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Publié le 5 Mai 2017

Une exposition d'Edgar Sarin

Du 31 mars au 20 juillet 2017

Au Collège des Bernardins

 

L'art contemporain, vous le savez peut-être si vous lisez régulièrement ces lignes, fait partie des sujets épineux à propos desquels je peine à me faire une idée claire. Et comme je ne déteste rien tant que de ne pas comprendre quelque chose, je saisis toutes les occasions possibles de voir du nouveau, dans l'espoir, à défaut d'apprécier, de réussir au moins à en saisir le sens.

 

Me voici donc à nouveau au Collège des Bernardins, quelques mois après y avoir découvert l'exposition de Tarik Kiswanson. C'est une fois de plus dans l'ancienne sacristie que le lieu fait dialoguer les époques, en abritant sous ses voûtes cisterciennes l'exposition Un minuit que jamais le regard, là, ne trouble, de l'artiste contemporain Edgar Sarin. 

 

Le concept est à la fois simple et énigmatique : chaque semaine, à la même heure, l'artiste s'enferme dans cet espace avec quelques personnes sélectionnées, qu'il appelle "échantillon de population". Pendant ce moment particulier, que l'artiste appelle "un minuit", les participants vont agir sur leur environnement, à l'aide des objets qui y sont présents, ils vont s'approprier cet espace et l'habiter : le lieu va donc évoluer, les objets se dévoiler, changer de place. A l'issue des minuits, le visiteur est à nouveau admis dans la sacristie : il doit alors faire appel à son observation, à son imagination, à son ressenti, pour reconstituer ce qui s'est passé au cours de ces 45 minutes de huis clos. 

 

D'ailleurs, les historiens de l'art et le public finiront bien par savoir... mais pas tout de suite ! Au cours de chacun des 16 minuits de l'exposition, un scribe est chargé de prendre des notes de réaliser quelques films et quelques photos. L'ensemble de ces documents sera ensuite scellé dans une capsule, puis enterré en forêt. Ils ne seront exhumés que dans 100 ans. 

 

Mais pour le visiteur de l'exposition aujourd'hui, concrètement, ça donne quoi ? 

 

 

Le jour de l'inauguration, une bonne centaine de personnes se presse devant la sacristie. L'artiste est à l'intérieur, avec les participants qu'il a choisi pour l'accompagner dans cette performance. A 19h10, avec quelques minutes de retard sur l'horaire prévu, la porte s'ouvre enfin pour laisser passer une procession d'une dizaine de personnes, menée par un prêtre. Il y a toutes les couleurs de peau, des parents, des personnes seules, des couples, des femmes, des hommes, des jeunes et des moins jeunes, des personnes valides et d'autres en situation de handicap : en les détaillant, on comprend mieux l'idée d'échantillon voulue par l'artiste. Ils s'éloignent, laissant derrière eux le sillage de l'encens qu'ils tenaient dans leurs mains. 

 

Les premiers visiteurs peuvent enfin accéder à l'installation. Ce qui saisit d'emblée, c'est la forte odeur d'encens, à la fois signe de l'activité de ce minuit, mais également réminiscence de l'histoire du lieu. Puis, j'aperçois une chaise accrochée aux voûtes, avec un carton. La troisième impression est auditive : l'artiste est là, qui joue quelques notes sur un piano en partie démonté et désaccordé, accompagné de trois participants qui semblent psalmodier, une bougie à la main. Un pendule accroché au plafond oscille. Pendant quelques dizaines de secondes, les notes résonnent encore, puis Edgar Sarin souffle la bougie déposée sur le piano, et les quatre hommes quittent la salle. 

 

 

Je m'engage alors plus avant dans l'exploration du lieu, à la recherche de sens. Des morceaux de bois et de pierre ont été disposés un peu partout. Un carré a été tracé au sol, à la craie, dans un coin duquel on a déposé une boîte contenant de la terre et - je l'apprendrai un peu plus tard - des graines prêtes à germer. Au mur, sont accrochés plusieurs cadres, dont un est rempli de papier froissé, et un peu plus loin, un bouquet de roses séchées semble léviter, attirant particulièrement la curiosité des visiteurs.

