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Publié le 14 Janvier 2017

D'Eric Summer et Eric Warin

 

Félicie est une jeune orpheline bretonne qui n’a qu’une passion : la danse. Avec son meilleur ami Victor qui aimerait devenir un grand inventeur, ils mettent au point un plan rocambolesque pour s’échapper de l’orphelinat, direction Paris, ville lumière et sa Tour Eiffel en construction ! Félicie devra se battre comme jamais, se dépasser et apprendre de ses erreurs pour réaliser son rêve le plus fou : devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris…

 

 

 

 

Les films d'animation français ont décidément de la suite dans les idées. Après Ma vie de Courgette il y a quelques mois, voici encore une très jolie production. Ballerina nous plonge dans le Paris de la fin du 19e siècle sur les pas d'une jeune orpheline bretonne rêvant de devenir danseuse étoile et prête à tout pour intégrer la célèbre école de ballet de l'Opéra de Paris. 

 

Les histoires de rêve à réaliser sont un grand classique de l'animation et, bien menée, cette typologie de scénario s'avère des plus efficaces. Ce qui m'a le plus frappé, au delà de la qualité évidente des images, de la lumière et des textures, c'est le soin apporté à la reconstitution du Paris fin 19e, une de mes périodes favorites de l'histoire de la capitale, avec son lot de transformations et la construction de nombreux monuments emblématiques.

 

 

Je dirais même que l'on est, plus précisément, en 1888, si l'on en juge par le premier étage de la tour Eiffel à peine achevé. C'est le règne de la modernité, avec son lot d'innovations, d'ingénieurs, d'opportunités et de fortunes nouvelles, mais également l'époque où Paris, capitale des arts, attire des artistes de toute l'Europe. La période idéale, donc, pour s'intéresser au destin de ces deux enfants sans le sou rêvant de devenir, l'un inventeur, l'autre danseuse.

 

C'est également le plaisir, pour l'amatrice de l'époque, de voir la tour Eiffel encore inachevée, l'Opéra de Paris flambant neuf, la statue de la Liberté surmontant encore la rue de Chazelle ou encore le palais du Trocadéro. C'est peut-être un détail, mais ces décors ajoutent de la profondeur et de la crédibilité à cette belle histoire, et autant d'occasions de profiter de vues splendides de la capitale. Un film qui, sans être historique, est donc truffé de détails réalistes.

 

 

En somme, Ballerina impressionne surtout par sa capacité à faire rêver : si les plus jeunes spectateurs recevront probablement davantage le message de persévérance et de confiance en soi, adultes comme enfants conviendront de la beauté des décors et paysages, notamment des vues autour de l'Opéra Garnier. S'agissant d'un de mes monuments chouchous, il n'est pas impossible que cet avis ne soit pas tout à fait objectif, remarquez. Cependant je n'ai pu résister à ces superbes vues de la salle de spectacle, du grand escalier, mais également des toits de l'Opéra, un de ces lieux mythiques qui ont inspiré de nombreux photographes. Ces derniers n'ont d'ailleurs pas hésité à y faire poser des danseurs pour prendre des clichés à couper le souffle. Ballerina s'inscrit tout à fait dans ce sillage, avec l'avantage supplémentaire de pouvoir y faire évoluer ses personnages dans des chorégraphies impossibles à réaliser en temps normal, questions de sécurité oblige. De jolies scènes, qui renforcent - s'il était nécessaire - mon envie d'avoir la chance de grimper un jour sur les toits de cet édifice fabuleux. 

