Publié le 21 Avril 2017

 

De Claudio Monteverdi

Au Théâtre des Champs-Elysées

Du 28 février au 13 mars 2017

 

Direction musicale : Emmanuelle Haïm
Mise en scène : Mariame Clément

 

Distribution

Ulysse : Rolando Villazón
Pénélope : Magdalena Kožená
Junon : Katherine Watson
Eumée : Kresimir Spicer
L’Amour / Minerve : Anne-Catherine Gillet
La Fortune / Mélantho : Isabelle Druet
La Fragilité humaine / Pisandre : Maarten Engeltjes
Le Temps / Antinoüs : Callum Thorpe
Jupiter / Amphinome : Lothar Odinius
Neptune : Jean Teitgen
Télémaque : Mathias Vidal
Eurymaque : Emiliano Gonzalez Toro
Irus : Jörg Schneider
Euryclée : Elodie Méchain

 

Le concert d'Astrée

 

Une ou deux fois par an, parmi les nombreux opéras proposés dans les grandes salles parisiennes, j'essaye d'aller voir un opéra différent de ce dont j'ai l'habitude. Après avoir jeté mon dévolu sur Wagner, j'ai choisi cette année de découvrir une oeuvre de Monterverdi. Non que j'aie un préjugé négatif à son égard, mais plutôt que je ne connaissais pas du tout. Et vous savez ma curiosité pour ce que j'ignore...

 

Monteverdi, c'est le tout début de l'opéra, l'époque ou l'on cherchait plus à reproduire l'antique manière de déclamer qu'à chanter. Résultat : ce Retour d'Ulysse en sa patrie est bien différent des opéras 19e que j'affectionne tout particulièrement. Ici, pas d'alternance récitatif / aria, pas d'air à proprement parler non plus, m'a t'il semblé, plutôt un long récit mis en musique.

 

Autre élément de surprise, les sonorités qui s'élèvent de l'orchestre. J'ai eu assez peu d'occasions d'entende "en vrai" des instruments anciens - la seule fois, me semble-t-il c'était avec Platée à l'Opéra Garnier - et je dois avouer qu'il y a une chaleur dans les instruments à vent, qui vient équilibrer le son très métallique du clavecin. Est-ce le style ? Le nombre relativement réduit de musiciens ?  Le son des instruments eux-mêmes ? Toujours est-il que  l'ensemble m'a semblé créer d'emblée une certaine intimité entre la scène et la salle. 

 

 

Côté distribution, j'ai particulièrement aimé la fluidité de Magdalena Kožená, qui déroule les textes de sa Pénélope tourmentée comme un long ruban sans fin. La Minerve d'Anne-Catherine Gillet est piquante, le berger Eumée d'une dignité fantastique, Irus le glouton quasi burlesque, et le couple vocal formé par Mélantho et Eurymaque de toute beauté. Seul l'Ulysse de Rolando Villazon - pourtant un des artistes que j'ai le plus apprécié sur scène ses dernières années - m'a semblé moins convaincant. Le personnage lui-même est usé, certes, mais la voix m'a semblé forcée - ou fatiguée - et j'ai eu du mal à lui reconnaître le timbre que je lui connaissais. 

 

La mise en scène, quant à elle, regorge - selon moi - de bonnes idées. Un plateau qui s'ouvre et un fond de scène qui s'avance, dévoilant tantôt la chambre conjugale, tantôt l'Olympe, reconverti pour l'occasion en bar de la Marine un peu sordide. Les Dieux s'y réunissent autour de bières plus que de nectar et d'ambroisie : Jupiter, patron du bar, Junon en serveuse, Neptune en vieux loup de mer, et une Minerve à la crinière blonde, très Madonna années 80. L'image est assez peu glorieuse, et ce la ne les rend que plus crédibles : après tout, les dieux gréco-romains n'étaient-ils pas affublés des mêmes défauts que les hommes, malgré leur puissance ? 

 

 

Au final, on est donc ici loin du tout dramatique. La production alterne moments sérieux et moments plus comiques - caractéristique de l'opéra baroque -  en s'appuyant sur les personnages, mais également au moyen de quelques touches d'humour bien placées : le canapé volant qui ramène Télémaque à Ithaque, la fléchette tombée par la fenêtre du bar par la maladresse d'un dieu devient un signe divin, les onomatopée issues des comics placent Ulysse, héros grec, à égalité avec nos super-héros modernes. Et pourquoi pas ?

