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Publié le 5 Avril 2017

 

De Giuseppe Verdi 

Au Bayerische Staatsoper de Munich 

Enregistré en 2014, retransmis via UGC Viva l'Opéra

 

Direction musicale : Asher Fisch 

Mise en scène : Martin Kušej

 

Distribution 

Don Alvaro : Jonas Kaufmann

Donna Leonora : Anja Harteros 

Don Carlo di Vargas : Ludovic Tézier 

Le Marquis de Calatrava / Padre Guadiano : Vitalij Kowaljow 

Preciosilla : Nadia Krasteva 

Fra Melitone : Renato Girolami

 

Il est des oeuvres aux rebondissements si dramatiques, aux coïncidences si improbables, qu'il faut la volonté ferme d'y croire. La Force du Destin est ce celles-là : la chute d'un pistolet dont le coup devient mortel, la rencontre fortuite d'un fils en quête de vengeance et de l'assassin sur une terre étrangère, et enfin les deux amants maudits choisissant, sans le savoir, de se retirer du monde dans le même monastère : c'est bien uniquement la force du destin qui peut conduire à tant de coïncidences ! 

 

 

Dans mon panthéon personnel, Verdi est à la musique ce que Shakespeare et Victor Hugo - mes chers Will et Totor - sont au théâtre et à la littérature. Autant dire que déjà, je partais du bon pied ! Sans compter que côté distribution, cette production laissait imaginer par avance un feu d'artifice autant vocal que scénique, avec le quatuor Anja Harteros, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier et Vitalij Kowaljow.

 

La mise en scène de Martin Kušej, dont je n'avais jamais vu le travail, étonne par quelques visions très modernes, notamment les images de la guerre, et le mélange des points de vue. En une même image, le plateau peut sembler vu de côté autant de que dessus, ce qui traduit autant le chaos de la guerre que celui, émotionnel, des personnages. Une volonté esthétique qu'on appréciera ou non, mais qui m'a semblé plutôt intéressante au niveau visuel et symbolique. 

 

 

Et, incontestablement, l'ensemble valait le détour ! La musique de Verdi est fabuleuse, les interprètes lui insufflent une émotion incroyable. Résultat : On y croit ! La mise en scène semble millimétrée, cherchant du sens dans chaque geste, dans chaque regard, qu'il s'agisse des interprètes principaux ou des autres artistes présents sur le plateau. Une précision particulièrement appréciable, car elle renforce la crédibilité des personnages : l'histoire a beau être difficilement plausible, si les personnages et leurs émotions ont l'air vraies, le reste suit. 

 

Le personnage d'Alvaro, cheveux longs, un peu voyou, s'oppose à la riche, pieuse et très rigide famille de Leonora. J'aime beaucoup la façon dont cette caractérisation donne d'emblée une vision des personnages qui permet de mesurer, du premier coup d'oeil, l'abîme qui les sépare, avant même que la malchance, ou plutôt le destin, ne s'en mêle. Le metteur en scène a également choisi de confier le personnage du marquis et du père supérieur au même interprète, renforcant ainsi sa force symbolique. Une imagination dont il a toutefois manqué pour Preciozilla, personnage qui semble ici se complaire dans la vulgarité, dénué d'épaisseur a tel point que l'on se demande à quoi il sert. 

 

 

La musique est sublime. L'interprétation vocale, la partition de Verdi, bien sûr, mais également très probablement la direction d'orchestre, élément sur lequel j'ai encore un avis très instinctif et que je serai bien en peine de vous préciser. Il y a de l'émotion, des coups de tonnerre, des envolées lyriques... c'est beau, tout simplement. J'en suis ressortie les larmes aux yeux.

