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Publié le 20 Mars 2017

Un spectacle de Joseph Agostini 

Avec Fabien Tucci et Johanna Berrebi 

Au théâtre Clavel du 10 mars au 13 mai 2017 

 

 

Tressia et David rêvent à deux d'un grand mariage romantique, avec des fleurs dans les cheveux, une calèche... Et puis, un jour, paf ! David sort du placard et lui annonce qu'il a finalement changé d'avis. Pas vraiment sur le mariage en lui même, plutôt sur le type de moitié qu'il souhaite...

 

C'est une Tressia à nouveau en couple qui nous raconte cette histoire, les réactions des voisins, ainsi que le tournant décisif de la carrière de footballeur de David. 

 

Johanna Berrebi prête ses traits à Tressia et nous emmène à la rencontre des personnalités de son village, à l'époque où les pages rouges permettaient de s'inventer une nouvelle identité. Avec une présence incontestable, une énergie débordante et un débit de parole plutôt impressionnant, la comédienne campe une Tressia exubérante et, qui sait ? peut-être même un peu névrosée, dans le fond. 

 

 

A ses côtés, Fabien Tucci, dont je vous ai déjà parlé dans ces colonnes - ici ou encore ici par exemple - incarne David, un footballeur prometteur auquel l'annonce récente de son homosexualité va jouer quelques tours : des parents qui se demandent ce qu'ils ont bien pu faire de travers, un sélectionneur épaulé par une voyante, et des villageois de Plan-de-Cuques qui regardent l'ensemble d'un air incrédule. Entre autres. 

 

 

J'avoue cependant avoir été moins convaincue par le texte de la pièce. Trop de pseudos de stars, des situations où peine a affleurer la moindre émotion ou empathie pour les personnages, des situations parfois trop absurdes, parfois pas assez : tant qu'à faire, autant pousser l'excentricité jusqu'au bout. Au final, l'impression d'un texte au potentiel comique assez mitigé, et des comédiens qui montrent une très belle énergie à incarner autant de personnages différents, aidés par une mise en scène qui sait se faire discrète et des effets de lumière efficaces.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5  

Plus d'informations et réservations auprès du théâtre Clavel, ou sur BilletRéduc

 

Publié le 20 Février 2017

Un spectacle d'Olivier Giraud 

Au théâtre des Nouveautés 

 

 

Il fallait une bonne dose d'audace - ou d'inconscience - pour oser monter un spectacle en anglais à Paris. Une ville où, en dépit de l'afflux de visiteurs venus du monde entier, il n'est malheureusement pas rare d'entendre répliquer à un touriste perdu et demandant son chemin "Monsieur, ici on parle français ! ". Sans grande surprise, c'est donc avec incrédulité, voire suspicion, qu'Olivier Giraud a tout d'abord été accueilli par ses interlocuteurs lorsqu'il a entamé ce projet. Personne ne croyant à la réussite de ce spectacle, il a finalement monté sa propre boîte de production pour le mener à terme. Et Depuis 2009, le spectacle a fait son petit bout de chemin : le bouche à oreilles aidant, c'est dans une salle quasi comble que Monsieur Lalune et moi-même découvrons How to become Parisian in one hour au Théâtre des Nouveautés. 

 

Un public assurément divers, composé d'expatriés et de touristes étrangers, mais également de français venus de province et de parisiens dotés du sens de l'humour - si, si, il paraît que ça existe. Il y a ici Mexicains, Italiens, Américains, Argentins, Australiens, Marocains, Anglais, Danois, Canadiens, Allemands - entre autres... Un mélange qui confère à la salle une ambiance très différente de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les salles parisiennes : plus réactif, bon enfant, plus expressif, aussi. Bref, un public qui s'amuse, et qui le fait savoir ! 

 

 

L'occasion pour les étrangers de comprendre pourquoi ils se font repérer à coup sûr ! Afin de permettre aux non-initiés de se fondre un maximum dans le microcosme de la capitale, Olivier Giraud procède donc à un cours de parisien accéléré. Comment communiquer avec un chauffeur de taxi ou un serveur ? Comment se comporter dans un café, un magasin, s'habiller, prendre le métro, danser, embrasser, et le plus important : comment exprimer son mécontentement comme un parisien ? 

 

Certains objecteront que l'on égrène ici pas mal de clichés. C'est en partie vrai, sans que ces clichés soient totalement faux non plus. Toutefois, puisque le comédien tire à vue sur tout le monde, l'ensemble trouve son équilibre : si les américains sont taquinés sur leurs connaissances approximatives et leur enthousiasme débordant, l'exubérance latine ne sera pas plus laissée de côté que la propension des parisiens à être peu amènes.  

 

 

S'il est bien entendu conseillé de comprendre un minimum l'anglais, que les moins anglophones se rassurent : nul n'est besoin d'être bilingue pour apprécier ce spectacle. Le comédien arbore un accent français - que je crois volontaire - qui rendra l'ensemble plus compréhensible pour nos compatriotes. De plus, une grande partie des effets repose davantage sur les expressions et la gestuelle, ainsi que sur l'interaction avec le public, que sur le langage lui-même, rendant l'ensemble très accessible. 

 

Et à la sortie, si le coeur vous en dit, Olivier Giraud vous attend pour discuter du spectacle, ou prendre une photo. Et avec la moue parisienne de rigueur, s'il vous plaît ! (dont ma maîtrise est encore balbutiante, visiblement...) 

 

 

En bref, How to become Parisian in one hour ? est un spectacle où l'on rit autant des autres que de soi-même. Un bon moment à passer ou à conseiller à des amis anglophones de passage pour lesquels l'offre théâtrale à Paris est si rare !

