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Publié le 16 Avril 2017

Mise en scène de Vincent Marbeau 

 

D'après Victor Hugo Le dernier jour d'un condamné

 

Si Victor Hugo compte parmi mes auteurs favoris, force est de constater que sa production est telle - en romans, en théâtre, en poésie - que je n'en ai lu qu'une infime partie. Cela ne m'empêche pas de profiter de chaque occasion possible pour en découvrir davantage. Je suis une opportuniste de la découverte ! 

 

Aussi, lorsqu'on me propose d'assister à une représentation de la pièce Condamnée, elle-même adaptée du roman Le dernier jour d'un condamné, de Victor Hugo, donc,  je n'ai pas hésité une seconde. Il s'agit d'une oeuvre à laquelle j'ai curieusement, échappé pendant ma scolarité, probablement, parce que la professeure que nous savions engagée contre la peine de mort avait  jugé que le film La dernière marche nous marquerait davantage. Et sans doute avait-elle raison, à l'époque. Du roman d'Hugo, donc, je ne connaissais que l'opinion engagée, mais rien de plus. 

 

C'est dans le minuscule théâtre la croisée des chemins, dans le 15e arrondissement, que mes pas me mènent. Là, j'appréhende tout de suite la proximité de la route : j'ai une tendance à voir la salle de spectacle comme un espace protégé, presque sanctuarisé, hors du temps et de la vie quotidienne, et je dois admettre que dans ce cas-ci, les bruits de la rue me semblaient trop inexorablement présents. Et puis, dès les premières minutes, j'oublie complètement le bruit ambiant, happée par la force de l'écriture de Victor Hugo.

 

 

Un mur sale, une chaise rouge. Rien de plus. Dans cet espace pourtant quasiment vide, le texte d'Hugo montre sa puissance peu commune, créant les images et les rendant vivantes. La salle du tribunal s'anime, on y voit les personnages que Hugo sait si bien dépeindre, avec leurs petites manies, leur condescendance, et des habitudes bourgeoises dont on pourrait rire, si elles n'apparaissaient pas comme si dénués de pitié, si indécentes, dans le contexte.

 

Hugo décrit la torture psychologique du personnage principal, son angoisse, ses doutes, mais également son atroce lucidité. C'est également une remarquable peinture du lent et méthodique déroulement de la justice : le jugement, le transfert, les procédures d'appel, l'attente, la solitude, l'espoir, et l'inexorable fin, qui prend la forme d'une lugubre machine à lame triangulaire dont la condamnée ne prononcera pas même le nom.

 

La comédienne Betty Pelissou fait le choix de servir les mots de l'écrivain, sans grandiloquence, dans une mise en scène des plus sobres. Elle prend le temps de laisser les mots résonner, en jouant chaque silence, montrant tour à tour toutes les couleurs de l'âme humaine au travers de cet unique personnage. D'ailleurs, de son crime, on ne saura pas grand-chose. Tout au plus que le sang a été versé. Préméditation ? accident ? Aucun détail supplémentaire ne viendra étayer le passé de la condamnée. Rien qui puisse biaiser le jugement par des circonstances précises. Ce plaidoyer est contre la peine de mort par principe, quel que soit le crime, quelles que soient les circonstances. 

 

 

Le lien est immédiat entre cette Condamnée et les spectateurs, un sentiment renforcé encore par les dimensions réduites du théâtre, si bien qu'il nous semble parfois être nous aussi entre ces quatre murs. Seul petit bémol, bien minuscule au regard du reste, j'avoue avoir trouvé que les passages musicaux - matérialisant les ellipses de temps -  ne trouvaient pas vraiment leur place, brisant le silence pesant du cachot, et détricotant parfois une tension pourtant si bien tissée. Une affaire de style musical ? Peut-être.

 

Reste une pièce poignante, où résonne les mots d'un écrivain farouchement engagé contre la peine de mort. Et comme souvent, avec Victor Hugo, on est frappé par l'implacable actualité d'un texte pourtant écrit il y a presque deux siècles. Quel que soit l'avis que l'on peut avoir sur la question, on ne peut, sans doute, y rester insensible.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

Renseignements et réservations sur le site du théâtre la croisée des chemins 

Photos Elvire Bourgeois​​​​​​​

Publié le 5 Avril 2017

 

De Giuseppe Verdi 

Au Bayerische Staatsoper de Munich 

Enregistré en 2014, retransmis via UGC Viva l'Opéra

 

