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Publié le 20 Février 2017

Un spectacle d'Olivier Giraud 

Au théâtre des Nouveautés 

 

 

Il fallait une bonne dose d'audace - ou d'inconscience - pour oser monter un spectacle en anglais à Paris. Une ville où, en dépit de l'afflux de visiteurs venus du monde entier, il n'est malheureusement pas rare d'entendre répliquer à un touriste perdu et demandant son chemin "Monsieur, ici on parle français ! ". Sans grande surprise, c'est donc avec incrédulité, voire suspicion, qu'Olivier Giraud a tout d'abord été accueilli par ses interlocuteurs lorsqu'il a entamé ce projet. Personne ne croyant à la réussite de ce spectacle, il a finalement monté sa propre boîte de production pour le mener à terme. Et Depuis 2009, le spectacle a fait son petit bout de chemin : le bouche à oreilles aidant, c'est dans une salle quasi comble que Monsieur Lalune et moi-même découvrons How to become Parisian in one hour au Théâtre des Nouveautés. 

 

Un public assurément divers, composé d'expatriés et de touristes étrangers, mais également de français venus de province et de parisiens dotés du sens de l'humour - si, si, il paraît que ça existe. Il y a ici Mexicains, Italiens, Américains, Argentins, Australiens, Marocains, Anglais, Danois, Canadiens, Allemands - entre autres... Un mélange qui confère à la salle une ambiance très différente de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les salles parisiennes : plus réactif, bon enfant, plus expressif, aussi. Bref, un public qui s'amuse, et qui le fait savoir ! 

 

 

L'occasion pour les étrangers de comprendre pourquoi ils se font repérer à coup sûr ! Afin de permettre aux non-initiés de se fondre un maximum dans le microcosme de la capitale, Olivier Giraud procède donc à un cours de parisien accéléré. Comment communiquer avec un chauffeur de taxi ou un serveur ? Comment se comporter dans un café, un magasin, s'habiller, prendre le métro, danser, embrasser, et le plus important : comment exprimer son mécontentement comme un parisien ? 

 

Certains objecteront que l'on égrène ici pas mal de clichés. C'est en partie vrai, sans que ces clichés soient totalement faux non plus. Toutefois, puisque le comédien tire à vue sur tout le monde, l'ensemble trouve son équilibre : si les américains sont taquinés sur leurs connaissances approximatives et leur enthousiasme débordant, l'exubérance latine ne sera pas plus laissée de côté que la propension des parisiens à être peu amènes.  

 

 

S'il est bien entendu conseillé de comprendre un minimum l'anglais, que les moins anglophones se rassurent : nul n'est besoin d'être bilingue pour apprécier ce spectacle. Le comédien arbore un accent français - que je crois volontaire - qui rendra l'ensemble plus compréhensible pour nos compatriotes. De plus, une grande partie des effets repose davantage sur les expressions et la gestuelle, ainsi que sur l'interaction avec le public, que sur le langage lui-même, rendant l'ensemble très accessible. 

 

Et à la sortie, si le coeur vous en dit, Olivier Giraud vous attend pour discuter du spectacle, ou prendre une photo. Et avec la moue parisienne de rigueur, s'il vous plaît ! (dont ma maîtrise est encore balbutiante, visiblement...) 

 

 

En bref, How to become Parisian in one hour ? est un spectacle où l'on rit autant des autres que de soi-même. Un bon moment à passer ou à conseiller à des amis anglophones de passage pour lesquels l'offre théâtrale à Paris est si rare !

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Plus d'informations sur le site du Théâtre des Nouveautés

 

Publié le 4 Janvier 2017

Dans ma chronique du spectacle Fabien Tucci fait son Coming Outch, en juillet dernier, je vous avais fait l'aveu de l'un de mes secrets les plus honteux - et sans doute le plus mal gardé. A l'occasion de la reprogrammation de ce spectacle au théâtre du Marais, le jeudi 12 janvier, j'ai eu la chance de rencontrer Fabien Tucci le temps d'une petite interview. A son tour de vous révéler quelques-uns de ses secrets...

 

Coming Outch est ton premier spectacle : comment est-il né ? A t-il a été mûri patiemment, sketch après sketch ou est ce qu'un jour tu as eu une idée et tu l'as écrit d'une traite ?