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Plus d'informations sur le site du Théâtre des Nouveautés

 

Publié le 11 Février 2017

De Charles Gounod 

Au Metropolitan opera de New York 

En retransmission en direct via Pathé live 

 

Direction musicale : Gianandrea Noseda

Mise en scène : Bartlett Sher

 

Distribution 

Juliette : Diana Damrau

Roméo : Vittorio Grigolo

Mercutio: Elliot Madore

 Frère Laurent : Mikhail Petrenko

Stéphano : Virginie Verrez 

 

 

 

 

Vous connaissez ma passion pour Shakespeare, passion qui peut devenir un chouïa obsessionnelle lorsqu'il s'agit de Roméo et Juliette. J'ai découvert cette oeuvre à l'âge de 10-11 ans, et depuis, je n'ai eu de cesse d'en visionner toutes les versions possibles et imaginables qui ont pu passer à ma portée : théâtre, ballet, cinéma, opéra, peinture, musique, tout y passe! Ici même, sur ce blog, plusieurs articles en témoignent (ici, ici, ou encore ici par exemple...) 

 

Aussi, lorsque j'ai vu que le Metropolitan Opera de New-York donnait cette année le Roméo et Juliette de Charles Gounod, la tentation - théorique - aurait été grande de faire un tour outre-Atlantique, d'autant que la distribution avec Vittorio Grigolo et Diana Damrau augurait du meilleur. Mais les conditions financières et temporelles n'étant de toutes façons pas réunies, je m'étais contentée d'enregistrer l'information sans y donner suite. Et puis, en préparant un article sur les différentes offres permettant de voir des opéras au cinéma - à venir bientôt - j'ai découvert que cette production serait retransmise au cinéma via l'offre Pathé Live. Inutile de vous préciser que j'ai sauté sur cette occasion pour ainsi dire inespérée ! 

 

 

Me voilà donc installée au Gaumont Opéra, avec une place numérotée, pour découvrir cette production. La salle est pleine à craquer, et à vrai dire, la plupart des spectateurs ne s'intéressent guère aux propos de la présentatrice, mais peut-être est-ce un problème de compréhension de l'anglais, l'ensemble des entretiens n'étant pas sous-titrés. Toujours est-il que pour ceux qui, comme moi, souhaitent profiter de ces à-côtés offerts par les séances cinéma, c'est assez frustrant. Le noir se fait, et les conversations se taisent, enfin. 

 

L'ouverture, grandiose, s'élève, et le plateau laisse apparaître une grand-place bordée d'arcades comme il y en a dans de nombreuses villes italiennes. Le choeur, grave et solennel pendant le prologue, se mue soudainement en une foule en liesse quand retentissent les premiers accords de la fête donnée par les Capulet. Les costumes, superbes, évoquent davantage le 18e siècle que la Renaissance, et la tentation est grande de se croire transportés à Venise, ville des plaisirs et du carnaval. 

 

 

J'ai une tendresse toute particulière pour cet opéra parce qu'il s'agit des amants de Vérone, bien sûr, mais aussi parce qu'il est très fidèle à la tragédie de Shakespeare, jusque dans les textes. La mise en scène de Bartlett Sherm'a surpris par certains aspects, et, bien qu'en apparence classique, elle recèle beaucoup d'idées qui m'ont particulièrement plu car elles vont toujours dans le sens du drame. Le résultat est flamboyant, avec des combats à l'épée chorégraphiés qui nous feraient presque oublier que nous sommes au spectacle. 

 

Le couple formé par Diana Damrau et Vittorio Grigolo fait des étincelles tant l'alchimie scénique entre les deux chanteurs est incandescente. La soprano allemande, qui incarne pour la première fois le rôle de Juliette, confirme sa très grande expressivité, que j'avais déjà remarquée l'an dernier au cours d'une Lucia de Lammermoor en version concert, au théâtre des Champs-Elysées. Je découvre ici son intensité de jeu, qui semble d'un naturel étonnant pour un art aussi artificiel qu'est l'opéra. Quant à Vittorio Grigolo, fidèle à lui-même, il s'investit entièrement, quitte à en faire parfois trop, tendance que je lui pardonne de bon coeur étant donné le personnage et tant l'intention paraît sincère. 

 

 

Une production superbe, et une émotion crescendo qui prévoyait un final en apothéose, dont nous avons malheureusement été privés à Paris pour cause de problèmes techniques mais dont les New-Yorkais ont sans aucun doute profité. En effet, la transmission a souffert de multiples ratés de son et d'image pendant tout le dernier acte qui ont fait quelque peu retomber la magie. Je suis rentrée à la fois émerveillée par ce début de soirée, et d'autant plus frustrée d'avoir été privée de pans entiers de la scène finale. Les aléas de la diffusion live ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 31 Janvier 2017

 

De Richard Wagner 

A l'Opéra de Paris jusqu'au 18 février 2017

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Claus Guth 

 

Distribution (ce soir-là)

Lohengrin : Jonas Kaufmann

Elsa Von Brabant : Edith Haller 

Heinrich Der Vogler : René Pape 

Friedrich Von Telramund : Tomasz Konieczny 

Ortrud : Evelyn Herlitzius 

Le héraut d’armes du Roi : Egils Silins 

Nobles du Brabant : Hyun-Jong Roh, Cyrille Lovighi, Laurent Laberdesque, Julien Joguet 

Les pages : Irina Kopylova, Corinne Talibart, Laetitia Jeanson, Lilla Farkas   

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Vous le savez peut-être si vous suivez régulièrement ces colonnes, mais depuis quelque temps, j'ai décidé de m'intéresser de plus près à Wagner. Davantage par curiosité intellectuelle que par goût, j'ai commencé à écouter de plus près ce compositeur dont l'opéra, a priori, ne me plaisait pas, dans l'espoir de faire tomber mes propres clichés et, à défaut de l'apprécier vraiment, au moins d'en comprendre plus. Après un Tristan et Isolde riche d'enseignements l'an dernier, c'est à Lohengrin que je m'attaque aujourd'hui. La présence de Jonas Kaufmann à l'affiche était l'occasion rêvée de concilier la découverte d'une nouvelle oeuvre de Wagner et des accents déjà familiers. 