 

J'ai ainsi passé un très beau moment avec Ballerina, autant du point de vue du simple plaisir de suivre les aventures de Félicie et Victor à la conquête de leur avenir, mais également celui, plus intellectuel, de voir le Paris de la fin du 19e revivre sous nos yeux. Pour les enfants, nul doute que Ballerina sera une jolie histoire et, qui sait, leur donnera peut-être envie de visiter l'Opéra Garnier ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 13 Novembre 2016

Au Musée Bourdelle

Du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017 

 

On a beau arpenter les rues de la capitale depuis presque une décennie, il reste toujours à Paris des lieux à découvrir. L'amour que je porte à cette ville est sans doute éhontément subjectif, mais il me semble que cette impression de n'avoir jamais fini d'en faire le tour contribue grandement à son charme. 

 

C'est donc avec une immense curiosité (mon plus joli défaut) que j'ai accepté l'invitation à découvrir l'exposition De Bruit et de Fureur au Musée Bourdelle. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds, et un sculpteur dont j'ignorais tout. 

 

Et quelle découverte ! Celle de l'exposition, tout d'abord, qui évoque la conception du monument aux morts de Montauban, ville natale du sculpteur Antoine Bourdelle, commandée à l'artiste suite au concours qu'il remporte en 1895. Cette oeuvre, destinée à rendre hommage aux combattants de la guerre franco-prussienne de 1870, allie l'horreur de la guerre à un certain élan patriotique, dans une expressivité qui m'a vraiment impressionnée, et immédiatement captivée. 

 

 

De bruit et de fureur réunit une soixantaine de sculptures et plus de 130 photographies, pour permettre au visiteur de saisir tout le processus créatif à l'origine de ce monument doté d'une force qui m'a semblée peu commune. Le parcours s'ouvre ainsi sur les différentes propositions répondant au concours lancé par la municipalité. Des projets qui sont globalement d'allure très classique, et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est celui de Bourdelle qui a été choisi, tant il apparaît comme totalement différent de celui des autres concurrents.

 

L'exposition s'attache ensuite à nous montrer la façon de travailler de Bourdelle - élève de Rodin -  à commencer par la place qu'occupent les femmes - modèles ou amantes - dans l'oeuvre dont il est ici question. Elles inspirent parfois des figures masculines, mais surtout l'allégorie de la France qui domine le monument et dont la sensualité, plus que la nudité, n'a pas manqué de faire controverse à l'époque. L'autre aspect très particulier de son  processus créatif mis ici en évidence réside dans une conception fragmentée de l'oeuvre. Bourdelle travaille chaque élément à part, modelant un corps, une figure, des visages, un bras, qu'il va ensuite assembler, mais qu'il pourra également tout autant exploiter séparément : cela donne lieu à une grande individualisation de ses guerriers et des différents personnages qui composent cette oeuvre monumentale. Mais ce qui m'a le plus impressionnée, c'est cette incroyable recherche d'expressivité, particulièrement visible dans les ébauches et recherches autour des visages hurlants, dont l'exposition propose de nombreux exemples. 

 

 

L'autre aspect important de ce parcours réside dans la multiplicité des photographies qui entourent cette oeuvre. Clichés des modèles de l'artiste, ou des parties de l'oeuvre en cours de création, images envoyées à ses assistants, à son épouse, façon de matérialiser l'avancée de son travail ou d'en faire la promotion auprès des journaux et des commanditaires : ce sont plus de 130 clichés, tirages d'époque ou modernes, qui sont ici présentés. Bourdelle y photographie ses sculptures, son atelier et les effets que produit la lumière sur son travail, mais pose également au coeur de son oeuvre monumentale, qui se transforme alors en décor, auquel la fragmentation donne des allures de nuages.

 

 

Cette visite a également été pour moi l'occasion de découvrir l'existence du Musée Bourdelle et de son atelier, lieux que je n'ai malheureusement pas eu le temps d'arpenter. J'ai toutefois fait un petit détour du côté du jardin tout en longueur, réduit à quelques mètres de verdure de part et d'autre du chemin qui le parcourt, animé de nombreuses oeuvres de l'artiste. Un environnement étonnant, qui m'a vraiment émerveillé par son côté insolite, doublé de ma surprise de découvrir au coeur de Paris ce lieu entre parenthèses. 

