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Publié le 17 Mars 2017

D'Olivier Casas

 

Au détour d’un dîner, les révélations faites à travers le baby-phone d’une chambre d’enfant  vont créer un véritable cataclysme au sein d’une famille et d’un groupe d’amis…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une jeune mère en plein baby blues, un père qui la délaisse au profit de la musique où il cherche en vain à percer, un ami qui lui, a réussi et un chirurgien séducteur maladif. Voilà le quatuor d'amis réunis à la faveur d'un dîner. Ajoutez à cela une belle-mère acariâtre, un beau-père narcoleptique et une chanteuse célèbre et capricieuse,  et vous obtenez un cocktail de personnages tout prêts à exploser. L'étincelle qui manquait va venir du baby phone : une conversation tenue à mi-mot au dessus du berceau de la petite va ainsi être entendue dans le salon, révélant quelques secrets plutôt gênants. 

 

 

Si certains personnages convainquent plus que d'autres, l'ensemble est globalement bien huilé, avec quelques moments hilarants, lorsque, un mensonge en entraînant un autre, chacun s'enferre sans savoir qu'il est percé à jour... Pour autant, il manque souvent à Baby Phone deux éléments essentiels à une bonne comédie, au delà des gags : l'attachement aux personnages et l'émotion. Sans empathie pour les personnages - c'est à dire sans reconnaître dans leurs petites lâchetés ou blessures certaines des nôtres - on en vient à les considérer comme des archétypes vides, parfois efficaces, mais qui semblent presque mériter ce qu'il leur arrive. Et c'est sur ce terrain aride que l'émotion, lorsqu'elle apparaît par petites touches, peine à grandir. 

 

Avec un ressort classique du théâtre et du cinéma - surprendre une conversation qui ne nous est pas destinée - Baby phone ménage des moments de rire efficaces, mais sans âme véritable, faute de véritable tendresse pour les personnages. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

 

Publié le 21 Décembre 2016

D'Eric Capitaine 

 

Mathias Lonisse, créateur de la société Love is dead, est un artisan de la séparation amoureuse.Il est mandaté pour rompre à la place de celles et ceux qui pour une raison ou une autre préfèrent s’éviter cette tâche bien souvent pénible et délicate.


Mathias assume parfaitement son métier, et effectue chaque mission avec un grand sens du professionnalisme, jusqu’au jour où maman décide de quitter papa…

 

 

 

 

Je boudais un peu les comédies françaises : ultra-formatée, souvent lourdingue et molle du scénario, elles ne me faisaient plus vraiment rire. Mais, depuis quelque temps, par ci, par là, on commence à voir apparaître sur nos écrans quelques films qui semblent vouloir faire souffler sur le genre un vent de renouveau bienvenu... comme ici, avec Rupture pour tous

 

Le parti pris, déjà, est moderne : à l'heure des sites de rencontres et des start-up proposant toutes sortes de services, jusqu'aux plus incongrus, Rupture pour tous s'inscrit dans son temps. Le chef d'entreprise, ici, c'est Mathias Lanisse, créateur de "Love is dead", spécialisé dans les ruptures amoureuses : l'acte lui est ainsi délégué, par contrat, et Mathias officie avec un professionnalisme soigné et méthodique, quasi chirurgical, habité par cette certitude de faire un travail sans doute peu ragoûtant, mais nécessaire à l'humanité. 

 

 

Sans nostalgie aucune, le film cultive l'art des références délicieusement rétro, par petites touches : ici, tout commence par la silhouette élancée de Matthias en costume trois pièces traversant Paris sur son vieux vélo de course. D'emblée, on pense à M. Hulot. Comment ne pas songer également à certains couples mythiques dans les conversations entre Mathias et sa collaboratrice : le décalage entre l'intimité des sujets abordés, frôlant la provocation, et le vouvoiement, gentiment désuet pour des personnages sensiblement du même âge. L'esthétique accentue ces références vintage avec un jeu constant sur l'association des couleurs rouge et bleu, sans pour autant verser dans le décor années 60. 