 

En revenant sur mes pas, je découvre d'étranges constructions où se trouvent des objets posés - volontairement ou involontairement - en équilibre précaire, que ne tardent pas à renverser des visiteurs maladroits, ou peu observateurs. Et, au milieu de la sacristie, accrochés à une colonne, encore de nombreux objets destinés à trouver peu à peu leur place dans le dispositif à l'occasion des prochains minuits. Plus j'observe, et plus je prends conscience d'une multitude de détails qui m'avaient échappé au premier abord.

 

 

Et puis, de façon plutôt inattendue, on me propose de rencontrer l'artiste. En quelques minutes, je me retrouve, un peu surprise et très intimidée, sur une terrasse du collège des Bernardins. Que raconte-t-on à un artiste lorsqu'on est pas sûr d'avoir compris, ni même apprécié l'exposition ? Une poignée de journalistes déjà présents m'épargneront heureusement de trouver une réponse à cette question épineuse. Je m'assieds discrètement dans un coin, comme une petite souris muette, et j'ouvre grand mes oreilles. 

 

Avec son costume cravate et ses cheveux soigneusement peignés, Edgar Sarin me fait penser à André Breton. L'air timide, presque absent, il répond aux questions d'un cercle de journalistes qui semblent déjà très bien connaître ses précédents travaux. Je me tasse au fond de ma chaise en espérant ne pas me faire remarquer. Ils évoquent notamment Concessions à Perpétuité, où l'artiste a conçu des oeuvres qu'il enferme dans des coffres de bois, à l'abri des regards, donc. A sa mort, les propriétaires de ces coffres recevront une lettre et pourront alors les ouvrir révélant ainsi les oeuvres qui y étaient mises en sommeil.  

 

A propos de l'exposition dont il est ici question, une journaliste s'interroge sur l'échantillon représentatif, "fait de rencontres", lui répond Sarin. Une autre demande le pourquoi de ce titre "Un minuit que jamais le regard, là, ne trouble". L'artiste la regarde fixement quelques instants, avant de répondre - non sans une certaine désinvolture, voire désintérêt - qu'il s'agit du vers d'un de ses poèmes, le premier qui lui avait traversé l'esprit lorsqu'on lui avait demandé un titre. 

 

 

Au fil des conversations, des leitmotivs commencent à apparaître : au lien avec la littérature et la poésie vient s'ajouter une certaine obsession du protocole, terme presque clinique, semblant pourtant se teinter dans son esprit d'une spiritualité qui le rapproche davantage du rituel. Un protocole qui, Edgar Sarin l'affirme à plusieurs reprises, n'est qu'un prétexte à son travail, et auquel il ne semble pas attacher, en tant que tel, une importance particulière.

 

D'autres liens se font jour : avec l'archéologie par exemple. L'idée que les objets prennent du sens à posteriori, avec l'éclairage que leur apporte le temps et de nouveaux éléments exhumés - au propre comme au figuré - est particulièrement présente. La notion d'évolution progressive, d'un sens non figé dans le temps, semble donc prépondérants. L'exposition présentée du Collège des Bernardins va ainsi prendre forme, dans l'espace et dans le regard du visiteur, sans que l'artiste lui-même ne sache encore quel en sera l'aboutissement exact. Edgar Sarin précise : "Une exposition doit mettre en péril et le créateur, et le spectateur". 

 

J'ai alors pris congé sur la pointe des pieds, les concepts, les images et les idées se bousculant dans ma tête. Pour être honnête, je ne sais pas encore, aujourd'hui, ce que je pense vraiment de l'exposition. En revanche, j'en retiendrai surtout l'impression, troublante, d'avoir pénétré dans l'univers d'un artiste singulier dont les codes m'échappent. Une invitation au vagabondage de l'esprit et à l'imagination plus qu'à une réflexion esthétique. A bien y penser, la ressemblance avec Breton n'est peut-être pas tout à fait fortuite !  

 

Pour vous faire votre propre idée

Un minuit que jamais le regard, là, ne trouble, jusqu'au 20 juillet au Collège des Bernardins

Entrée Libre 

l'installation est fermée tous les jeudis de 11h à 11h45 pendant la tenue des minuits

 

Publié le 13 Novembre 2016

Au Musée Bourdelle

Du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017 

 

On a beau arpenter les rues de la capitale depuis presque une décennie, il reste toujours à Paris des lieux à découvrir. L'amour que je porte à cette ville est sans doute éhontément subjectif, mais il me semble que cette impression de n'avoir jamais fini d'en faire le tour contribue grandement à son charme. 