Direction musicale : Asher Fisch 

Mise en scène : Martin Kušej

 

Distribution 

Don Alvaro : Jonas Kaufmann

Donna Leonora : Anja Harteros 

Don Carlo di Vargas : Ludovic Tézier 

Le Marquis de Calatrava / Padre Guadiano : Vitalij Kowaljow 

Preciosilla : Nadia Krasteva 

Fra Melitone : Renato Girolami

 

Il est des oeuvres aux rebondissements si dramatiques, aux coïncidences si improbables, qu'il faut la volonté ferme d'y croire. La Force du Destin est ce celles-là : la chute d'un pistolet dont le coup devient mortel, la rencontre fortuite d'un fils en quête de vengeance et de l'assassin sur une terre étrangère, et enfin les deux amants maudits choisissant, sans le savoir, de se retirer du monde dans le même monastère : c'est bien uniquement la force du destin qui peut conduire à tant de coïncidences ! 

 

 

Dans mon panthéon personnel, Verdi est à la musique ce que Shakespeare et Victor Hugo - mes chers Will et Totor - sont au théâtre et à la littérature. Autant dire que déjà, je partais du bon pied ! Sans compter que côté distribution, cette production laissait imaginer par avance un feu d'artifice autant vocal que scénique, avec le quatuor Anja Harteros, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier et Vitalij Kowaljow.

 

La mise en scène de Martin Kušej, dont je n'avais jamais vu le travail, étonne par quelques visions très modernes, notamment les images de la guerre, et le mélange des points de vue. En une même image, le plateau peut sembler vu de côté autant de que dessus, ce qui traduit autant le chaos de la guerre que celui, émotionnel, des personnages. Une volonté esthétique qu'on appréciera ou non, mais qui m'a semblé plutôt intéressante au niveau visuel et symbolique. 

 

 

Et, incontestablement, l'ensemble valait le détour ! La musique de Verdi est fabuleuse, les interprètes lui insufflent une émotion incroyable. Résultat : On y croit ! La mise en scène semble millimétrée, cherchant du sens dans chaque geste, dans chaque regard, qu'il s'agisse des interprètes principaux ou des autres artistes présents sur le plateau. Une précision particulièrement appréciable, car elle renforce la crédibilité des personnages : l'histoire a beau être difficilement plausible, si les personnages et leurs émotions ont l'air vraies, le reste suit. 

 

Le personnage d'Alvaro, cheveux longs, un peu voyou, s'oppose à la riche, pieuse et très rigide famille de Leonora. J'aime beaucoup la façon dont cette caractérisation donne d'emblée une vision des personnages qui permet de mesurer, du premier coup d'oeil, l'abîme qui les sépare, avant même que la malchance, ou plutôt le destin, ne s'en mêle. Le metteur en scène a également choisi de confier le personnage du marquis et du père supérieur au même interprète, renforcant ainsi sa force symbolique. Une imagination dont il a toutefois manqué pour Preciozilla, personnage qui semble ici se complaire dans la vulgarité, dénué d'épaisseur a tel point que l'on se demande à quoi il sert. 

 

 

La musique est sublime. L'interprétation vocale, la partition de Verdi, bien sûr, mais également très probablement la direction d'orchestre, élément sur lequel j'ai encore un avis très instinctif et que je serai bien en peine de vous préciser. Il y a de l'émotion, des coups de tonnerre, des envolées lyriques... c'est beau, tout simplement. J'en suis ressortie les larmes aux yeux.

 

J'étais assez dubitative sur le fait d'aller voir un opéra pré-enregistré, tant je m'étais habituée, même au cinéma, au frisson du direct, à l'incertitude qui en découle, et à cette sensation de mise en danger que l'on y ressent, presque comme dans la salle de spectacle. Mais tout l'intérêt du grand écran et de la qualité de son est là : même sans la tension du direct, ce qui se passe sur scène parvient à nous happer et prendre au tripes. Je suis ressortie en me disant que j'aurais adoré être dans la salle, à Munich, il y a trois ans, quand cette production a été captée. Et puis, à la réflexion, je me suis dit que l'émotion était tellement belle que finalement, j'y étais un peu, le temps d'une soirée. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5 

 

Publié le 16 Février 2017

De Stephan Streker

Sortie le 22 février 

 

Zahira, belgo-pakistanaise de dix-huit ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Ecartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.