 

Mais la part la plus savoureuse du film vient incontestablement de ses dialogues : très écrits, ciselés même, ils agissent sans cabotinage aucun. Mieux : prononcés au premier degré par les personnages, ils créent l'humour sans besoin de générer de gags, uniquement par le décalage qu'y perçoit le spectateur. Redoutable d'efficacité !

 

 

Quant aux protagonistes de cette histoire, ils évitent la caricature, malgré ce que le sujet pourrait laisser croire : attachants dans leurs maladresses, sensibles, lâches, ils se révèlent, en définitive, profondément humains. 

 

Rupture pour tous a été pour moi l'une des vraies découvertes bonne humeur de l'année 2016, par ailleurs assez décevante côté comédies françaises. Pétillante et enlevée, elle nous donne envie de serrer fort notre chéri(e) et de croire que le bonheur est toujours possible.

Allez, une petite danse du donut pour fêter ça ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Et en bonus, quelques photos de l'interview post projection avec Eric Capitaine, Benjamin Lavernhe, Elisa Ruschke et Antoine Gouy, effacée par mégarde avant d'avoir pu en livrer une retranscription... 

 

 

Publié le 19 Octobre 2016

De Claude Barras 

Sortie le 19 octobre 2016 

 

Courgette n'a rien d'un légume, c'est un vaillant petit garçon. Il croit qu'il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c'est sans compter sur les rencontres qu'il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu'ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas, même, être heureux. 

 

 

 

Comment aborder un sujet aussi dur que celui l'enfance meurtrie, brisée par le deuil, la négligence, la maltraitance, la violence, les abus en tout genre ? Contre toute attente, au lieu du drame que le thème aurait pu imposer de lui même, c'est la forme du film d'animation qui a été ici choisi. Un récit que l'on pourrait croire, de par sa forme, exclusivement destiné aux enfants, mais dont le fond est bien plus riche que les trames habituellement servies aux plus jeunes. 

 

Le sujet est donc douloureux, voire cruel, mais est traité à hauteur d'enfant, avec humour, justement, et surtout, avec leurs mots à eux. Si les adultes comprendront l'ampleur des traumatismes, les petits spectateurs n'en saisiront probablement que l'impression de gravité.  Rien n'est jamais montré, tout est suggéré, et la douleur même des petits pensionnaires du foyer est pudique : ces enfants que les événements ont fait souffrir trop tôt et grandir trop vite se sont forgés une carapace qu'il faut du temps pour briser. 

 

 

C'est au foyer des Fontaines que le travail et l'attention d'adultes bienveillants vont permettre à ces enfants de se reconstruire peu à peu, d'apprendre à faire confiance à nouveau, et de retrouver un peu de cette enfance qu'on leur a volé. Ils vont apprendre, rire, prendre soin les uns des autres, aussi, et faire de nouvelles découvertes. Ce qui frappe, c'est l'injustice de leur situation, dont ils s'aperçoivent lorsqu'ils sortent un moment de la bulle protectrice du foyer. Je pense notamment à une scène poignante où Courgette et ses amis observent une petite fille tomber et être consolée par sa maman. On y sent tout le désir, peut-être même la colère d'être, par simple hasard, tombé dans la mauvaise famille.

 

Toutefois, l'ensemble n'est pas dénué d'espoir. Les enfants demeurent des enfants et vont finalement réussir à vivre heureux dans ce foyer, entouré d'amis qui les comprennent et d'adultes bienveillants et aimants. Rien n'est facile, mais cela va mieux, et rien ne fait penser que la suite n'est pas plus belle encore. Ils resteront fragiles, secoués par leurs traumatismes, mais l'espoir d'une vie plus normale et la perspective du bonheur sont possibles, avec le temps. 