 

Une exposition captivante qui met en avant la force, la rage, mais également la sensualité de l'oeuvre monumentale dont il est ici question, tout autant qu'elle nous donne à voir le processus créatif particulier de son sculpteur. Un vrai coup de coeur pour cette visite, porte d'entrée vers un artiste que je ne connaissais pas, qui m'a laissée avec l'envie profonde de découvrir plus avant le travail de Bourdelle ainsi que le musée qui lui est dédié. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

Publié le 18 Septembre 2016

De Danièle Thompson 

Sortie le 21 septembre 

 

Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil... Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

 

 

Saviez-vous que Cézanne et Zola étaient amis d'enfance ? Qu'ils avaient partagé leurs jeux adolescents sous le soleil d'Aix-en-Provence et les premières désillusions de leurs espoirs d'artistes sous la grisaille parisienne ? Une amitié que pour ma part, j'ignorais complètement. 

 

Cézanne ! Zola ! Ce n'est pas rien ! Deux monuments de l'art et de la littérature de la deuxième moitié du 19e siècle, dans une France en plein bouleversement social, économique, politique, et artistique, bien entendu. Et dans ce bouillonnement, les deux hommes vont croiser les destins d'autres noms qui deviendront tout aussi emblématiques, parmi lesquels Pissaro, Maupassant, Valladon ou encore Manet. 

 

Et puis, "la fâcherie". Une brouille qui semble devoir beaucoup à la publication du roman L'oeuvre de Zola, dont le personnage principal - un peintre maudit - reflète Cézanne d'un peu trop près. Mais ce n'est probablement que la goutte d'eau qui fait déborder le vase, tant l'amitié qui les lie s'avère tumultueuse : la faute aux femmes peut-être, mais également au caractère explosif d'un Cézanne incapable de diplomatie et en proie permanente au doute. Le peintre casse, déchire, poignarde ses toiles, s'échauffe, s'énerve, tempête sans se soucier de son entourage. 

 

C'est autour d'une dernière rencontre, probablement fictive, que va se construire Cézanne et moi, faisant revivre par bribes les souvenirs de l'un et de l'autre, mais surtout les souvenirs partagés, témoignages d'une amitié profonde non dénuée d'une certaine cruauté. Fondés sur l'abondante correspondance entre les deux hommes, mais également celle de leurs amis, les dialogues explorent la relation complexe entre Emile et Paul, entre Zola et Cézanne, se soutenant parfois envers et contre tous, rendant parfois blessure pour blessure. 

 

Pour incarner la force tranquille de l'écrivain et la colère bouillonnante de Cézanne, Daniel Thompson a choisi Guillaume Canet et Guillaume Gallienne. Les deux comédiens sont si investis qu'on oublie vite leurs traits pour ne plus voir que les personnages : leurs rancunes lorsque la trajectoire ascendante de l'un croise celle, descendante de l'autre, l'amitié qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, leur opposition parfois frontale, tout s'entremêle, et plusieurs scènes sont superbes.

 

Malheureusement, mon enthousiasme a été tempéré par le rythme et le montage du film. Tantôt trop brutal dans ses transitions, tantôt trop mou, l'ensemble peine à soutenir l'émotion créée par les comédiens et la réalisation. De la même manière, un sentiment de fouillis s'empare de certains passages, notamment ceux évoquant la Bohème et les autres artistes que côtoyaient Cézanne et Zola, rendant difficile l'identification formelle de nombre de leurs amis, malgré la pléthore de noms jetés ça et là. J'ai finalement compris qui étaient Manet et Pissaro, mais c'est à peu près tout. 