 

J'étais assez dubitative sur le fait d'aller voir un opéra pré-enregistré, tant je m'étais habituée, même au cinéma, au frisson du direct, à l'incertitude qui en découle, et à cette sensation de mise en danger que l'on y ressent, presque comme dans la salle de spectacle. Mais tout l'intérêt du grand écran et de la qualité de son est là : même sans la tension du direct, ce qui se passe sur scène parvient à nous happer et prendre au tripes. Je suis ressortie en me disant que j'aurais adoré être dans la salle, à Munich, il y a trois ans, quand cette production a été captée. Et puis, à la réflexion, je me suis dit que l'émotion était tellement belle que finalement, j'y étais un peu, le temps d'une soirée. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5 

 

Publié le 24 Mars 2017

 

De Bill Condon

 

Fin du XVIIIè siècle, dans un petit village français. Belle, jeune fille rêveuse et passionnée de littérature, vit avec son père, un vieil inventeur farfelu. S'étant perdu une nuit dans la forêt, ce dernier se réfugie au château de la Bête, qui le jette au cachot. Ne pouvant supporter de voir son père emprisonné, Belle accepte alors de prendre sa place, ignorant que sous le masque du monstre se cache un Prince Charmant victime d'une terrible malédiction.

 

 

 

 

 

 

La Belle et la Bête de 1991 a fait partie des films cultes de mon enfance. Cet immanquable rituel des vacances de Noël, auquel chaque année se livraient mon oncle et ma tante, emmenant la fratrie au cinéma. Pour être honnête, je ne suis pas sûre aujourd'hui d'avoir effectivement découvert la Belle et la Bête sur grand écran, mais c'est le souvenir que j'en ai : la salle de bal, la scène du dîner, ou encore la découverte de la bibliothèque, à laquelle j'ai depuis comparé toutes celles que j'ai pu visiter. Alors en apprenant que Disney s'attaquait à en refaire un film en "live action" - comprenez avec de vrais acteurs et non pas un dessin animé - j'étais partagée entre crainte et attente : le procédé avait révélé des résultats très divers allant du très convaincant Livre de la Jungle, jusqu'au plus décevant Cendrillon

 

C'est donc dans cet état d'esprit que j'ai découvert cette nouvelle version de La Belle et la Bête, avec Emma Watson dans le rôle de Belle et Dan Stevens - Matthew de Downton Abbey - dans le rôle de la Bête. Un casting qui comprend aussi quelques surprises, comme ces acteurs prêtant leurs voix aux domestiques du château - transformés en objets - et que l'on ne reconnaît qu'à la fin. Les premières images du film, savamment distillées par Disney au cours des mois précédant la sortie, ont beaucoup capitalisé sur la nostalgie de la version 1991, avec des visuels semblant reproduire exactement l'original. 

 

 

Pendant toute la durée de la projection, deux sentiments opposés ont cohabité en moi : au regard forcément plus critique de l'adulte, s'est immanquablement mêlé le plaisir de retrouver l'univers magique de mon enfance. Concrètement, cette version s'avère plus ou moins une copie du film original, auquel on a tenté de greffer quelques éléments supplémentaires, qui malheureusement, n'apportent pas grand-chose, ni à l'histoire, ni à la psychologie des personnages. 

 

Mais quel besoin de saupoudrer ces informations sur le passé des personnages sans prendre le temps de les creuser pour leur donner une importance quelconque? Belle, qui ne se voit ni épouse, ni mère, est un peu remise au goût du jour, et rêve surtout d'émancipation. Mais le changement le plus notable selon moi, est le point de vue différent apporté au personnage de LeFou : Disney,  a révélé, il y a quelques semaines, en avoir fait le premier personnage gay de son histoire. Au-delà de la vaine polémique que cette annonce suscite dans certains pays, il est intéressant de voir à quel point ce seul élément apporte du sens à sa relation de fascination pour Gaston. 

