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Publié le 21 Avril 2017

 

De Claudio Monteverdi

Au Théâtre des Champs-Elysées

Du 28 février au 13 mars 2017

 

Direction musicale : Emmanuelle Haïm
Mise en scène : Mariame Clément

 

Distribution

Ulysse : Rolando Villazón
Pénélope : Magdalena Kožená
Junon : Katherine Watson
Eumée : Kresimir Spicer
L’Amour / Minerve : Anne-Catherine Gillet
La Fortune / Mélantho : Isabelle Druet
La Fragilité humaine / Pisandre : Maarten Engeltjes
Le Temps / Antinoüs : Callum Thorpe
Jupiter / Amphinome : Lothar Odinius
Neptune : Jean Teitgen
Télémaque : Mathias Vidal
Eurymaque : Emiliano Gonzalez Toro
Irus : Jörg Schneider
Euryclée : Elodie Méchain

 

Le concert d'Astrée

 

Une ou deux fois par an, parmi les nombreux opéras proposés dans les grandes salles parisiennes, j'essaye d'aller voir un opéra différent de ce dont j'ai l'habitude. Après avoir jeté mon dévolu sur Wagner, j'ai choisi cette année de découvrir une oeuvre de Monterverdi. Non que j'aie un préjugé négatif à son égard, mais plutôt que je ne connaissais pas du tout. Et vous savez ma curiosité pour ce que j'ignore...

 

Monteverdi, c'est le tout début de l'opéra, l'époque ou l'on cherchait plus à reproduire l'antique manière de déclamer qu'à chanter. Résultat : ce Retour d'Ulysse en sa patrie est bien différent des opéras 19e que j'affectionne tout particulièrement. Ici, pas d'alternance récitatif / aria, pas d'air à proprement parler non plus, m'a t'il semblé, plutôt un long récit mis en musique.

 

Autre élément de surprise, les sonorités qui s'élèvent de l'orchestre. J'ai eu assez peu d'occasions d'entende "en vrai" des instruments anciens - la seule fois, me semble-t-il c'était avec Platée à l'Opéra Garnier - et je dois avouer qu'il y a une chaleur dans les instruments à vent, qui vient équilibrer le son très métallique du clavecin. Est-ce le style ? Le nombre relativement réduit de musiciens ?  Le son des instruments eux-mêmes ? Toujours est-il que  l'ensemble m'a semblé créer d'emblée une certaine intimité entre la scène et la salle. 

 

 

Côté distribution, j'ai particulièrement aimé la fluidité de Magdalena Kožená, qui déroule les textes de sa Pénélope tourmentée comme un long ruban sans fin. La Minerve d'Anne-Catherine Gillet est piquante, le berger Eumée d'une dignité fantastique, Irus le glouton quasi burlesque, et le couple vocal formé par Mélantho et Eurymaque de toute beauté. Seul l'Ulysse de Rolando Villazon - pourtant un des artistes que j'ai le plus apprécié sur scène ses dernières années - m'a semblé moins convaincant. Le personnage lui-même est usé, certes, mais la voix m'a semblé forcée - ou fatiguée - et j'ai eu du mal à lui reconnaître le timbre que je lui connaissais. 

 

La mise en scène, quant à elle, regorge - selon moi - de bonnes idées. Un plateau qui s'ouvre et un fond de scène qui s'avance, dévoilant tantôt la chambre conjugale, tantôt l'Olympe, reconverti pour l'occasion en bar de la Marine un peu sordide. Les Dieux s'y réunissent autour de bières plus que de nectar et d'ambroisie : Jupiter, patron du bar, Junon en serveuse, Neptune en vieux loup de mer, et une Minerve à la crinière blonde, très Madonna années 80. L'image est assez peu glorieuse, et ce la ne les rend que plus crédibles : après tout, les dieux gréco-romains n'étaient-ils pas affublés des mêmes défauts que les hommes, malgré leur puissance ? 

 

 

Au final, on est donc ici loin du tout dramatique. La production alterne moments sérieux et moments plus comiques - caractéristique de l'opéra baroque -  en s'appuyant sur les personnages, mais également au moyen de quelques touches d'humour bien placées : le canapé volant qui ramène Télémaque à Ithaque, la fléchette tombée par la fenêtre du bar par la maladresse d'un dieu devient un signe divin, les onomatopée issues des comics placent Ulysse, héros grec, à égalité avec nos super-héros modernes. Et pourquoi pas ?

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

Publié le 16 Avril 2017

Mise en scène de Vincent Marbeau 

 

D'après Victor Hugo Le dernier jour d'un condamné

 

Si Victor Hugo compte parmi mes auteurs favoris, force est de constater que sa production est telle - en romans, en théâtre, en poésie - que je n'en ai lu qu'une infime partie. Cela ne m'empêche pas de profiter de chaque occasion possible pour en découvrir davantage. Je suis une opportuniste de la découverte ! 

 

Aussi, lorsqu'on me propose d'assister à une représentation de la pièce Condamnée, elle-même adaptée du roman Le dernier jour d'un condamné, de Victor Hugo, donc,  je n'ai pas hésité une seconde. Il s'agit d'une oeuvre à laquelle j'ai curieusement, échappé pendant ma scolarité, probablement, parce que la professeure que nous savions engagée contre la peine de mort avait  jugé que le film La dernière marche nous marquerait davantage. Et sans doute avait-elle raison, à l'époque. Du roman d'Hugo, donc, je ne connaissais que l'opinion engagée, mais rien de plus. 