 

C'est donc avec une immense curiosité (mon plus joli défaut) que j'ai accepté l'invitation à découvrir l'exposition De Bruit et de Fureur au Musée Bourdelle. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds, et un sculpteur dont j'ignorais tout. 

 

Et quelle découverte ! Celle de l'exposition, tout d'abord, qui évoque la conception du monument aux morts de Montauban, ville natale du sculpteur Antoine Bourdelle, commandée à l'artiste suite au concours qu'il remporte en 1895. Cette oeuvre, destinée à rendre hommage aux combattants de la guerre franco-prussienne de 1870, allie l'horreur de la guerre à un certain élan patriotique, dans une expressivité qui m'a vraiment impressionnée, et immédiatement captivée. 

 

 

De bruit et de fureur réunit une soixantaine de sculptures et plus de 130 photographies, pour permettre au visiteur de saisir tout le processus créatif à l'origine de ce monument doté d'une force qui m'a semblée peu commune. Le parcours s'ouvre ainsi sur les différentes propositions répondant au concours lancé par la municipalité. Des projets qui sont globalement d'allure très classique, et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est celui de Bourdelle qui a été choisi, tant il apparaît comme totalement différent de celui des autres concurrents.

 

L'exposition s'attache ensuite à nous montrer la façon de travailler de Bourdelle - élève de Rodin -  à commencer par la place qu'occupent les femmes - modèles ou amantes - dans l'oeuvre dont il est ici question. Elles inspirent parfois des figures masculines, mais surtout l'allégorie de la France qui domine le monument et dont la sensualité, plus que la nudité, n'a pas manqué de faire controverse à l'époque. L'autre aspect très particulier de son  processus créatif mis ici en évidence réside dans une conception fragmentée de l'oeuvre. Bourdelle travaille chaque élément à part, modelant un corps, une figure, des visages, un bras, qu'il va ensuite assembler, mais qu'il pourra également tout autant exploiter séparément : cela donne lieu à une grande individualisation de ses guerriers et des différents personnages qui composent cette oeuvre monumentale. Mais ce qui m'a le plus impressionnée, c'est cette incroyable recherche d'expressivité, particulièrement visible dans les ébauches et recherches autour des visages hurlants, dont l'exposition propose de nombreux exemples. 

 

 

L'autre aspect important de ce parcours réside dans la multiplicité des photographies qui entourent cette oeuvre. Clichés des modèles de l'artiste, ou des parties de l'oeuvre en cours de création, images envoyées à ses assistants, à son épouse, façon de matérialiser l'avancée de son travail ou d'en faire la promotion auprès des journaux et des commanditaires : ce sont plus de 130 clichés, tirages d'époque ou modernes, qui sont ici présentés. Bourdelle y photographie ses sculptures, son atelier et les effets que produit la lumière sur son travail, mais pose également au coeur de son oeuvre monumentale, qui se transforme alors en décor, auquel la fragmentation donne des allures de nuages.

 

 

Cette visite a également été pour moi l'occasion de découvrir l'existence du Musée Bourdelle et de son atelier, lieux que je n'ai malheureusement pas eu le temps d'arpenter. J'ai toutefois fait un petit détour du côté du jardin tout en longueur, réduit à quelques mètres de verdure de part et d'autre du chemin qui le parcourt, animé de nombreuses oeuvres de l'artiste. Un environnement étonnant, qui m'a vraiment émerveillé par son côté insolite, doublé de ma surprise de découvrir au coeur de Paris ce lieu entre parenthèses. 

 

Une exposition captivante qui met en avant la force, la rage, mais également la sensualité de l'oeuvre monumentale dont il est ici question, tout autant qu'elle nous donne à voir le processus créatif particulier de son sculpteur. Un vrai coup de coeur pour cette visite, porte d'entrée vers un artiste que je ne connaissais pas, qui m'a laissée avec l'envie profonde de découvrir plus avant le travail de Bourdelle ainsi que le musée qui lui est dédié. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

Publié le 5 Novembre 2016

Exposition de Tarik Kiswanson 

Au collège des Bernardins 

Du 14 octobre au 18 décembre 2016

 

Vous ne le savez peut-être pas - pas encore, du moins - mais j'ai toujours eu quelques réticences avec l'art contemporain. Non pas que je sois de ceux qui ne jurent que par l'art de la Renaissance ou du 19e siècle, mais plutôt que, selon moi, qui dit art dit dimension esthétique. Or, au cours du 20e siècle, ce facteur s'est peu à peu effacé au profit d'une vision plus conceptuelle de l'art, dans laquelle la beauté n'est plus essentielle, et où elle peut donc disparaître au profit de la provocation et du questionnement. Et c'est donc là où commence ma discorde avec l'art contemporain. 

