefois le jugement. Cela explique probablement l'apparente sévérité qui semble se dégager du portrait qu'il en réalise, en 1912. On y croise également Raymond Radiguet, Jean Cocteau - représenté sur l'affiche - Montherlant ou la poétesse Anna de Noailles. De quoi nous amener joliment jusqu'à la troisième et dernière partie de l'exposition, qui met l'accent sur la relation entre Jacques Emile Blanche, les artistes et la vie mondaine, liens qui lui ont valu le surnom de "peintre mondain". Il est vrai que de grands noms se côtoient ici : la comtesse Bavarowska, le groupe des Six, le prince Philippe de Caraman-Chimay, mais également Stravinsky, dont Blanche fut l'un des ardents défenseurs, ou encore la comédienne Gilda Darthy. 

 

 

Pour compléter l'ensemble, deux extraits musicaux sont également proposés au visiteur : le Sacre du printemps, de Stravinsky, ainsi qu'une Pastorale de Germaine Taillefer (du groupe des Six). Afin de permettre au visiteur, quel que soit ses connaissances, de mieux comprendre l'exposition, les cartels ont été conçus pour apporter des précisions sur l'identité des personnes représentées. Complétés par des photographies d'époque, ils permettent de mettre en avant la dimension artistique et psychologique des oeuvres de Blanche. Par ailleurs, beaucoup d'oeuvres présentées ici sont en réalité des esquisses, puisque les tableaux définitifs ont été donnés à leur destinataire. Toutefois, même inachevés, ces portraits montrent parfaitement la capacité de Blanche à faire transparaître dans sa peinture le caractère de son sujet.

 

Ne connaissant pas l'oeuvre de Jacques Emile Blanche avant cette visite, j'ai trouvé cette exposition très bien conçue : en réunissant en un même lieu autant d'oeuvres de cette qualité avec autant de visages célèbres, elle donne, outre un regard sur l'oeuvre du peintre, une idée assez palpable du bouillonnement artistique et intellectuel de l'époque. A titre personnel, j'ai vraiment eu deux gros coups de coeur : le portrait de Gilda Barthy (ci-dessus, au milieu) qui montre une femme magnifique et sûre d'elle, mais également celui représentant le jeune fils d'Helleu - un autre peintre -  et sa petite bouille dépitée de devoir poser si longtemps. Une exposition idéale pour découvrir Jacques Emile Blanche, à quelques mètres de la plage.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

L'exposition s'adjoint un programme comprenant deux conférences ainsi qu'une promenade littéraire. Plus d'informations sur : www.deauville.fr

Publié le 18 Mai 2016

Au Musée du Louvre 

Du 9 mars au 30 mai 2016

 

 

 

Aujourd'hui, je vous emmène à la découverte d'un peintre dont le nom ne vous dit peut-être rien : il s'agit d'Hubert Robert. C'est au Musée du Louvre - dont il fut l'un des premiers conservateurs - que se tient depuis le mois de mars l'exposition qui lui est consacrée. 

 

Hubert Robert a suivi la formation classique des peintres du 18e siècle et commence sa formation par un voyage à Rome, où il s'imprègne des ruines antiques et des collections d'art. Il travaille avec Piranèse et Paninni, se lie d'amitié avec Fragonard, et ramène de la Ville éternelle des croquis qui continueront de l'inspirer pendant toute le reste de sa carrière.

 

 

De retour à Paris, il entre rapidement à l'Académie, suprême consécration dans une époque où cette institution règne en maître sur le monde sur l'art français. Il y est reconnu comme peintre d'architecture, un genre moins prestigieux que la grande peinture d'histoire, mais comptant néanmoins parmi les plus nobles.

 

Cette exposition a été pour moi l'occasion de découvrir ce peintre dont j'ignorais jusqu'au nom. Parmi les nombreux éléments mis en avant ici, il en est un qui m'a plus particulièrement marqué: c'est ce goût, manifestement prononcé, pour les bâtiments incomplets, en ruines ou en chantier. Ainsi, Hubert Robert se fait-il notamment le témoin de la construction de la fontaine de Trévi, mais également en 1789, des premiers jours de la démolition de la Bastille

 

 

De Fragonard, il partagera le goût pour les mises en scènes d'instants légers, comme les lavandières étendant le linge ou les jeux des enfants apportant des touches de vie ordinaire au milieu de la grandeur des ruines antiques. De Piranèse, il retiendra surtout le goût pour les points de vues originaux sur l'architecture, représentant plus volontiers l'ombre des colonnades que leur vision depuis la place. Il empruntera également au célèbre graveur vénitien sa façon de structurer les compositions, notamment d'encadrer les paysages sous des arches bâties, technique dont il fera un large usage, et que l'on peut observer dans de nombreuses oeuvres présentées ici.

 

Nommé dès 1770 au poste de garde des tableaux du roi, il participe à la réflexion sur la création d'un musée présentant une partie de collections royales. Chahuté par la Révolution, il est nommé en 1796 Conservateur du Musée National des Arts, qui deviendra l'actuel Musée du Louvre. Il imagine alors des transformations et aménagements possibles pour des espaces comme la Grande Galerie, que l'on peut voir sur l'affiche de l'exposition. 