 

 

Cette Belle et la Bête coche toutes les cases immanquables du côté des numéraux musicaux, avec une réussite certaine : la scène de la taverne, la salle de bal, le dîner animé par Lumière et toute la vaisselle, fonctionnent sans l'ombre d'un doute, me mettant un sourire régressif aux lèvres et quelques étoiles dans les yeux. Les images sont belles, les effets spéciaux convaincants, et de nombreux dialogues et gags - qu'on aurait peut-être préférés renouvelés - sont issus de l'original. Certains ajouts musicaux sont quant à eux plutôt discutables, et les scènes jouées comportent quelques ratés, ces moments gênants où l'on sent la volonté du scénariste de faire avancer certaines choses, mais qui s'avèrent bancals.

 

Un verdict en demi-teinte, donc, de mon côté. D'un côté, pourquoi refaire - mis à part pour des considérations financières - un film culte, en y apportant si peu ? D'un autre côté, l'ensemble est visuellement convaincant et pas déplaisant à voir pour autant. Aussi délicieusement régressif par moment qu'inutile à d'autres. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5 

 

Publié le 15 Février 2017

De Damien Chazelle

 

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. 
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

 

 

 

 

Il était une fois Emma Stone et Ryan Gosling, un couple de cinéma comme on les aime ! Après Crazy Stupid Love, les voilà à nouveau réunis à l'écran pour notre plus grand bonheur. Dans cette usine à rêves qu'est Hollywood, ils vont entraîner les spectateurs à leur suite dans une romance qui fleure bon les meilleures pages de la comédie musicale américaine. On danse dans la rue, on tombe amoureux en se chamaillant, et la moindre situation devient l'occasion de numéros musicaux tour à tour époustouflants, entraînants, magiques ou émouvants. 

 

Dès les premières minutes, un embouteillage devient l'occasion de nous plonger immédiatement dans l'ambiance du film. Les automobilistes sortent de leur voiture pour danser sur l'asphalte - ou sur leur capot - et apparaissent comme par magie un groupe de musiciens jusque là cachés dans un camion. Un long plan séquence chorégraphié avec un soin incroyable, qui nous saisit d'emblée : nous ne sommes plus sous la grisaille du quotidien, mais bien sous le soleil de Hollywood ! 

 

 

Dans cette ville où tous les rêves sont permis, Mia se voit actrice, Sebastian propriétaire d'un club de jazz, avec la part d'inconscience qui caractérise ceux qui croient en leur étoile. Et qu'importe le reste ? Mia et Sebastian se rencontrent, se détestent, tombent amoureux, se soutiennent mutuellement dans leur course à la réussite. 

 

Ici, on tombe amoureux sur une colline surplombant la ville illuminée, on danse dans le ciel étoilé, on retrouve l'émotion d'une première rencontre au gré de quelques notes égrenées sur un piano. On cultive un peu de nostalgie, juste un peu, juste assez pour évoquer les comédies musicales de l'âge d'or d'Hollywood et la douceur d'une belle histoire passée. 

 

 

La musique tient ici une place centrale, spécialement le jazz, que le personnage de Sebastian affectionne tant, mais pas seulement : le compositeur Justin Hurwitz signe une bande originale où l'orchestre fait résonner des cuivres puissants, mais également les flûtes et les piccoli avec une légèreté toute adaptée à cette romance. 

 

J'ai également été très impressionnée par la façon de filmer de nombreuses scènes en plan séquence, ce qui impose une précision sans faille et de la part des acteurs une minutie toute particulière. On aime ces personnages partagés entre la passion, la détermination et le doute : n'est ce pas le propre des artistes ? 

 

 

La la land rend hommage aux artistes, à tous ceux qui croient en leurs rêves sans jamais se détourner de leur route, quelles que soient les embûches. Et c'est peut-être cela qui m'a touché, plus que l'hommage appuyé aux comédies musicales hollywoodiennes. Ces deux personnages partagent la même flamme, et c'est en cela qu'il se reconnaissent. La la land vous laisse avec une envie de danser, de profiter de la vie et de prendre dans vos bras les gens que vous aimez. Je suis sortie avec l'envie de faire des claquettes sur le trottoir, et la bande originale - bonne humeur garantie - ne me quitte plus depuis que j'ai découvert le film.  