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

Publié le 16 Avril 2017

Mise en scène de Vincent Marbeau 

 

D'après Victor Hugo Le dernier jour d'un condamné

 

Si Victor Hugo compte parmi mes auteurs favoris, force est de constater que sa production est telle - en romans, en théâtre, en poésie - que je n'en ai lu qu'une infime partie. Cela ne m'empêche pas de profiter de chaque occasion possible pour en découvrir davantage. Je suis une opportuniste de la découverte ! 

 

Aussi, lorsqu'on me propose d'assister à une représentation de la pièce Condamnée, elle-même adaptée du roman Le dernier jour d'un condamné, de Victor Hugo, donc,  je n'ai pas hésité une seconde. Il s'agit d'une oeuvre à laquelle j'ai curieusement, échappé pendant ma scolarité, probablement, parce que la professeure que nous savions engagée contre la peine de mort avait  jugé que le film La dernière marche nous marquerait davantage. Et sans doute avait-elle raison, à l'époque. Du roman d'Hugo, donc, je ne connaissais que l'opinion engagée, mais rien de plus. 

 

C'est dans le minuscule théâtre la croisée des chemins, dans le 15e arrondissement, que mes pas me mènent. Là, j'appréhende tout de suite la proximité de la route : j'ai une tendance à voir la salle de spectacle comme un espace protégé, presque sanctuarisé, hors du temps et de la vie quotidienne, et je dois admettre que dans ce cas-ci, les bruits de la rue me semblaient trop inexorablement présents. Et puis, dès les premières minutes, j'oublie complètement le bruit ambiant, happée par la force de l'écriture de Victor Hugo.

 

 

Un mur sale, une chaise rouge. Rien de plus. Dans cet espace pourtant quasiment vide, le texte d'Hugo montre sa puissance peu commune, créant les images et les rendant vivantes. La salle du tribunal s'anime, on y voit les personnages que Hugo sait si bien dépeindre, avec leurs petites manies, leur condescendance, et des habitudes bourgeoises dont on pourrait rire, si elles n'apparaissaient pas comme si dénués de pitié, si indécentes, dans le contexte.

 

Hugo décrit la torture psychologique du personnage principal, son angoisse, ses doutes, mais également son atroce lucidité. C'est également une remarquable peinture du lent et méthodique déroulement de la justice : le jugement, le transfert, les procédures d'appel, l'attente, la solitude, l'espoir, et l'inexorable fin, qui prend la forme d'une lugubre machine à lame triangulaire dont la condamnée ne prononcera pas même le nom.

 

La comédienne Betty Pelissou fait le choix de servir les mots de l'écrivain, sans grandiloquence, dans une mise en scène des plus sobres. Elle prend le temps de laisser les mots résonner, en jouant chaque silence, montrant tour à tour toutes les couleurs de l'âme humaine au travers de cet unique personnage. D'ailleurs, de son crime, on ne saura pas grand-chose. Tout au plus que le sang a été versé. Préméditation ? accident ? Aucun détail supplémentaire ne viendra étayer le passé de la condamnée. Rien qui puisse biaiser le jugement par des circonstances précises. Ce plaidoyer est contre la peine de mort par principe, quel que soit le crime, quelles que soient les circonstances. 

 

 

Le lien est immédiat entre cette Condamnée et les spectateurs, un sentiment renforcé encore par les dimensions réduites du théâtre, si bien qu'il nous semble parfois être nous aussi entre ces quatre murs. Seul petit bémol, bien minuscule au regard du reste, j'avoue avoir trouvé que les passages musicaux - matérialisant les ellipses de temps -  ne trouvaient pas vraiment leur place, brisant le silence pesant du cachot, et détricotant parfois une tension pourtant si bien tissée. Une affaire de style musical ? Peut-être.

 

Reste une pièce poignante, où résonne les mots d'un écrivain farouchement engagé contre la peine de mort. Et comme souvent, avec Victor Hugo, on est frappé par l'implacable actualité d'un texte pourtant écrit il y a presque deux siècles. Quel que soit l'avis que l'on peut avoir sur la question, on ne peut, sans doute, y rester insensible.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

Renseignements et réservations sur le site du théâtre la croisée des chemins 

Photos Elvire Bourgeois​​​​​​​

Publié le 13 Avril 2017

De Stéphane De Freitas et Ladj Ly

 

Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours "Eloquentia", qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d'y participer et s'y préparent grâce à des professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène...) qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes. Munis de ces armes, Leïla, Elhadj, Eddy et les autres, s’affrontent et tentent de remporter ce concours pour devenir « le meilleur orateur du 93 »

 

 

Sortir un film en salles après son passage à la télévision, voilà qui n'est pas banal ! Assurément, il fallait que ce documentaire soit d'un intérêt tout particulier pour prendre ainsi à rebours la chronologie des médias. Mais de quoi s'agit-il ? De suivre pendant six semaines un groupe d'étudiants qui préparent le concours Eloquentia, récompensant chaque année depuis 2014 le meilleur orateur de Seine Saint-Denis. 