 

J'ai donc un peu hésité avant de me décider à accepter l'invitation pour venir découvrir cette exposition de Tarik Kiswanson. Il me semblait que mon passif avec l'art contemporain me rendait illégitime à l'évoquer dans ces pages. Et puis, finalement - vous me connaissez - je n'ai pu résister à l'opportunité de découvrir quelque chose de nouveau, et c'est avec curiosité que j'ai passé la porte du Collège des Bernardins. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds non plus : l'occasion de faire d'une pierre deux coups. 

 

En pénétrant dans l'ancienne sacristie, où se tient l'exposition, l'impression est assez curieuse : trois installations sont ici présentées, et il m'a semblé de prime abord qu'il s'agissait de sortes de méduses métalliques suspendues au plafond. Et puis, en observant mieux, on remarque que leur constitution est plus complexe qu'elle n'y paraît  : chaque oeuvre est composée de lamelles de métal poli reflétant les alentours à la manière d'un miroir. Et plus les lamelles sont larges, moins elles sont nombreuses. A mon grand étonnement, l'ensemble fait écho de façon plutôt harmonieuse aux arêtes des voûtes cisterciennes du lieu. 

 

Mais le plus intrigant, c'est que le visiteur est invité à pénétrer à l'intérieur de ces structures. Au milieu de ces lames polies comme autant de miroirs, la sensation est très étrange, presque irréelle. Le métal que l'on a écarté pour passer devient mouvant, cliquette, et se crée alors une illusion optique générée par un double focus : l'oeil cherche en vain à y voir net entre l'effet miroir des lamelles et le décor autour. C'est très troublant! Et de l'intérieur, l'harmonie de la structure avec le décor devient encore plus évidente. 

 

En sortant, j'étais encore assez confuse, cherchant à mettre des mots sur des impressions encore diffuses, mais dotées de cette dimension esthétique à laquelle je tiens tant. Je ne sais pas si je réussirai un jour à lever totalement mes réticences quelque peu primaires face à l'art contemporain, mais une chose est sûre, cette exposition a sans aucun doute participé à ce cheminement !  

 

Plus d'informations sur le site du collège des Bernardins

 

Publié le 30 Octobre 2016

A la Galerie Sakura 

Du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017 

 

Certains lieux semblent militer contre la morosité ambiante : c'est le cas de la Galerie Sakura, qui propose depuis début octobre une exposition intitulée Décalage immédiat. En réunissant des oeuvres, essentiellement photographiques, de pas moins de 36 artistes, elle nous donne à voir - et à acheter - des pièces très différentes : parfois colorées, drôles, ironiques, poétiques, ou tout simplement pop, elles partagent comme seul point commun un certain sens de la dérision. 

 

Parmi les artistes exposés, difficile de vous citer tous ceux que j'ai apprécié plus particulièrement, mais s'il fallait n'en citer que trois, je retiendrai les paysages humains de Carl Warner, les montages de Rui Pinho, associant célébrités et personnages animés de la culture populaire, ou encore les photos de Alain Desjean mettant en scène un homme bedonnant dans des situations de grossesse. Il y a tellement de styles différents, que chaque visiteur devrait pouvoir y trouver son compte. En tout cas, n'hésitez pas à y faire un petit crochet si vous passez dans le coin, et pourquoi pas y dénicher un cadeau de Noël, car les premières oeuvres - des tirages argentiques en série limitée, encadrés sous verre - sont à partir de 65€. 

 

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site internet de la Galerie Sakura, 21 rue du Bourg Tibourg, Paris 4e

Publié le 8 Mai 2015

A la Pinacothèque

du 12 février au 21 juin 2015

 

La Pinacothèque a l'art de créer la surprise en s'appuyant sur un nom connu pour nous faire découvrir autre chose que ce qu'on s'attend à y voir. Déjà avec Munch, on y avait découvert tout, sauf le fameux Cri ! Ici donc, nulle grande retrospective de Klimt, mais un aperçu du bouillonnement artistique - et contestataire - de la Sécession viennoise, à la toute fin du 19e siècle et au début du 20e, au coeur de la Belle Epoque.