 

Des dialogues affûtés, des acteurs méconnaissables, malheureusement desservis par un résultat brouillon qui sape l'alchimie entre chaque scène mémorable. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

Publié le 23 Mars 2014

De Frank Whitford

aux éditions Thames & Hudson

 

Des multiples cercles dont est sortie notre modernité, celui de la Vienne du début du siècle prend, avec le recul, de plus en plus d'importance. De Freud à Wittgenstein, de Kraus à Schnitzler, on y dénombre plus les personnalités de premier plan et Klimt y occuppe sans conteste une place de choix dans le domaine pictural. Faisant le lien entre le XIXe et le XXe siècle, l'oeuvre de Klimt résoud la contradiction du traditionalisme et du modernisme, du figuratif et de l'abstrait.

 

 

 

Klimt fait partie des peintres que j'aime le plus : est-ce pour ses décors géométriques presque hypnotiques ? l'ambiguïté de ses personnages ? ou sa représentation très charnelle des corps ? je l'ignore. Toujours est-il que je trouve quelque chose d'irrésistiblement magnétique à ses oeuvres.

 

Mais, au fond, je ne m'étais jamais intéressée au peintre derrière le tableau. Et c'est un homme finalement très secret, plein de mystère que l'on découvre alors. En effet, de nombreuses parts d'ombre demeurent encore dans sa vie, si bien que l'on ignore le plus souvent quels bouleversements ont pu faire évoluer son style. Dans ce domaine, on ne peut donc que formuler des hypothèses, ce que souligne à plusieurs reprises l'auteur.

 

Cet ouvrage, très intéressant, est aussi l'occasion d'aborder toutes les facettes de l'art de Klimt, au delà de sa période dorée, la plus connue : ses débuts, stylistiquement très différents de ce que l'on peut imaginer connaissant la suite, ses commandes les plus célèbres, en passant par ses dessins érotiques et ses paysages, méconnus et pourtant très étonnants. Les seuls défauts de cet ouvrage résident dans la grande quantité de photos en noir et blanc, toujours un peu dommage, et le fait qu'il faille sans arrêt se référer à des tableaux situés parfois à plusieurs pages de l'explication qui en est faite.

 

Un voyage d'un demi-siècle de la Belle Epoque à la première guerre mondiale, en compagnie d'un artiste singulier, dans une Vienne aux paradoxes déroutants. Et sans bouger de son fauteuil !

A la place d'une narration directe, célébrant les grands philosophes du passé, ils virent un tableau qui parut décevant, gênant ou scandaleux à la plupart des gens.

"La Philosophie" se compose d'une colonne ininterrompue de figures nues dont les formes se contorsionnent et s'enlacent sur un fond stellaire d'où émerge, comme une nébuleuse gazeuse, une tête endormie ou méditative dont l'abondante chevelure répand en cascade une galaxie d'étoiles étincelantes.

En bas, une tête de femme fixe d'un regard hypnotique le spectateur; ses cheveux obscurcissent la partie inférieure de son visage comme une cape. Le catalogue de l'exposition décrit ce personnage comme "la connaissance". Que signifiait ce tableau ? Quel rapport pouvait-il bien avoir avec la réflexion philosophique ?

Publié le 19 Mars 2014

De Gonzague Saint Bris

Aux éditions Grasset

 

Deux cents ans après sa naissance et un siècle et demi après sa disparition, Alfred de Musset demeure une énigme. Car si son œuvre poétique est célèbre, sa vie reste reste une inconnue. Enfant terrible et précoce, prince du paradoxe perpétuellement déchiré entre angélisme et débauche, entre fêtes et larmes, il est l'incarnation par sa jeunesse, sa beauté et son immense talent, du romantisme le plus absolu. Pourtant, cet écrivain génial demeure, malgré le succès, un incompris magnifique et fragile. "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" : Musset boira jusqu'à la lie les poisons de la vie. Victime d'hallucinations névrotiques, il est ce dépravé qui s'abîme dans l'alcool et la drogue. Ses amours toujours recommencées le renvoient à son inguérissable solitude et au lent dégoût de lui-même. Préfigurant l'image du poète maudit, âme insaisissable, il refusa de faire carrière et de fonder une famille, ne vécut au fond que pour son œuvre. Il y trouva non seulement une manière d'exister, mais encore d'exprimer son intimité douloureuse. C'est ce qui lui donne sans doute, à l'heure de son bicentenaire, cet aspect inimitable et sa saisissante modernité.