 

A la base, je ne pensais pas être humoriste, c'est quelque chose qui m'est tombé d'un coup, dessus. Un soir, sur les 2h du matin j'ai vu une annonce pour un projet de série produit par TF1 : "cherche homo qui ne fasse pas homo". J'y réponds, et tout se passe super bien avec le directeur de casting : j'étais dans les 20 derniers, les 10 derniers, les deux derniers... et finalement, je n'ai pas été pris ! Quinze jours après, il me rappelle pour me proposer le rôle d'un homophobe sur le même projet. Bien sûr j'ai dit oui !

 

On part à Malaga, et là bas, à 10 minutes de tourner, j'apprends qu'il s'agit de Mon incroyable fiancé 2. C'est là que j'ai commencé à m'inquiéter, car c'est un concept d'émission où les gens peuvent croire que c'est une télé-réalité alors que c'est une comédie réalité, c'est à dire que la plupart des personnes sont des comédiens. Et vu le rôle de composition qui m’était réservé, je me suis dis qu’une fois passé à la télé, je serai sûrement interdit de Marais. C'est là qu'est venue l'idée d'écrire un spectacle pour me montrer tel que je suis vraiment. D'abord des petits sketches que je jouais dans un bar à Ménilmontant, puis un spectacle entier qui a évolué au fil des années. Je peux dire qu’en 6 ans, le petit a bien grandi! (sourire)

 

Le titre Coming Outch fait clairement référence au fait d'être gay. Était-ce une volonté délibérée dès le départ ou cela s'est-il imposé peu à peu ?

 

Oui, dès le départ. Même si au final, j’ai été beaucoup coupé au montage, ce tournage pour TF1 m’a donné l’opportunité de m’exprimer en toute liberté sur scène. Après, oui je suis gay mais je tiens à préciser que c’est un spectacle universel avant tout. Chacun de nous, au moins une fois dans sa vie, sort un jour ou l’autre du placard. Attention, je ne dis pas que tout le monde est homo… quoique si, au final, on est tous des homo… sapiens!

 

On sait que dans un spectacle comique, les choses sont déformées, exagérées, amplifiées, mais dans Coming Outch, quelle est la part de vécu et celle de fiction pure ?

 

Le spectacle est vrai à 90%! Quelques retouches ici ou là et un sketch purement inventé mais je ne préfère pas te dire lequel, c’est au spectateur de deviner… En revanche, ce qui est amusant, c’est la réaction du public à la sortie du spectacle. Beaucoup me demande si je suis homo ou hétéro. To be or not to be, telle a toujours été la question.

 

Spoiler alert : si vous n'avez pas vu le spectacle, la question suivante dévoile les dessous d'un sketch

 

J'ai vraiment beaucoup ri avec le sketch de Bourriquet... Comment est-il arrivé sur le spectacle ?

Au début, j'avais un babygro, que ma tante m'avait offert pour Noël, et dont je ne savais pas trop quoi faire. Et puis pour ma première dans un théâtre je trouvais amusant de le porter, et il est resté. Il a finalement été tellement utilisé, troué, abîmé, qu'il a fallu que j'en trouve un autre. Et j'en ai trouvé un à l'effigie de bourriquet, je me suis dit qu’il avait une bonne bouille, je lui ai donc proposé de monter sur scène avec moi! Depuis il mène sa petite carrière, je suis sûr qu’un jour il me volera la vedette! (sourire)

 

Est ce que tu penses, qu'aujourd'hui, il faut être gay pour faire rire des gays ? Ou est ce que c'est simplement une légitimité supplémentaire ?

 

Avoir une légitimité parce que je suis homo, oui, bien sûr, mais je trouve dommage de se dire que seuls les juifs peuvent rire des juifs, que seuls les arabes peuvent rire des arabes... dès qu'on va parler d'une communauté dont on ne fait pas partie, on est forcément plus suspect. A croire qu’il faut être juif, noir, arabe, asiatique, handicapé, (…) et homo pour pouvoir rire de tout… ça fait beaucoup pour un seul homme!