 

C'est dans le minuscule théâtre la croisée des chemins, dans le 15e arrondissement, que mes pas me mènent. Là, j'appréhende tout de suite la proximité de la route : j'ai une tendance à voir la salle de spectacle comme un espace protégé, presque sanctuarisé, hors du temps et de la vie quotidienne, et je dois admettre que dans ce cas-ci, les bruits de la rue me semblaient trop inexorablement présents. Et puis, dès les premières minutes, j'oublie complètement le bruit ambiant, happée par la force de l'écriture de Victor Hugo.

 

 

Un mur sale, une chaise rouge. Rien de plus. Dans cet espace pourtant quasiment vide, le texte d'Hugo montre sa puissance peu commune, créant les images et les rendant vivantes. La salle du tribunal s'anime, on y voit les personnages que Hugo sait si bien dépeindre, avec leurs petites manies, leur condescendance, et des habitudes bourgeoises dont on pourrait rire, si elles n'apparaissaient pas comme si dénués de pitié, si indécentes, dans le contexte.

 

Hugo décrit la torture psychologique du personnage principal, son angoisse, ses doutes, mais également son atroce lucidité. C'est également une remarquable peinture du lent et méthodique déroulement de la justice : le jugement, le transfert, les procédures d'appel, l'attente, la solitude, l'espoir, et l'inexorable fin, qui prend la forme d'une lugubre machine à lame triangulaire dont la condamnée ne prononcera pas même le nom.

 

La comédienne Betty Pelissou fait le choix de servir les mots de l'écrivain, sans grandiloquence, dans une mise en scène des plus sobres. Elle prend le temps de laisser les mots résonner, en jouant chaque silence, montrant tour à tour toutes les couleurs de l'âme humaine au travers de cet unique personnage. D'ailleurs, de son crime, on ne saura pas grand-chose. Tout au plus que le sang a été versé. Préméditation ? accident ? Aucun détail supplémentaire ne viendra étayer le passé de la condamnée. Rien qui puisse biaiser le jugement par des circonstances précises. Ce plaidoyer est contre la peine de mort par principe, quel que soit le crime, quelles que soient les circonstances. 

 

 

Le lien est immédiat entre cette Condamnée et les spectateurs, un sentiment renforcé encore par les dimensions réduites du théâtre, si bien qu'il nous semble parfois être nous aussi entre ces quatre murs. Seul petit bémol, bien minuscule au regard du reste, j'avoue avoir trouvé que les passages musicaux - matérialisant les ellipses de temps -  ne trouvaient pas vraiment leur place, brisant le silence pesant du cachot, et détricotant parfois une tension pourtant si bien tissée. Une affaire de style musical ? Peut-être.

 

Reste une pièce poignante, où résonne les mots d'un écrivain farouchement engagé contre la peine de mort. Et comme souvent, avec Victor Hugo, on est frappé par l'implacable actualité d'un texte pourtant écrit il y a presque deux siècles. Quel que soit l'avis que l'on peut avoir sur la question, on ne peut, sans doute, y rester insensible.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

Renseignements et réservations sur le site du théâtre la croisée des chemins 

Photos Elvire Bourgeois​​​​​​​

Publié le 5 Avril 2017

 

De Giuseppe Verdi 

Au Bayerische Staatsoper de Munich 

Enregistré en 2014, retransmis via UGC Viva l'Opéra

 

Direction musicale : Asher Fisch 

Mise en scène : Martin Kušej

 

Distribution 

Don Alvaro : Jonas Kaufmann

Donna Leonora : Anja Harteros 

Don Carlo di Vargas : Ludovic Tézier 

Le Marquis de Calatrava / Padre Guadiano : Vitalij Kowaljow 

Preciosilla : Nadia Krasteva 

Fra Melitone : Renato Girolami

 

Il est des oeuvres aux rebondissements si dramatiques, aux coïncidences si improbables, qu'il faut la volonté ferme d'y croire. La Force du Destin est ce celles-là : la chute d'un pistolet dont le coup devient mortel, la rencontre fortuite d'un fils en quête de vengeance et de l'assassin sur une terre étrangère, et enfin les deux amants maudits choisissant, sans le savoir, de se retirer du monde dans le même monastère : c'est bien uniquement la force du destin qui peut conduire à tant de coïncidences ! 

 

 

Dans mon panthéon personnel, Verdi est à la musique ce que Shakespeare et Victor Hugo - mes chers Will et Totor - sont au théâtre et à la littérature. Autant dire que déjà, je partais du bon pied ! Sans compter que côté distribution, cette production laissait imaginer par avance un feu d'artifice autant vocal que scénique, avec le quatuor Anja Harteros, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier et Vitalij Kowaljow.

 

La mise en scène de Martin Kušej, dont je n'avais jamais vu le travail, étonne par quelques visions très modernes, notamment les images de la guerre, et le mélange des points de vue. En une même image, le plateau peut sembler vu de côté autant de que dessus, ce qui traduit autant le chaos de la guerre que celui, émotionnel, des personnages. Une volonté esthétique qu'on appréciera ou non, mais qui m'a semblé plutôt intéressante au niveau visuel et symbolique. 

 

 

Et, incontestablement, l'ensemble valait le détour ! La musique de Verdi est fabuleuse, les interprètes lui insufflent une émotion incroyable. Résultat : On y croit ! La mise en scène semble millimétrée, cherchant du sens dans chaque geste, dans chaque regard, qu'il s'agisse des interprètes principaux ou des autres artistes présents sur le plateau. Une précision particulièrement appréciable, car elle renforce la crédibilité des personnages : l'histoire a beau être difficilement plausible, si les personnages et leurs émotions ont l'air vraies, le reste suit. 