  

 

Un film dont l'apparente naïveté dans la forme, l'humour, même, contrastent avec la cruauté du propos, pourtant pleine d'espérance, sans défaitisme, sans déterminisme. On en ressort profondément touché, révolté par l'injustice de la naissance et assez confiant dans l'idée que l'amour reste le meilleur remède à apporter à ces situations insupportables. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 4 Octobre 2016

De Gabriel Julien-Laferrière

 

Bastien, 13 ans, est au centre d’une famille recomposée: 6 demi-frères et soeurs, 8 « parents » et autant de maisons. Son emploi du temps familial est bien plus complexe que celui du collège... Trop c’est trop : les enfants décident de faire leur révolution et inversent les règles. Tous ensemble, ils squattent un grand appart’, et ce sera désormais aux parents de se déplacer !

 

 

 

 

 

 

J'ai toujours un peu peur en ce moment lorsque je vois une comédie française sortir. En effet, j'ai trop souvent l'impression - malheureusement confirmée ces derniers temps (ici ou ici) -  que l'on choisit des têtes d'affiche sympathiques, quelques gags qui se retrouveront tous dans la bande annonce, et que l'on court les plateaux télé en quête de promo, oubliant la plupart du temps un ingrédient essentiel : le scénario.

 

Alors bien sûr, un film sur la famille recomposée, rien de bien nouveau sous le soleil de la comédie. Un thème regorgeant potentiellement de malentendus, de tensions, de non-dits propice à générer gags et rires. Mais ici, ce n'est plus de la famille recomposée, c'est un véritable puzzle !  Tout le monde s'y perd, à commencer par les demi-frères et soeurs de cette fratrie, lassés de transporter chaque semaine leur vie dans un sac à dos pour migrer d'une maison à l'autre au gré des droits de garde successifs. Ce sont eux, les enfants et ados en quête de stabilité, qui vont décider de se créer un véritable foyer et de mettre les adultes devant leurs responsabilités.

C'est quoi cette famille évite les pièges les plus grossiers en nouant l'intrigue autour d'une idée simple mais bien ficelée, et de personnages attachants chez les enfants, quoique plus caricaturaux chez les adultes.  La mécanique est bien huilée et l'ensemble fonctionne bien, porté par des acteurs, adultes ou enfants, qui semblent s'amuser comme des petits fous à donner vie à cette famille de dingues.

 

On joue beaucoup sur les clichés côté adultes la mère surbookée au travail, le geek, la prof de yoga, le séducteur invétéré, le bisounours, la prof de yoga, la mère protectrice, et, ma préférée, la grand-mêre indigne de Chantal Ladesou dont la gouaille un peu cabotine fonctionne du tonnerre. Heureusement, les personnages sont assez nombreux pour que ces clichés soient individuellement dilués dans le jeu collectif.

J'ai eu tout de même un peu peur, aux deux tiers du film, de tomber dans une série de gags façon années 90 Maman j'ai raté l'avion lorsque - spoiler alert - les enfants tentent de faire déguerpir un agent immobilier et un acheteur un peu trop empressé. Heureusement, cette scène est rapidement écourtée, l'ensemble glissant ensuite dans un happy ending sirupeux et déjà vu des centaines de fois au cinéma, sans pour autant être vraiment catastrophique non plus.

 

En définitive, C'est quoi cette famille s'avère un sympathique divertissement familial, drôle par moments, gentillet le reste du temps, mais qui se laisse regarder sans déplaisir.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

 

Publié le 10 Juin 2016

De Paolo Virzi 

 

 

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d'amitié. Une après-midi, elles décident de s'enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens « sains».

 

 

 

 

 

J'ai un penchant particulier pour le cinéma italien, ou du moins celui qui arrive communément jusque dans les salles françaises, c'est dire si ce jugement est probablement biaisé. Mais de ce que j'ai pu en apercevoir, j'aime cette sorte d'hystérie, de tempérament très extraverti qui y transparaît, avec des sentiments toujours exacerbés et des personnages hauts en couleur. Folles de joie n'échappe pas à cette définition.

 

Nous y retrouvons deux femmes qui s'offrent une escapade, une bouffée d'oxygène hors de la maison de repos où elles sont soignées. Pour le monde extérieur, elles sont malades, fragiles, dépressives, dangereuses. Beatrice et Donatella se sentent, elles, tristes et incomprises.