 

Le peintre Gustav Klimt est bien entendu largement représenté dans cette exposition, mais il n'est pas seul : deux de ses frères, Ernst et Georg, comptent également parmi les artistes exposés, sans oublier d'autres noms comme Egon Schiele, Otto Wagner, Oskar Kokoschka ou Adolf Loos, entre autres. On y découvre - ou redécouvre - l'esprit de la Sécession et son opposition à la mainmise des galeristes viennois sur un marché de l'art trop conventionnel au goût de ces jeunes avant-gardistes.

 

Dans leur volonté de créer un art total, ils explorent des domaines aussi variés que l'architecture, la peinture, la sculpture, mais également le mobilier, la céramique, ou encore le textile et la bijouterie. Réunis autour d'une revue, intitulée Ver Sacrum (printemps sacré) faisant office de manifeste, ils organisent leurs propres expositions, notamment au Palais de la Sécession, auquel tout un pan de l'exposition est consacré. C'est là qu'est exposée une reconstitution de la fameuse fresque de Klimt rendant hommage à Beethoven, dont on ne peut s'empêcher de déplorer qu'elle n'ait pu faire le voyage depuis Vienne. De nombreux autres objets illustrent donc cette notion d'art total, et, outre les tableaux on peut admirer des meubles, et quelques bijoux, qui n'ont pas manqué de retenir mon attention.

 

Un certain nombre de thématiques récurrentes sont également mises en avant, comme l'adolescence, symbole d'éveil, mais également la femme, fragile ou fatale, avec des figures comme Salomé ou Judith, dont le charme vénéneux me fascine toujours. L'exposition se clôture en interrogeant les relations entre la Sécession et l'Expresionnisme, courant qui l'a suivie de peu et dont les liens apparaissent évidents quand on observe les oeuvres d'artistes comme d'Egon Schiele. Cette exposition laisse surtout apparaître l'essence d'un mouvement qui a connu rapidement plusieurs scissions, mais qui a choqué son époque avec des partis pris esthétiques osés, à contre-courant de l'académisme alors de mise. Car, au-delà d'une vision commune, c'est surtout cette opposition à l'art " en place" qui a soudé ses artistes.

 

Une exposition avec de très belles oeuvres, une scénographie thématique que l'on suit sans difficulté particulière, et par conséquent très abordable quelle que soit sa connaissance de l'époque ou des artistes. Vous connaissez mon credo : beau + abordable à tous niveau de connaissance + intéressant = une expo qu'il faut courir voir !

Publié le 11 Avril 2015

Au Petit Palais

Du 24 février au 14 mai 2015

 

 

C’est par une après-midi pluvieuse du mois d’avril que j’ai décidé de faire un saut dans le temps et dans l’espace, pour aller m’encanailler dans la Rome du 17e siècle en compagnie de Claude Le Lorrain, Pieter Van Laer ou Jusepe de Ribera. C’est en effet au Petit palais que se tient jusqu’au 14 mai l’exposition les Bas-fonds du baroque, qui dépeint les cabarets, les rues peu sûres et les campagnes infestées de bandits. Entre ivrognes, rites dionysiaques, vols, rixes voire assassinats, on est bien loin de l’image  enchanteresse de la Ville Eternelle : ici, on est dans le quotidien des artistes, qui prennent pour modèles leurs compagnons de beuverie et se représentent volontiers en apprentis sorciers.

 

Plusieurs thématiques rythment cette exposition : Tout d'abord, le visiteur pénètre dans une entrée lumineuse qui met en scène des dessins classiques des monuments de Rome et un plan de la ville indiquant les adresses des peintres dont nous allons découvrir les oeuvres - rien de nouveau sous le soleil : les artistes, aux revenus modestes ou sans le sou,  vivent dans les quartiers populaires - bien loin des villas de leurs riches mécènes.