 

 

Parce qu'on a toujours qu'une seule occasion de découvrir quelque chose pour la première fois, j'ai pris pour habitude - hérésie diront certains - d'en lire le moins possible sur une oeuvre, une fois pris mes billets. Je ne connaissais donc pas grand-chose de ce Lohengrin. Est-ce pour cela, par méconnaissance de l'oeuvre que la mise en scène de Claus Guth m'a globalement semblé intéressante, alors qu'elle a semblé un contre-sens à mes voisins, visiblement plus au fait du caractère du héros ? 

 

Ce qui frappe, dans la vision de Guth, c'est à quel point le chevalier reste fidèle à son devoir, alors qu'il semble terrorisé par la tournure que prennent les événements et par la couronne qu'on lui offre. Il ne semble réussir à traverser ces épreuves que grâce à l'amour et à la foi inconditionnelle que lui porte Elsa, la jeune fille qu'il a sauvé et qui devient son épouse. Ce prisme, plus humain, confère à la force morale que met Lohengrin à suivre son devoir une dimension quasi sacrificielle, et renforce, à mon sens, l'importance du lien d'amour et de confiance qui l'unit à Elsa... et par ricochet, la puissance destructrice du doute qui va les mener au drame. 

 

 

Côté voix, tout d'abord, il y a Jonas Kaufmann. Loin de moi l'idée de jouer à la groupie primaire, mais cet artiste a fait partie des premières voix que j'ai écouté quand j'ai commencé à m'intéresser à l'opéra : j'ai donc toujours une émotion toute particulière à écouter "en vrai" celles et ceux qui m'ont entraîné à leur suite dans cette délicieuse addiction. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la magie opère. Le Lohengrin de Jonas Kaufmann monte en puissance, comme la mise en scène le suggère, et nous fait entendre toute la palette de ses nuances et de ses émotions, avec un "In fernerm land" qui m'a semblé vraiment superbe. 

 

Je ne sais pas comment doit se chanter du Wagner, et mon avis ne relève donc que d'une impression. Tout ce peux vous dire, c'est que j'ai par exemple trouvé certaines attaques un peu rudes, presque maladroites, notamment chez Edith Haller, la soprano interprétant Elsa, sans savoir si cela est dû à la partition, à la langue allemande, ou à une question vocale plus technique échappant à ma compréhension. Une artiste qui m'a en revanche vraiment impressionnée, ici, c'est Evelyn Herlitzius, dans le rôle d'Ortrud, la sorcière. Elle campe un personnage enjôleur et manipulateur dont les interventions semblent certes moins mélodiques, plus brutes - partition d'origine, ou interprétation ? - et animé d'une fureur vengeresse qui emporte tout sur son passage. Une flamme à laquelle je ne pouvais rester insensible ! 

 

 

Pour ma part, j'ai été plutôt convaincue par cette production, et bien que je ne puisse encore affirmer apprécier vraiment Wagner, force est de constater que j'ai passé une bonne soirée, avec beaucoup de choses à en retirer. Disons que nous avons fait plus ample connaissance ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 4 Janvier 2017

Dans ma chronique du spectacle Fabien Tucci fait son Coming Outch, en juillet dernier, je vous avais fait l'aveu de l'un de mes secrets les plus honteux - et sans doute le plus mal gardé. A l'occasion de la reprogrammation de ce spectacle au théâtre du Marais, le jeudi 12 janvier, j'ai eu la chance de rencontrer Fabien Tucci le temps d'une petite interview. A son tour de vous révéler quelques-uns de ses secrets...

 

Coming Outch est ton premier spectacle : comment est-il né ? A t-il a été mûri patiemment, sketch après sketch ou est ce qu'un jour tu as eu une idée et tu l'as écrit d'une traite ?

 

A la base, je ne pensais pas être humoriste, c'est quelque chose qui m'est tombé d'un coup, dessus. Un soir, sur les 2h du matin j'ai vu une annonce pour un projet de série produit par TF1 : "cherche homo qui ne fasse pas homo". J'y réponds, et tout se passe super bien avec le directeur de casting : j'étais dans les 20 derniers, les 10 derniers, les deux derniers... et finalement, je n'ai pas été pris ! Quinze jours après, il me rappelle pour me proposer le rôle d'un homophobe sur le même projet. Bien sûr j'ai dit oui !

 

On part à Malaga, et là bas, à 10 minutes de tourner, j'apprends qu'il s'agit de Mon incroyable fiancé 2. C'est là que j'ai commencé à m'inquiéter, car c'est un concept d'émission où les gens peuvent croire que c'est une télé-réalité alors que c'est une comédie réalité, c'est à dire que la plupart des personnes sont des comédiens. Et vu le rôle de composition qui m’était réservé, je me suis dis qu’une fois passé à la télé, je serai sûrement interdit de Marais. C'est là qu'est venue l'idée d'écrire un spectacle pour me montrer tel que je suis vraiment. D'abord des petits sketches que je jouais dans un bar à Ménilmontant, puis un spectacle entier qui a évolué au fil des années. Je peux dire qu’en 6 ans, le petit a bien grandi! (sourire)

 

Le titre Coming Outch fait clairement référence au fait d'être gay. Était-ce une volonté délibérée dès le départ ou cela s'est-il imposé peu à peu ?