 

Au-delà de cet amour de la parole, qu'il partagent, c'est surtout un fabuleux défi que se lancent ces jeunes : celui d'oser. Oser défendre ce qui leur tient le plus à coeur, oser surmonter leurs propres appréhensions, oser prendre la parole et s'exposer au regard des autres pour mieux tenter de les convaincre.

 

 

Loin de l'image de la banlieue des quartiers qui colle à la peau du 93, le film s'attache à montrer la diversité des situations et des points de vue sur le monde : des filles, des garçons, avec leurs origines, leur vécu, leurs blessures, mais aussi leurs joies, leurs combats, leurs convictions. L'un vient des cités, l'autre a connu la rue, un autre encore vit dans le 93 rural, et parcourt à pied matin et soir les 10 kilomètres qui séparent son domicile de la gare, pour se rendre à l'Université. Ce qui frappe quelle que soit la situation, c'est l'énergie incroyable qui se dégage de ce groupe, cette envie partagée de se battre pour réussir, de franchir par leur volonté, mais également leur travail, tous les obstacles qui se présenteront à eux. 

 

Peu à peu, le spectateur les voit progresser, dépasser leur timidité, leurs craintes, leurs propres limites, poussés par des intervenants qui vont les aider à appréhender, en à peine quelques semaines, tous les aspects liés à l'éloquence : le texte et l'argumentation, bien sûr, mais également la voix, le souffle, le jeu, et la gestuelle. Ce sont un avocat, un poète, un coach vocal, et une professeur de théâtre, qui vont les accompagner pour les aider à repousser leurs limites, quitte à les secouer parfois pour les forcer - parfois malgré eux - à sortir de leur zone de confort.

 

 

Le résultat est très émouvant. Voir peu à peu ces jeunes orateurs s'ouvrir, se confier, au risque parfois de s'exposer à coeur ouvert, demeure profondément touchant de sincérité. Un documentaire sur le pouvoir de la parole - arme, bouclier ou moyen d'expression - mais pas seulement : c'est également une démonstration incroyablement éloquent sur le pouvoir de la force de caractère et du travail.  

 

Ce qui frappe, c'est la manière dont chacun d'entre eux semble être ressorti plus mûr de cette expérience. Parce qu'ils ont progressé, en repoussant leur propres limites, et pris conscience de leur potentiel. On les sent plus forts, plus confiants en eux-mêmes, et résolus à prendre l'avenir à bras-le-corps.

 

 

C'est peut-être bien ce message, viscéralement positif, qui m'a le plus touché : cette idée que l'on a tous un potentiel inexploité à découvrir, à développer, capable de se révéler à la lueur de nouvelles expériences ... à condition d'avoir le courage de s'en saisir. Une bouffée d'optimisme qui fait un bien fou dans la sinistrose ambiante ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5 

 

Publié le 5 Avril 2017

 

De Giuseppe Verdi 

Au Bayerische Staatsoper de Munich 

Enregistré en 2014, retransmis via UGC Viva l'Opéra

 

Direction musicale : Asher Fisch 

Mise en scène : Martin Kušej

 

Distribution 

Don Alvaro : Jonas Kaufmann

Donna Leonora : Anja Harteros 

Don Carlo di Vargas : Ludovic Tézier 

Le Marquis de Calatrava / Padre Guadiano : Vitalij Kowaljow 

Preciosilla : Nadia Krasteva 

Fra Melitone : Renato Girolami

 

Il est des oeuvres aux rebondissements si dramatiques, aux coïncidences si improbables, qu'il faut la volonté ferme d'y croire. La Force du Destin est ce celles-là : la chute d'un pistolet dont le coup devient mortel, la rencontre fortuite d'un fils en quête de vengeance et de l'assassin sur une terre étrangère, et enfin les deux amants maudits choisissant, sans le savoir, de se retirer du monde dans le même monastère : c'est bien uniquement la force du destin qui peut conduire à tant de coïncidences ! 

 

 

Dans mon panthéon personnel, Verdi est à la musique ce que Shakespeare et Victor Hugo - mes chers Will et Totor - sont au théâtre et à la littérature. Autant dire que déjà, je partais du bon pied ! Sans compter que côté distribution, cette production laissait imaginer par avance un feu d'artifice autant vocal que scénique, avec le quatuor Anja Harteros, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier et Vitalij Kowaljow.