Nous faisons ensuite la connaissance des «Bentvueghels» ces peintres flamands venus achever leur formation culturelle à Rome, au contact des œuvres de l’Antiquité. Depuis la Renaissance, le voyage en Italie reste incontournable pour de nombreux artistes européens, et cette affluence permet la création de cercles qui vont s’influencer artistiquement les uns les autres et passer leurs soirées ensemble. Ces Bentvueghels créent des confréries dionysiaques, et organisent des orgies à l’occasion de rites d’initiation - que de nos jours nous qualifierions sans aucun doute de bizutage. Dans les tavernes qu'ils fréquentent, règne le vin, et l’ivresse joyeuse.  On y découvre également des sabbats de sorcière et sorciers auxquels le diable fait quelques apparitions... Ces tableaux, intrigants, dépeignent des humains monstrueux et posent plus de questions qu'ils n'en résolvent. On y devine aussi des créatures fantastiques, des arbres aux formes indéfinies, et une myriade de détails - plus ou moins sordides - que l'oeil moderne peine à décrypter. Dans la ville même, certaines rues se muent dès la tombée de la nuit en coupe-gorges où les épées se font entendre, et les rixes des tavernes font aussi leur lot de blessés. La campagne n'est guère mieux, car elle est sillonnée par des bandes de voleurs qui n'hésitent pas à dépouiller les voyageurs. Et gare à ceux qui tentent de leur opposer résistance !

 

Enfin, cerise sur le gâteau, un atelier photographique gratuit permet au visiteur de se déguiser en peinture flamande. Vous avez bien lu : endossez l’un des habits à votre disposition, et faites-vous prendre en photo dans un cadre, à la manière des peintres flamands !  Ludique et permettant de ramener un souvenir plus sympathique – et carrément plus vintage -  qu’un simple selfie, cette animation clôt en beauté cette exposition. Intéressante, bien commentée, et plein d’œuvres méconnues, elle nous emmène dans un monde étrange, fascinant par la simplicité de ses joies, mais où, je l’avoue, je n’aurais pas vraiment envie de traîner !

 

 

Merci à Fnac spectacles de m’avoir permis d’aller voir cette exposition !

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publié le 24 Août 2014

Christiane Noireau

Aux éditions l'àpart

 

 

Avant de devenir une parure naturelle, les cheveux furent, à l'instar des autres poils du corps, une toison protectrice contre les intempéries.

Avec le développement des civilisations, ils permirent des coiffures somptueuses. Mais ce qui frappa d'abord l'imagination, ce fut leur longévité, leur force, leur résistance au temps. De là, vint certainement l'histoire de Samson. Longueur et beauté les tirèrent vers le péché. Et ce fut l'histoire de Marie-Madeleine.

Les rituels qui accompagnent leur première coupe et ceux qui suivent la mort, sont innombrables. Les croyances en leurs pouvoirs maléfiques ou bénéfiques sont étonnantes. Ici ils servirent d'outils, ailleurs de médication. De modes en révoltes politiques ou pratiques castratrices, leur longueur fit sens.

 

 

Voici un ouvrage thématique plutôt exhaustif, qui traite de la question des cheveux, de leur symbolique, de leur représentation et de tous les rituels qui l'entourent : couleur, longueur, perte de cheveux ou surabondance, matière première pour faire des cordes, des bijoux ou dont on peut faire commerce, il est soumis à des modes, épilations, devient perruque, sujet d'obsessions,  il peut signaler la maladie,  sa coupe peut-être considéré comme une punition autant qu'il peut être doté d'une valeur sacrée :  tout ce qui touche de près ou de loin aux cheveux et aux poils est ici répertorié. D'ailleurs, commençons par noter qu'en français ces deux éléments ont un nom différent, alors que dans de nombreuses autres langues, je pense par exemple à l'anglais ou à l'espagnol, le mot qui les désigne est le même. Il est donc au fond logique quoiqu'un peu surprenant de prime abord, de les associer dans cette analyse.

 

On y découvre des détails inattendus, certains diront sans doute scabreux, sur des modes et des rituels, et c'est l'occasion  d'évoquer tout ensemble l'histoire et l'histoire de l'art, puisque la symbolique du cheveu et les croyances s'y rattachant ont forcément influencé sa représentation au fil des époques.

 

             

    

 

Cet ouvrage est illustré de très belles peintures et illustrations, provenant des quatre coins du monde. L'occasion de découvrir de nouveaux peintres mais également d'admirer le travail d'autres que l'on connaissait déjà. Au contenu fort intéressant s'ajoute donc la qualité et la diversité des illustrations. Un voyage dans le temps et dans l'espace autour d'un élément humain, universel, quasi insignifiant, mais dont les propriétés ont alimenté toutes les craintes et tous les fantasmes.