 

 

 

 

 

 

Après Tempête de Sable, il y a quelques semaines, voici un second film qui s'interroge sur le poids de la tradition. Zahira est issue d'une famille pakistanaise qui vit en Belgique, et mène la vie d'une fille de son âge, entre le lycée et les sorties entre amis. Et puis, elle tombe enceinte. Dès lors, la pression familiale va se faire plus pesante, et l'étau de la tradition peu à peu se refermer sur elle. Elle est contrainte d'avorter : tant que rien ne se sait hors famille, l'honneur reste sauf. 

 

Mais pour éviter tout nouveau dérapage, ses parents entreprennent alors de la marier. Se voulant progressistes, ils lui offrent la possibilité de choisir entre trois hommes qu'ils ont soigneusement sélectionnés, et avec lesquels elle aura le droit de parler, chose inconcevable à leur époque. Zahira s'y refuse. Et plus elle se débat, plus la pression s'intensifie, inexorablement. 

 

 

Ce qui frappe, ici, c'est à quel point l'amour viscéral entre les membres de cette famille n'empêche pas les pressions internes. Mieux, c'est cet amour qui finit par forcer chacun à garder la place assignée par la tradition. Un quelconque manquement à cette dernière jetterait l'opprobre sur toute la famille, qui perdrait la face devant toute la communauté, et en serait exclue. Comment être libre quand le malheur de toute une famille peut découler de la moindre incartade ? Du refus de se marier à un homme imposé ? Quand le choc pourrait être fatal à un père ou une mère à la santé fragile ? Quand ce geste pourrait interdire à un frère et à une soeur le droit de fonder un jour une famille ? Peut-on être heureux en brisant sa propre famille, et en se condamnant à ne plus jamais les revoir ? Peut-on sacrifier les autres au nom de sa propre liberté ? 

 

Entre aspirations individuelle et devoir, Stephan Streker nous plonge au coeur d'un drame qui n'est pas sans rappeler les tragédies antiques ou classiques. Et ce n'est sans doute pas un hasard si la jeune Zahira, au lycée, déclame Antigone. C'est une histoire de famille, d'honneur, de devoir, quelque chose de viscéral et d'insoluble. La relation très forte qu'entretient Zahira avec son frère, qui tente de jouer les médiateurs, est à ce titre très intéressante. 

 

 

Comme dans les tragédies classiques, il n'est ici pas de personnage qui soit malveillant par essence, bien au contraire. C'est le tiraillement entre leurs aspirations personnelles, leur amour filial, paternel, fraternel, et les conventions sociales qui les poussent à agir comme ils le font. Le réalisateur fait ici le choix judicieux de ne porter aucun jugement sur les personnages, qui se débattent comme ils le peuvent chacun avec leurs raisons. Un beau film, infiniment triste, dont le dénouement fait l'effet d'un coup de poing. Et croyez-moi, je n'aime pas galvauder l'expression. Une interrogation terrible et probablement nécessaire sur les sociétés traditionnelles dans leur rapport au monde moderne. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 25 Janvier 2017

D'Elite Zexer

 

Les festivités battent leur plein dans un petit village bédouin en Israël, à la frontière de la Jordanie : Suleiman, déjà marié à Jalila, épouse sa deuxième femme. Alors que Jalila tente de ravaler l’humiliation, elle découvre que leur fille aînée, Layla, a une relation avec un jeune homme de l’université où elle étudie. Un amour interdit qui pourrait jeter l’opprobre sur toute la famille et contre lequel elle va se battre. Mais Layla est prête à bouleverser les traditions ancestrales qui régissent le village, et à mettre à l'épreuve les convictions de chacun.

 

 

 

Il est toujours compliqué de jeter un regard sur des traditions qui ne sont pas les nôtres, en essayant de les comprendre et sans être tenté de les juger selon nos propres valeurs. Ici, la réalisatrice israélienne Elite Zexer nous donne à voir quelques semaines dans la vie d'une famille de bédouins. Avec une grande délicatesse, elle va brosser le portrait de femmes qui vivent entre poids de la tradition et désir d'être heureuse. Mais cette recherche du bonheur individuel vaut-elle la peine de détruire, par ricochet, celui de toute une famille ?

 

Tempête de Sable s'interroge sur le carcan social très étroit de la société bédouine, règles liées au départ à la survie des clans dans le désert. Par exemple, le fait que les filles se marient au sein de la tribu permettait à l'origine que leurs enfants en fassent toujours partie, plutôt que de renforcer les rangs de la tribu de leur mari. Ces règles ont-elles toujours leur raison d'être dans un contexte actuel davantage sédentarisé, relèvent-elles simplement d'une tradition et d'une identité qu'il faudrait préserver? Sans manichéisme aucun, ni jugement moral, le film questionne. 