 

La mise en scène de Martin Kušej, dont je n'avais jamais vu le travail, étonne par quelques visions très modernes, notamment les images de la guerre, et le mélange des points de vue. En une même image, le plateau peut sembler vu de côté autant de que dessus, ce qui traduit autant le chaos de la guerre que celui, émotionnel, des personnages. Une volonté esthétique qu'on appréciera ou non, mais qui m'a semblé plutôt intéressante au niveau visuel et symbolique. 

 

 

Et, incontestablement, l'ensemble valait le détour ! La musique de Verdi est fabuleuse, les interprètes lui insufflent une émotion incroyable. Résultat : On y croit ! La mise en scène semble millimétrée, cherchant du sens dans chaque geste, dans chaque regard, qu'il s'agisse des interprètes principaux ou des autres artistes présents sur le plateau. Une précision particulièrement appréciable, car elle renforce la crédibilité des personnages : l'histoire a beau être difficilement plausible, si les personnages et leurs émotions ont l'air vraies, le reste suit. 

 

Le personnage d'Alvaro, cheveux longs, un peu voyou, s'oppose à la riche, pieuse et très rigide famille de Leonora. J'aime beaucoup la façon dont cette caractérisation donne d'emblée une vision des personnages qui permet de mesurer, du premier coup d'oeil, l'abîme qui les sépare, avant même que la malchance, ou plutôt le destin, ne s'en mêle. Le metteur en scène a également choisi de confier le personnage du marquis et du père supérieur au même interprète, renforcant ainsi sa force symbolique. Une imagination dont il a toutefois manqué pour Preciozilla, personnage qui semble ici se complaire dans la vulgarité, dénué d'épaisseur a tel point que l'on se demande à quoi il sert. 

 

 

La musique est sublime. L'interprétation vocale, la partition de Verdi, bien sûr, mais également très probablement la direction d'orchestre, élément sur lequel j'ai encore un avis très instinctif et que je serai bien en peine de vous préciser. Il y a de l'émotion, des coups de tonnerre, des envolées lyriques... c'est beau, tout simplement. J'en suis ressortie les larmes aux yeux.

 

J'étais assez dubitative sur le fait d'aller voir un opéra pré-enregistré, tant je m'étais habituée, même au cinéma, au frisson du direct, à l'incertitude qui en découle, et à cette sensation de mise en danger que l'on y ressent, presque comme dans la salle de spectacle. Mais tout l'intérêt du grand écran et de la qualité de son est là : même sans la tension du direct, ce qui se passe sur scène parvient à nous happer et prendre au tripes. Je suis ressortie en me disant que j'aurais adoré être dans la salle, à Munich, il y a trois ans, quand cette production a été captée. Et puis, à la réflexion, je me suis dit que l'émotion était tellement belle que finalement, j'y étais un peu, le temps d'une soirée. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5 

 

Publié le 30 Mars 2017

 

Comment concevoir, ex-nihilo, un musée ? Lorsqu'on parle de parfum, qu'exposer mis à part les flacons? Comment parler du parfum lui-même au public d'aujourd'hui ? D'ordinaire, ce sont les grandes maisons elles-mêmes qui créent ce genre de musée, en s'appuyant aussi bien sur l'histoire de leur marque, que sur leur savoir-faire et leur patrimoine industriel ou intellectuel. Ici, pour parler du parfum lui-même, les créateurs ont fait le choix du design, pour un musée qui se visite davantage à la manière d'une oeuvre d'art contemporain interactive que d'un musée plus traditionnel.

 

Rendez-vous est pris dans la très chic avenue Saint-Honoré, à Paris, où le musée à été conçu dans un ancien hôtel particulier. La visite commence au sous-sol avec un petit historique du parfum, depuis les premières fragrances connues, en Egypte antique, jusqu'à ses usages hygiéniques, en passant par les vertus médicinales qui lui ont longtemps été attribuées. L'occasion d'exposer quelques objets entourant son utilisation comme ces petits flacons portés au bout dune chaînette ou encore des représentations de médecins pendant les épidémies de peste. Enfin, l'invention de la parfumerie moderne est matérialisée par les meubles d'une parfumerie second Empire, prêtés par le Musée Canavalet et quelques flacons emblématiques du 20e siècle.

 

Mais le parfum est surtout intimement lié à la séduction. Le musée évoque alors des personnages qui ont fait du parfum une arme de conquête redoutable, de Cléopâtre à Louise Brooks, en passant par l'impératrice Eugénie, Louis XIV, ou encore Casanova. 