 

 

Pendant longtemps - et sans doute n'en suis-je pas encore totalement à l'abri - j'ai confondu Alfred de Vigny et Alfred de Musset. Même époque, même prénom, une particule et tous deux poètes romantiques, pas de quoi m'aider ! Et puis, un jour, j'ai décidé de résoudre cette ennuyeuse confusion et acheté cet ouvrage pour en apprendre plus.

 

Cette biographie, rédigée par Gonzague Saint Bris, a le mérite d'entremêler la vie du poète et son oeuvre, ce qui permet d'emblée d'expliquer certains aspects de cette dernière sans tomber dans l'étude de texte formelle. On y découvre un homme à fleur de peau, impulsif, jaloux et malade d'être trop sensible, un poète précoce qui ne savait rien faire à moitié et qui par conséquent, a versé dans tous les excès. Bref, le genre d'homme invivable qui attire pourtant la compassion. 

 

Un livre bien fait, qui donne envie de s'intéresser de plus près à l'oeuvre de Musset, et, dans mon cas, également à celle de Vigny, histoire d'achever de ne plus les confondre !

Quand la passion emporte l'homme, la raison le suit en pleurant et en l'avertissant du danger; mais dès que l'homme s'est arrêté à la voix de la raison, dès qu'il s'est dit : C'est vrai, je suis fou, où allais-je ? La passion lui crie : Et moi, je vais donc mourir ?

Publié le 27 Février 2014

De Christophe Ganz

 

1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce.

Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose.

Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier et de se rendre au château à la place de son père.

 

 

 

 

Mais quelle malédiction touche donc les films français "grand public" en ce moment? Après Supercondriaque, la semaine dernière, c'est au tour de la Belle et la Bête de me décevoir.

 

Pourtant, au départ, l'univers posé par Christophe Ganz, avec ses décors luxuriants, ses effets spéciaux réussis, et ses costumes impressionants, avait tout pour me séduire. Et puis, peu à peu, la réalisation maladroite, qui ne ménage ni tension, ni sentiment, a fini par étouffer toutes ces qualités, en même temps que ses personnages. Le film multiplie les éléments inutiles - les Tadum, la voyante, pour ne citer qu'eux - et délaisse les choses importantes, parce qu'il faut bien faire des choix.  L'élement le plus essentiel -  l'évolution de la relation entre Belle et la Bête, finit donc malheureusement bâclé. S'il s'agit d'un conte, et donc de personnages forcément stéréotypés, il n'empêche que le spectateur a besoin de voir les changements de regard qu'ils portent l'un sur l'autre. Sinon, l'ensemble ne peut fonctionner. Il faut dire que l'abus du ralenti et des mouvements de caméra inutiles sont largement néfastes à l'installation d'un quelconque climat.

 

Les acteurs, à commencer par Vincent Cassel et André Dussolier, font ce qu'il peuvent pour sortir leur épingle du jeu, non sans succès, d'ailleurs. Léa Seydoux, que je découvre ici, ne m'a pas particulièrement convaincue, mais il est vrai que la réalisation ne lui facilite pas la tâche. Reste une beauté formelle certaine que l'on doit surtout aux costumières, aux décorateurs et aux concepteurs d'effets spéciaux, dont le travail mérite d'être souligné.

 

Las ! A vouloir truffer son film de détails, le réalisateur nous noie dans l'insignifiant, réduisant à néant les éléments vraiment essentiels qui auraient dû porter toute cette histoire. Lorsqu'on finit par ne plus y croire, malgré toute la bonne volonté du monde, on sombre dans l'ennui, et l'ensemble paraît alors grotesque. Un vrai gâchis de moyens !