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 11 Février 2017

De Charles Gounod 

Au Metropolitan opera de New York 

En retransmission en direct via Pathé live 

 

Direction musicale : Gianandrea Noseda

Mise en scène : Bartlett Sher

 

Distribution 

Juliette : Diana Damrau

Roméo : Vittorio Grigolo

Mercutio: Elliot Madore

 Frère Laurent : Mikhail Petrenko

Stéphano : Virginie Verrez 

 

 

 

 

Vous connaissez ma passion pour Shakespeare, passion qui peut devenir un chouïa obsessionnelle lorsqu'il s'agit de Roméo et Juliette. J'ai découvert cette oeuvre à l'âge de 10-11 ans, et depuis, je n'ai eu de cesse d'en visionner toutes les versions possibles et imaginables qui ont pu passer à ma portée : théâtre, ballet, cinéma, opéra, peinture, musique, tout y passe! Ici même, sur ce blog, plusieurs articles en témoignent (ici, ici, ou encore ici par exemple...) 

 

Aussi, lorsque j'ai vu que le Metropolitan Opera de New-York donnait cette année le Roméo et Juliette de Charles Gounod, la tentation - théorique - aurait été grande de faire un tour outre-Atlantique, d'autant que la distribution avec Vittorio Grigolo et Diana Damrau augurait du meilleur. Mais les conditions financières et temporelles n'étant de toutes façons pas réunies, je m'étais contentée d'enregistrer l'information sans y donner suite. Et puis, en préparant un article sur les différentes offres permettant de voir des opéras au cinéma - à venir bientôt - j'ai découvert que cette production serait retransmise au cinéma via l'offre Pathé Live. Inutile de vous préciser que j'ai sauté sur cette occasion pour ainsi dire inespérée ! 

 

 

Me voilà donc installée au Gaumont Opéra, avec une place numérotée, pour découvrir cette production. La salle est pleine à craquer, et à vrai dire, la plupart des spectateurs ne s'intéressent guère aux propos de la présentatrice, mais peut-être est-ce un problème de compréhension de l'anglais, l'ensemble des entretiens n'étant pas sous-titrés. Toujours est-il que pour ceux qui, comme moi, souhaitent profiter de ces à-côtés offerts par les séances cinéma, c'est assez frustrant. Le noir se fait, et les conversations se taisent, enfin. 

 

L'ouverture, grandiose, s'élève, et le plateau laisse apparaître une grand-place bordée d'arcades comme il y en a dans de nombreuses villes italiennes. Le choeur, grave et solennel pendant le prologue, se mue soudainement en une foule en liesse quand retentissent les premiers accords de la fête donnée par les Capulet. Les costumes, superbes, évoquent davantage le 18e siècle que la Renaissance, et la tentation est grande de se croire transportés à Venise, ville des plaisirs et du carnaval. 

 

 

J'ai une tendresse toute particulière pour cet opéra parce qu'il s'agit des amants de Vérone, bien sûr, mais aussi parce qu'il est très fidèle à la tragédie de Shakespeare, jusque dans les textes. La mise en scène de Bartlett Sherm'a surpris par certains aspects, et, bien qu'en apparence classique, elle recèle beaucoup d'idées qui m'ont particulièrement plu car elles vont toujours dans le sens du drame. Le résultat est flamboyant, avec des combats à l'épée chorégraphiés qui nous feraient presque oublier que nous sommes au spectacle. 

 

Le couple formé par Diana Damrau et Vittorio Grigolo fait des étincelles tant l'alchimie scénique entre les deux chanteurs est incandescente. La soprano allemande, qui incarne pour la première fois le rôle de Juliette, confirme sa très grande expressivité, que j'avais déjà remarquée l'an dernier au cours d'une Lucia de Lammermoor en version concert, au théâtre des Champs-Elysées. Je découvre ici son intensité de jeu, qui semble d'un naturel étonnant pour un art aussi artificiel qu'est l'opéra. Quant à Vittorio Grigolo, fidèle à lui-même, il s'investit entièrement, quitte à en faire parfois trop, tendance que je lui pardonne de bon coeur étant donné le personnage et tant l'intention paraît sincère. 