 

 

Au premier étage, le visiteur accède à un laboratoire chic, où l'on interroge ce qui compose une odeur. On y isole certaines senteurs de la rose par exemple, ainsi que d'autres, plus insolites, comme les phéromones (a priori que seuls 30% des personnes sont capables de sentir).

 

C'est également l'occasion de constater à quel point la mémoire olfactive est intimement personnelle, tant chaque odeur réveille des souvenirs ou s'associe immédiatement à d'autres pensées. Sont également diffusées d'autres odeurs, interdites ou ambigües dont je ne vous préciserai pas la teneur afin de laisser place à la surprise...  

 

 

Un peu plus loin, un chemin de cloches géantes, ludique et immersif, permet de se promener au milieu des parfums. Le visiteur est invité à déambuler, sentir, deviner, et à vérifier ensuite s'il a bien identifié l'odeur en question. Cela donne l'impression d'un jardin de senteurs à la fois graphique et poétique, où les fleurs se pencheraient pour vous offrir leur parfum. Aussi surprenant pour les yeux que pour le nez ! 

 

 

Au dernier étage, le musée s'intéresse aux molécules et matières premières qui composent le parfum, qu'elles soient naturelles ou de synthèse. Ce sont pas moins de 25 qui nous sont ainsi présentées sous la force de boules métalliques que le visiteur est invité à saisir, pour les sentir, avant de les porter à son oreille pour écouter son histoire et découvrir ses particularités.

 

Puis, un boudoir s'intéresse aux hommes et aux femmes qui font le parfum : nez, créateurs, directeurs de grandes maisons, des témoignages vidéos que l'on lance en appuyant sur un vaporisateur et que l'on regarde dans le miroir, assis à sa coiffeuse. 

 

 

Enfin, le musée présente une oeuvre artistique inspirée de l'orgue à parfums. Ce terme, qui désigne à l'origine le meuble dans lequel le parfumeur range ses flacons de matière première. D'ailleurs, ne parle-t-on pas de "note" - fruitée, boisée, florale ? Cet orgue à parfums devient ici un véritable instrument de musique : chaque rai de lumière traverse un des nombreux prismes représentant les ingrédients de base, associé à une note de musique à une longueur - représentant la durée de chaque essence - pour finir sa course dans le flacon central - le parfum achevé. Chaque séquence musicale reflète donc une véritable composition olfactive. Une installation en son et lumière aussi intrigante qu'hypnotique.

 

On est loin de l'image traditionnelle du musée, centrée sur des objets exposés et sur la transmission de savoirs. La visite est ici résolument interactive, centrée sur le parfum lui-même, et le musée affiche sa volonté, à la manière de l'art contemporain avec lesquels les liens sont évidents, de faire, avant tout, vivre une expérience au visiteur.  

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

Plus de renseignements :

http://www.grandmuseeduparfum.fr/

Publié le 24 Mars 2017

 

De Bill Condon

 

Fin du XVIIIè siècle, dans un petit village français. Belle, jeune fille rêveuse et passionnée de littérature, vit avec son père, un vieil inventeur farfelu. S'étant perdu une nuit dans la forêt, ce dernier se réfugie au château de la Bête, qui le jette au cachot. Ne pouvant supporter de voir son père emprisonné, Belle accepte alors de prendre sa place, ignorant que sous le masque du monstre se cache un Prince Charmant victime d'une terrible malédiction.

 

 

 

 

 

 

La Belle et la Bête de 1991 a fait partie des films cultes de mon enfance. Cet immanquable rituel des vacances de Noël, auquel chaque année se livraient mon oncle et ma tante, emmenant la fratrie au cinéma. Pour être honnête, je ne suis pas sûre aujourd'hui d'avoir effectivement découvert la Belle et la Bête sur grand écran, mais c'est le souvenir que j'en ai : la salle de bal, la scène du dîner, ou encore la découverte de la bibliothèque, à laquelle j'ai depuis comparé toutes celles que j'ai pu visiter. Alors en apprenant que Disney s'attaquait à en refaire un film en "live action" - comprenez avec de vrais acteurs et non pas un dessin animé - j'étais partagée entre crainte et attente : le procédé avait révélé des résultats très divers allant du très convaincant Livre de la Jungle, jusqu'au plus décevant Cendrillon

 

C'est donc dans cet état d'esprit que j'ai découvert cette nouvelle version de La Belle et la Bête, avec Emma Watson dans le rôle de Belle et Dan Stevens - Matthew de Downton Abbey - dans le rôle de la Bête. Un casting qui comprend aussi quelques surprises, comme ces acteurs prêtant leurs voix aux domestiques du château - transformés en objets - et que l'on ne reconnaît qu'à la fin. Les premières images du film, savamment distillées par Disney au cours des mois précédant la sortie, ont beaucoup capitalisé sur la nostalgie de la version 1991, avec des visuels semblant reproduire exactement l'original. 