 

Pour un peintre assez peu connu du grand public, le Louvre a fait le choix judicieux de la pédagogie, n'hésitant pas à doter chaque oeuvre d'un cartel très complet. Ce dernier, outre les informations habituelles, dégage pour le visiteur néophyte tout un ensemble de caractéristiques, permettant de comprendre sa singularité ou ses influences. Tous les aspects de l'oeuvre du peintre sont ainsi présentées, entre tableaux, croquis et gravures. L'exposition n'oublie pas non plus sa participation à la conception de décors, jardins, meubles et objets, notamment pour la laiterie de la reine Marie-Antoinette à Rambouillet. 

 

A souligner également, la présence d'un écran permettant de feuilleter en version numérique un des croquis de jeunesse de l'écrivain. Ce dispositif réjouira tous ceux, qui,  comme moi, sont fascinés par les croquis : je dessine tellement mal que je trouve presque magique la façon dont on peut, en quelques coups de crayon, rendre compte d'un paysage, d'un objet ou d'une action...

 

Le parcours m'a semblé cependant un peu long et répétitif, même pour des visiteurs habitués à parcourir les musées. Ma camarade et moi-même y avons passé trois bonnes heures, et je dois avouer que l'attention que nous avons portée aux dernières salles était quelque peu légère. 

 

Une exposition intéressante, avec de belles oeuvres, dont on salue l'effort de pédagogie. Toutefois, le souci d'exhaustivité et la longueur du parcours - 150 oeuvres, tableaux, gravures et objets - mettent au final l'attention du spectateur à rude épreuve. A conseiller plutôt aux visiteurs aguerris.

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3/5

 

Publié le 21 Décembre 2015

A l'Institut du Monde Arabe

Jusqu'au 31 janvier 2016

Prolongation jusqu'au 6 mars 2016

 

Vers le milieu des années 90, je découvre l'Égypte antique au travers d'une émission télévisée qui réunit, entre autres, Christiane Desroches Noblecourt, Jean-Yves Empereur et Jean-Pierre Corteggiani fouillant les eaux au large d'Alexandrie à la recherche du phare, mais également des restes de la cité antique. C'est avec fascination que je vois alors apparaître au fond de l'eau des statues monumentales ou des objets d'un autre temps, extirpés de leur gangue de vase puis ramenés à la surface.


Pour la gamine que j'étais, c'est le début d'une période de plusieurs années d'égyptomanie, passée à dévorer les beaux livres et les romans : je recopie alors les hiéroglyphes dans l'espoir de savoir un jour reconnaître le nom des grands pharaons, et je tombe amoureuse de Ramsès et de Toutankhamon, du moins ceux de Christian Jacq. En somme, je me passionne pour cette civilisation au point d'envisager d'en faire mon métier, me rêvant creusant le sable du désert pour en extirper quelque tombeau splendide et inconnu ou quelque objet spectaculaire.

 

Depuis, naturellement, cette folie s'est quelque peu apaisée, mais un certain frisson me parcourt encore lorsque le sujet refait surface à l'occasion de l'annonce d'une découverte ou d'une grande exposition. Déjà, en 2007, la visite de l'exposition Trésors engloutis d'Egypte au Grand Palais - chroniquée sur ce blog et occasion de me rendre compte à quel point mon écriture a évolué depuis - m'avait permis de me replonger dans mes souvenirs. C'est donc avec une émotion certaine que je pousse la porte de l'Institut du Monde Arabe pour découvrir l'exposition Osiris : mystères engloutis d'Egypte. Suivez-moi !

Osiris - mystères engloutis d'Egypte

Le dieu Osiris est l'un des plus emblématiques de l'Egypte Antique : symbole de renouveau, de renaissance et ancêtre de tout pharaon, il occupe une place à part dans le panthéon égyptien. Il règne sur la fertile vallée du Nil, jalousé par son frère Seth, le redoutable maître du désert. Ce dernier réussit à le vaincre, et le tue, éparpillant des morceaux de son corps aux quatre coins de l'Égypte. C'est alors qu'Isis, l'épouse - et soeur - d'Osiris, entreprend de parcourir le royaume afin de réunir les restes de son mari défunt. Grâce à sa magie, elle parvient à lui redonner vie le temps de concevoir un fils, Horus, qui succède alors à son père et vainc Seth. C'est cette histoire qui sera rejouée pendant toute l'ére pharaonique, donnant lieu à des fêtes et des rituels complexes. Répétés chaque année après la crue du fleuve, ces Mystères d'Osiris étaient censés assurer la préservation de l'ordre cosmique et le maintien de la prospérité.