 

 

Une production superbe, et une émotion crescendo qui prévoyait un final en apothéose, dont nous avons malheureusement été privés à Paris pour cause de problèmes techniques mais dont les New-Yorkais ont sans aucun doute profité. En effet, la transmission a souffert de multiples ratés de son et d'image pendant tout le dernier acte qui ont fait quelque peu retomber la magie. Je suis rentrée à la fois émerveillée par ce début de soirée, et d'autant plus frustrée d'avoir été privée de pans entiers de la scène finale. Les aléas de la diffusion live ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 2 Octobre 2016

De Derek Cianfrance 

Sortie au cinéma le 5 octobre 2016

 

Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

 

 

 

Adapté du best-seller au même nom, de l'écrivain Margot Stedman, Une vie entre deux Océans possède tous les ingrédients de la romance poignante. Un homme, recherchant l'isolement loin de ses souvenirs douloureux de la guerre de 1914-1918, accepte un poste de gardien de phare au large de l'Australie. Au cours de ses rares retours sur la terre ferme, il rencontre la douce Isabel, qu'il épouse. Sur leur île entre océan Pacifique et océan Indien, loin de tout, il vivent heureux, et leur bonheur serait complet s'il n'y manquait un enfant. 

 

Jusqu'au jour où la mer leur apporte, comme un cadeau, une barque qui s'échoue sur le rivage. Deux naufragés à son bord : le cadavre d'un homme serrant un nouveau-né dans ses bras. Un cadeau qu'ils décident d'accepter, cachant les conditions de sa découverte à l'administration des phares et faisant passer le bébé pour le leur. L'enfant grandit heureuse et aimée dans ce foyer perdu au milieu de l'océan. Jusqu'à ce que le remords commence à se faire jour, lorsque Tom découvre par hasard l'histoire de la petite fille et la douleur de sa mère biologique. 

Si toute la construction du film met l'accent sur l'aspect dramatique de l'ensemble, l'équilibre est maintenu grâce au jeu des acteurs qui n'en font jamais trop. Dans le rôle de Tom, Michaël Fassbender prouve une fois de plus qu'il est décidément à l'aise dans tous les répertoires. Jamais trop mielleux, il campe un Tom peu bavard, mais au coeur immense, face à la douce et déterminée Isabel d'Alicia Vikander. Quand à Rachel Weisz, dans le rôle de la mère biologique, elle incarne tout à la fois la douleur, l'espoir et une certaine forme - bien compréhensible - d'intransigeance. 

 

Tout le film se construit au sein de l'univers clos que constitue l'île, supposément hostile car isolée, mais qui fait pourtant office de "bulle" où la famille va vivre heureuse. Un équilibre dont les seules perturbations vont paradoxalement émaner de l'extérieur, de cette civilisation dont ils se sont mis à l'écart de leur plein gré. 

Soit que je devienne plus émotive avec les années, soit que je l'assume mieux, toujours est-il que je suis ressortie bouleversée de cette histoire. C'est profondément humain, et la beauté farouche des lieux donnerait presque envie, un moment, de se retirer du monde, seul ou à deux, tout simplement. Une vie entre deux océans est un drame efficace, fort, une des ces histoires qui ne jugent pas, mais placent leurs personnages - un grand classique - entre sentiments et devoir. Un film où tous ont raison, à leur manière : l'amour d'un père, d'une mère, d'une fille, quoi de plus fort, et de plus universel ?

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 14 Avril 2016

De Ronald D. Moore 

 

Saison 1

Les aventures de Claire, une infirmière de la seconde guerre mondiale, mariée, qui se retrouve accidentellement propulsée en pleine campagne écossaise de 1743. Elle se retrouve alors mêlée à des histoires de propriétés et d'espionnage qui la poussent à prendre la fuite et menacent sa vie. Elle est alors forcée d'épouser Jamie, un jeune guerrier écossais passionné qui s'enflamme pour elle et la conduit à être déchirée entre fidélité et désir, étant partagée entre deux hommes dramatiquement opposés et deux vies irréconciliables.