 

 

Pendant toute la durée de la projection, deux sentiments opposés ont cohabité en moi : au regard forcément plus critique de l'adulte, s'est immanquablement mêlé le plaisir de retrouver l'univers magique de mon enfance. Concrètement, cette version s'avère plus ou moins une copie du film original, auquel on a tenté de greffer quelques éléments supplémentaires, qui malheureusement, n'apportent pas grand-chose, ni à l'histoire, ni à la psychologie des personnages. 

 

Mais quel besoin de saupoudrer ces informations sur le passé des personnages sans prendre le temps de les creuser pour leur donner une importance quelconque? Belle, qui ne se voit ni épouse, ni mère, est un peu remise au goût du jour, et rêve surtout d'émancipation. Mais le changement le plus notable selon moi, est le point de vue différent apporté au personnage de LeFou : Disney,  a révélé, il y a quelques semaines, en avoir fait le premier personnage gay de son histoire. Au-delà de la vaine polémique que cette annonce suscite dans certains pays, il est intéressant de voir à quel point ce seul élément apporte du sens à sa relation de fascination pour Gaston. 

 

 

Cette Belle et la Bête coche toutes les cases immanquables du côté des numéraux musicaux, avec une réussite certaine : la scène de la taverne, la salle de bal, le dîner animé par Lumière et toute la vaisselle, fonctionnent sans l'ombre d'un doute, me mettant un sourire régressif aux lèvres et quelques étoiles dans les yeux. Les images sont belles, les effets spéciaux convaincants, et de nombreux dialogues et gags - qu'on aurait peut-être préférés renouvelés - sont issus de l'original. Certains ajouts musicaux sont quant à eux plutôt discutables, et les scènes jouées comportent quelques ratés, ces moments gênants où l'on sent la volonté du scénariste de faire avancer certaines choses, mais qui s'avèrent bancals.

 

Un verdict en demi-teinte, donc, de mon côté. D'un côté, pourquoi refaire - mis à part pour des considérations financières - un film culte, en y apportant si peu ? D'un autre côté, l'ensemble est visuellement convaincant et pas déplaisant à voir pour autant. Aussi délicieusement régressif par moment qu'inutile à d'autres. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5 

 

Publié le 20 Mars 2017

Un spectacle de Joseph Agostini 

Avec Fabien Tucci et Johanna Berrebi 

Au théâtre Clavel du 10 mars au 13 mai 2017 

 

 

Tressia et David rêvent à deux d'un grand mariage romantique, avec des fleurs dans les cheveux, une calèche... Et puis, un jour, paf ! David sort du placard et lui annonce qu'il a finalement changé d'avis. Pas vraiment sur le mariage en lui même, plutôt sur le type de moitié qu'il souhaite...

 

C'est une Tressia à nouveau en couple qui nous raconte cette histoire, les réactions des voisins, ainsi que le tournant décisif de la carrière de footballeur de David. 

 

Johanna Berrebi prête ses traits à Tressia et nous emmène à la rencontre des personnalités de son village, à l'époque où les pages rouges permettaient de s'inventer une nouvelle identité. Avec une présence incontestable, une énergie débordante et un débit de parole plutôt impressionnant, la comédienne campe une Tressia exubérante et, qui sait ? peut-être même un peu névrosée, dans le fond. 

 

 

A ses côtés, Fabien Tucci, dont je vous ai déjà parlé dans ces colonnes - ici ou encore ici par exemple - incarne David, un footballeur prometteur auquel l'annonce récente de son homosexualité va jouer quelques tours : des parents qui se demandent ce qu'ils ont bien pu faire de travers, un sélectionneur épaulé par une voyante, et des villageois de Plan-de-Cuques qui regardent l'ensemble d'un air incrédule. Entre autres. 