 

Je ne cherche pas à être pro-gay, le spectacle n'est absolument pas revendicatif, je voulais qu'il parle vraiment à tout le monde. Depuis 6 ans que je le joue, je vois la diversité des spectateurs, j'ai vraiment du public de 7 à 77 ans des femmes, des hommes, des hétéros, des bi...! Forcément, chacun le prend à travers son expérience, son histoire, son ego, mais je trouve que le spectacle a une bonne raison d'exister. Une fois, j'ai eu une mère de famille qui avait des doutes sur son fils, mais qui n'osait pas évoquer le sujet avec lui. Elle me dit, "grâce à vous, je pourrai enfin parler à mon fils". C'est un beau cadeau, et c'est vraiment là où le spectacle a un sens. Je connais beaucoup de personnes qui vivent une vie cachée, qui ne s'assument pas totalement et qui, au final, sont malheureux. Moi, je ne veux avoir aucun regret dans ma vie : j'ai envie de me retrouver à 80 ans et de me dire, j'ai fait ce que j'ai voulu faire, c'est bon, j'ai profité de la vie !

 

Quel serait ton dernier coup de cœur culturel ? Le film, livre, spectacle, exposition que tu aurais envie de faire partager ?

 

Ces derniers temps je n'ai pas eu trop le temps de sortir, et globalement, je suis éclectique, donc c'est assez compliqué. Par exemple, mon film préféré, côté dramatique, c'est Requiem for a Dream, mais sinon, j'aime aussi beaucoup Hairspray – qui n'a rien à voir – pour le côté feel good. Côté scène, il y a en ce moment au théâtre du Marais a un duo qui s'appelle Jeux de planches, ce sont deux nanas, elles sont totalement barges ! Côté lecture, mon livre de chevet actuellement, c’est Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tollé. J’avoue, ça n’a rien de romanesque mais ça aide beaucoup.

 

Des projets à venir ?

 

Bourriquet au cinéma dans Jour J, et une pièce de théâtre pour moi dont je ne peux pas encore parler pour le moment, parce que c'est tout frais.

 

Sinon, je voudrais relancer ma pièce de théâtre Roberta, Diva malgré lui, pour fin 2017-2018 : c'est l'histoire d'une famille de drag-queen de père en fils, et là le fils est hétéro ! C'est une comédie musicale, avec des parodies de chansons, qu'on a joué pendant trois ans, et là j'ai récupéré le bébé... j'aime bien prendre le contre-pied, on peut plus facilement dire les choses !

 

Et puis Coming Outch, bien sûr, que j'aimerais vraiment emmener faire un petit tour de France ! Ce qui m'intéresserait, c'est d'aller jouer dans des coins où justement, l'homosexualité n'est pas comprise, ou pas toujours acceptée. Je trouve ça encore plus intéressant, si ça peut faire un peu avancer les choses ! Ce serait un mâle pour un bien!

 

Fabien Tucci fait son Coming Outch 

Au théâtre du Marais 

Jeudi 12 janvier 2017 à 20h 

Informations et réservations ici ou ici

 

Publié le 30 Octobre 2016

A la Galerie Sakura 

Du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017 

 

Certains lieux semblent militer contre la morosité ambiante : c'est le cas de la Galerie Sakura, qui propose depuis début octobre une exposition intitulée Décalage immédiat. En réunissant des oeuvres, essentiellement photographiques, de pas moins de 36 artistes, elle nous donne à voir - et à acheter - des pièces très différentes : parfois colorées, drôles, ironiques, poétiques, ou tout simplement pop, elles partagent comme seul point commun un certain sens de la dérision. 

 

Parmi les artistes exposés, difficile de vous citer tous ceux que j'ai apprécié plus particulièrement, mais s'il fallait n'en citer que trois, je retiendrai les paysages humains de Carl Warner, les montages de Rui Pinho, associant célébrités et personnages animés de la culture populaire, ou encore les photos de Alain Desjean mettant en scène un homme bedonnant dans des situations de grossesse. Il y a tellement de styles différents, que chaque visiteur devrait pouvoir y trouver son compte. En tout cas, n'hésitez pas à y faire un petit crochet si vous passez dans le coin, et pourquoi pas y dénicher un cadeau de Noël, car les premières oeuvres - des tirages argentiques en série limitée, encadrés sous verre - sont à partir de 65€. 

 

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site internet de la Galerie Sakura, 21 rue du Bourg Tibourg, Paris 4e

Publié le 14 Juillet 2016

Aux Feux de la Rampe

le 29 octobre 2016 à 20h 

 

(Update de l'article du 14 juillet) 

Cette chronique commencera par un aveu : j'ai un rire épouvantablement sonore, dénué de toute élégance. Aussi, malgré mes efforts polis pour tenter de le rendre socialement acceptable, il m'est difficile de l'étouffer lorsque je vais au spectacle. Alors que je me croyais dissimulée dans la pénombre ambiante, je m'en suis donnée à coeur joie. Jusqu'à ce que je comprenne à la sortie - non sans un certain embarras - que j'ai au contraire bien été identifiée comme la propriétaire dudit rire - les petites salles sont traîtresses ! Bref, j'ai ri, j'ai ri, j'ai ri. 