 

 

Dans une société tribale où la place de la femme, et de l'individu de façon générale, ne se définit que par rapport au groupe, Layla et Jalila tentent de faire bouger les limites qui leur sont imposées. Rien de révolutionnaire, juste un peu d'air pour, parfois, faire ses propres choix. Les hommes aussi courbent la tête face au groupe, par habitude autant que par conviction. Parce qu'ils occupent une place prédominante, ils auraient probablement plus à y perdre que les femmes à vouloir secouer la hiérarchie traditionnelle. La question du devoir, et surtout de l'obéissance - au conseil de la tribu, au père, à l'époux - est ici posée. Comment laisser une place quelconque au libre-arbitre quand les actions d'un seul individu peuvent jeter l'opprobre sur toute une famille ? 
 

 

Tempête de sable s'avère un film plein d'interrogations auxquelles - et c'est tant mieux - la réalisatrice n'essaye pas de répondre. Elle montre la force de ses personnages principaux, qui font des choix - parfois même ceux de la résignation et du sacrifice - pour préserver leur famille et protéger ceux qu'ils aiment. A la fois terrible et sublime. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 7 Novembre 2016

De Claudia Llosa 

 

À Nunavut, dans le Grand Nord canadien, Nana Kunning consulte un guérisseur pour l'un de ses fils. Cette rencontre va bouleverser le cours de son existence. Vingt ans plus tard, son fils aîné part sur les traces de sa mère, accompagné d'une journaliste française. Nana est devenue guérisseuse aux confins du Cercle polaire...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec l'attrape-rêves, nous avons rendez-vous dans les immensités glacées du grand Nord. En suivant une journaliste française, à la recherche de la guérisseuse Nana Kunning, le spectateur est invité à découvrir un monde de neige rude et silencieux, où la nature semble se taire, et les hommes garder leurs secrets. Car au delà de la tragédie familiale qui se dévoile peu à peu, il est surtout question du poids de la culpabilité, de rédemption et de quête de sens. Comment la tragédie brise-t-elle les individus, au point d'affecter leurs choix au-delà de toute raison ?  

 

La thématique est ambitieuse et le sujet traité avec une grande retenue dans le jeu des acteurs, qui laissent pourtant transparaître toute leur émotion. Ainsi, la mère et le fils, incarnés par Jennifer Connelly et Cillian Murphy et autour duquel se nouent toute l'intrigue, sont touchants dans leur quête désespérée de paix. J'ai également particulièrement aimé l'utilisation du faucon, magnifique oiseau qui se fait le messager de toute la psychologie des personnages. 

 

 

Pourtant, c'est dans la réalisation à proprement parler que le spectateur se perd, lorsque le film cherche - inutilement - à renforcer l'isolement des personnages en alternant plans larges sur les paysages, magnifiques et hostiles, et plans très - trop ? - serrés sur les visages. Réalisés le plus souvent caméra à l'épaule, ce genre d'effets qui tend à trop abuser de ces contrastes, donne parfois le mal de mer, sans servir davantage la dramaturgie. Une dissolution progressive de la tension générale qui aboutit à un dénouement qui nous laisse dubitatif quant à la guérison si rapide de blessures si anciennes et encore si vives.  

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

 

Publié le 19 Octobre 2016

De Claude Barras 

Sortie le 19 octobre 2016 

 

Courgette n'a rien d'un légume, c'est un vaillant petit garçon. Il croit qu'il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c'est sans compter sur les rencontres qu'il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu'ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas, même, être heureux. 

 

 

 

Comment aborder un sujet aussi dur que celui l'enfance meurtrie, brisée par le deuil, la négligence, la maltraitance, la violence, les abus en tout genre ? Contre toute attente, au lieu du drame que le thème aurait pu imposer de lui même, c'est la forme du film d'animation qui a été ici choisi. Un récit que l'on pourrait croire, de par sa forme, exclusivement destiné aux enfants, mais dont le fond est bien plus riche que les trames habituellement servies aux plus jeunes. 

 

Le sujet est donc douloureux, voire cruel, mais est traité à hauteur d'enfant, avec humour, justement, et surtout, avec leurs mots à eux. Si les adultes comprendront l'ampleur des traumatismes, les petits spectateurs n'en saisiront probablement que l'impression de gravité.  Rien n'est jamais montré, tout est suggéré, et la douleur même des petits pensionnaires du foyer est pudique : ces enfants que les événements ont fait souffrir trop tôt et grandir trop vite se sont forgés une carapace qu'il faut du temps pour briser. 