 

Le personnage d'Alvaro, cheveux longs, un peu voyou, s'oppose à la riche, pieuse et très rigide famille de Leonora. J'aime beaucoup la façon dont cette caractérisation donne d'emblée une vision des personnages qui permet de mesurer, du premier coup d'oeil, l'abîme qui les sépare, avant même que la malchance, ou plutôt le destin, ne s'en mêle. Le metteur en scène a également choisi de confier le personnage du marquis et du père supérieur au même interprète, renforcant ainsi sa force symbolique. Une imagination dont il a toutefois manqué pour Preciozilla, personnage qui semble ici se complaire dans la vulgarité, dénué d'épaisseur a tel point que l'on se demande à quoi il sert. 

 

 

La musique est sublime. L'interprétation vocale, la partition de Verdi, bien sûr, mais également très probablement la direction d'orchestre, élément sur lequel j'ai encore un avis très instinctif et que je serai bien en peine de vous préciser. Il y a de l'émotion, des coups de tonnerre, des envolées lyriques... c'est beau, tout simplement. J'en suis ressortie les larmes aux yeux.

 

J'étais assez dubitative sur le fait d'aller voir un opéra pré-enregistré, tant je m'étais habituée, même au cinéma, au frisson du direct, à l'incertitude qui en découle, et à cette sensation de mise en danger que l'on y ressent, presque comme dans la salle de spectacle. Mais tout l'intérêt du grand écran et de la qualité de son est là : même sans la tension du direct, ce qui se passe sur scène parvient à nous happer et prendre au tripes. Je suis ressortie en me disant que j'aurais adoré être dans la salle, à Munich, il y a trois ans, quand cette production a été captée. Et puis, à la réflexion, je me suis dit que l'émotion était tellement belle que finalement, j'y étais un peu, le temps d'une soirée. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5 

 

Publié le 20 Mars 2017

Un spectacle de Joseph Agostini 

Avec Fabien Tucci et Johanna Berrebi 

Au théâtre Clavel du 10 mars au 13 mai 2017 

 

 

Tressia et David rêvent à deux d'un grand mariage romantique, avec des fleurs dans les cheveux, une calèche... Et puis, un jour, paf ! David sort du placard et lui annonce qu'il a finalement changé d'avis. Pas vraiment sur le mariage en lui même, plutôt sur le type de moitié qu'il souhaite...

 

C'est une Tressia à nouveau en couple qui nous raconte cette histoire, les réactions des voisins, ainsi que le tournant décisif de la carrière de footballeur de David. 

 

Johanna Berrebi prête ses traits à Tressia et nous emmène à la rencontre des personnalités de son village, à l'époque où les pages rouges permettaient de s'inventer une nouvelle identité. Avec une présence incontestable, une énergie débordante et un débit de parole plutôt impressionnant, la comédienne campe une Tressia exubérante et, qui sait ? peut-être même un peu névrosée, dans le fond. 

 

 

A ses côtés, Fabien Tucci, dont je vous ai déjà parlé dans ces colonnes - ici ou encore ici par exemple - incarne David, un footballeur prometteur auquel l'annonce récente de son homosexualité va jouer quelques tours : des parents qui se demandent ce qu'ils ont bien pu faire de travers, un sélectionneur épaulé par une voyante, et des villageois de Plan-de-Cuques qui regardent l'ensemble d'un air incrédule. Entre autres. 

 

 

J'avoue cependant avoir été moins convaincue par le texte de la pièce. Trop de pseudos de stars, des situations où peine a affleurer la moindre émotion ou empathie pour les personnages, des situations parfois trop absurdes, parfois pas assez : tant qu'à faire, autant pousser l'excentricité jusqu'au bout. Au final, l'impression d'un texte au potentiel comique assez mitigé, et des comédiens qui montrent une très belle énergie à incarner autant de personnages différents, aidés par une mise en scène qui sait se faire discrète et des effets de lumière efficaces.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5  

Plus d'informations et réservations auprès du théâtre Clavel, ou sur BilletRéduc

 

Publié le 20 Février 2017

Un spectacle d'Olivier Giraud 

Au théâtre des Nouveautés 

 

 

Il fallait une bonne dose d'audace - ou d'inconscience - pour oser monter un spectacle en anglais à Paris. Une ville où, en dépit de l'afflux de visiteurs venus du monde entier, il n'est malheureusement pas rare d'entendre répliquer à un touriste perdu et demandant son chemin "Monsieur, ici on parle français ! ". Sans grande surprise, c'est donc avec incrédulité, voire suspicion, qu'Olivier Giraud a tout d'abord été accueilli par ses interlocuteurs lorsqu'il a entamé ce projet. Personne ne croyant à la réussite de ce spectacle, il a finalement monté sa propre boîte de production pour le mener à terme. Et Depuis 2009, le spectacle a fait son petit bout de chemin : le bouche à oreilles aidant, c'est dans une salle quasi comble que Monsieur Lalune et moi-même découvrons How to become Parisian in one hour au Théâtre des Nouveautés. 

 

Un public assurément divers, composé d'expatriés et de touristes étrangers, mais également de français venus de province et de parisiens dotés du sens de l'humour - si, si, il paraît que ça existe. Il y a ici Mexicains, Italiens, Américains, Argentins, Australiens, Marocains, Anglais, Danois, Canadiens, Allemands - entre autres... Un mélange qui confère à la salle une ambiance très différente de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les salles parisiennes : plus réactif, bon enfant, plus expressif, aussi. Bref, un public qui s'amuse, et qui le fait savoir ! 

 

 

L'occasion pour les étrangers de comprendre pourquoi ils se font repérer à coup sûr ! Afin de permettre aux non-initiés de se fondre un maximum dans le microcosme de la capitale, Olivier Giraud procède donc à un cours de parisien accéléré. Comment communiquer avec un chauffeur de taxi ou un serveur ? Comment se comporter dans un café, un magasin, s'habiller, prendre le métro, danser, embrasser, et le plus important : comment exprimer son mécontentement comme un parisien ? 