 

 

Car elles ne comprennent pas les lois qui les frappent, quand leur peine est si grande : Beatrice, éprise d'un truand et rejetée par sa famille aristocratique, Donatella, qui s'est vue retirer la garde de ce fils qu'elle aime tant, et dont elle n'a pas même le droit d'avoir une photo. En choisissant de montrer tout d'abord les faits de leur point de vue, le réalisateur crée un attachement instantané à ses personnages. Beatrice, peu respectueuse des règles et souvent odieuse dans sa sincérité, s'avère touchante par son incapacité à comprendre les réactions qu'elle génère. Donatella quand à elle, apparaît plus fragile, maigre et à fleur de peau, mais révèle rapidement une volonté de fer dans son entêtement à guérir.

 

Un soir, le véhicule qui doit les ramener de la pépinière, où elles travaillent, n'est pas au rendez-vous. Avisant un bus qui passe, elle décident de le prendre pour rentrer au centre. Grisées par cette nouvelle liberté, elle décident de s'amuser un peu et de profiter de cette opportunité pour recoller les morceaux de leur vie brisée.

 

 

Dans leur cavale, peu à peu, le spectateur découvre leur passé, et les dégâts que leur maladie a pu causer, mais également les raisons de leur geste. Se dessine alors à la fois l'étendue de leur incapacité à vivre dans le monde réel et le mal qui a pu leur être fait : elles n'y sont pas adaptées d'autant plus qu'il se révèle impitoyable. Jamais elles ne rencontreront dans leur entourage la bienveillance qui leur aurait peut-être permis de se relever. Souvent, elles ne trouveront qu'incompréhension, voire menace. Parfois, ce sont des inconnus qui, en leur tendant la main, finiront par leur donner le courage de continuer à avancer.  

 

Avec des actrices investies qui donnent vie à des personnages aussi imprévisibles qu'attachants, le réalisateur Paolo Virzi signe une comédie douce amère doté d'un humour grave: sous l'ivresse ambiante, le pathétique n'est jamais loin. Une cavale libératrice où l'apparente frénésie des personnages révèle tout leur appétit de vivre et leur aspiration désespérée au bonheur. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

Publié le 13 Avril 2016

De Louis Leterrier

 

Nobby Butcher n’a pas de boulot, mais cela ne l’empêche pas d’être heureux. Il a tout ce dont il peut rêver dans la vie : le foot, une petite amie géniale… et neuf gamins. Pour que son bonheur soit complet, il ne lui manque que son petit frère, Sebastian, dont il a été séparé quand ils étaient enfants. Après trente ans de recherches, Nobby retrouve finalement la trace de Sebastian à Londres. Il ignore que celui-ci est devenu le meilleur agent du MI6… Leurs retrouvailles tournent à la catastrophe, et voilà les deux frères en cavale. C’est alors qu’ils découvrent un complot visant à détruire le monde… Pour sauver l’humanité – et son frère – Nobby va devoir se lancer dans sa plus grande aventure. Pourra-t-il passer de l’état de bouffon niais à celui d’agent secret ultrasophistiqué sans faire trop de dégâts ?

 

 

 

Pour être tout à fait honnête, je n'avais pas, mais alors pas du tout envie de vous parler de ce film, découvert au cours d'une projection surprise - ça m'apprendra ! A la réflexion, je me suis finalement dit que si cette critique dissuadait ne serait-ce qu'un seul spectateur de gaspiller son argent dans cette farce aussi grotesque que vulgaire, elle aurait fait son office.  

 

A me lire, certains d'entre vous pensent peut-être que ces lignes sont le fruit d'un esprit étriqué et réactionnaire avant l'heure. Ceux qui me lisent plus souvent sauront que ce n'est pas le cas, et qu'il n'est nul question ici de morale : j'apprécie souvent les films transgressifs qui pétardent le politiquement correct et les images trop lisses. Non. Grimsby ne m'a pas choqué. En revanche, je dois admettre qu'ayant passé l'âge du pipi-caca-prout (et sperme devrais-je ajouter) il ne m'a pas fait rire. Du tout.

