Publié le 20 Novembre 2016

 

De Jacques Offenbach 

A l'Opéra de Paris 

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Robert Carsen 

 

Distribution 

Hoffmann : Ramón Vargas

La Muse, Nicklausse : Stéphanie d'Oustrac 

Lindorf, Coppélius, Dapertutto, Miracle : Roberto Tagliavini 

Andrès, Cochenille, Pitichinaccio, Frantz : Yann Beuron 

Olympia : Nadine Koutcher 

Antonia : Ermonela Jaho 

Giulietta : Kate Aldrich 

La mère d'Antonia : Doris Soffel 

Spalanzani : Rodolphe Briand 

Luther, Crespel : Paul Gay 

Schlemil : François Lis 

Nathanaël : Cyrille Lovighi

Hermann : Laurent Laberdesque 

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Je ne vous cache pas que si j'avais pris mon billet pour ces Contes d'Hoffmann, c'était avant tout pour le plaisir d'entendre Jonas Kaufmann et Sabine Devieilhe. Mais après le désistement de l'un et de l'autre, pour des raisons tout à fait légitimes, j'étais tout de même un peu chagrine, d'autant que cet opéra ne compte pas vraiment parmi mes opéras favoris. J'aime, individuellement, nombre de ses airs, mais la cohérence dramatique de l'ensemble ne me convainc pas vraiment. Bref, j'y suis un peu allée en traînant des pieds.  

 

 

C'est en 1880 que Jacques Offenbach compose Les Contes d'Hoffmann, et réalise ainsi son rêve d'écrire - lui qui est surtout considéré comme un "amuseur" - un opéra, qui doit être donné à la salle Favart. Une oeuvre qu'il ne verra cependant jamais représentée, puisqu'il meurt quatre mois avant la première, la laissant inachevée. 

 

Inspirée de la pièce de théâtre du même nom, les Contes d'Hoffmann racontent les amours malheureux du poète. Trois femmes qui se succèdent, et qui chacune, lui brisent le coeur : Olympia, qui s'avère être une poupée mécanique, la jeune et pure  Antonia, qui meurt de la tuberculose, et Giulietta, une courtisane vénitienne qui va le manipuler. Et dans toutes ces histoires, trois hommes au nom différent pour une même figure diabolique, qui tire les ficelles dans l'ombre pour pousser Hoffmann au désespoir. 

 

 

C'est le ténor Ramón Vargas qui remplace Jonas Kaufmann dans le rôle d'Hoffmann. Un challenge qui se présentait épineux par avance, au regard de la déception du public privé de son chouchou allemand. Un défi relevé vocalement cependant, à un détail près : sur certains airs, la prononciation du ténor mexicain laisse plutôt à désirer, au point de rendre les phrases incompréhensibles. Malgré ce bémol, le reste de la distribution est à la hauteur de la partition du compositeur allemand. Nadine Koutcher est très convaincante dans le rôle de la poupée Olympia, tant vocalement que scéniquement : de loin, l'illusion mécanique est parfaite. Quant à Ermonela Jaho - que j'avais découverte dans Traviata - sa douce Antonia s'avère vraiment sensible et touchante, même si on notera quelques aigus légèrement trop hauts. On remarque également Stéphanie d'Oustrac dont le jeu presque cabotin dans l'air Une poupée aux yeux d'émail laisse transparaître un amusement certain de la mezzo-soprano.

 

Du côté des voix masculines, je dois avouer que j'étais vraiment très heureuse de pouvoir enfin voir Yann Beuron sur scène, l'ayant beaucoup écouté dans ses rôles de Pâris (La Belle Hélène) et de Fritz (La Grande Duchesse de Gerolstein) du temps ou je préparais ces oeuvres avec la troupe d'opérette dont je fais partie. Le ténor montre sur scène la même vocalité et le même jeu superbement comique que je lui avais connu par vidéo interposée, pour mon plus grand bonheur. Il réussit à rafler la mise avec un seul air - celui de Fritz - preuve s'il en est qu'il n'y a pas de petit rôle. Enfin, Roberto Tagliavini - que j'avais repéré dans Il Trovatore en février dernier, campe une figure diabolique globalement convaincante, mais peut-être pas aussi inquiétante qu'on l'aurait souhaitée. 