 

 

C'est au foyer des Fontaines que le travail et l'attention d'adultes bienveillants vont permettre à ces enfants de se reconstruire peu à peu, d'apprendre à faire confiance à nouveau, et de retrouver un peu de cette enfance qu'on leur a volé. Ils vont apprendre, rire, prendre soin les uns des autres, aussi, et faire de nouvelles découvertes. Ce qui frappe, c'est l'injustice de leur situation, dont ils s'aperçoivent lorsqu'ils sortent un moment de la bulle protectrice du foyer. Je pense notamment à une scène poignante où Courgette et ses amis observent une petite fille tomber et être consolée par sa maman. On y sent tout le désir, peut-être même la colère d'être, par simple hasard, tombé dans la mauvaise famille.

 

Toutefois, l'ensemble n'est pas dénué d'espoir. Les enfants demeurent des enfants et vont finalement réussir à vivre heureux dans ce foyer, entouré d'amis qui les comprennent et d'adultes bienveillants et aimants. Rien n'est facile, mais cela va mieux, et rien ne fait penser que la suite n'est pas plus belle encore. Ils resteront fragiles, secoués par leurs traumatismes, mais l'espoir d'une vie plus normale et la perspective du bonheur sont possibles, avec le temps. 

  

 

Un film dont l'apparente naïveté dans la forme, l'humour, même, contrastent avec la cruauté du propos, pourtant pleine d'espérance, sans défaitisme, sans déterminisme. On en ressort profondément touché, révolté par l'injustice de la naissance et assez confiant dans l'idée que l'amour reste le meilleur remède à apporter à ces situations insupportables. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 2 Octobre 2016

De Derek Cianfrance 

Sortie au cinéma le 5 octobre 2016

 

Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

 

 

 

Adapté du best-seller au même nom, de l'écrivain Margot Stedman, Une vie entre deux Océans possède tous les ingrédients de la romance poignante. Un homme, recherchant l'isolement loin de ses souvenirs douloureux de la guerre de 1914-1918, accepte un poste de gardien de phare au large de l'Australie. Au cours de ses rares retours sur la terre ferme, il rencontre la douce Isabel, qu'il épouse. Sur leur île entre océan Pacifique et océan Indien, loin de tout, il vivent heureux, et leur bonheur serait complet s'il n'y manquait un enfant. 

 

Jusqu'au jour où la mer leur apporte, comme un cadeau, une barque qui s'échoue sur le rivage. Deux naufragés à son bord : le cadavre d'un homme serrant un nouveau-né dans ses bras. Un cadeau qu'ils décident d'accepter, cachant les conditions de sa découverte à l'administration des phares et faisant passer le bébé pour le leur. L'enfant grandit heureuse et aimée dans ce foyer perdu au milieu de l'océan. Jusqu'à ce que le remords commence à se faire jour, lorsque Tom découvre par hasard l'histoire de la petite fille et la douleur de sa mère biologique. 

Si toute la construction du film met l'accent sur l'aspect dramatique de l'ensemble, l'équilibre est maintenu grâce au jeu des acteurs qui n'en font jamais trop. Dans le rôle de Tom, Michaël Fassbender prouve une fois de plus qu'il est décidément à l'aise dans tous les répertoires. Jamais trop mielleux, il campe un Tom peu bavard, mais au coeur immense, face à la douce et déterminée Isabel d'Alicia Vikander. Quand à Rachel Weisz, dans le rôle de la mère biologique, elle incarne tout à la fois la douleur, l'espoir et une certaine forme - bien compréhensible - d'intransigeance. 

 

Tout le film se construit au sein de l'univers clos que constitue l'île, supposément hostile car isolée, mais qui fait pourtant office de "bulle" où la famille va vivre heureuse. Un équilibre dont les seules perturbations vont paradoxalement émaner de l'extérieur, de cette civilisation dont ils se sont mis à l'écart de leur plein gré. 

Soit que je devienne plus émotive avec les années, soit que je l'assume mieux, toujours est-il que je suis ressortie bouleversée de cette histoire. C'est profondément humain, et la beauté farouche des lieux donnerait presque envie, un moment, de se retirer du monde, seul ou à deux, tout simplement. Une vie entre deux océans est un drame efficace, fort, une des ces histoires qui ne jugent pas, mais placent leurs personnages - un grand classique - entre sentiments et devoir. Un film où tous ont raison, à leur manière : l'amour d'un père, d'une mère, d'une fille, quoi de plus fort, et de plus universel ?