 

 

Il s'agit, au départ, d'une histoire d'espionnage sans grande originalité : un type maladroit, beauf et idiot obligé de faire équipe avec un des meilleurs agents existants. Des scénarios du même type, il en existe des quantités dans l'histoire du cinéma - et presque autant de navets. Cependant, ceux réussissant malgré tout à tirer leur épingle du jeu misent sur l'équilibre classique action/émotion pour aller au plus efficace dans le divertissement et finissent, inévitablement, par rendre l'improbable duo sympathique. Dans Grimsby, toutefois, l'audace semble se borner à pousser l'art de la vanne salace et scatophile jusque dans ses tréfonds. Les amateurs de ce type d'humour se régaleront. Pour les autres, vous voilà prévenus : allez voir un autre film. N'importe lequel, en fait. Vraiment. 

 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 1/5 

 

Publié le 17 Mars 2016

De Léa Fehner 

 

 

Ils vont de ville en ville, un chapiteau sur le dos, leur spectacle en bandoulière. Dans nos vies ils apportent le rêve et le désordre. Ce sont des ogres, des géants, ils en ont mangé du théâtre et des kilomètres. Mais l’arrivée imminente d’un bébé et le retour d’une ancienne amante vont raviver des blessures que l’on croyait oubliées. Alors que la fête commence !

 

 

 

 

 

 

Les Ogres, comme cet appétit de vivre et d'aimer, comme ces bouches qui s'ouvrent, béantes, pour rire à gorge déployée, mais également cette passion de la scène qui finit par les dévorer, à force de cacher leurs peines et leurs drames sous le costume d'un personnage, à grand renfort de musique, de maquillage et de paillettes.

 

Malgré les cris, les désaccords, les dérapages, les affaires de coeur et de famille. Ici, à la scène comme en coulisses, on parle, on rit, on s'engueule fort, on boit beaucoup, on vit ensemble toute la palette des émotions humaines : c'est le propre des univers clos. Ici, on bascule en un instant du rire au larmes, et des larmes au rire, sans crier gare. Car dans cet univers qui se donne aux autres chaque soir, rien ne saurait être nuancé: toute émotion est forcément extrême, décuplée par la promiscuité de la vie de troupe.

 

 

Il y a François, le metteur en scène, figure paternelle cherchant à tout contrôler à la scène comme à la ville, il y a Marion, son épouse délaissée, il y a Inès, leur fille en manque de reconnaissance, qui lutte avec la paperasse et les emmerdes qui vont avec. Il y a aussi Mr Déloyal, souffrant de dépression après le décès de son fils, et sa jeune compagne, enceinte, dont l'enfant à venir réveille toutes les craintes. Et puis, il y a le spectacle, qu'il faut à tout prix assurer, coûte que coûte, soir après soir. Et quel plus beau spectacle pour faire écho à cette histoire qu'un cabaret inspiré de Tchekhov, aux accents tantôt mélancoliques, tantôt frénétiques, recelant toute l'exhubérance des sentiments et les excès de l'âme russe ? 

 

Les Ogres est pour ma part l'occasion de découvrir Adèle Haenel, dont j'avais étendu beaucoup de bien. D'un naturel désarmant, elle campe une future mère pleine de spontanéité. Les autres comédiens sont au diapason, incarnant chacun à leur manière ces saltimbanques sur la brèche, à la sensibilité à fleur de peau et pourtant si forts à eux tous. 

 

 

Avec les Ogres, Léa Fehner nous emmène au coeur d'une histoire de famille, d'une histoire de tripes, de coeur, de passion. Un film sous forme de déclaration d'amour, où il n'est pas rare que lorsque les personnages rient, le spectateur pleure. Un spectacle où l'outrance est reine, un pied de nez à une vie ordinaire et polissée. Et au final, plus fort que tout, l'appel déchirant du théâtre, comme si la scène était le seul lieu de bonheur possible : et tant pis s'il est factice, s'il est dur, s'il est fugace, pourvu qu'il soit.