 

Oui, dès le départ. Même si au final, j’ai été beaucoup coupé au montage, ce tournage pour TF1 m’a donné l’opportunité de m’exprimer en toute liberté sur scène. Après, oui je suis gay mais je tiens à préciser que c’est un spectacle universel avant tout. Chacun de nous, au moins une fois dans sa vie, sort un jour ou l’autre du placard. Attention, je ne dis pas que tout le monde est homo… quoique si, au final, on est tous des homo… sapiens!

 

On sait que dans un spectacle comique, les choses sont déformées, exagérées, amplifiées, mais dans Coming Outch, quelle est la part de vécu et celle de fiction pure ?

 

Le spectacle est vrai à 90%! Quelques retouches ici ou là et un sketch purement inventé mais je ne préfère pas te dire lequel, c’est au spectateur de deviner… En revanche, ce qui est amusant, c’est la réaction du public à la sortie du spectacle. Beaucoup me demande si je suis homo ou hétéro. To be or not to be, telle a toujours été la question.

 

Spoiler alert : si vous n'avez pas vu le spectacle, la question suivante dévoile les dessous d'un sketch

 

J'ai vraiment beaucoup ri avec le sketch de Bourriquet... Comment est-il arrivé sur le spectacle ?

Au début, j'avais un babygro, que ma tante m'avait offert pour Noël, et dont je ne savais pas trop quoi faire. Et puis pour ma première dans un théâtre je trouvais amusant de le porter, et il est resté. Il a finalement été tellement utilisé, troué, abîmé, qu'il a fallu que j'en trouve un autre. Et j'en ai trouvé un à l'effigie de bourriquet, je me suis dit qu’il avait une bonne bouille, je lui ai donc proposé de monter sur scène avec moi! Depuis il mène sa petite carrière, je suis sûr qu’un jour il me volera la vedette! (sourire)

 

Est ce que tu penses, qu'aujourd'hui, il faut être gay pour faire rire des gays ? Ou est ce que c'est simplement une légitimité supplémentaire ?

 

Avoir une légitimité parce que je suis homo, oui, bien sûr, mais je trouve dommage de se dire que seuls les juifs peuvent rire des juifs, que seuls les arabes peuvent rire des arabes... dès qu'on va parler d'une communauté dont on ne fait pas partie, on est forcément plus suspect. A croire qu’il faut être juif, noir, arabe, asiatique, handicapé, (…) et homo pour pouvoir rire de tout… ça fait beaucoup pour un seul homme!

 

Je ne cherche pas à être pro-gay, le spectacle n'est absolument pas revendicatif, je voulais qu'il parle vraiment à tout le monde. Depuis 6 ans que je le joue, je vois la diversité des spectateurs, j'ai vraiment du public de 7 à 77 ans des femmes, des hommes, des hétéros, des bi...! Forcément, chacun le prend à travers son expérience, son histoire, son ego, mais je trouve que le spectacle a une bonne raison d'exister. Une fois, j'ai eu une mère de famille qui avait des doutes sur son fils, mais qui n'osait pas évoquer le sujet avec lui. Elle me dit, "grâce à vous, je pourrai enfin parler à mon fils". C'est un beau cadeau, et c'est vraiment là où le spectacle a un sens. Je connais beaucoup de personnes qui vivent une vie cachée, qui ne s'assument pas totalement et qui, au final, sont malheureux. Moi, je ne veux avoir aucun regret dans ma vie : j'ai envie de me retrouver à 80 ans et de me dire, j'ai fait ce que j'ai voulu faire, c'est bon, j'ai profité de la vie !

 

Quel serait ton dernier coup de cœur culturel ? Le film, livre, spectacle, exposition que tu aurais envie de faire partager ?

 

Ces derniers temps je n'ai pas eu trop le temps de sortir, et globalement, je suis éclectique, donc c'est assez compliqué. Par exemple, mon film préféré, côté dramatique, c'est Requiem for a Dream, mais sinon, j'aime aussi beaucoup Hairspray – qui n'a rien à voir – pour le côté feel good. Côté scène, il y a en ce moment au théâtre du Marais a un duo qui s'appelle Jeux de planches, ce sont deux nanas, elles sont totalement barges ! Côté lecture, mon livre de chevet actuellement, c’est Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tollé. J’avoue, ça n’a rien de romanesque mais ça aide beaucoup.

 

Des projets à venir ?

 

Bourriquet au cinéma dans Jour J, et une pièce de théâtre pour moi dont je ne peux pas encore parler pour le moment, parce que c'est tout frais.

 

Sinon, je voudrais relancer ma pièce de théâtre Roberta, Diva malgré lui, pour fin 2017-2018 : c'est l'histoire d'une famille de drag-queen de père en fils, et là le fils est hétéro ! C'est une comédie musicale, avec des parodies de chansons, qu'on a joué pendant trois ans, et là j'ai récupéré le bébé... j'aime bien prendre le contre-pied, on peut plus facilement dire les choses !

 

Et puis Coming Outch, bien sûr, que j'aimerais vraiment emmener faire un petit tour de France ! Ce qui m'intéresserait, c'est d'aller jouer dans des coins où justement, l'homosexualité n'est pas comprise, ou pas toujours acceptée. Je trouve ça encore plus intéressant, si ça peut faire un peu avancer les choses ! Ce serait un mâle pour un bien!