 

 

J'avoue cependant avoir été moins convaincue par le texte de la pièce. Trop de pseudos de stars, des situations où peine a affleurer la moindre émotion ou empathie pour les personnages, des situations parfois trop absurdes, parfois pas assez : tant qu'à faire, autant pousser l'excentricité jusqu'au bout. Au final, l'impression d'un texte au potentiel comique assez mitigé, et des comédiens qui montrent une très belle énergie à incarner autant de personnages différents, aidés par une mise en scène qui sait se faire discrète et des effets de lumière efficaces.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5  

Plus d'informations et réservations auprès du théâtre Clavel, ou sur BilletRéduc

 

Publié le 17 Mars 2017

D'Olivier Casas

 

Au détour d’un dîner, les révélations faites à travers le baby-phone d’une chambre d’enfant  vont créer un véritable cataclysme au sein d’une famille et d’un groupe d’amis…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une jeune mère en plein baby blues, un père qui la délaisse au profit de la musique où il cherche en vain à percer, un ami qui lui, a réussi et un chirurgien séducteur maladif. Voilà le quatuor d'amis réunis à la faveur d'un dîner. Ajoutez à cela une belle-mère acariâtre, un beau-père narcoleptique et une chanteuse célèbre et capricieuse,  et vous obtenez un cocktail de personnages tout prêts à exploser. L'étincelle qui manquait va venir du baby phone : une conversation tenue à mi-mot au dessus du berceau de la petite va ainsi être entendue dans le salon, révélant quelques secrets plutôt gênants. 

 

 

Si certains personnages convainquent plus que d'autres, l'ensemble est globalement bien huilé, avec quelques moments hilarants, lorsque, un mensonge en entraînant un autre, chacun s'enferre sans savoir qu'il est percé à jour... Pour autant, il manque souvent à Baby Phone deux éléments essentiels à une bonne comédie, au delà des gags : l'attachement aux personnages et l'émotion. Sans empathie pour les personnages - c'est à dire sans reconnaître dans leurs petites lâchetés ou blessures certaines des nôtres - on en vient à les considérer comme des archétypes vides, parfois efficaces, mais qui semblent presque mériter ce qu'il leur arrive. Et c'est sur ce terrain aride que l'émotion, lorsqu'elle apparaît par petites touches, peine à grandir. 

 

Avec un ressort classique du théâtre et du cinéma - surprendre une conversation qui ne nous est pas destinée - Baby phone ménage des moments de rire efficaces, mais sans âme véritable, faute de véritable tendresse pour les personnages. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

 

Publié le 24 Février 2017

De Molière 

A la Comédie française 

Retransmission en direct via Pathé live 

Mise en scène de Clément Hervieu-Léger 

 

Distribution

Alceste : Loïc Corbery

Philinte : Éric Génovèse

Oronte : Serge Bagdassarian

Célimène : Adeline d'Hermy

Eliante : Jennifer Decker

Arsinoé : Florence Viala

Acaste : Christophe Montenez

Clitandre : Pierre Hancisse

Du Bois : Gilles David

Basque : Yves Gasc

Domestiques et gardes : Tristan Cottin, Marina Cappe, Ji Su Jeong, Amaranta Kun et Axel Mandron 

 

Cela fait très longtemps que je ne suis pas allée à la Comédie française. Depuis que l'opéra est entré dans ma vie, j'ai eu tendance à délaisser le théâtre pour aller user mon compte en banque, mes éventails et mes jumelles sur les fauteuils de l'Opéra Bastille ou du Théâtre des champs Elysées. Parfois, il me vient un certain remords de mettre de côté mes anciennes amours au profit des nouvelles, mais que voulez-vous ? Il faut bien raisonnablement faire des choix. 

 

Aussi, lorsque j'ai reçu il y a peu, une invitation à assister à la représentation du Misanthrope de la Comédie française, en direct et au cinéma, j'y ai vu l'occasion de faire taire un peu mon sentiment de culpabilité envers le théâtre, autant que de découvrir cette nouvelle production. 

 

 

Cela fait un peu plus d'un an que je fréquente de temps à autres les salles de cinéma pour découvrir des lives d'opéra. Au départ dubitative, j'ai peu à peu pris goût au procédé, et c'est la première fois que tente l'expérience avec le théâtre. 

 

Avec le Misanthrope, c'est en quelque sorte pour moi un retour aux sources : Molière est le premier auteur que j'ai découvert, et dont je montais des scénettes à l'école primaire, sans doute davantage pour le plaisir de la langue et de ses effets comiques qu'avec une compréhension réelle du texte, à l'époque. C'est donc avec un grand plaisir que mes pas me mènent pour la deuxième fois en quelques semaines - après le Roméo et Juliette du Met - au Gaumont opéra. 

 

 

Ce qui est particulièrement intéressant, avec cette production, c'est la façon dont le texte a entièrement été décortiqué, décomposé, pour laisser paraître des intentions à chaque morceau. Le procédé en rompant avec les codes rythmiques des vers, donne un aspect plus contemporain, plus naturel, oserais-je dire, au langage du 17e. Il y a cependant, même avec ces changements, un "style" comédie française, immédiatement palpable, et que l'on aime ou que l'on décrie, c'est selon. Pour autant, la performance théâtrale me semble toujours relever d'une merveilleuse alchimie, un peu magique : malgré le texte en vers, le langage d'une autre époque, malgré tous les artifices de la voix ou de la mise en scène, à un moment donné, l'ensemble prend vie avec une apparence de naturel criant. La douleur, la colère, la tendresse provoquent parfois ce sentiment de gène du spectateur qui croit, l'espace d'un moment, assister à quelque chose de réel. C'est, me semble-t-il, tout le miracle du spectacle vivant, qui j'espère, ne cessera jamais de m'émouvoir. 