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 14 Mars 2016

Au théâtre BO Saint-Martin

 

Jusqu'au 27 mars 2016

Texte de Sacha Judaszko et Vincent Leroy 

Mise en scène de Marlène Noël

 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas regoûté aux joies du théâtre, c'est pourquoi j'ai accepté avec plaisir une invitation à venir découvrir Prête-moi ta femme sur la scène du théâtre BO saint-martin, un de ces petits théâtres dont le confort rudimentaire cède le pas à l'intimité instantanée qui s'y crée entre le spectateur et les comédiens.

 

Une proximité bienvenue, puisqu'il est ici question de couple : Léo et Léa sont au bord de la rupture. Elle lui reproche son immaturité, et une certaine aventure d'un soir. Il ne lui reproche pas grand-chose, sauf lorsqu'il apprend qu'il est stérile... et qu'elle lui annonce être enceinte ! L'histoire se corse encore quand le thérapeute de couple censé les rabibocher tombe fou amoureux de Léa...

 

Tous les ingrédients sont donc ici réunis pour chahuter notre trio de personnages : mensonges, quiproquos et malentendus sont prétextes à des situations relativement classiques dans le théâtre de boulevard mais terriblement efficaces, la fin est connue d'avance, mais... qui sait ? elle pourrait bien nous réserver tout de même quelques surprises ! 

 

 

Sacha Judaszko, qu'on avait un peu perdu de vue depuis la fin d'On ne demande qu'à en rire, joue à merveille l'adulescent gentiment idiot, et Thibault de Lussy est hilarant dans le rôle du psy à la deontologie vacillante. Quant à Anne-Sophie Bajon, que ces messieurs se disputent, elle incarne une Léa tour à tour manipulatrice ou naïve. Nous avons donc passé un excellent moment en compagnie de ce trio grâce auquel - et duquel- nous avons beaucoup ri. D'autant qu'il n'est pas exclu que l'on puisse se reconnaître soi-même dans certaines répliques !

 

Avec des dialogues qui font presque toujours mouche, des acteurs qui s'éclatent, quelques fous rires incontrôlables - autant sur scène que dans la salle - et une mise en espace astucieuse malgré l'étroitesse du plateau, Prête-moi ta femme s'avère une pièce fort sympathique qui, sans être inoubliable, n'en réserve pas moins un moment de divertissement efficace !

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5
 

Publié le 16 Février 2016

De Mohamed Hamidi

Sortie le 17 février 2016

 

 

Fatah, petit paysan algérien, n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu'il rêve d'emmener à Paris, au salon de l'Agriculture. Lorsqu'il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied,  direction Porte de Versailles ! 

 

 

 

 

 

 

Il est parfois des surprises qui vous attendent au détour d'un film découvert un peu par hasard : à voir le synopsis, on aurait été tenté de classer La vache dans la catégorie film de société, voire - ce que je déteste par dessus tout - film à message politique et moralisateur. Pour mon plus grand bonheur, c'est bien une comédie tendre et enlevée que j'ai pu découvrir ce soir-là. 

 

L'essentiel de son équilibre fragile repose sur le personnage de Fatah : une sorte de doux rêveur, un peu naïf, qui s'occupe de sa vache comme d'un membre de sa famille. Un incorrigible optimiste, débordant d'enthousiasme, de ces gens désarmants de sincérité qu'on ne peut que trouver attachants. Et c'est vrai qu'elle est belle, sa Jacqueline, avec ses grands yeux noirs bordés de longs cils !  Lorsque Fatah débarque en France, c'est un peu le choc des cultures : à sa spontanéité toute simple répondent des situations plus complexes, qu'il peine parfois à saisir, et qui vont lui jouer quelques vilains tours, heureusement sans réelle gravité. 