 

Fabien Tucci fait son Coming Outch 

Au théâtre du Marais 

Jeudi 12 janvier 2017 à 20h 

Informations et réservations ici ou ici

 

Publié le 20 Novembre 2016

 

De Jacques Offenbach 

A l'Opéra de Paris 

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Robert Carsen 

 

Distribution 

Hoffmann : Ramón Vargas

La Muse, Nicklausse : Stéphanie d'Oustrac 

Lindorf, Coppélius, Dapertutto, Miracle : Roberto Tagliavini 

Andrès, Cochenille, Pitichinaccio, Frantz : Yann Beuron 

Olympia : Nadine Koutcher 

Antonia : Ermonela Jaho 

Giulietta : Kate Aldrich 

La mère d'Antonia : Doris Soffel 

Spalanzani : Rodolphe Briand 

Luther, Crespel : Paul Gay 

Schlemil : François Lis 

Nathanaël : Cyrille Lovighi

Hermann : Laurent Laberdesque 

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Je ne vous cache pas que si j'avais pris mon billet pour ces Contes d'Hoffmann, c'était avant tout pour le plaisir d'entendre Jonas Kaufmann et Sabine Devieilhe. Mais après le désistement de l'un et de l'autre, pour des raisons tout à fait légitimes, j'étais tout de même un peu chagrine, d'autant que cet opéra ne compte pas vraiment parmi mes opéras favoris. J'aime, individuellement, nombre de ses airs, mais la cohérence dramatique de l'ensemble ne me convainc pas vraiment. Bref, j'y suis un peu allée en traînant des pieds.  

 

 

C'est en 1880 que Jacques Offenbach compose Les Contes d'Hoffmann, et réalise ainsi son rêve d'écrire - lui qui est surtout considéré comme un "amuseur" - un opéra, qui doit être donné à la salle Favart. Une oeuvre qu'il ne verra cependant jamais représentée, puisqu'il meurt quatre mois avant la première, la laissant inachevée. 

 

Inspirée de la pièce de théâtre du même nom, les Contes d'Hoffmann racontent les amours malheureux du poète. Trois femmes qui se succèdent, et qui chacune, lui brisent le coeur : Olympia, qui s'avère être une poupée mécanique, la jeune et pure  Antonia, qui meurt de la tuberculose, et Giulietta, une courtisane vénitienne qui va le manipuler. Et dans toutes ces histoires, trois hommes au nom différent pour une même figure diabolique, qui tire les ficelles dans l'ombre pour pousser Hoffmann au désespoir. 

 

 

C'est le ténor Ramón Vargas qui remplace Jonas Kaufmann dans le rôle d'Hoffmann. Un challenge qui se présentait épineux par avance, au regard de la déception du public privé de son chouchou allemand. Un défi relevé vocalement cependant, à un détail près : sur certains airs, la prononciation du ténor mexicain laisse plutôt à désirer, au point de rendre les phrases incompréhensibles. Malgré ce bémol, le reste de la distribution est à la hauteur de la partition du compositeur allemand. Nadine Koutcher est très convaincante dans le rôle de la poupée Olympia, tant vocalement que scéniquement : de loin, l'illusion mécanique est parfaite. Quant à Ermonela Jaho - que j'avais découverte dans Traviata - sa douce Antonia s'avère vraiment sensible et touchante, même si on notera quelques aigus légèrement trop hauts. On remarque également Stéphanie d'Oustrac dont le jeu presque cabotin dans l'air Une poupée aux yeux d'émail laisse transparaître un amusement certain de la mezzo-soprano.

 

Du côté des voix masculines, je dois avouer que j'étais vraiment très heureuse de pouvoir enfin voir Yann Beuron sur scène, l'ayant beaucoup écouté dans ses rôles de Pâris (La Belle Hélène) et de Fritz (La Grande Duchesse de Gerolstein) du temps ou je préparais ces oeuvres avec la troupe d'opérette dont je fais partie. Le ténor montre sur scène la même vocalité et le même jeu superbement comique que je lui avais connu par vidéo interposée, pour mon plus grand bonheur. Il réussit à rafler la mise avec un seul air - celui de Fritz - preuve s'il en est qu'il n'y a pas de petit rôle. Enfin, Roberto Tagliavini - que j'avais repéré dans Il Trovatore en février dernier, campe une figure diabolique globalement convaincante, mais peut-être pas aussi inquiétante qu'on l'aurait souhaitée. 

 

 

La mise en scène, habile, met en abyme l'opéra, avec des décors figurant le plateau, les coulisses, les fauteuils d'orchestre ou la fosse, dans un ensemble visuellement cohérent qui convient à mon sens tout à fait à cette histoire en plusieurs volets. Elle met également en avant toute l'extravagance dOffenbach et rappelle par moments la folie et la satire qui anime ses oeuvres plus légères. 

 

Finalement, j'ai passé une soirée sans grande révélation, mais sans déplaisir non plus. Un enthousiasme probablement modéré en partie par la déception de départ, mais aussi par une oeuvre que j'ai du mal à comprendre vraiment, quels que soient la qualité du chant et du jeu, pourtant présents ce soir-là.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de l'Opéra de Paris 

 

Publié le 18 Novembre 2016

Du Cirque Alexis Gruss 

A Paris du 22 octobre 2016 au 19 février 2017 

En tournée du 11 mars au 10 mai 2017

 

Aller au cirque, c'est la certitude de retomber en enfance : pénétrer sous le chapiteau, réclamer une barbe à papa (même si l'on n'a plus tout à fait l'âge de se rouler par terre en hurlant pour l'obtenir), s'asseoir sur les gradins, et laisser la magie opérer. 

 

C'est par un froid samedi d'octobre que nous avons donc rendez-vous avec Monsieur Lalune du côté du Bois de Boulogne, sous le grand chapiteau du cirque Alexis Gruss. Pour ce nouveau spectacle Quintessence, la famille Gruss met encore en scène les chevaux qui ont fait sa renommée, au cours de nombreux numéros d'acrobatie équestre. Pour la seconde fois, elle s'est associée à la compagnie des Farfadais, chargée quant à elle d'animer le ciel au dessus de la piste. 

 

Dans ce nouveau spectacle, Pégase, le cheval ailé, est tombé malade. Un jeune garçon, Joseph, doit parcourir le royaume des quatre éléments (air, terre, eau, feu) pour trouver les objets magiques qui, réunis, permettront de le sauver. Un prétexte assez classique mais généralement efficace, pour scénariser un spectacle et créer des effets d'ambiance. 