 

Certains objecteront que l'on égrène ici pas mal de clichés. C'est en partie vrai, sans que ces clichés soient totalement faux non plus. Toutefois, puisque le comédien tire à vue sur tout le monde, l'ensemble trouve son équilibre : si les américains sont taquinés sur leurs connaissances approximatives et leur enthousiasme débordant, l'exubérance latine ne sera pas plus laissée de côté que la propension des parisiens à être peu amènes.  

 

 

S'il est bien entendu conseillé de comprendre un minimum l'anglais, que les moins anglophones se rassurent : nul n'est besoin d'être bilingue pour apprécier ce spectacle. Le comédien arbore un accent français - que je crois volontaire - qui rendra l'ensemble plus compréhensible pour nos compatriotes. De plus, une grande partie des effets repose davantage sur les expressions et la gestuelle, ainsi que sur l'interaction avec le public, que sur le langage lui-même, rendant l'ensemble très accessible. 

 

Et à la sortie, si le coeur vous en dit, Olivier Giraud vous attend pour discuter du spectacle, ou prendre une photo. Et avec la moue parisienne de rigueur, s'il vous plaît ! (dont ma maîtrise est encore balbutiante, visiblement...) 

 

 

En bref, How to become Parisian in one hour ? est un spectacle où l'on rit autant des autres que de soi-même. Un bon moment à passer ou à conseiller à des amis anglophones de passage pour lesquels l'offre théâtrale à Paris est si rare !

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Plus d'informations sur le site du Théâtre des Nouveautés

 

Publié le 11 Février 2017

De Charles Gounod 

Au Metropolitan opera de New York 

En retransmission en direct via Pathé live 

 

Direction musicale : Gianandrea Noseda

Mise en scène : Bartlett Sher

 

Distribution 

Juliette : Diana Damrau

Roméo : Vittorio Grigolo

Mercutio: Elliot Madore

 Frère Laurent : Mikhail Petrenko

Stéphano : Virginie Verrez 

 

 

 

 

Vous connaissez ma passion pour Shakespeare, passion qui peut devenir un chouïa obsessionnelle lorsqu'il s'agit de Roméo et Juliette. J'ai découvert cette oeuvre à l'âge de 10-11 ans, et depuis, je n'ai eu de cesse d'en visionner toutes les versions possibles et imaginables qui ont pu passer à ma portée : théâtre, ballet, cinéma, opéra, peinture, musique, tout y passe! Ici même, sur ce blog, plusieurs articles en témoignent (ici, ici, ou encore ici par exemple...) 

 

Aussi, lorsque j'ai vu que le Metropolitan Opera de New-York donnait cette année le Roméo et Juliette de Charles Gounod, la tentation - théorique - aurait été grande de faire un tour outre-Atlantique, d'autant que la distribution avec Vittorio Grigolo et Diana Damrau augurait du meilleur. Mais les conditions financières et temporelles n'étant de toutes façons pas réunies, je m'étais contentée d'enregistrer l'information sans y donner suite. Et puis, en préparant un article sur les différentes offres permettant de voir des opéras au cinéma - à venir bientôt - j'ai découvert que cette production serait retransmise au cinéma via l'offre Pathé Live. Inutile de vous préciser que j'ai sauté sur cette occasion pour ainsi dire inespérée ! 

 

 

Me voilà donc installée au Gaumont Opéra, avec une place numérotée, pour découvrir cette production. La salle est pleine à craquer, et à vrai dire, la plupart des spectateurs ne s'intéressent guère aux propos de la présentatrice, mais peut-être est-ce un problème de compréhension de l'anglais, l'ensemble des entretiens n'étant pas sous-titrés. Toujours est-il que pour ceux qui, comme moi, souhaitent profiter de ces à-côtés offerts par les séances cinéma, c'est assez frustrant. Le noir se fait, et les conversations se taisent, enfin. 

 

L'ouverture, grandiose, s'élève, et le plateau laisse apparaître une grand-place bordée d'arcades comme il y en a dans de nombreuses villes italiennes. Le choeur, grave et solennel pendant le prologue, se mue soudainement en une foule en liesse quand retentissent les premiers accords de la fête donnée par les Capulet. Les costumes, superbes, évoquent davantage le 18e siècle que la Renaissance, et la tentation est grande de se croire transportés à Venise, ville des plaisirs et du carnaval. 

 

 

J'ai une tendresse toute particulière pour cet opéra parce qu'il s'agit des amants de Vérone, bien sûr, mais aussi parce qu'il est très fidèle à la tragédie de Shakespeare, jusque dans les textes. La mise en scène de Bartlett Sherm'a surpris par certains aspects, et, bien qu'en apparence classique, elle recèle beaucoup d'idées qui m'ont particulièrement plu car elles vont toujours dans le sens du drame. Le résultat est flamboyant, avec des combats à l'épée chorégraphiés qui nous feraient presque oublier que nous sommes au spectacle. 

 

Le couple formé par Diana Damrau et Vittorio Grigolo fait des étincelles tant l'alchimie scénique entre les deux chanteurs est incandescente. La soprano allemande, qui incarne pour la première fois le rôle de Juliette, confirme sa très grande expressivité, que j'avais déjà remarquée l'an dernier au cours d'une Lucia de Lammermoor en version concert, au théâtre des Champs-Elysées. Je découvre ici son intensité de jeu, qui semble d'un naturel étonnant pour un art aussi artificiel qu'est l'opéra. Quant à Vittorio Grigolo, fidèle à lui-même, il s'investit entièrement, quitte à en faire parfois trop, tendance que je lui pardonne de bon coeur étant donné le personnage et tant l'intention paraît sincère. 