Publié le 23 Novembre 2013

Au Musée Jacquemart-André jusqu'au 20 janvier 2014
 

Il est des paradoxes fort intéressants : comment une époque victorienne à la morale et aux codes vestimentaires aussi stricts a-t-elle pu voir l’éclosion d’une peinture où l’on représente des femmes si sensuelles ou si ambigües ? Et il ne s’agit pas d’une peinture faite par d'obscurs avant-gardistes, en marge de la société, mais bien de peintres au succès reconnu, exposant dans les salons officiels.

 

L’occasion, pour l’essentiel, de se replonger dans le mouvement préraphaélite, qui prend pour modèle les peintres de la renaissance prédécesseurs de Raphaël. De nombreuses oeuvres sont ici présentées, en suivant des thématiques telles que Beautés classiques, Héroïnes amoureuses ou encore Femmes fatales. A ce parcours évoquant une représentation féminine décorsetée, voire dénudée, s'ajoutent des éléments biographiques sur les principaux artistes exposés : on y retrouvera l'inévitable Edward C. Burne Jones et John William Waterhouse mais également Lord Leighton, Sir Laurence Alma Tadema et Talbot Hugues. Entre autres. Si j'ai beaucoup aimé cette exposition, c'est pour sa qualité pédagogique autant que pour les oeuvres proposées. Il faut dire que les représentations de personnages féminins ambigus comme les sorcières, les héroïnes tragiques ou les enchanteresses ne sont pas pour me déplaire.

 

Je ne résiste donc pas à l'envie de vous proposer, en images, les oeuvres qui m'ont le plus surprise. Tout d'abord l'Antigone de Lord Leighton, car, bien qu'elle me semble renvoyer à des canons classiques, son regard filant en dehors de l'image crée du hors-champ : on se prend à imaginer ce qui se passe en dehors des limites du cadre. Pour ma part, il me semble que ce tableau la montre au moment où, surprise en train de recouvrir le corps de son frère, elle comprend qu'elle ne peut plus revenir en arrière et qu'il lui faudra accomplir son destin.

Antigone, de Lord Leighton

Antigone, de Lord Leighton

L'Elaine de John Strudwick me plaît, quant à elle, pour le contraste entre la tristesse du personnage central, qui semble plongé dans ses pensées, et la finesse des détails qui l'entourent. L'ensemble m'a d'ailleurs davantage évoqué une illustration qu'une peinture, à cause, sans doute, du détourage sombre des détails qui n'est pas sans rappeler certaines techniques employées dans la bande dessinée.

Elaine, de John Strudwick

Elaine, de John Strudwick

 

Enfin, la toile la plus spectaculaire de l'exposition est sans aucun doute Les Roses d'Héliogabale de Sir Laurence Alma Tadema. Par ses dimensions, tout d'abord, puisque l'oeuvre fait plus de deux mètres de long, mais surtout par ces centaines de pétales de roses qui semblent chacune dotée d'une existence propre et évoluent gracieusement. Un contraste d'autant plus saisissant que la scène est dramatique : sous le regard narquois du jeune empereur au fond du tableau, les convives vont périr étouffés sous l'amas de fleurs.

Les Roses d'Héliogabale, Sir Laurence Alma Tadema

Les Roses d'Héliogabale, Sir Laurence Alma Tadema

Une exposition dédiée à la célébration de la beauté : féminine d'une part, mais également celle de la représentation artistique, comme en témoignent la richesse des décors, des habits et des paysages. De très belles oeuvres jalonnent un parcours qui sait accompagner le visiteur néophyte à la découverte d'une collection tantôt spectaculaire, tantôt intime. Une exposition très réussie, incontestablement l'une des meilleures que j'ai vues cette année.