 

 

Hélas, cent fois hélas, la magie n'a pas opéré pour nous ce jour-là : jour de malchance ? Sans doute un peu, car il y a eu pas mal de ratés dans les numéros, mais il s'agit d'un risque à courir : c'est aussi ça le spectacle vivant. Je dois avouer être incapable de juger de la qualité du dressage, qui, paraît-il, est ici fantastique. Aussi, je peux seulement vous dire à ce sujet que les chevaux sont magnifiques, et que les numéros équestres sont parmi les plus réussis du spectacle, avec ceux des Farfadais, qui confèrent une part de rêve à l'ensemble.

 

C'est surtout dans la cohérence entre les numéros que réside le gros problème de ce spectacle, à commencer par le scénario introduit au départ: la quête du jeune Joseph pour sauver Pégase. Tout l'intérêt de ce procédé réside, à l'origine, dans la création d'un fil directeur qui est supposé faire le lien entre les numéros et générer des ambiances en fonction de la progression de l'intrigue. Sauf qu'ici, on assiste à une juxtaposition de différents moments : à l'exception près des Farfadais, il n'y a rien qui relie les numéros à ces fameux quatre éléments. Chaque prestation conserve son ambiance, sa musique, son énergie propre, et rend ainsi inutile voire dommageable le scénario en question, qui intervient davantage comme un élément perturbateur que fédérateur. A vrai dire, j'aurais préféré demeurer sur un spectacle traditionnel fondé sur la qualité et l'effet de chaque prestation plutôt que ce mélange qui lorgne vers le nouveau cirque - dont les Farfadais sont d'ailleurs issus - mais qui pour le moment, se situe maladroitement entre les deux. 

 

 

Mais le pire, ce qui vraiment nous a gênés tout au long du spectacle, c'est la narratrice / chanteuse. A sa décharge, elle est malmenée, évoluant avec les autres artistes et parfois les chevaux au milieu de la piste, parfois suspendue en l'air avec les Farfadais, mais cela n'empêche : elle a massacré la quasi totalité des chansons interprétées. Il ne s'agit pas de style, mais bien de justesse, car elle était systématiquement en dessous des notes souhaitées. A-t-on négligé de la doter d'un retour oreillette pour lui permettre de s'entendre, et d'entendre l'orchestre ? Je n'en sais rien, mais au résultat, c'est vraiment assez peu agréable. Sans compter quelques erreurs et hésitations sur le texte parlé. On aime l'idée de départ de tout avoir en live, sans aucun playback, mais cela demande un regain d'exigence. Pourquoi, aussi, choisir pour ce spectacle des chansons aussi célèbres et n'ayant de plus qu'un vague lien sémantique avec l'action (Frozen de Madonna, au royaume de l'air, Underwater de Mika, pour le royaume de l'eau) ? 

 

Vous l'aurez compris, et bien que je me sente toujours vaguement coupable d'écrire un avis négatif - ne serait-ce que pour la quantité de travail titanesque que représente pour les artistes la création d'un spectacle pareil - je ne peux pas dire que j'ai passé une soirée merveilleuse. Certains numéros sont de haut niveau, mais globalement l'ensemble est très inégal, d'autant que malgré les efforts déployés par les artistes, la mise en scène, le scénario - inutile - et le chant - faux - achèvent de saper jusqu'aux meilleurs prestations. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2,5/5

 

Plus d'informations sur http://alexis-gruss.com/

 

Publié le 26 Octobre 2016

De Gaetano Donizetti 

A l'Opéra de Paris 

Direction musicale : Riccardo Frizza

Mise en scène : Andrei Serban 

 

Distribution 

Lucia : Pretty Yende 

Edgardo Di Ravenswood : Piero Pretti 

Enrico Ashton : Artur Rucinski 

Arturo Bucklaw : Oleksiy Palchykov

Raimondo Bidebent : Rafal Siwek 

Alisa : Gemma Ní Bhriain 

Normanno : Yu Shao 

Orchestre et choeurs de l'Opéra national de Paris 

 

 

J'aime beaucoup Donizetti : c'est avec lui que j'ai fait l'expérience de ma première grande révélation lyrique, il y a quelques années, avec la fabuleuse Fille du régiment portée par Nathalie Dessay et Juan Diego Florez, confirmée en mai dernier avec la superbe Lucia de Lammermoor donnée en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées, avec Diana Damrau dans le rôle-titre. Une soirée que j'ai malheureusement eu la faiblesse de ne pas chroniquer, mais qui m'avait vraiment fait aimer cette oeuvre. Une émotion que j'espérais doublée ici par le supplément de vie amené par la mise en scène - vous savez à quel point cet aspect compte pour moi - et par un placement en salle sensiblement meilleur que d'habitude. 

 

Les spectateurs plongent donc dans cette histoire d'amour, de famille et d'honneur - le genre de choses avec lesquelles on ne rigole pas à l'opéra - auxquelles on rajoute une pincée de clichés bien écossais : une nuit d'orage, des clans ennemis et un fantôme, entre autres : autant d'ingrédients qui promettait de nous transporter ailleurs le temps d'un drame puissant 

 

Mais dès les premières minutes, les choses se gâtent, dès lors que la scène s'anime pour dépeindre une salle de gymnastique militaire : se mêle alors à la musique de Donizetti une cacophonie de métal. Si le cliquetis des épées qui s'entrechoquent est relativement inoffensif, d'autres sons, plus agressifs, perturbent durablement l'écoute : des chaînes et des éléments de métal que je n'ai pas réussi à identifier sont jetés au sol (peut-être des douilles de balles?). Sans être puriste, cela part déjà plutôt mal en ce qui me concerne.