 

 

 

J'ai eu la chance, il y a quelques semaines, d'assister au lancement en France du DVD de la série Outlander. Véritable phénomène outre-Atlantique, elle n'avait jusqu'ici pas pu trouver sa place sur nos écrans. C'est désormais chose faite, en DVD depuis le 16 mars mais également sur Netflix France depuis le 4 avril. 

 

L'histoire, à mi-chemin entre roman historique et fantastique, nous entraîne sur les terres dans les Highlands d'Ecosse, entre les années 40 et le 18e siècle. Le spectateur y suit les pas de Claire Randall, jeune infirmière en voyage de noces, transportée deux cent ans en arrière lors de sa visite d'un Cromlech (cercle de pierres levées), laissant derrière elle sa vie de femme moderne, et son mari.

 

 

Plongée dans un univers de violence radicalement différent de la vie qu'elle connaissait, Claire doit apprendre à survivre dans un monde dont elle ne maîtrise pas les codes.  Avec elle, nous découvrons la vie traditionnelle des Highlands, la domination anglaise et la résistance qui s'organise contre les exactions, les subtilités de la vie des clans, et des lois plutôt rudes qui y ont cours.

 

Parce qu'elle vient d'une autre époque, mais aussi parce qu'elle est anglaise - ce qui ne va pas arranger les choses - elle est doublement  une "Outlander" ou "Sassenach" en gaélique, une étrangère en somme.

 

 

La violence, omniprésente, côtoie une certaine rudesse au grand coeur. Si les règles sont strictes, le sens de l'honneur n'est jamais loin et la famille (au sens clanique du terme) est sacrée. La puissance de l'église, mais également des croyances païennes et des traditions claniques séculaires, dessinent l'image d'une société highlandaise à l'identité forte, et à la fierté légendaire.

 

Et parce qu'aucune saga de ce genre ne s'imagine sans une grande histoire d'amour, Claire va croiser la route d'un fugitif recherché par l'armée britannique, un jeune écossais prénommé Jamie. Si, au départ, elle est obligée de l'épouser pour échapper à la vengeance d'un officier anglais, elle finit part en tomber éperdument amoureuse. Il faut dire que le jeune homme, doté d'un sens de l'honneur à toute épreuve, d'un physique avantageux et de beaux yeux bleus, a déjà fait chavirer le coeur des spectatrices les plus aguerries, bien avant celui de la belle anglaise.

 

 

Outlander s'avère une belle saga historique, avec des personnages forts auxquels on s'attache rapidement. La photographie y est de qualité, de la lumière si particulière du feu éclairant les intérieurs, à la beauté farouche et brumeuse des grandes étendues de collines vertes. De quoi vous donner des envies irrépressibles de voyage !  

 

La musique est tout aussi belle, et les accents celtiques du générique ou de la ronde des druidesses vous poursuivent bien après avoir éteint votre écran. On notera également le soin tout particulier accordé aux costumes, et au contexte politique de l'époque, qui contribue largement à nous faire partager le désarroi de Claire autant qu'elle nous permet de l'accompagner dans sa compréhension progressive de la situation.  

 

 

Vous l'aurez compris, j'ai vraiment apprécié cette première saison pour son côté très immersif, mon goût pour les films historiques, mais également pour les séries en général ayant été satisfait. C'est aussi mon coeur de midinette qui s'est laissé aller à suivre cette belle histoire d'amour, pourquoi s'en défendre? Si l'intérêt de la série ne se borne pas au physique avantageux des deux protagonistes principaux - avec une parité pour une fois respectée - il faut avouer que leur romance fait partie intégrante de l'attrait de la série, sans en être, heureusement, le seul atout.