 

 

C'était ce soir-là la dernière du spectacle de Fabien Tucci au théâtre populaire du Reinitas. L'occasion de découvrir tout à la fois un lieu à l'ambiance fort sympathique et un humoriste qui ne manque pas de piquant ! Il évoque avec nous la découverte de sa sexualité, mais également ces moments de coming out qui, selon les interlocuteurs, se passent plus ou moins bien. Attention, il y a quand même de quoi traumatiser les âmes sensibles : je ne pourrai plus jamais voir les pyjamas bourriquet du même oeil ! 

 

Avec de l'énergie à revendre et une capacité évidente à embarquer son public derrière lui, Fabien Tucci nous raconte sa vie et ses amours avec un mélange de fausse candeur et de franc-parler qui détonne. Un spectacle dénué de clichés à l'emporte-pièce, très drôle - mais je me répète, peut-être - qui parle des gays, bien sûr, mais au fond, surtout d'amour, de sexualité et de relations humaines, tout simplement. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Pour la date du samedi 29 octobre à 20h aux Feux de la Rampe, plus d'informations par ici  http://www.billetreduc.com/167436/evt.htm

Publié le 27 Mai 2016

Aux feux de la rampe

Tous les mardis à 18h45

Jusqu'au 14 juin 2016

 

Du cinéma américain, sur scène, joué par un seul comédien, en voilà un challenge ! C'est cependant celui qu'a choisi de relever Winston Carter. Alternant stand-up et reconstitution de blockbusters américains et français - si, si je vous promets - le comédien nous emmène dans un univers qui semble de prime abord familier et qui pourtant sait recèler quelques surprises encore. 

 

Malgré un horaire qui lui complique significativement la tâche - difficile de faire salle comble un mardi soir à 18h45  - le comédien s'investit à fond, cherchant à capter la salle avec une énergie débordante.  Technique classique mais diablement efficace du stand up, il prend notamment pour cible une spectatrice -  ma camarade Anaïs ce jour-là - lui permettant d'interagir directement avec le public. La mise en scène utilise par ailleurs tous les moyens à sa disposition pour figurer habilement - et à moindre frais - les éléments constitutifs d'un contexte particulier : un peignoir et une perruque se transforment par exemple sous nos yeux en une magnifique jeune première, et une bande son permet au comédien de discuter avec des personnages absents physiquement. Cette technique simple en apparence demande en réalité un travail de synchronisation très précis, car au moindre décalage, ce qui était crédible peut devenir grotesque. Un écueil soigneusement évité. 

 

 

On aime la reconstitution de l'esprit des films des années 90, avec leurs clichés ethniques, leurs héros musclés sans cervelle et leurs scénarii invraisemblables. On est aussi heureux de constater que cette époque est révolue, et que les blockbusters d'aujourd'hui ont gagné en finesse (comment ça, non ?). On tape un peu sur les français, mais surtout sur les Américains, avec leur amour des armes, des acteurs qui dérapent, et leur - parfois peut-être trop - grand sens du spectacle. 

 

C'est aussi l'occasion de se rappeler à quel point l'exercice du one man show est difficile, surtout dans une salle à moitié vide, dont les quelques rires peinent à donner à Carter l'élan dont il aurait besoin pour en générer davantage. Alors oui, on ne rit pas vraiment aux éclats, et quelques gags que l'on sent encore en rodage tombent un peu à plat. Mais l'investissement du comédien impose le respect, et l'on sent tout les efforts déployés pour capter l'interêt de la salle tout au long du spectacle. Bien construit, cohérent, nous avons passé une bonne soirée avec ce Winston , acteur américain qui respire une chouette énergie et qui ne demande qu'à se bonifier avec le temps. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5 

 

Plus d'informations sur Les Feux de la Rampe  ou sur www.winstoncarter.net

 

Publié le 23 Février 2016

De Tim Miller 

 

 

Deadpool est l'anti-héros le plus atypique de l'univers Marvel. A l'origine, il s'appelait Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va le défigurer, mais accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d'un humour noir survolté, Deadpool va traquer l'homme qui a bien failli anéantir sa vie.