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 16 Juin 2016

De Julio Medem

 

 

Magda est institutrice et mère d’un petit garçon de 10 ans. Elle a du mal à faire face à la perte de son emploi et le départ de son mari. Mais lorsqu’on lui diagnostique un cancer du sein, plutôt que de se laisser abattre, elle décide de vivre pleinement chaque instant. Elle profite de son fils, de son médecin bienveillant et d’un homme qu’elle vient à peine de rencontrer. De son combat contre la maladie va naître une grande histoire d’amour entre tous ces personnages.

 

 

 

 

 

Vous le savez peut-être si vous suivez ces articles depuis quelque temps : j'ai du mal à résister à ce qui est espagnol. Pourtant je fréquente finalement assez peu le cinéma ibère, et ces dernières années, je peux seulement admettre avoir vu Blancanieves, ou le plus récent La isla Mínima. A ma décharge, les oeuvres qui arrivent sur nos écrans sont plutôt rares, si l'on excepte celles d'Almodóvar. C'est donc avec un immense plaisir que j'ai répondu présente à l'invitation de l'association Espagnolas en París, réunissant des passionnés du 7e art espagnol, qui me proposait de découvrir Ma Ma

 

Pour les non-hispanophones, une précision s'impose : dans la langue de Cervantès, la double syllabe Ma Ma évoque d'abord la maman (Mamá) mais également le nom du cancer du sein (cáncer de mama), une dualité sémantique sur laquelle repose tout le film. En effet, autour du personnage de Magda et de sa maladie, c'est l'inconditionnalité et la force de l'amour maternel qui sont au coeur de ce bouleversant récit. 

 

 

J'emploie, à dessein,  le mot bouleversant, car il est rare que je me laisse aller - qui plus est en public - à laisser échapper quelques larmes. Il est incroyablement émouvant de ressentir peu à peu l'intensité du drame qui se noue, et la force peu commune de ce personnage qui décide - presque littéralement - de continuer à vivre et à être heureuse. Perdre espoir serait mourir par anticipation. 

 

Finalement, ce sont les personnages autour de Magda qui finissent par porter le poids du drame : son fils, dont elle refuse de briser l'innocence, son compagnon, déjà accablé par le deuil, et son médecin, décontenancé par l'énergie peu commune de la jeune femme. Ce sont eux qui évoquent la fin, alors que Magda voit tout le bonheur et l'amour qui lui restent encore à donner et à recevoir. Peu à peu, sa vitalité devient contagieuse si bien que tout son entourage en est atteint, et il semble alors qu'un miracle soit possible.

 

 

Penelope Cruz, lumineuse, donne vie à toute la passion de Magda, auquel elle rend le plus bel hommage qui soit. Le reste du casting réuni par Julio Medem est lui aussi superbement poignant et juste sans que jamais l'unité de l'ensemble ne soit mis en péril par le jeu individuel. Le montage, quant à lui, permet de renforcer l'intensité dramatique par une mise en parallèle de scènes en réalité successives, et de matérialiser l'avancée de la maladie. 

 

Un formidable ode à l'amour et à la vie, un film très expansif, et en cela, très latin dans son esprit. D'ailleurs, il semblera probablement "too much" à un certain goût français pour l'intériorité et la sobriété, mais, pour ma part, je l'ai trouvé profondément émouvant. Penelope Cruz affirmait qu'il allait simplement donner envie aux spectateurs de rentrer chez eux pour serrer dans leurs bras les êtres qui leurs sont chers. 

Je confirme. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

Une bouleversante ode à l'amour et à la vie.... 

 

A noter :

Du 15 au 21 juin, l'association Espagnolas en París organise au Majestic de Passy  la 9e édition du festival Dífferent ! L'autre cinéma espagnol. Cet évènement annuel permet de promouvoir le cinéma d'auteur espagnol au travers de projections et de rencontres. 

 

Publié le 2 Mai 2016

De Leena Yadav

 

 

Inde, Etat du Gujarat, de nos jours. Dans un petit village, quatre femmes osent s'opposer aux hommes et aux traditions ancestrales qui les asservissent. Portées par leur amitié et leur désir de liberté, elles affrontent leurs démons, et rêvent d'amour et d'ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les films indiens qui arrivent jusque sur nos écrans sans être des purs produits made in Bollywood ne sont pas légion. Aussi, j'avais hâte de découvrir "la Saison des femmes", dont la très belle affiche, respirant la joie de vivre, avait attiré mon attention.