 

Autant vous dire que j'attends avec impatience de découvrir la suite de leurs aventures, d'autant que la saison 2 vient de débuter aux USA et sera disponible 24h après sur Netflix France. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4,5/5 

 

Publié le 7 Avril 2016

De Pierre Godeau

 

 

Un homme, une femme.

Un directeur de prison, sa détenue.

Un amour impossible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est au hasard d'une séance cinéma ratée que j'ai découvert Eperdument. Le sujet, une liaison entre un directeur de prison et l'une de ses détenues, promettait d'emblée d'être délicat.

 

Pour donner vie à ses personnages, Pierre Godeau a choisi de les confier à Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos. Le premier incarne cet homme intègre au parcours exemplaire dont la déontologie va peu à peu céder à la passion destructrice. La seconde incarne l'insolente sensualité de la jeunesse, de celle qui s'ignore elle-même mais qui crève l'écran. 

 

 

Du passé de la jeune femme, on ne saura pas grand chose : pourquoi est-elle ici ? Les dialogues délivrent bien quelques indices sur le temps d'emprisonnement possible et laissent filtrer qu'elle était mineure au moment des faits, mais rien de plus. Chaque spectateur va ainsi pouvoir se bâtir sa propre image, et imaginer son passé au regard de ce qu'elle laisse transparaître : une jeune femme entière et sensible, agissant avec ses tripes sans considérer les conséquences de ses actes, sans même les regretter ensuite, semble-t-il. Presque mutique, elle ne se dévoile qu'à ceux en qui elle a confiance. Et cette confiance va instantanément se nouer avec le directeur de la prison, un fonctionnaire attentif et bienveillant, un homme qui a gravi à force de travail et de sérieux tous les échelons de la pénitentiaire, un mari et un père. 

 

Peu à peu, le respect mutuel se transforme en quelque chose de plus fort, irrésistible et destructeur, une passion qui les mènera à l'inévitable chute. Si les acteurs donnent très justement corps à cette relation interdite, la mise en scène peine parfois à faire monter la tension amoureuse, notamment à montrer le déchirement intérieur du directeur et sa lutte contre ses sentiments - qui rendrait, selon moi, d'autant plus fort le moment où il y cède. 

 

 

En évoquant aussi bien la notion de passé coupable que de futur incertain, l'environnement de la prison s'avère un lieu doublement oppressant : il est d'emblée hostile et cloisonné, avec d'innombrables grilles à traverser pour passer d'un espace à un autre, matérialisant les barrières morales et sociales qui s'opposent à la relation entre les deux personnages. Mais, une fois ces barrières franchies, il règne paradoxalement dans ces espaces clos une promiscuité qui rend d'autant plus palpable le danger d'être découvert. 

 

Au final, Eperdument s'avère un film sensible sur un sujet pourtant casse-gueule. Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos forment un couple inattendu et attachant, dont la belle complicité ne fait jamais oublier les caractères radicalement opposés. Seule ombre au tableau, la réalisation laisse un léger goût d'inachevé dans la montée en pression des personnages, diminuant d'autant l'implication émotionnelle des spectateurs dans la seconde partie du film. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 5 Août 2014

De John Carney 

 

 

Gretta et son petit ami viennent de débarquer à NYC. La ville est d'autant plus magique pour les deux anglais qu'on leur propose de venir y vivre pleinement leur passion : la musique. Le rêve va se briser et l'idylle voler en éclat quand, aveuglé par la gloire naissante, il va la plaquer pour une carrière solo et... une attachée de presse.

 

Sur le point de rentrer en angleterre, Gretta fait alors une rencontre inespérée qui va la décider à rester. 

 

 

 

Sur un scénario relativement convenu, John Carney réalise ici une comédie romantique tendre et sincère, sans effusions de violons. Et ce n'était pas gagné d'avance, car rarement on aura vu couple si improbable. Qui aurait pensé que Keira Knightley et Mark Ruffalo s'accorderaient autant ? Les deux comédiens, au diapason, affichent pourtant une complicité qui  transparaît jusque sur l'écran.