 

Et si vous n'avez pas le loisir de vous y rendre, je vous invite à vous promener sur le site dédié (http://desirs-volupte.com/fr/lexposition-1/le-parcours), qui vous propose une visite virtuelle au cours de laquelle vous pourrez suivre les thématiques du parcours et cliquer sur les différentes oeuvres pour les découvrir en détail.

Publié le 29 Septembre 2013

De Jacqueline Sénès

aux éditions Hachette

 

En Nouvelle-Calédonie, la terre s'est toujours payée du prix du sang. Héléna, petite-fille d'Irlandais émigrés au XIXe siècle, voit sa grand-mère décapitée par les Canaques. Plus tard, avec John, son mari, il lui faut défendre la "station " qu'ils ont défrichée sous le regard méfiant des tribus. Livrés à une nature sensuelle et violente qui tantôt les charrie dans le courant d'une hostilité meurtrière, tantôt les berce dans une douceur maternelle, leurs sens et leurs jouissances appartiennent à la terre. Ils vont vivre, sur trois générations, l'âpre histoire de la Nouvelle-Calédonie. A travers famines et épidémies, amours et haines se déchaînent entre les êtres, les races, les éléments. Les relégués du pénitencier, les hommes et les femmes des tribus, les colons de toutes origines, primitifs ou visionnaires, parfois égarés ou alcooliques, sont les acteurs d'un drame dont Héléna, la " station ", les tribus et la Calédonie toute entière sont les victimes. Perdue au milieu du Pacifique, l'île distille pourtant ses envoûtements...

 

C'est en préparant notre récent voyage en Nouvelle-Calédonie que l'on m'a conseillé de me plonger dans ce roman qui retrace une partie de l'histoire coloniale du "Caillou". Si l'ouvrage se laisse lire sans difficulté, j'ai en revanche assez peu adhéré au style de l'auteur, certains passages me paraissant inutilement chargés. En revanche, et afin de développer correctement ses personnages, cette saga familiale aurait sans doute mérité plusieurs tomes - un par génération - structure qui aurait également permis d'éviter les ellipses nombreuses, parfois même maladroites en cours de récit, qui restituent mal la durée sur laquelle se déroule l'action.

 

En revanche, ce qui est à mon sens plus intéressant, particulièrement lorsqu'on découvre cette terre en même temps que l'ouvrage - ce qui fut mon cas - c'est qu'il retrace l'histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie, dans tous ses aspects majeurs. On y retrouve des évènements historiques, comme les deux guerres mondiales, mais aussi d'autres choses, plus emblématiques du territoire : le bagne, les colons Feillet, le nickel, les révoltes kanaks etc. Un excellent moyen pour nous, touristes, de "fixer" dans leur contexte les choses que nous découvrions au fur et à mesure de notre voyage.

 

Un ouvrage intéressant pour le contenu culturel et historique qu'il met en scène, bien plus que par l'attrait de son écriture, qui verse parfois dans le pseudo poétique vide d'émotion à force de trop vouloir décrire.

Héléna connaissait le prix de l'aube. C'est pourquoi elle s'efforçait de rester éveillée une fois son mari hors du lit. En bon stockman, cavalier de la brousse, John, debout dès quatre heures, sautait en selle sans attendre. A la torche, il vérifiait les barrières de la station, dégageait les chèvres qui s'y étaient prises, désembourbait une tête de bétail affolée par les touffes de chiendent sous les roseaux et levait les yeux vers le ciel. Lui aussi guettait le jour. La saison avait été torride.

En un éclair le soleil frappa le ruisseau asséché. Les chevaux frémirent. Ils erraient le plus souvent en liberté hors du pré, la crinière immobile à cause de la torpeur de l'air, écrasant à lentes foulées des graminées pointant sur un terrain nettoyé par le feu. Sensitives et verveine bleue.