 

Les costumes et les décors sont contemporains pour mieux rendre l'actualité sans cesse renouvelée du sens du texte. Quant à la mise en scène, elle se garde bien de tout sensationnalisme : d'une précision que l'on sent millimétrée, elle se met entièrement au service de l'oeuvre sans tenter de briller par elle-même. C'est intelligent, humble, émouvant et efficace. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Vous pouvez découvrir le Misanthrope à la Comédie française jusqu'au 26 mars 2017 et au cinéma en direct ou en différé jusqu'au 30 juin 2017.

 

Publié le 20 Février 2017

Un spectacle d'Olivier Giraud 

Au théâtre des Nouveautés 

 

 

Il fallait une bonne dose d'audace - ou d'inconscience - pour oser monter un spectacle en anglais à Paris. Une ville où, en dépit de l'afflux de visiteurs venus du monde entier, il n'est malheureusement pas rare d'entendre répliquer à un touriste perdu et demandant son chemin "Monsieur, ici on parle français ! ". Sans grande surprise, c'est donc avec incrédulité, voire suspicion, qu'Olivier Giraud a tout d'abord été accueilli par ses interlocuteurs lorsqu'il a entamé ce projet. Personne ne croyant à la réussite de ce spectacle, il a finalement monté sa propre boîte de production pour le mener à terme. Et Depuis 2009, le spectacle a fait son petit bout de chemin : le bouche à oreilles aidant, c'est dans une salle quasi comble que Monsieur Lalune et moi-même découvrons How to become Parisian in one hour au Théâtre des Nouveautés. 

 

Un public assurément divers, composé d'expatriés et de touristes étrangers, mais également de français venus de province et de parisiens dotés du sens de l'humour - si, si, il paraît que ça existe. Il y a ici Mexicains, Italiens, Américains, Argentins, Australiens, Marocains, Anglais, Danois, Canadiens, Allemands - entre autres... Un mélange qui confère à la salle une ambiance très différente de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les salles parisiennes : plus réactif, bon enfant, plus expressif, aussi. Bref, un public qui s'amuse, et qui le fait savoir ! 

 

 

L'occasion pour les étrangers de comprendre pourquoi ils se font repérer à coup sûr ! Afin de permettre aux non-initiés de se fondre un maximum dans le microcosme de la capitale, Olivier Giraud procède donc à un cours de parisien accéléré. Comment communiquer avec un chauffeur de taxi ou un serveur ? Comment se comporter dans un café, un magasin, s'habiller, prendre le métro, danser, embrasser, et le plus important : comment exprimer son mécontentement comme un parisien ? 

 

Certains objecteront que l'on égrène ici pas mal de clichés. C'est en partie vrai, sans que ces clichés soient totalement faux non plus. Toutefois, puisque le comédien tire à vue sur tout le monde, l'ensemble trouve son équilibre : si les américains sont taquinés sur leurs connaissances approximatives et leur enthousiasme débordant, l'exubérance latine ne sera pas plus laissée de côté que la propension des parisiens à être peu amènes.  

 

 

S'il est bien entendu conseillé de comprendre un minimum l'anglais, que les moins anglophones se rassurent : nul n'est besoin d'être bilingue pour apprécier ce spectacle. Le comédien arbore un accent français - que je crois volontaire - qui rendra l'ensemble plus compréhensible pour nos compatriotes. De plus, une grande partie des effets repose davantage sur les expressions et la gestuelle, ainsi que sur l'interaction avec le public, que sur le langage lui-même, rendant l'ensemble très accessible. 

 

Et à la sortie, si le coeur vous en dit, Olivier Giraud vous attend pour discuter du spectacle, ou prendre une photo. Et avec la moue parisienne de rigueur, s'il vous plaît ! (dont ma maîtrise est encore balbutiante, visiblement...) 

 

 

En bref, How to become Parisian in one hour ? est un spectacle où l'on rit autant des autres que de soi-même. Un bon moment à passer ou à conseiller à des amis anglophones de passage pour lesquels l'offre théâtrale à Paris est si rare !

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Plus d'informations sur le site du Théâtre des Nouveautés