 

Mais celle qui est, sans conteste, la troisième protagoniste de cette histoire, c'est elle : la Grosse Pomme, cette ville mythique où tout semble possible, où rien n'est jamais perdu, et où tout peut être si éphémère. Une ville qui nourrit autant qu'elle vampirise. Ici, on reste plutôt assez éloignés des clichés, et si l'on aperçoit central park et l'empire state building, c'est davantage sous forme de clin d'oeil que comme vrais décors de l'action : point de carte postale touristique, mais un hommage poétique touchant.

 

Quant à la magie qui achève de cimenter toute l'histoire, c'est la musique, celle qui transforme les moments les plus simples et banals en "perles", comme le souligne le personnage de Mark Ruffalo. Une bande originale par conséquent très sympathique, que pour tout vous dire j'écoute en boucle depuis deux jours. 

 

Un film plein de charme, qui évite les clichés trop évidents et nous offre une plongée musicale et poétique dans un New York que l'on adore redécouvrir ainsi. 

 

 

Publié le 15 Mars 2014

De Yasuhiro Yoshiura

 

 

Après une catastrophe écologique, la terre se trouve séparée en 2 mondes inversés ignorant tout l'un de l'autre. Dans le monde souterrain, Patéma, 14 ans, adolescente espiègle et aventurière rêve d'ailleurs.
Sur la terre ferme, Age, lycéen mélancolique, a du mal à s'adapter à son monde totalitaire.
Le hasard va provoquer la rencontre des 2 adolescents en défiant les lois de la gravité.

 

 

 

 

 

J'aime beaucoup les films d'animation, tout particulièrement lorsque, sous couvert d'un style accessible aux enfants, ils abordent des thèmes plus profonds. Ici, il est question de science, de dictature, de haine, d'acceptation de la différence, mais également d'amour. Deux personnages que tout oppose, à commencer par la gravité, vont apprendre à se connaître, et à s'entraider, brisant les règles de leurs deux mondes et permettant par là même leur rencontre. Des thèmes traités avec poésie, mais dont la dureté n'est pas pour autant occultée.

 

Le film joue sur les effets d'optique à tel point que le spectateur en perd ses repères - et son sens de l'orientation. Ce processus est perturbant, car on ne sait plus "dans quel sens on est". Cependant, je pense que cela gène surtout le spectateur adulte, plus cartésien. Les enfants le ressentiront sans doute de façon différente. Mais on finit par se faire une raison et cette acceptation fait partie, je crois, du processus voulu par le réalisateur.

 

Voici donc une fable touchante, un univers visuel chamboulé, et un réalisateur à surveiller de près qui semble avoir un goût prononcé pour les univers futuristes. Après la retraite de Miyazaki, le cinéma d'animation japonais a encore de beaux jours devant lui !

Publié le 3 Mars 2014

De Simon Rich

Aux éditions du Seuil

 

 

 

Que vous soyez un Martien, un homme préhistorique, Zeus ou même un chien, il y aura toujours une fille pour vous briser le coeur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'aime beaucoup des recueils de nouvelles, car ils sont le format idéal pour servir de support à la créativité, aux sujets improbables, aux idées les plus loufoques. Ici, ce ne sont pas ces éléments qui manquent, tant les idées les plus variées sur le sujet du couple et de l'amour sont réunies, parfois saupoudrées d'une pointe de fantastique, ou d'absurde. On y retrouve également des personnages connus, comme Cupidon, Sherlock Holmes ou l'homme invisible.

 

Malheureusement, ces excellentes idées de départ sont soit plombées par l'écriture, soit mal déroulées jusqu'à leur terme, et se perdent en chemin. Il n'y a aucune de ces nouvelles qui m'a vraiment plu, car, toujours, quelque chose m'empêchait d'y croire complètement.

 

Côté bonne idées, on garde ! Côté développement de la nouvelle et écriture, l'ensemble est plutôt décevant et même très frustrant quand on en imagine le potentiel réel !

 

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