 

 

 

 

 

Comme beaucoup de spectateurs, j'ai suivi la vague de films de super-héros qui ont déferlé ces dernières années, avec d'autant plus d'attention que le docteur ès comics avec lequel je partage ma vie s'intéressait au sujet d'encore plus près. Les bibliothèques de la maison étant remplies de DC et Marvel, il lui était à priori difficile de passer à côté de Deadpool. 

 

Curieusement, alors que ce personnage m'était inconnu, Monsieur Lalune a immédiatement relevé son potentiel cinématographique. Parmi ses spécificités, on peut mentionner le fait qu'il ait été le premier à briser le 4e mur, et surtout, une certaine tendance à être bavard, violent, sale, et méchant. Ou franchement idiot. On ne sait pas vraiment, en fait. Toujours est-il que Deadpool apparaît franchement atypique dans le paysage super-héroïque, si tant est qu'on puisse réellement considérer en tant que tel un personnage qui boit, jure, égrène les blagues salaces et fréquente les professionnelles...

 

Le seul réel point commun qu'il partage avec ses autres camarades en collants est de faire la chasse à des super-vilains : des êtres machiavéliques doublés de sadiques assumés, dans le cas qui nous occuppe. Ces derniers vont méchamment amocher sa petite gueule et ça tombe très mal puisque Wade Wilson, qui n'est pas encore Deadpool, était sur le point d'épouser une poulette dont il était raide dingue. Et ça ne va pas l'amuser du tout du tout ! 

 

Dès le générique on comprend que le second - voire le troisième ou quatrième degré - sera le maître-mot du film. Sur un mode qui rappelle les très décalés "Honest trailers", le générique prend un malin plaisir à citer, au lieu du nom des acteurs, les clichés qu'ils sont censés incarner : vous y trouverez donc, entre autres,  "un imbécile heureux", "une bombasse" et  "une ado vénère". Non content de se payer la tête de ses interprètes, il égratigne au passage le reste de l'équipe, précisant que le film est réalisé par "un blaireau surpayé" et  - excusez, je cite - "produit par des trous du cul".

 

Le reste du film est à l'aune de cette entrée en matière  : vannes salaces d'un goût douteux, personnage complètement à l'ouest, références multiples, scènes d'action survoltées, autodérision (Deadpool qui fait des réflexions sur Ryan Reynolds - l'acteur qui l'incarne) tout s'enchaîne quasiment sans répit, avec un sens du rythme certain. Après le côté très lisse de nombreux héros (qu'on aime bien aussi, mais c'est un autre genre), il devient jubilatoire d'en découvrir un complètement déglingo. A chaque fois que l'on semble tomber dans un poncif, il est instantanément pulvérisé, pour notre plus grand bonheur ! 

 

 

Soulignons au passage la belle prise de risque du studio : accepter de produire un film de super-héros interdit à certaines catégories de spectateurs (R-rated aux Etats-Unis soit interdit aux moins de 17 ans non accompagnés et interdit aux moins de 12 ans en France) demeure un fait assez rare pour être remarqué. 

 

Au final, si le film n'est sans doute pas aussi transgressif qu'il aurait pu l'être et bien moins trash que le comics - il faut savoir raison économique garder -  le résultat reste joyeusement décalé, conçu pour assurer un maximum de divertissement. Certains feront - à juste titre - remarquer que l'épaisseur du scénario est comparable à celle du papier à cigarettes. Toutefois, le fait m'a semblé assez peu gênant dans le cadre d'un premier film présentant la genèse du personnage. Il faudra cependant veiller, pour les suites d'ores et déjà en préparation, à sérieusement muscler l'histoire sous peine de finir par verser dans l'avalanche de blagues sans cohérence scénaristique. 

  

Pour des spectateurs un peu lassés du défilé de super-héros de ces dernières années, Deadpool s'avère un spectacle rafraîchissant et insolent, parfois de mauvais goût, mais tellement assumé qu'on accepte avec plaisir de se laisser convaincre. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5

 

La bance annonce ci-dessous est la version non-censurée, qui vous donnera un bon aperçu de l'esprit du film. A vos risques et périls ! 