 

N'ayant pu répondre aux invitations à visionner ce film avant sa sortie pour cause de manque de disponibilité - que voulez-vous, on ne peut pas se consacrer entièrement à ses petits articles chéris - il m'a fallu attendre l'avant-première organisée aux Halles, en présence de la réalisatrice, pour enfin découvrir ce qui s'annonçait comme un petit bijou.

 

 

On a parfois tendance à oublier, dans la relative égalité occidentale, à quel point la situation dans d'autres pays et dans d'autres cultures peut être difficile pour les femmes, parfois même tragique. Ici, elles sont quatre à tenter d'avancer malgré l'adversité : il y a Rani, 32 ans et déjà veuve, qui cherche à marier son fils, et Janaki, sa future belle fille, à peine sortie de l'enfance. Il y a aussi la lumineuse Lajjo, frappée de stérilité, et Bijli, qui s'offre au regard des hommes sur scène et à leur porte-monnaie en coulisses. Chacune de ces héroïnes incarne à sa manière une facette de la femme indienne, de la plus soumise à la plus indépendante. Mais toutes ont en commun de souffrir par la faute des hommes. 

 

A bien des égards, La saison des femmes m'a rappelé l'excellent Femmes du Caire. En effet, dans l'un comme l'autre demeure le même sentiment de fatalité  : quel que soit le chemin qu'elles choisissent d'emprunter - se conformer aux règles de la société ou les défier - les femmes finissent toujours broyées. 

 

 

Les quelques lueurs d'espoir qui pointent parfois ont tôt fait d'être elles aussi étouffées sous le poids du traditionnalisme et de l'ignorance, quand ce n'est pas carrément sous un déluge de coups.  

 

Avec pour seule défense leur solidarité et une force intérieure incroyable, ces femmes indiennes continuent à aller de l'avant, poussées par une soif de bonheur inextinguible. Ici, on panse ses blessures, on se console, on rit à gorge déployée, on évoque sans tabou les choses de la vie. Parfois, on s'évade quelques heures, le temps de transgresser - si peu - les règles établies, et de goûter une liberté aussi enivrante que fugace

 

Notez que dans toute cette histoire, il y aurait de quoi devenir misandre, tant les hommes sont ici odieux. Le contraste est d'autant plus saisissant que le film ne perd pas une occasion de mettre en avant le paradoxe d'une culture qui vénére l'essence féminine au travers de nombreuses divinités et qui chante la femme comme le plus précieux des trésors. Un trésor que l'on méprise, que l'on humilie, que l'on bat, que l'on force. 

 

Et pourtant, souvent avec le sourire, toujours battantes, elles trouvent ici la force de se relever, ne comptant que sur leurs propres ressources pour aller de l'avant, sans jamais perdre tout à fait l'espoir qu'une vie meilleure soit possible. Des sourires lumineux, des regards qui en disent plus long que bien des mots : Une magnifique leçon de courage. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4,5/5 

Publié le 15 Avril 2016

De Giuseppe Verdi

A l'Opéra Bastille

Du 11 avril au 30 mai 2016

Direction musicale : Nicola Luisotti

Mise en scène : Claus Guth

 

Distribution

Le duc de Mantoue : Michael Fabiano

Rigoletto : Quinn Kelsey

Gilda : Olga Peretyatko

Sparafucile : Rafal Siwek

Maddalena : Vesselina Kasarova

Giovanna : Isabelle Druet

Le comte de Monterone : Mikhail Kolelishvili

Marullo : Michal Partyka

Matteo Borsa : Christophe Berry

Le comte de Ceprano : Tiago Matos

La comtesse de Ceprano : Andreea Soare

Le page de la Duchesse : Adriana Gonzalez

Huissier de la cour : Florent Mbia

Double de Rigoletto : Pascal Lifschutz

Danseurs et danseuses

Choeur et orchestre de l'Opéra National de Paris

 

Pour ce soir de première, j'avais rendez-vous avec Rigoletto, de Giuseppe Verdi. Mon compositeur favori, donc, dans un oeuvre qui à vrai dire ne m'a jamais particulièrement convaincue. Ce qui m'a toujours dérangé, c'est le personnage de Gilda, qui m'apparaît incompréhensible, davantage encore de mon point de vue de femme du 21e siècle : qu'elle pardonne à un homme qui l'a trompée, soit, mais qu'elle se sacrifie pour lui sauver la vie m'a toujours semblé hautement improbable, voire idiot, même dans le contexte d'un opéra, pourtant propice à quantité d'artifices. Mais disons que je n'ai jamais pu comprendre son geste, d'autant que l'objet de son affection - un coureur de jupon invétéré et cynique - ignorera tout de ce sacrifice et n'en éprouvera par conséquent aucun remords.