 

J'imaginais que les choses s'arrangeraient par la suite, mais, soyons honnêtes, côté mise en scène, je ne serai pas plus convaincue que cela : les intentions, les déplacements semblent artificiels, et rien ne m'apparaît comme crédible, malgré mon envie désespérée (et désespérante?) d'y croire. Malheureusement, à chaque fois que j'arrive à me raccrocher à quelque chose, une autre vient briser ce fil ténu. Une mise en scène, qui, sans être proprement absurde, m'a semblé sans but, si ce n'est placer les chanteurs dans les positions les plus inconfortables qui soient pour chanter, qu'ils s'élèvent sur une balançoire, ou sur des bancs à bascule, ou encore en équilibre sur des structures à plusieurs mètres du sol, pour un intérêt dramatique quasi nul. 

 

Mais, me direz-vous, et les chanteurs ? Voici bien l'élément crucial dont il faut traiter ici plutôt que de la mise en scène ! A vrai dire, si j'ai tardé à les évoquer, c'est bien pour repousser ce moment où je vous avoue, à l'inverse de toutes les critiques dithyrambiques que j'ai lu sur le rôle titre, que la Lucia de Pretty Yende m'a laissé indifférente. 

 

 

Ne croyez pas par là que je ne lui trouve pas une jolie voix - je serais bien en peine de faire la moitié du quart de ce qu'elle fait - mais elle ne me touche absolument pas. Ce qui m'a frappé, c'est cette impression qu'elle ne va pas jusqu'au bout de ses phrases, avec la dernière syllabe qui tombe souvent. Une sensation était d'autant plus tenace  qu'il s'agit d'un défaut que l'on m'a assez reproché - et que l'on me reproche encore assez - pour que j'y sois particulièrement sensible. De nombreux autres spectateurs en ont eu une analyse entièrement différente, mais voilà, c'est ainsi que je le comprends : d'une façon ou d'une autre, ses notes m'ont semblé belles, mais dénuées d'émotions. 

 

Le reste du plateau ne m'a pas davantage convaincue à l'exception près de l'Enrico d'Artur Rucinski, sans que je sache ici si c'est mon simple goût pour les voix de barytons qui parle ou un ressenti plus précis. Toujours est-il que sa voix m'a semblé sortir du lot, avec une élocution parfaite, et c'est finalement le seul personnage qui ait suscité chez moi une quelconque émotion. 

 

 

Alors voilà. Avec tout ce que j'ai pu lire depuis, j'ai la sensation parfois d'être "passée à côté" de cette Lucia di Lammermoor. J'ai peut-être tout faux, mais je vous livre ce ressenti, tel quel : je m'y suis simplement ennuyée.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2,5/5

 

Publié le 19 Octobre 2016

De Vicenzo Bellini 

Au théâtre des Champs Elysées

Direction musicale : Gianluca Capuano 

Mise en scène : Moshe Leiser, Patrice Caurier 

 

Distribution 

Norma : Cecilia Bartoli 

Adalgisa : Rebecca Olvera 

Pollione : Norman Reinhardt

Oroveso : Péter Kálmán

Clotilda : Rosa Bove 

Flavius : Reinaldo Macias 

Avec l'orchestre I Barrocchisti et le Coro della Radiotelevisione svizzera, Lugano 

 

Premier spectacle de cette nouvelle saison au Théâtre des Champs Elysées pour moi, c'est avec beaucoup d'impatience que j'attendais cette Norma qui avait fait grand bruit au Festival de Salzbourg. Un opéra dont, à vrai dire, je ne connaissais que les grandes lignes, et le célébrissime air Casta Diva, mais guère plus. Côté confort, et bien que j'adore le théâtre des Champs Elysées, j'ai eu la mauvaise surprise d'être placée au fond d'une loge du premier balcon. Concrètement, cela signifie passer la moitié du spectacle debout, pour voir la scène, et l'autre moitié pliée en deux sous la chaise de son voisin de devant (j'exagère à peine) pour discerner une partie des sous-titres. Autant vous dire que les conditions n'étaient pas idéales ! 

 

L'histoire nous emmène en Gaule, sous l'occupation romaine. Les Gaulois s'insurgent contre le pouvoir de l'Empire, et Norma est leur grande prêtresse druidique. Or, en secret, car elle a ainsi rompu son voeu de chasteté, Norma est l'amante de Pollione, le gouverneur romain, avec lequel elle a eu deux enfants. Mais ce dernier finit par la délaisser pour entretenir une liaison avec  la jeune Adalgisa, également druidesse. C'est la révélation de son infidélité qui va précipiter les événements, lorsque Norma décide de faire pleuvoir sur lui sa vengeance et ordonne le soulèvement du peuple gaulois. Autant vous l'annoncer à l'avance - mais vous vous en doutez probablement - cela va très mal finir...

 

Photo © Vincent PONTET

 

S'il s'est bien trouvé quelques esprits chagrins pour siffler la mise en scène, j'ai pour ma part trouvé que cette transposition moderne avait du sens : au lieu de Gaulois sous occupation romaine, nous avons une terre française sous occupation nazie. Je sais que depuis longtemps ce genre de référence à la seconde guerre mondiale fait un peu tarte à la crème, et que de nombreux metteurs en scène en ont fait un simple objet de provocation, mais dans le cas qui nous occupe, la comparaison m'a semblé tout à fait cohérente. Certes, l'aspect sacré de la transgression est remplacée par la trahison patriote, dès lors, l'histoire d'amour entre Norma et Pollione peut nous apparaître aussi prohibée que dans le contexte antique et la résistance à l'oppresseur tout aussi crédible, surtout vu par le spectateur d'aujourd'hui. Un petit mot également sur le choeur, qui participe pleinement à la mise en scène - chose finalement assez peu courante - et dont on sent que chaque choriste a eu un rôle, une attitude, un élément pour individualiser son personnage dans un ensemble qui s'avère très cinématographique. 