 

 

Encore inconnu du grand public - probablement plus pour longtemps - Fatsah Bouyahmed incarne avec une fraîcheur sincère ce personnage si attachant, comique malgré lui. Il donne la réplique à Jamel Debbouze et Lambert Wilson, qui semblent prendre un malin plaisir à jouer avec les clichés de leurs rôles pour mieux les contourner. En noble désargenté, mais attaché à ses traditions - le château, le personnel, la cérémonie du dîner, le tableau de l'ancêtre, Lambert Wilson compose un comte tout en flegme, dont les répliques sont d'autant plus drôles qu'il contraste avec la simplicité un peu envahissante de Fatah. Quant à Jamel Debbouze, auquel on a souvent pu reprocher d'en faire trop, il s'avère ici justement mesuré. 

 

La bande originale, festive, mêle l'esprit des fanfares populaires et les tubes des années 70 - 80 qui donne instantanément le sourire, a fortiori lorsqu'ils sont interprétés par le personnage de Fatah. Evitant soigneusement les messages politiques, le réalisateur transforme ce road movie pas comme les autres en un conte plein de tendresse. On y aperçoit parfois en filigrane certains questionnements sur les paradoxes de notre vie moderne, mais ces derniers tombent sous le coup de l'humour sans passer par la case morale : chacun leur donnera donc, individuellement, le sens qu'il voudra bien.

 

Au final, La vache s'avère un concentré de bonne humeur et de rire, doublé d'un hommage sincère et tendre aux gens simples : une très belle surprise en ce début d'année ! 

 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 22 Janvier 2016

Un film d'Alexandra Leclère

 

Un hiver pire que jamais. Le gouvernement publie un décret obligeant les citoyens français les mieux logés à accueillir chez eux pendant la vague de froid leurs concitoyens en situation précaire. A l’heure du Grand Partage, un vent de panique s’installe à tous les étages dans un immeuble très chic de la capitale.

 

 

Décidément, je désespère des comédies françaises promues à grand renfort de plateaux télévisions et d'articles de presse. Non pas que le grand partage soit franchement mauvais, mais parce que chaque année, on nous refait le coup de la comédie franchouillarde à message moralisateur, aux ficelles tellement grosses que l'on devrait les appeler des cordages. Et pourtant, je les aime, ces comédies françaises, avec leur humour, avec ces instants où l'émotion affleure, et avec ses personnages souvent drôles malgré eux, de ceux que l'on voudrait consoler. Mais voilà. Depuis quelques années, on nous ressort la même soupe, qui, sous prétexte de se doter de très bons acteurs - car ils sont tous excellents - pense pouvoir se passer de délicatesse. 

 

Car enfin, avouons-le, voir s'étriper la gauche bobo et la droite décomplexée promettait, et assure, de beaux moments de comédie. Mais enfin. Etait-il besoin de faire des personnages si caricaturaux ? Etait-il besoin, pour faire passer son message, de l'asséner de façon si grossière, presque condescendante pour le spectateur ? 

 

 

Car à trop vouloir condamner ses personnages, leurs attitudes et leurs lâchetés, le film en oublie de les rendre attachants. Et sans tendresse ni identification possible, comment accepter leur rédemption ? Madeleine, le seul personnage qui crée sincèrement de l'empathie - interprété par la très talentueuse Zidani - est mal exploitée, noyée dans un moralisme insupportable.   

 

Voilà qui est vraiment dommage, car le film ménage quelques éclats de rire grâce à des acteurs au naturel presque déconcertant. On aime voir les deux couples multiplier les lâchetés tout en se faisant la morale, on aime moins cette impression de se faire nous-même traiter de salauds tout le long. Car enfin, le film nous explique que ne pas partager son appartement avec de moins fortunés que soi, c'est être un monstre d'égoïsme. Mais en toute honnêteté, qui serait prêt à le faire ?  Le film place donc le spectateur dans une position infantilisée des plus agaçantes, comme si ce dernier était trop bête pour comprendre le message autrement et qu'il suffisait de le culpabiliser d'un air moralement supérieur pour qu'il comprenne que "c'est pas bien". 

 

Un film avec de bons acteurs, qui se complaît dans une morale simpliste et culpabilisatrice. Souvent drôle, mais malheureusement incroyablement contre-productif. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 2,5/5