 

        

    

 

Publié le 12 Avril 2014

A la cité des sciences et de l'industrie

Du 8 avril 2014 au 4 janvier 2015

 

Cette exposition est de celles qui sont compliquées à chroniquer. Pourquoi ? Tout simplement car elle présente des artistes très divers sous une même idée. Ici, le titre pose d'emblée une question simple : si l'art est le propre de l'homme, peut-on encore parler d'art lorsque l'oeuvre est créée par un robot, ou lorsque le robot en est un composant essentiel ? 

 

C'est à cette question que le visiteur est invité à réfléchir, tout au long du parcours qui va l'emmener à la découverte d'une dizaine d'artistes aux conceptions radicalement différentes de l'art. A certaines installations oniriques, succèdent des prouesses technologiques étonnantes, et des oeuvres parfois dérangeantes. A chaque visiteur de se faire son idée : qu'est-ce qu'il considère comme de l'art ? Quelle est la frontière, lorsqu'on parle de robotique, entre la dimension purement technique et la dimension artistique ?

 

Pour ma part, j'ai toujours eu la conviction que l'art passait par une dimension esthétique. Je comprends, intellectuellement, les oeuvres qui cherchent à interroger, bousculer ou déranger le public, mais je n'arrive pas à les consiédérer comme de l'art sans une certaine fascination esthétique au-delà du questionnement ou de la dénonciation. Conception des choses qui me vaut, parfois, quelques discussions animées.

 

Ainsi, parmi les oeuvres présentées, beaucoup ont retenu mon attention pour leur aspect très graphique : les manèges imaginaires du Centrifuge brain project de Till Nowak, aux plans quasi hypnotiques, Cosmic Birds de Shun Ito, ou les gouttes optiques (Falling light) du collectif Troika. D'autres, comme Nonsense Machines, robots musicaux de Maywa Denki, ou la Matrice liquide 3D de Christian Partos et Shiro Takanaki, ainsi qu'Animaris, de Theo Jansen, sont plus intrigants pour leur aspect très technologique et profondément insolite. Est-ce de l'art, ou simplement une réalisation technique appliquée à un but non fonctionnel ?

 

Le chemin de Damastès, de Jean-Michel Bruyère me déconcerte plus. Si, à première vue, je ne voyais rien d'artistique dans l'installation même - un alignement de lits d'hopitaux qui s'élèvent et s'abaissent selon un cycle programmé par le créateur - mais, au bout de quelques minutes à l'observer, force est de constater que l'impression de malaise se double d'une sorte de fascination graphique. Est-ce de l'art ? Si je ne peux pas dire que j'ai aimé cette oeuvre, c'est en revanche celle qui m'a fait me poser le plus de questions, tant je la sentais en plein centre de ma fameuse frontière art/non art.

 

Enfin, trois oeuvres manquent encore à l'appel de cet inventaire : The project of seeking for cooperation with scientific teams, de Lu Yang, est une série de projets que j'ai trouvé plutôt malsains et n'y ai rien vu qui s'apparente, de près ou même de loin à de l'art (appréciation toute personnelle, bien entendu). Je n'ai pas non plus vu l'intérêt artistique de The Big Picture, de Robotlab, où un robot reproduit une image point par point, de façon aléatoire. Quant à la dernière, la fameuse Totemobile de Chico MacMurtrie qui figure sur l'affiche, je ne l'ai malheureusement pas vue en mouvement, puisqu'elle n'est animée qu'une fois par heure, et que j'ai manqué le créneau.

 

Cette exposition m'a donc, vous l'aurez compris, particulièrement plu dans son ensemble, malgré quelques artistes dont je n'ai pas compris la démarche. Par son ecclectisme, elle s'avère très intéressante, car elle donne à voir plusieurs conceptions de l'art moderne, et en révèle les aspects parfois très mécaniques, la beauté, ou, selon moi, l'absurdité. Cette exposition m'a parue remarquable par sa capacité à aiguiser ma curiosité et à pousser un peu plus loin ma réflexion sur l'art en général, alors que je ne suis dans l'ensemble pas vraiment sensible à l'art contemporain. Une visite par conséquent très surprenante !

 

Si vous voulez en savoir davantage, rendez-vous sur le site de la cité des sciences et de l'industrie.

Publié le 12 Avril 2014

Au musée Guimet

du 12 mars au 16 juin 2014

 

C'est à quelques jours de la fermeture de cette exposition que je me décide enfin à publier cette petite bafouille. Mais comme on dit : Mieux vaut tard que jamais !

