Affiche film Guermantes de Christophe Honoré et Comédie-Française

Un film de Christophe Honoré 

avec la troupe de la Comédie-Française

Au cinéma le 29 septembre 2021 

Paris, été 2020. Une troupe répète une pièce d’après Marcel Proust. Quand on lui annonce soudain que le spectacle est annulé, elle choisit de continuer à jouer malgré tout, pour la beauté, la douceur et le plaisir de rester ensemble.

 

Je voue une admiration sans failles à ces athlètes du théâtre que sont les membres de la Comédie-Française. Depuis deux ans avec les confinements et les fermetures répétées des salles, l'institution plusieurs fois centenaire a diffusé des dizaines de captations de son répertoire, à raison d'une pièce - parfois deux - par jour. Chaque soir devant mon petit écran, j'ai dévoré ces diffusions avec la boulimie intellectuelle et l'intensité émotionnelle d'une accro du spectacle vivant doublement privée de salle et de scène. 

J'ai pris conscience alors de toute l'ampleur du répertoire, et de l'infinie palette dramatique des comédiens,  sans cesse capables de s'adapter pour se mettre au service d'une oeuvre ou d'un metteur en scène. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'egos - j'imagine que comme dans chaque troupe, il y en a toujours un peu - mais ils ne transparaissent pas dans le résultat final. 

A l'automne la célèbre troupe devait donner un spectacle intitulé Le Côté de Guermantes, inspiré de l'oeuvre de Marcel Proust, au théâtre Marigny. Une production qui n'a été donnée qu'une poignée de fois avant que le deuxième confinement n'oblige à nouveau les salles à fermer. C'est de cette expérience que le cinéaste Christophe Honoré - qui en avait signé l'adaptation et la mise en scène - a tiré le film Guermantes

Ici, les limites entre la fiction et la réalité sont brouillées jusqu'à l'extrême : les prénoms des comédiens ont été gardés, la pièce jouée, le théâtre et le metteur en scène également, mais aussi une part de choses que l'on sait réelles, par exemple Laurent Lafitte qui parle de son film l'Origine du monde. Alors ? Qu'est ce qui est vrai ? Qu'est ce qui ne l'est pas ?

Finalement, le plus important n'est pas de savoir ce qui est véridique sur chaque comédien de façon individuelle. En revanche, tout respire le vécu : les moments de dispute, d'angoisse, les crises, la complicité, les moments d'euphorie ou de doute. Ce qui m'a frappé, c'est à quel point j'y ai reconnu le pire - et surtout le meilleur - de tout ce qu'on peut vivre en troupe. 

Dès le début, le brouhaha en coulisses, les petites réflexions ou énervements, les divergences d'opinion, le metteur en scène qui cherche diplomatiquement à faire entendre son point de vue face à l'ensemble des comédiens se sont révélées pour moi comme autant de souvenirs familiers. 

Mais il y a surtout, plus essentiel pour moi encore, ce sentiment particulier qui peut parfois éclore entre partenaires de scène et qui traverse tout le film : une sorte de tendresse qui n'est ni amoureuse, ni familiale, mais qui peut en prendre les apparences. Cela n'est pas le cas sur toutes les productions, ni avec tous les partenaires, bien sûr, mais ces liens révèlent une complicité émotionnelle qui font de certaines productions des souvenirs plus chers que d'autres. 

Au final, Guermantes ressemble davantage à un ensemble de moments de la vie d'une troupe qu'à un film classique avec une action linéaire. Certains y verront des longueurs, mais pour moi, ce sont ces instants entre parenthèses qui créent ce sentiment de vrai et permettent aux individualités de se révéler. 

La patte de Christophe Honoré se révèle, quant à elle, dans la façon de mettre en scène les corps. Des corps ici rarement érotisés, mais souvent dénudés.

Le rythme doux-amer de l'ensemble, presque nostalgique, ressemble à ces coup de blues qui peuvent nous saisir au milieu de ces fêtes qui célèbrent la fin de quelque chose. Ce récit mettant en scène le désir viscéral de prolonger une aventure artistique - mais avant tout humaine - m'est apparu comme profondément cathartique. Cela ne m'étonnerait pas qu'il en ait été de même sur le tournage pour les comédiens et le metteur en scène. 

Comme un pied de nez à cette épidémie qui nous prive tous, d'une façon ou d'une autre des liens qui nous sont le plus chers et qui nous monte les uns contre les autres, Guermantes m'est apparu comme une vibrante déclaration d'amour à la vie de troupe et aux expériences humaines partagées. 

Qu'il s'agisse de la Comédie-Française, finalement, importe peu. Troupe mythique ou plus modeste, nous avons en commun cette expérience parfois bouleversante du collectif. C'est aussi ça, le spectacle vivant. 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi  5/5

 

Avec Claude Mathieu, Anne Kessler, Eric Génovèse, Florence Viala, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Gilles David,  Stéphane Varupenne, Elsa Lepoivre, Dominique Blanc, Sébastien Pouderoux, Laurent Lafitte, Yoann Gasiorowski, Mickaël Pélissier, Christophe Honoré
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