 

L'exposition nous fait pénétrer dans le secret de cette légende, au travers d'oeuvres découvertes en baie dAboukir, à l'endroit où se dressaient autrefois les cités de Thônis-Héracléion et de Canope. Ces objets, qui dormaient au fond de l'eau, sont complétés par d'autres, découverts à terre, issus des collections de grands musées égyptiens. Statues monumentales, bijoux et objets d'art d'une grande qualité d'exécution y côtoient des objets plus modestes, présentés pour leur fonction utilitaire. 

Osiris - mystères engloutis d'Egypte

Le visiteur est ici invité à découvrir la légende d'Osiris - mais également les dieux qui y sont associés - et initié au déroulement des fameux Mystères, grâce à la présentation de nombreux objets du culte témoignant de la dévotion des prêtres autant que des fidèles. Il prend surtout conscience de l'importance de ce récit fondateur, en constatant tout le soin apporté par les dynasties successives - y compris étrangères - à se placer dans la lignée d'Osiris.

 

Fait  assez rare pour être signalé - et salué - les termes techniques employés sur les cartels sont explicités. Ainsi, si l'on utilise les mots phiale ou situle, on précise que le premier est une coupe peu profonde servant aux libations, et que la deuxième est un petit récipent rituel muni d'une anse servant à transporter de l'eau. Cela n'a l'air de rien, mais lorsque vous cherchez à comprendre un objet et que l'écriteau ne vous mentionne que son nom - qui ne vous apprend rien de plus si vous n'êtes pas familier avec certaines terminologies - une exposition peut vite perdre de son intérêt. De même, le nom d'un dieu peut être accompagné d'éléments iconographiques permettant de l'identifier par la suite. Tout est ainsi fait pour que le néophyte s'y retrouve, autant que l'initié. A noter également : l'audioguide - qui se fait vidéoguide à l'occasion - est compris dans le tarif d'entrée, ce qui peut expliquer un prix un peu élevé de prime abord.

 

Une exposition très intéressante, accessible, et à la scénographie agréablement immersive, présentant de nombreux objets de toutes sortes et abondamment commentée.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Pour plus d'informations sur l'exposition, c'est par ici, sur le site de l'Institut du Monde Arabe !

 

Publié le 8 Mai 2015

A la Pinacothèque

du 12 février au 21 juin 2015

 

La Pinacothèque a l'art de créer la surprise en s'appuyant sur un nom connu pour nous faire découvrir autre chose que ce qu'on s'attend à y voir. Déjà avec Munch, on y avait découvert tout, sauf le fameux Cri ! Ici donc, nulle grande retrospective de Klimt, mais un aperçu du bouillonnement artistique - et contestataire - de la Sécession viennoise, à la toute fin du 19e siècle et au début du 20e, au coeur de la Belle Epoque.

 

Le peintre Gustav Klimt est bien entendu largement représenté dans cette exposition, mais il n'est pas seul : deux de ses frères, Ernst et Georg, comptent également parmi les artistes exposés, sans oublier d'autres noms comme Egon Schiele, Otto Wagner, Oskar Kokoschka ou Adolf Loos, entre autres. On y découvre - ou redécouvre - l'esprit de la Sécession et son opposition à la mainmise des galeristes viennois sur un marché de l'art trop conventionnel au goût de ces jeunes avant-gardistes.

 

Dans leur volonté de créer un art total, ils explorent des domaines aussi variés que l'architecture, la peinture, la sculpture, mais également le mobilier, la céramique, ou encore le textile et la bijouterie. Réunis autour d'une revue, intitulée Ver Sacrum (printemps sacré) faisant office de manifeste, ils organisent leurs propres expositions, notamment au Palais de la Sécession, auquel tout un pan de l'exposition est consacré. C'est là qu'est exposée une reconstitution de la fameuse fresque de Klimt rendant hommage à Beethoven, dont on ne peut s'empêcher de déplorer qu'elle n'ait pu faire le voyage depuis Vienne. De nombreux autres objets illustrent donc cette notion d'art total, et, outre les tableaux on peut admirer des meubles, et quelques bijoux, qui n'ont pas manqué de retenir mon attention.

 

Un certain nombre de thématiques récurrentes sont également mises en avant, comme l'adolescence, symbole d'éveil, mais également la femme, fragile ou fatale, avec des figures comme Salomé ou Judith, dont le charme vénéneux me fascine toujours. L'exposition se clôture en interrogeant les relations entre la Sécession et l'Expresionnisme, courant qui l'a suivie de peu et dont les liens apparaissent évidents quand on observe les oeuvres d'artistes comme d'Egon Schiele. Cette exposition laisse surtout apparaître l'essence d'un mouvement qui a connu rapidement plusieurs scissions, mais qui a choqué son époque avec des partis pris esthétiques osés, à contre-courant de l'académisme alors de mise. Car, au-delà d'une vision commune, c'est surtout cette opposition à l'art " en place" qui a soudé ses artistes.

 

Une exposition avec de très belles oeuvres, une scénographie thématique que l'on suit sans difficulté particulière, et par conséquent très abordable quelle que soit sa connaissance de l'époque ou des artistes. Vous connaissez mon credo : beau + abordable à tous niveau de connaissance + intéressant = une expo qu'il faut courir voir !