Publié le 19 Juillet 2011

bride-stories-tome-1-couverture-kaoru-moriDe Kaoru Mori

aux éditions Ki-oon

 

 

La vie d’Amir, 20 ans, est bouleversée le jour où elle est envoyée dans le clan voisin pour y être mariée. Elle y rencontre Karluk, son futur époux… un garçon de huit ans son cadet ! Autre village, autres mœurs… La jeune fille, chasseuse accomplie, découvre une existence différente, entre l’aïeule acariâtre, une ribambelle d’enfants et Smith, l’explorateur anglais venu étudier leurs traditions.

Mais avant même que le jeune couple ait eu le temps de se faire à sa nouvelle vie, le couperet tombe : pour conclure une alliance plus avantageuse avec un puissant voisin, le clan d’Amir décide de récupérer la jeune femme coûte que coûte.

 

 

C'est un peu par hasard que je suis tombée sur ce manga sur les présentoirs d'une librairie. Alléchée par le dessin sur la couverture, j'ai décidé d'y jeter un coup d'oeil, plutôt positif. Ce n'est qu'ensuite que mon oeil s'est attardé sur le nom de l'auteur, Kaoru Mori.

 

Aucun hasard, finalement, dans cette histoire, puisque je suis déjà une lectrice de sa première série, Emma. Le style de dessin de cette mangaka, très propre, très précis, et avec de nombreux détails de décor et de costume m'avait déjà beaucoup plus appliqué à l'époque victorienne. Ici, appliquée à la route de la Soie, aux costumes des peuples habitant sur cette route et à leur art, c'est vraiment magnifique.

 

J'attends la suite avec beaucoup d'impatience !

 

 

Et si l'envie vous prend d'en voir un peu plus, les éditions Ki-oon, qui publient l'ouvrage, vous proposent de découvrir les premières pages de ce manga, sur leur site, ici.

Bride Stories

Publié le 26 Juin 2011

la loi du temps hiroshi hirataDe Hirata Hiroshi

aux éditions Delcourt

 

Qu'il s'agisse d'une jeune femme parvenue à la maitrise de l'art du sabre pour venger le meurtre de ses parents; d'un modeste bushi, employé aux écritures, cherchant à protéger la vertu de son épouse d'un supérieur corrompu ; du survivant d'une brigade de jeunes samouraïs qui aurait tant voulu offrir sa vie comme le firent ses frères d'armes ; ou bien d'un homme tyrannique se comportant comme un démon à force d'exiger de tous l'intransigeance guidant sa propre vie ; les protagonistes de ce recueil infléchiront leurs destinées en prenant le temps de comprendre, avec leur cœur, la valeur de la vie.

 

J'ai pour (plus ou moins mauvaise) habitude d'acheter des ouvrages, des BD ou des mangas un peu au hasard. J'ai parfois quelques surprises. Ce gekiga en fait partie. Si je laisse le soin à notre ami wikipedia pour vous expliquer ce que recouvre ce genre de bande dessinée, je peux déjà dire qu'il est nouveau pour moi.

 

En fait, c'est le bushi sur la couverture qui a attiré mon attention, j'aimais beaucoup la peinture. Si je me doutais bien qu'il y aurait quelques scènes violentes et/ou sanglantes, comme un rapide feuilletage en librairie me l'avait déjà laissé entrevoir,  mais j'ai toutefois été surprise par leur nombre, d'autant que rien ne mentionnait sur la couverture qu'il s'agisse d'un ouvrage pour adultes. Mais c'est tout de même incontestablement le cas. Remarquez, dans nos bandes dessinées, ce n'est pas notifié non plus.

 

Reste un trait sûr, des histoires de vengeance, de pardon, des dessins un peu moins dynamiques que ceux des mangas auxquels je suis habituée (mais ce n'est PAS un manga, selon son auteur),  et des valeurs japonaises d'honneur qui ne se limitent pas aux bushis comme je le pensais mais à toute une société féodale, finalement. Intéressant à bien des égards, une fois passée la surprise du contenu. Au moins, la prochaine fois, je serai prévenue.

 

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