 

 

Une production superbe, et une émotion crescendo qui prévoyait un final en apothéose, dont nous avons malheureusement été privés à Paris pour cause de problèmes techniques mais dont les New-Yorkais ont sans aucun doute profité. En effet, la transmission a souffert de multiples ratés de son et d'image pendant tout le dernier acte qui ont fait quelque peu retomber la magie. Je suis rentrée à la fois émerveillée par ce début de soirée, et d'autant plus frustrée d'avoir été privée de pans entiers de la scène finale. Les aléas de la diffusion live ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 31 Janvier 2017

 

De Richard Wagner 

A l'Opéra de Paris jusqu'au 18 février 2017

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Claus Guth 

 

Distribution (ce soir-là)

Lohengrin : Jonas Kaufmann

Elsa Von Brabant : Edith Haller 

Heinrich Der Vogler : René Pape 

Friedrich Von Telramund : Tomasz Konieczny 

Ortrud : Evelyn Herlitzius 

Le héraut d’armes du Roi : Egils Silins 

Nobles du Brabant : Hyun-Jong Roh, Cyrille Lovighi, Laurent Laberdesque, Julien Joguet 

Les pages : Irina Kopylova, Corinne Talibart, Laetitia Jeanson, Lilla Farkas   

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Vous le savez peut-être si vous suivez régulièrement ces colonnes, mais depuis quelque temps, j'ai décidé de m'intéresser de plus près à Wagner. Davantage par curiosité intellectuelle que par goût, j'ai commencé à écouter de plus près ce compositeur dont l'opéra, a priori, ne me plaisait pas, dans l'espoir de faire tomber mes propres clichés et, à défaut de l'apprécier vraiment, au moins d'en comprendre plus. Après un Tristan et Isolde riche d'enseignements l'an dernier, c'est à Lohengrin que je m'attaque aujourd'hui. La présence de Jonas Kaufmann à l'affiche était l'occasion rêvée de concilier la découverte d'une nouvelle oeuvre de Wagner et des accents déjà familiers. 

 

 

Parce qu'on a toujours qu'une seule occasion de découvrir quelque chose pour la première fois, j'ai pris pour habitude - hérésie diront certains - d'en lire le moins possible sur une oeuvre, une fois pris mes billets. Je ne connaissais donc pas grand-chose de ce Lohengrin. Est-ce pour cela, par méconnaissance de l'oeuvre que la mise en scène de Claus Guth m'a globalement semblé intéressante, alors qu'elle a semblé un contre-sens à mes voisins, visiblement plus au fait du caractère du héros ? 

 

Ce qui frappe, dans la vision de Guth, c'est à quel point le chevalier reste fidèle à son devoir, alors qu'il semble terrorisé par la tournure que prennent les événements et par la couronne qu'on lui offre. Il ne semble réussir à traverser ces épreuves que grâce à l'amour et à la foi inconditionnelle que lui porte Elsa, la jeune fille qu'il a sauvé et qui devient son épouse. Ce prisme, plus humain, confère à la force morale que met Lohengrin à suivre son devoir une dimension quasi sacrificielle, et renforce, à mon sens, l'importance du lien d'amour et de confiance qui l'unit à Elsa... et par ricochet, la puissance destructrice du doute qui va les mener au drame. 

 

 

Côté voix, tout d'abord, il y a Jonas Kaufmann. Loin de moi l'idée de jouer à la groupie primaire, mais cet artiste a fait partie des premières voix que j'ai écouté quand j'ai commencé à m'intéresser à l'opéra : j'ai donc toujours une émotion toute particulière à écouter "en vrai" celles et ceux qui m'ont entraîné à leur suite dans cette délicieuse addiction. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la magie opère. Le Lohengrin de Jonas Kaufmann monte en puissance, comme la mise en scène le suggère, et nous fait entendre toute la palette de ses nuances et de ses émotions, avec un "In fernerm land" qui m'a semblé vraiment superbe. 

 

Je ne sais pas comment doit se chanter du Wagner, et mon avis ne relève donc que d'une impression. Tout ce peux vous dire, c'est que j'ai par exemple trouvé certaines attaques un peu rudes, presque maladroites, notamment chez Edith Haller, la soprano interprétant Elsa, sans savoir si cela est dû à la partition, à la langue allemande, ou à une question vocale plus technique échappant à ma compréhension. Une artiste qui m'a en revanche vraiment impressionnée, ici, c'est Evelyn Herlitzius, dans le rôle d'Ortrud, la sorcière. Elle campe un personnage enjôleur et manipulateur dont les interventions semblent certes moins mélodiques, plus brutes - partition d'origine, ou interprétation ? - et animé d'une fureur vengeresse qui emporte tout sur son passage. Une flamme à laquelle je ne pouvais rester insensible ! 

 

 

Pour ma part, j'ai été plutôt convaincue par cette production, et bien que je ne puisse encore affirmer apprécier vraiment Wagner, force est de constater que j'ai passé une bonne soirée, avec beaucoup de choses à en retirer. Disons que nous avons fait plus ample connaissance ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 4 Janvier 2017

Dans ma chronique du spectacle Fabien Tucci fait son Coming Outch, en juillet dernier, je vous avais fait l'aveu de l'un de mes secrets les plus honteux - et sans doute le plus mal gardé. A l'occasion de la reprogrammation de ce spectacle au théâtre du Marais, le jeudi 12 janvier, j'ai eu la chance de rencontrer Fabien Tucci le temps d'une petite interview. A son tour de vous révéler quelques-uns de ses secrets...