 

Publié le 24 Novembre 2015

Au théâtre des Blancs Manteaux

du au 9 octobre au 30 décembre 2015

prolongations jusqu'au 2 avril 2016

 

Cela faisait longtemps que je n'étais pas allée voir un one-man-show, c'est pourquoi j'ai accepté avec plaisir une invitation à découvrir le spectacle d'Alex Ramirès. 

 

Dès les premières minutes, l'humoriste réussit à embarquer le public derrière lui avec une énergie incroyable, que l'on pourrait croire un peu forcée au départ, mais qui devient rapidement extrêmement communicative. Tour à tour prenant directement le public à témoin, ou incarnant des personnages, il nous emmène chez sa nounou tendrement alcoolique, dans la jungle de la cour d'école ou dans les coulisses de la téléréalité, nous parle de super-héros, de comédies romantiques et de sa peur de vieillir.

 

Sans jamais verser sans l'humour scabreux et tissant une complicité étroite avec le public, il brosse des portraits qui, parfois, finissent par nous ressembler :  des textes et une interprétation sans bête méchanceté, où l'on sent toujours poindre, malgré tout, une certaine bienveillance. C'est drôle, énergique, on y rit des autres - un peu de soi-même, aussi - de quoi passer une excellente soirée en compagnie d'un artiste chaleureux. Si vous voulez mon avis - ce qui est sans doute un peu le cas si vous avez pris le temps de lire ces lignes jusqu'ici - allez donc voir Alex Ramirès pendant qu'il joue encore dans une salle à taille humaine, car sans aucun doute, c'est là que se révèle le mieux son jeu, mais également toute l'étendue de ce contact privilégié qu'il arrive à nouer avec son public, le temps d'un spectacle. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Publié le 9 Novembre 2015

De Sophie Sara

Mise en scène de Manon Savary

Au Théâtre Trévise

Du 1er octobre 2015 au 2 janvier 2016

 

 

C'est sur les conseils d'Anna B, de We are girlz, connaissant bien mon faible pour l'opéra, que j'ai franchi les portes du théâtre Trévise pour découvrir Carmen à tout prix. 

 

Hélas, le spectacle semble compromis pour cause de grève des artistes et techniciens. Heureusement, le directeur du théâtre et sa collaboratrice vont tout faire pour y rémédier, quitte à endosser eux-mêmes quelques rôles. Pour leur prêter main forte, il vont pouvoir compter sur une diva non gréviste - uniquement car un grand directeur de théâtre est présent dans la salle - et un de ses amis, incarnation vivante de l'expression "con comme un ténor". Le décor est planté, place au rire...et à la musique !
 

Bien sûr, ceux qui attendent des airs comme on pourrait les entendre à l'Opéra de Paris en seront pour leur frais, mais tel n'est - surtout pas ! - le but, ne serait-ce que parce que les dimensions de la salle ne se prêtent pas à une même utilisation de la voix. En revanche, ces mêmes dimensions permettent de jouer sur d'autres tableaux, avec des accents moins lyriques et plus intimes, dont on aurait tort de se priver. La mise en scène déconstruit avec bonheur l'oeuvre de Bizet, en jouant sur les conventions de l'opéra, sur la maladresse de ses personnages, et sur cette représentation qu'ils entendent bien donner coûte que coûte malgré les embûches.

 

C'est drôle, enlevé, bien qu'un peu fouillis par moments, ce qui peut cependant se justifier par le parti pris de départ . Les effets comiques parleront à tous, même si les spectateurs déjà familiers avec les clichés de l'opéra et les personnalités que l'on peut croiser dans le monde du spectacle y trouveront sans doute plus de sel. En définitive,  l'ensemble est par dessus tout extrêmement accessible. Et au moment ou la folie est à son comble, lorsqu'on s'y attend le moins, paf ! un air entier nous est donné à entendre, et l'on perçoit toute la beauté et l'émotion de la Carmen originelle : redoutable d'efficacité. De quoi passer un excellent moment, et permettre d'approcher l'opéra de façon ludique à un grand public trop souvent convaincu que cet art est élitiste et par conséquent qu'il n'est pas pour eux.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 25 Septembre 2015

Au restaurant cabaret Port du Salut, les 27 septembre et 28 novembre 2015

 

La rivalité entre divas? Une légende! Les promotions strapontin ? Inexistantes ! Quant à l'austérité de l'art lyrique ... ne leur en parlez même pas, car ces Deevaz délurées vont vous faire oublier tout ce que vous croyiez savoir sur l'opéra ! 