 

 

La mise en scène, habile, met en abyme l'opéra, avec des décors figurant le plateau, les coulisses, les fauteuils d'orchestre ou la fosse, dans un ensemble visuellement cohérent qui convient à mon sens tout à fait à cette histoire en plusieurs volets. Elle met également en avant toute l'extravagance dOffenbach et rappelle par moments la folie et la satire qui anime ses oeuvres plus légères. 

 

Finalement, j'ai passé une soirée sans grande révélation, mais sans déplaisir non plus. Un enthousiasme probablement modéré en partie par la déception de départ, mais aussi par une oeuvre que j'ai du mal à comprendre vraiment, quels que soient la qualité du chant et du jeu, pourtant présents ce soir-là.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de l'Opéra de Paris 

 

Publié le 18 Novembre 2016

Du Cirque Alexis Gruss 

A Paris du 22 octobre 2016 au 19 février 2017 

En tournée du 11 mars au 10 mai 2017

 

Aller au cirque, c'est la certitude de retomber en enfance : pénétrer sous le chapiteau, réclamer une barbe à papa (même si l'on n'a plus tout à fait l'âge de se rouler par terre en hurlant pour l'obtenir), s'asseoir sur les gradins, et laisser la magie opérer. 

 

C'est par un froid samedi d'octobre que nous avons donc rendez-vous avec Monsieur Lalune du côté du Bois de Boulogne, sous le grand chapiteau du cirque Alexis Gruss. Pour ce nouveau spectacle Quintessence, la famille Gruss met encore en scène les chevaux qui ont fait sa renommée, au cours de nombreux numéros d'acrobatie équestre. Pour la seconde fois, elle s'est associée à la compagnie des Farfadais, chargée quant à elle d'animer le ciel au dessus de la piste. 

 

Dans ce nouveau spectacle, Pégase, le cheval ailé, est tombé malade. Un jeune garçon, Joseph, doit parcourir le royaume des quatre éléments (air, terre, eau, feu) pour trouver les objets magiques qui, réunis, permettront de le sauver. Un prétexte assez classique mais généralement efficace, pour scénariser un spectacle et créer des effets d'ambiance. 

 

 

Hélas, cent fois hélas, la magie n'a pas opéré pour nous ce jour-là : jour de malchance ? Sans doute un peu, car il y a eu pas mal de ratés dans les numéros, mais il s'agit d'un risque à courir : c'est aussi ça le spectacle vivant. Je dois avouer être incapable de juger de la qualité du dressage, qui, paraît-il, est ici fantastique. Aussi, je peux seulement vous dire à ce sujet que les chevaux sont magnifiques, et que les numéros équestres sont parmi les plus réussis du spectacle, avec ceux des Farfadais, qui confèrent une part de rêve à l'ensemble.

 

C'est surtout dans la cohérence entre les numéros que réside le gros problème de ce spectacle, à commencer par le scénario introduit au départ: la quête du jeune Joseph pour sauver Pégase. Tout l'intérêt de ce procédé réside, à l'origine, dans la création d'un fil directeur qui est supposé faire le lien entre les numéros et générer des ambiances en fonction de la progression de l'intrigue. Sauf qu'ici, on assiste à une juxtaposition de différents moments : à l'exception près des Farfadais, il n'y a rien qui relie les numéros à ces fameux quatre éléments. Chaque prestation conserve son ambiance, sa musique, son énergie propre, et rend ainsi inutile voire dommageable le scénario en question, qui intervient davantage comme un élément perturbateur que fédérateur. A vrai dire, j'aurais préféré demeurer sur un spectacle traditionnel fondé sur la qualité et l'effet de chaque prestation plutôt que ce mélange qui lorgne vers le nouveau cirque - dont les Farfadais sont d'ailleurs issus - mais qui pour le moment, se situe maladroitement entre les deux. 