 

Coming Outch est ton premier spectacle : comment est-il né ? A t-il a été mûri patiemment, sketch après sketch ou est ce qu'un jour tu as eu une idée et tu l'as écrit d'une traite ?

 

A la base, je ne pensais pas être humoriste, c'est quelque chose qui m'est tombé d'un coup, dessus. Un soir, sur les 2h du matin j'ai vu une annonce pour un projet de série produit par TF1 : "cherche homo qui ne fasse pas homo". J'y réponds, et tout se passe super bien avec le directeur de casting : j'étais dans les 20 derniers, les 10 derniers, les deux derniers... et finalement, je n'ai pas été pris ! Quinze jours après, il me rappelle pour me proposer le rôle d'un homophobe sur le même projet. Bien sûr j'ai dit oui !

 

On part à Malaga, et là bas, à 10 minutes de tourner, j'apprends qu'il s'agit de Mon incroyable fiancé 2. C'est là que j'ai commencé à m'inquiéter, car c'est un concept d'émission où les gens peuvent croire que c'est une télé-réalité alors que c'est une comédie réalité, c'est à dire que la plupart des personnes sont des comédiens. Et vu le rôle de composition qui m’était réservé, je me suis dis qu’une fois passé à la télé, je serai sûrement interdit de Marais. C'est là qu'est venue l'idée d'écrire un spectacle pour me montrer tel que je suis vraiment. D'abord des petits sketches que je jouais dans un bar à Ménilmontant, puis un spectacle entier qui a évolué au fil des années. Je peux dire qu’en 6 ans, le petit a bien grandi! (sourire)

 

Le titre Coming Outch fait clairement référence au fait d'être gay. Était-ce une volonté délibérée dès le départ ou cela s'est-il imposé peu à peu ?

 

Oui, dès le départ. Même si au final, j’ai été beaucoup coupé au montage, ce tournage pour TF1 m’a donné l’opportunité de m’exprimer en toute liberté sur scène. Après, oui je suis gay mais je tiens à préciser que c’est un spectacle universel avant tout. Chacun de nous, au moins une fois dans sa vie, sort un jour ou l’autre du placard. Attention, je ne dis pas que tout le monde est homo… quoique si, au final, on est tous des homo… sapiens!

 

On sait que dans un spectacle comique, les choses sont déformées, exagérées, amplifiées, mais dans Coming Outch, quelle est la part de vécu et celle de fiction pure ?

 

Le spectacle est vrai à 90%! Quelques retouches ici ou là et un sketch purement inventé mais je ne préfère pas te dire lequel, c’est au spectateur de deviner… En revanche, ce qui est amusant, c’est la réaction du public à la sortie du spectacle. Beaucoup me demande si je suis homo ou hétéro. To be or not to be, telle a toujours été la question.

 

Spoiler alert : si vous n'avez pas vu le spectacle, la question suivante dévoile les dessous d'un sketch

 

J'ai vraiment beaucoup ri avec le sketch de Bourriquet... Comment est-il arrivé sur le spectacle ?

Au début, j'avais un babygro, que ma tante m'avait offert pour Noël, et dont je ne savais pas trop quoi faire. Et puis pour ma première dans un théâtre je trouvais amusant de le porter, et il est resté. Il a finalement été tellement utilisé, troué, abîmé, qu'il a fallu que j'en trouve un autre. Et j'en ai trouvé un à l'effigie de bourriquet, je me suis dit qu’il avait une bonne bouille, je lui ai donc proposé de monter sur scène avec moi! Depuis il mène sa petite carrière, je suis sûr qu’un jour il me volera la vedette! (sourire)

 

Est ce que tu penses, qu'aujourd'hui, il faut être gay pour faire rire des gays ? Ou est ce que c'est simplement une légitimité supplémentaire ?

 

Avoir une légitimité parce que je suis homo, oui, bien sûr, mais je trouve dommage de se dire que seuls les juifs peuvent rire des juifs, que seuls les arabes peuvent rire des arabes... dès qu'on va parler d'une communauté dont on ne fait pas partie, on est forcément plus suspect. A croire qu’il faut être juif, noir, arabe, asiatique, handicapé, (…) et homo pour pouvoir rire de tout… ça fait beaucoup pour un seul homme!

 

Je ne cherche pas à être pro-gay, le spectacle n'est absolument pas revendicatif, je voulais qu'il parle vraiment à tout le monde. Depuis 6 ans que je le joue, je vois la diversité des spectateurs, j'ai vraiment du public de 7 à 77 ans des femmes, des hommes, des hétéros, des bi...! Forcément, chacun le prend à travers son expérience, son histoire, son ego, mais je trouve que le spectacle a une bonne raison d'exister. Une fois, j'ai eu une mère de famille qui avait des doutes sur son fils, mais qui n'osait pas évoquer le sujet avec lui. Elle me dit, "grâce à vous, je pourrai enfin parler à mon fils". C'est un beau cadeau, et c'est vraiment là où le spectacle a un sens. Je connais beaucoup de personnes qui vivent une vie cachée, qui ne s'assument pas totalement et qui, au final, sont malheureux. Moi, je ne veux avoir aucun regret dans ma vie : j'ai envie de me retrouver à 80 ans et de me dire, j'ai fait ce que j'ai voulu faire, c'est bon, j'ai profité de la vie !

 

Quel serait ton dernier coup de cœur culturel ? Le film, livre, spectacle, exposition que tu aurais envie de faire partager ?