 

En haut de l'affiche de cette Norma, il y a Cecilia Bartoli, que je n'avais jamais vraiment écoutée, mis à part dans son interprétation de Agitata de due venti, de Vivaldi, que je me passe parfois en boucle, et où son agilité vocale est vraiment incroyable. C'était donc la première fois que je l'entendais sur scène. Ce qui m'a tout d'abord surprise, c'est qu'elle interprète Norma, car il me semblait qu'il s'agissait d'un rôle pour soprano, et non pour mezzo. Toutefois, si j'ai bien compris, la partition demande une telle amplitude vocale que la question est plus complexe qu'elle n'y paraît : je ne saurais me prononcer sur la pertinence de ce choix. La seule chose que je peux vous affirmer c'est que cette production m'a touchée, tout simplement. 

 

Photo © Vincent PONTET

 

A vrai dire, cette transposition, qui fait l'économie du volet religieux à proprement parler, renforce le drame patriotique tout comme le le drame intime de Norma. Les enfants qu'elle a eu de Pollione doivent-ils mourir, car ils sont ceux de Rome, ou doivent-ils vivre, car ils sont aussi son propre sang ? Cecilia Bartoli anime cette Norma de toute une palette d'émotions fantastiques, passant de la fureur la plus violente à la tendresse la plus douce, dans le chant autant que dans le jeu. Ses duos avec Adalgisa, interprétée par Rebecca Olvera sont superbes, d'autant que l'inversion des técitures (Norma mezzo et Adalgisa soprano) renforce l'image d'innocence de cette dernière autant que la gravité de Norma. Le Pollione de Norman Reinhardt tour à tour câjoleur ou franchement abject, se fait profondément tendre lors du dernier duo avec Norma, dont la supplique finale est déchirante. 

 

Autant vous dire, même dans des conditions de confort plus qu'altérées, j'ai été très émue par cette Norma, superbe, et très applaudie. Une soirée mémorable, qui compte parmi les plus belles qui m'aient été données de vivre. Et cela vaut bien le mal de dos du lendemain matin ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

Publié le 27 Septembre 2016

De Stéphanie Di Giusto

 

Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône. 

 

 

Déjà, au dernier showeb de printemps, les premières images de La Danseuse m'avaient fait de l'oeil. Premier film réalisé par la photographe Stéphanie Di Giusto, on y sentait toute une esthétique, une qualité d'image et de lumière qui augurait du meilleur. 

 

La réalisatrice s'intéresse ici à la danseuse Loïe Fuller, dont le nom est quasi inconnu du grand public, mais dont les amateurs d'histoire et de la Belle époque ont probablement déjà croisé les clichés. On y voit une femme dansant, entourée des voiles de sa robe, et l'on comprend d'emblée comment elle a pu fasciner les photographes qui cherchaient à capter le mouvement de cette danse avant-gardiste.

Née dans l'Ouest américain et dotée d'un physique robuste, Loïe Fuller n'est pas ce qu'on pourrait appeler une danseuse classique. Mais elle est à l'origine d'une danse complètement nouvelle, qui sera qualifiée de serpentine. Cette nouvelle esthétique nécessite un entraînement sans cesse plus ardu à mesure que s'allonge le métrage de ses voiles et qu'augmente la charge à mettre en mouvement. Comme une athlète, elle modèle son corps, se muscle, s'entraîne sans cesse. La magie, elle, naît de l'alchimie entre le corps, les voiles, la musique et les projections lumineuses qui font de sa danse une création totale. 

 

Cette jeune femme à l'âme d'artiste, que l'on voit réciter des vers au milieu des terres rudes de l'Ouest, monte à New York dans l'espoir de devenir actrice. Ironie du sort, c'est dans un rôle muet qu'elle fait ses débuts sur les planches et imagine la danse qui va bientôt faire sa renommée. Soucieuse de faire breveter son travail et rêvant de l'Opéra de Paris, elle traverse bientôt l'Atlantique et c'est sur la scène des Folies Bergères que son numéro va connaître un succès foudroyant. Le film s'attarde également sur la relation de Loïe Fuller avec Isadora Duncan, l'une des danseuses et chorégraphes les plus célèbres du début du 20e siècle. Si Loïe reconnaît le talent de sa compatriote américaine, elle souffre également de voir en la jeune fille son opposé artistique : Isadora incarne la grâce parfaite, innée, celle qui n'a besoin d'aucun artifice pour exister. 

Soko incarne avec fougue une Loïe déterminée à tous les sacrifices pour parvenir à son but, ses doutes fulgurants autant que sa force de caractère. Face à elle, Lily-Rose Depp prête ses traits et sa silhouette diaphane à une Isadora dont on ne sait si elle est franchement manipulatrice ou désinvolte à l'extrême. Mélanie Thierry campe une femme de l'ombre, un de ces êtres dont la dévotion mêlée d'admiration force le respect. Quant à Gaspard Ulliel, dans le rôle de Louis Dorcey, admirateur de la première heure, il aurait pu s'avérer délicieusement ambigü si son personnage n'avait été si difficile à cerner qu'on ne puisse s'y attacher vraiment. 

 

Finalement, La Danseuse n'est pas entièrement ce qu'on pourrait appeler un biopic - la scénariste et réalisatrice ayant pris pas mal de libertés avec la réalité historique - mais elle réussit à montrer toute la complexité d'une passion, qui sublime autant qu'elle consume.  Un sujet qui me touche toujours, d'autant qu'il est ici porté par une réalisation qui fait la part belle à l'esthétique - on reconnaît l'oeil de la photographe - et une actrice principale dont on sent l'investissement à chaque plan. Un très bel hommage ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5