 

Je ne connaissais pas bien Clémenceau. Pour moi, il était surtout le fondateur de la Police moderne, avec les fameuses "Brigades du Tigre", mais je n'en savais guère davantage sur ce personnage à la célèbre moustache.

 

Cette promenade est donc l'occasion de découvrir, derrière l'homme politique, l'amateur d'art, le collectionneur, et le passionné de cultures asiatiques. Si Clémenceau a dû se résoudre à vendre une partie de ses collections après le scandale de Panama, le musée Guimet a réuni à nouveau, pour l'occasion 800 de ces objets, de très belles pièces, et notamment une partie de sa collection de kôgô (boîtes à encens), fascinante dans sa diversité de formes et que l'on aurait presque envie de détailler une à une. Mais la visite se poursuit, et je vais de surprise en surprise : le Tigre a été l'auteur d'une pièce de théâtre exotique, intitulée le Voile du bonheur, mais il a également été un grand ami de Monet avec lequel il partageait, entre autres, son goût pour les estampes japonaises.

 

Voici donc une exposition où l'on découvre un homme plein de curiosité, un esthète et un collectionneur avisé. C'est aussi, au-delà du personnage, l'occasion de contempler de belles pièces, et d'apprendre plein de nouvelles choses. De quoi joindre l'utile à l'agréable.

 

Et si cette exposition pour intéresse, dépêchez-vous, il ne vous reste que quelques jours pour la découvrir au Musée Guimet  !

 

Publié le 23 Mars 2014

De Frank Whitford

aux éditions Thames & Hudson

 

Des multiples cercles dont est sortie notre modernité, celui de la Vienne du début du siècle prend, avec le recul, de plus en plus d'importance. De Freud à Wittgenstein, de Kraus à Schnitzler, on y dénombre plus les personnalités de premier plan et Klimt y occuppe sans conteste une place de choix dans le domaine pictural. Faisant le lien entre le XIXe et le XXe siècle, l'oeuvre de Klimt résoud la contradiction du traditionalisme et du modernisme, du figuratif et de l'abstrait.

 

 

 

Klimt fait partie des peintres que j'aime le plus : est-ce pour ses décors géométriques presque hypnotiques ? l'ambiguïté de ses personnages ? ou sa représentation très charnelle des corps ? je l'ignore. Toujours est-il que je trouve quelque chose d'irrésistiblement magnétique à ses oeuvres.

 

Mais, au fond, je ne m'étais jamais intéressée au peintre derrière le tableau. Et c'est un homme finalement très secret, plein de mystère que l'on découvre alors. En effet, de nombreuses parts d'ombre demeurent encore dans sa vie, si bien que l'on ignore le plus souvent quels bouleversements ont pu faire évoluer son style. Dans ce domaine, on ne peut donc que formuler des hypothèses, ce que souligne à plusieurs reprises l'auteur.

 

Cet ouvrage, très intéressant, est aussi l'occasion d'aborder toutes les facettes de l'art de Klimt, au delà de sa période dorée, la plus connue : ses débuts, stylistiquement très différents de ce que l'on peut imaginer connaissant la suite, ses commandes les plus célèbres, en passant par ses dessins érotiques et ses paysages, méconnus et pourtant très étonnants. Les seuls défauts de cet ouvrage résident dans la grande quantité de photos en noir et blanc, toujours un peu dommage, et le fait qu'il faille sans arrêt se référer à des tableaux situés parfois à plusieurs pages de l'explication qui en est faite.

 

Un voyage d'un demi-siècle de la Belle Epoque à la première guerre mondiale, en compagnie d'un artiste singulier, dans une Vienne aux paradoxes déroutants. Et sans bouger de son fauteuil !

A la place d'une narration directe, célébrant les grands philosophes du passé, ils virent un tableau qui parut décevant, gênant ou scandaleux à la plupart des gens.

"La Philosophie" se compose d'une colonne ininterrompue de figures nues dont les formes se contorsionnent et s'enlacent sur un fond stellaire d'où émerge, comme une nébuleuse gazeuse, une tête endormie ou méditative dont l'abondante chevelure répand en cascade une galaxie d'étoiles étincelantes.

En bas, une tête de femme fixe d'un regard hypnotique le spectateur; ses cheveux obscurcissent la partie inférieure de son visage comme une cape. Le catalogue de l'exposition décrit ce personnage comme "la connaissance". Que signifiait ce tableau ? Quel rapport pouvait-il bien avoir avec la réflexion philosophique ?