 

Ces derniers temps je n'ai pas eu trop le temps de sortir, et globalement, je suis éclectique, donc c'est assez compliqué. Par exemple, mon film préféré, côté dramatique, c'est Requiem for a Dream, mais sinon, j'aime aussi beaucoup Hairspray – qui n'a rien à voir – pour le côté feel good. Côté scène, il y a en ce moment au théâtre du Marais a un duo qui s'appelle Jeux de planches, ce sont deux nanas, elles sont totalement barges ! Côté lecture, mon livre de chevet actuellement, c’est Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tollé. J’avoue, ça n’a rien de romanesque mais ça aide beaucoup.

 

Des projets à venir ?

 

Bourriquet au cinéma dans Jour J, et une pièce de théâtre pour moi dont je ne peux pas encore parler pour le moment, parce que c'est tout frais.

 

Sinon, je voudrais relancer ma pièce de théâtre Roberta, Diva malgré lui, pour fin 2017-2018 : c'est l'histoire d'une famille de drag-queen de père en fils, et là le fils est hétéro ! C'est une comédie musicale, avec des parodies de chansons, qu'on a joué pendant trois ans, et là j'ai récupéré le bébé... j'aime bien prendre le contre-pied, on peut plus facilement dire les choses !

 

Et puis Coming Outch, bien sûr, que j'aimerais vraiment emmener faire un petit tour de France ! Ce qui m'intéresserait, c'est d'aller jouer dans des coins où justement, l'homosexualité n'est pas comprise, ou pas toujours acceptée. Je trouve ça encore plus intéressant, si ça peut faire un peu avancer les choses ! Ce serait un mâle pour un bien!

 

Fabien Tucci fait son Coming Outch 

Au théâtre du Marais 

Jeudi 12 janvier 2017 à 20h 

Informations et réservations ici ou ici

 

Publié le 20 Novembre 2016

 

De Jacques Offenbach 

A l'Opéra de Paris 

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Robert Carsen 

 

Distribution 

Hoffmann : Ramón Vargas

La Muse, Nicklausse : Stéphanie d'Oustrac 

Lindorf, Coppélius, Dapertutto, Miracle : Roberto Tagliavini 

Andrès, Cochenille, Pitichinaccio, Frantz : Yann Beuron 

Olympia : Nadine Koutcher 

Antonia : Ermonela Jaho 

Giulietta : Kate Aldrich 

La mère d'Antonia : Doris Soffel 

Spalanzani : Rodolphe Briand 

Luther, Crespel : Paul Gay 

Schlemil : François Lis 

Nathanaël : Cyrille Lovighi

Hermann : Laurent Laberdesque 

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Je ne vous cache pas que si j'avais pris mon billet pour ces Contes d'Hoffmann, c'était avant tout pour le plaisir d'entendre Jonas Kaufmann et Sabine Devieilhe. Mais après le désistement de l'un et de l'autre, pour des raisons tout à fait légitimes, j'étais tout de même un peu chagrine, d'autant que cet opéra ne compte pas vraiment parmi mes opéras favoris. J'aime, individuellement, nombre de ses airs, mais la cohérence dramatique de l'ensemble ne me convainc pas vraiment. Bref, j'y suis un peu allée en traînant des pieds.  

 

 

C'est en 1880 que Jacques Offenbach compose Les Contes d'Hoffmann, et réalise ainsi son rêve d'écrire - lui qui est surtout considéré comme un "amuseur" - un opéra, qui doit être donné à la salle Favart. Une oeuvre qu'il ne verra cependant jamais représentée, puisqu'il meurt quatre mois avant la première, la laissant inachevée. 

 

Inspirée de la pièce de théâtre du même nom, les Contes d'Hoffmann racontent les amours malheureux du poète. Trois femmes qui se succèdent, et qui chacune, lui brisent le coeur : Olympia, qui s'avère être une poupée mécanique, la jeune et pure  Antonia, qui meurt de la tuberculose, et Giulietta, une courtisane vénitienne qui va le manipuler. Et dans toutes ces histoires, trois hommes au nom différent pour une même figure diabolique, qui tire les ficelles dans l'ombre pour pousser Hoffmann au désespoir. 

 

 

C'est le ténor Ramón Vargas qui remplace Jonas Kaufmann dans le rôle d'Hoffmann. Un challenge qui se présentait épineux par avance, au regard de la déception du public privé de son chouchou allemand. Un défi relevé vocalement cependant, à un détail près : sur certains airs, la prononciation du ténor mexicain laisse plutôt à désirer, au point de rendre les phrases incompréhensibles. Malgré ce bémol, le reste de la distribution est à la hauteur de la partition du compositeur allemand. Nadine Koutcher est très convaincante dans le rôle de la poupée Olympia, tant vocalement que scéniquement : de loin, l'illusion mécanique est parfaite. Quant à Ermonela Jaho - que j'avais découverte dans Traviata - sa douce Antonia s'avère vraiment sensible et touchante, même si on notera quelques aigus légèrement trop hauts. On remarque également Stéphanie d'Oustrac dont le jeu presque cabotin dans l'air Une poupée aux yeux d'émail laisse transparaître un amusement certain de la mezzo-soprano.

 

Du côté des voix masculines, je dois avouer que j'étais vraiment très heureuse de pouvoir enfin voir Yann Beuron sur scène, l'ayant beaucoup écouté dans ses rôles de Pâris (La Belle Hélène) et de Fritz (La Grande Duchesse de Gerolstein) du temps ou je préparais ces oeuvres avec la troupe d'opérette dont je fais partie. Le ténor montre sur scène la même vocalité et le même jeu superbement comique que je lui avais connu par vidéo interposée, pour mon plus grand bonheur. Il réussit à rafler la mise avec un seul air - celui de Fritz - preuve s'il en est qu'il n'y a pas de petit rôle. Enfin, Roberto Tagliavini - que j'avais repéré dans Il Trovatore en février dernier, campe une figure diabolique globalement convaincante, mais peut-être pas aussi inquiétante qu'on l'aurait souhaitée. 