 

Mon peu de goût pour Rigoletto est d'autant plus inattendu que cette oeuvre est tirée d'une pièce de théâtre de Victor Hugo, un de mes auteurs favoris - avec Shakespeare -  et qu'on ne peut pas décemment avancer que je sois insensible au romantisme. Mais vous connaissez mon entêtement : tant que je n'avais pas vu cette oeuvre sur scène, ma vision me semblait fondée sur des a priori et il fallait par conséquent que j'en aie le coeur net.

C'est sur un bouffon clochardisé que s'ouvre le rideau : double de Rigoletto, il porte sur l'avant-scène un carton dont il extrait le costume de son ancien office ainsi qu'une robe blanche maculée de sang - celle de Gilda - annonçant le drame à venir, ou plutôt le drame passé, qui va se rejouer sous nos yeux comme dans sa mémoire.

 

Le décor se dévoile alors : c'est sur le plateau transformé en gigantesque carton que vont évoluer les personnages dont les costumes mélangent sans état d'âme la Renaissance et l'époque moderne. Le spectateur fait alors connaissance avec le Duc de Mantoue homme de pouvoir qui admet volontiers prendre et jeter les femmes comme elles passent. Pour autant que j'aie pu en juger, le ténor Michael Fabiano m'est apparu convaincant, sans pour autant avoir été entièrement séduite, les limites de mon appréciation en la matière m'empêchant encore parfois d'avancer des arguments techniques ou musicaux, sur ce qui relève largement d'une impression globale. Quinn Kelsey en Rigoletto, quant à lui,  impressionne d'emblée, avec une voix semblant remplir la salle presque sans effort. Toute en fragilité, c'est la délicatesse de la Gilda incarnée par Olga Peretyatko qui complète ce trio de voix qui vont nous emmener à leur suite tout au long de ce drame.

Le reste de la distribution m'a semblé au diapason, chacun donnant vie à son personnage sans chercher à tirer la couverture à soi, conférent à ce plateau une belle homogénéité. Coup de chapeau toutefois au choeur qui, comme à son habitude - je ne me lasse pas de le signaler - est toujours impeccable, animant toutes ses interventions de nuances et d'intentions qui en font un personnage à part entière.

 

Côté mise en scène, certains épisodes trouvent une réelle dynamique comme par exemple le récit de l'enlèvement de Gilda au Duc. D'autres, en revanche, achèvent de perdre leurs personnages dans ce décor si épuré. Même les projections qui s'animent sur les murs ne réussissent souvent pas à insuffler à ces scènes l'émotion supplémentaire qui viendrait soutenir la qualité des voix. Si l'ensemble est relativement lisible, on sent qu'il y a eu beaucoup d'efforts dans la recherche du "minimal" et le travail semble s'être arrêté à mi-chemin, si bien que les rares éléments présents finissent paradoxalement par devenir de trop. En effet, le plus souvent, la simple présence des chanteurs dans le décor vide, et leurs ombres qui se découpent sur les murs suffisent à habiter la scène. A contrario, les tentatives de remplir l'espace en matérialisant les pensées des personnages au moyen de doublures, n'ajoutent finalement aucune plus-value à ce que la combinaison du texte, de la musique et de l'émotion des interprètes parvenait déjà à nous faire ressentir.

En somme, si la mise en scène respecte l'oeuvre, la vision qu'elle en donne elle semble avoir demandé beaucoup d'efforts pour finalement peu de résultat. A minima, tout au moins peut-on se féliciter du fait quelle ne nuise pas à l'émotion déployée par les interprètes - chose malheureusement assez fréquente.

 

N'y voyez rien de personnel contre cette nouvelle production, mais je dois reconnaître que cette oeuvre ne comptera décidément pas parmi mes préférées. Malgré d'incontestables morceaux de bravoure vocale, quelques tubes incontournables et des interprètes qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes, il semblerait qu'entre Rigoletto et moi-même demeure une certaine incompatibilité émotionnelle. Peut-être cela changera-t-il avec les années ? 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5