 

Depuis les cours de chant jusqu'à la représentation, en passant par les auditions ou l'entracte, elles nous emmènent à la découverte de leur vie (pas si) rêvée. Après enquête, on apprend cependant que toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé serait fortuite...ou pas! Le spectateur est invité à (re)decouvrir tout au long du spectacle des arias célèbres qu'il ne verra décidément plus du même oeil, et emprunte également à leurs côtés les chemins de traverse avec des airs issus d'autres répertoires, plus inattendus les uns que les autres. Ces stars avec l'ego desquelles on ne plaisante pas, malmènent leur pauvre pianiste qui reste un ange de patience face à quatre caractères bien trempés.

 

J'ai beaucoup ri, car on sent à quel point ces chanteuses s'éclatent à jouer leur propre caricature, et cette bonne humeur est extrêmement communicative. Et par-delà les brillants, les perruques et les plumes, on sent surtout chez ces Deevaz un amour viscéral de la scène et de ce métier si difficile qui est le leur.  Un show burlesque et haut en couleurs à la mise en scène délirante, où la surenchère de costumes n'empêche pas l'émotion de naître, tant la sincérité reste palpable.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Les Deevaz font partie du collectif « Au nom de la Joie » qui occupe toute l’année la salle de spectacle du restaurant cabaret Port du Salut, au 163 rue St Jacques, 75005, Paris

 

Si vous voulez découvrir l'ensemble des membres de ce collectif, deux autres dates sont à retenir :

1er novembre : le collectif "au nom de la joie" fête l’Halloween

13 décembre : le collectif "au nom de la joie" fête Noël

Publié le 10 Septembre 2015

De Patrice Romain, 

Aux éditions Flammarion 

 

Ah, nos chers, nos adorables petits!

Effet de groupe? Besoin de s'affirmer? Désir de briller devant les autres? Pourquoi, sitôt endossés leurs habits d'élèves, se transforment-ils en chenapans?

La plupart du temps, les professeurs, à l'infinie patience, supportent. Mais, parfois, ils craquent et dégainent la seule arme autorisée au collège : le stylo. Ou attendent d'être chez eux afin d'utiliser la grosse artillerie : le clavier. Dans les deux cas, ils constatent, exposent, révèlent, relatent, dénoncent les faits amusants, surprenants, singuliers, décourageants, récurrents, ahurissants qui rythment leur quotidien....

 

 

 

Après un premier ouvrage compilant les mots d'excuse écrits par les parents, Patrice Romain réunit ici les rapports et les mots des enseignants destinés au CPE (ex "surgé")

Là où le précédent opus laissait apparaître en filigrane toutes les maladresses, les indiscrétions,  et parfois jusqu'aux misères des foyers, la lecture de cet ouvrage m'a laissée une impression un peu plus mitigée.  En effet,  l'ensemble est par essence beaucoup plus lisse, voire répétitif,  car il émane d'un corps enseignant socialement plus uniforme. Et même si l'on sent parfois poindre la réalité d'établissements plus difficiles que d'autres, les faits reprochés se ressemblent inévitablement. 


On sent l'exaspération des professeurs, parfois même un certain desarroi face au rôle de policier qu'ils doivent endosser. Si certains enseignants semblent trop épidermiques - reconnaissons que parfois, élèves ont juste voulu faire les malins sans que leur faute ne soit bien grandes, d'autres en revanche laissent entrevoir de vraies questions sociétales de respect et de civisme qui sont beaucoup plus inquiétantes. Evidemment, en axant le livre sur les éleves remuants, le risque est d'oublier tous ceux qui ne le sont pas. Toutefois, les enseignants sont aux premières loges pour constater les évolutions sociales au travers des jeunes qu'ils côtoient tous les jours. A l'heure où l'échec du système scolaire français devient un sujet d'interrogation récurrent, il est peut-être temps de réfléchir à la place des parents, de l'autorité et des savoirs pour laisser aux professeurs le soin d'enseigner et non d'éduquer. Car au delà de tout dogmatisme politique ou pédagogique, et même s'ils sont parfois maladroits, ou trop usés, les enseignants sont bien ceux qui, année après année, remettent le travail sur l'ouvrage pour mener à bien leur mission.

Un ouvrage un peu répétitif, mais très humain, qui révèle bien plus que ce que son apparente légèreté pourrait laisser penser.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5