 

 

La mise en scène, habile, met en abyme l'opéra, avec des décors figurant le plateau, les coulisses, les fauteuils d'orchestre ou la fosse, dans un ensemble visuellement cohérent qui convient à mon sens tout à fait à cette histoire en plusieurs volets. Elle met également en avant toute l'extravagance dOffenbach et rappelle par moments la folie et la satire qui anime ses oeuvres plus légères. 

 

Finalement, j'ai passé une soirée sans grande révélation, mais sans déplaisir non plus. Un enthousiasme probablement modéré en partie par la déception de départ, mais aussi par une oeuvre que j'ai du mal à comprendre vraiment, quels que soient la qualité du chant et du jeu, pourtant présents ce soir-là.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de l'Opéra de Paris 

 

Publié le 18 Novembre 2016

Du Cirque Alexis Gruss 

A Paris du 22 octobre 2016 au 19 février 2017 

En tournée du 11 mars au 10 mai 2017

 

Aller au cirque, c'est la certitude de retomber en enfance : pénétrer sous le chapiteau, réclamer une barbe à papa (même si l'on n'a plus tout à fait l'âge de se rouler par terre en hurlant pour l'obtenir), s'asseoir sur les gradins, et laisser la magie opérer. 

 

C'est par un froid samedi d'octobre que nous avons donc rendez-vous avec Monsieur Lalune du côté du Bois de Boulogne, sous le grand chapiteau du cirque Alexis Gruss. Pour ce nouveau spectacle Quintessence, la famille Gruss met encore en scène les chevaux qui ont fait sa renommée, au cours de nombreux numéros d'acrobatie équestre. Pour la seconde fois, elle s'est associée à la compagnie des Farfadais, chargée quant à elle d'animer le ciel au dessus de la piste. 

 

Dans ce nouveau spectacle, Pégase, le cheval ailé, est tombé malade. Un jeune garçon, Joseph, doit parcourir le royaume des quatre éléments (air, terre, eau, feu) pour trouver les objets magiques qui, réunis, permettront de le sauver. Un prétexte assez classique mais généralement efficace, pour scénariser un spectacle et créer des effets d'ambiance. 

 

 

Hélas, cent fois hélas, la magie n'a pas opéré pour nous ce jour-là : jour de malchance ? Sans doute un peu, car il y a eu pas mal de ratés dans les numéros, mais il s'agit d'un risque à courir : c'est aussi ça le spectacle vivant. Je dois avouer être incapable de juger de la qualité du dressage, qui, paraît-il, est ici fantastique. Aussi, je peux seulement vous dire à ce sujet que les chevaux sont magnifiques, et que les numéros équestres sont parmi les plus réussis du spectacle, avec ceux des Farfadais, qui confèrent une part de rêve à l'ensemble.

 

C'est surtout dans la cohérence entre les numéros que réside le gros problème de ce spectacle, à commencer par le scénario introduit au départ: la quête du jeune Joseph pour sauver Pégase. Tout l'intérêt de ce procédé réside, à l'origine, dans la création d'un fil directeur qui est supposé faire le lien entre les numéros et générer des ambiances en fonction de la progression de l'intrigue. Sauf qu'ici, on assiste à une juxtaposition de différents moments : à l'exception près des Farfadais, il n'y a rien qui relie les numéros à ces fameux quatre éléments. Chaque prestation conserve son ambiance, sa musique, son énergie propre, et rend ainsi inutile voire dommageable le scénario en question, qui intervient davantage comme un élément perturbateur que fédérateur. A vrai dire, j'aurais préféré demeurer sur un spectacle traditionnel fondé sur la qualité et l'effet de chaque prestation plutôt que ce mélange qui lorgne vers le nouveau cirque - dont les Farfadais sont d'ailleurs issus - mais qui pour le moment, se situe maladroitement entre les deux. 

 

 

Mais le pire, ce qui vraiment nous a gênés tout au long du spectacle, c'est la narratrice / chanteuse. A sa décharge, elle est malmenée, évoluant avec les autres artistes et parfois les chevaux au milieu de la piste, parfois suspendue en l'air avec les Farfadais, mais cela n'empêche : elle a massacré la quasi totalité des chansons interprétées. Il ne s'agit pas de style, mais bien de justesse, car elle était systématiquement en dessous des notes souhaitées. A-t-on négligé de la doter d'un retour oreillette pour lui permettre de s'entendre, et d'entendre l'orchestre ? Je n'en sais rien, mais au résultat, c'est vraiment assez peu agréable. Sans compter quelques erreurs et hésitations sur le texte parlé. On aime l'idée de départ de tout avoir en live, sans aucun playback, mais cela demande un regain d'exigence. Pourquoi, aussi, choisir pour ce spectacle des chansons aussi célèbres et n'ayant de plus qu'un vague lien sémantique avec l'action (Frozen de Madonna, au royaume de l'air, Underwater de Mika, pour le royaume de l'eau) ? 

 

Vous l'aurez compris, et bien que je me sente toujours vaguement coupable d'écrire un avis négatif - ne serait-ce que pour la quantité de travail titanesque que représente pour les artistes la création d'un spectacle pareil - je ne peux pas dire que j'ai passé une soirée merveilleuse. Certains numéros sont de haut niveau, mais globalement l'ensemble est très inégal, d'autant que malgré les efforts déployés par les artistes, la mise en scène, le scénario - inutile - et le chant - faux - achèvent de saper jusqu'aux meilleurs prestations. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2,5/5

 

Plus d'informations sur http://alexis-gruss.com/