 

 

Mais le pire, ce qui vraiment nous a gênés tout au long du spectacle, c'est la narratrice / chanteuse. A sa décharge, elle est malmenée, évoluant avec les autres artistes et parfois les chevaux au milieu de la piste, parfois suspendue en l'air avec les Farfadais, mais cela n'empêche : elle a massacré la quasi totalité des chansons interprétées. Il ne s'agit pas de style, mais bien de justesse, car elle était systématiquement en dessous des notes souhaitées. A-t-on négligé de la doter d'un retour oreillette pour lui permettre de s'entendre, et d'entendre l'orchestre ? Je n'en sais rien, mais au résultat, c'est vraiment assez peu agréable. Sans compter quelques erreurs et hésitations sur le texte parlé. On aime l'idée de départ de tout avoir en live, sans aucun playback, mais cela demande un regain d'exigence. Pourquoi, aussi, choisir pour ce spectacle des chansons aussi célèbres et n'ayant de plus qu'un vague lien sémantique avec l'action (Frozen de Madonna, au royaume de l'air, Underwater de Mika, pour le royaume de l'eau) ? 

 

Vous l'aurez compris, et bien que je me sente toujours vaguement coupable d'écrire un avis négatif - ne serait-ce que pour la quantité de travail titanesque que représente pour les artistes la création d'un spectacle pareil - je ne peux pas dire que j'ai passé une soirée merveilleuse. Certains numéros sont de haut niveau, mais globalement l'ensemble est très inégal, d'autant que malgré les efforts déployés par les artistes, la mise en scène, le scénario - inutile - et le chant - faux - achèvent de saper jusqu'aux meilleurs prestations. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2,5/5

 

Plus d'informations sur http://alexis-gruss.com/

 

Publié le 16 Novembre 2016

De Valérie Müller et  Angelin Preljocaj

Sortie le 16 novembre 2016

 

Russie, dans les années 90. Portée depuis l'enfance par la rigueur et l'exigence du professeur Bojinski, Polina est une danseuse classique prometteuse. Alors qu'elle s'apprête à intégrer le prestigieux ballet du Bolchoï, elle assiste à un spectacle de danse contemporaine qui la bouleverse profondément. C'est un choc artistique qui fait vaciller tout ce en quoi elle croyait. Elle décide de tout quitter et rejoint Aix-en-Provence pour travailler avec la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj et tenter de trouver sa propre voie. 

 

 

Tous ceux qui ont un jour entrepris de pratiquer sérieusement un sport ou d'apprendre un art le savent : pour progresser, il faut de la discipline et de l'entraînement. Il y a des moments enivrants où tout semble vous réussir, généralement suivis de périodes de doute où l'on ne voit plus le chemin déjà parcouru, et où seuls semblent exister les obstacles encore à franchir. Après dix ans de danse classique, puis dix ans de théâtre, et mettant aujourd'hui tout mon coeur dans l'apprentissage du chant lyrique, je mesure bien, à mon modeste niveau, ce que signifie cette quête de progrès, cette répétition inlassable des mêmes exercices et cette peur insensée de ne pas être à la hauteur. C'est pourquoi les histoires comme celle de Polina, qui mêlent art, passion, travail et volonté de réussir à tout prix, me touchent tout particulièrement. 

 

Car Polina, au départ, ne possède ni la facilité, ni la souplesse de ses camarades. Elle n'a que sa persévérance et son entêtement pour atteindre son rêve de devenir danseuse. Mais ce rêve va soudain changer de cap lorsque la jeune fille découvre la danse contemporaine, et décide d'explorer d'autres voies que celles du classique. Un chemin où il ne suffira pas de travailler techniquement le corps, mais où il lui faudra aussi apprendre à aller puiser au plus profond d'elle-même pour s'exposer émotionnellement. 

 

 

Adaptation de la bande dessinée de Bastien Vives, Polina nous plonge au coeur d'un parcours souvent rude et douloureux, mais fondateur, qui forgera toute la force et la personnalité de cette artiste en devenir. On y redécouvre la danse sous son aspect le plus strict, mais aussi le plus viscéral, lorsqu'elle exprime le désir, le manque, la peur, la rage, le doute. Pour donner vie au personnage principal, les réalisateurs ont choisi la jeune Anastasia Shevtsova, danseuse professionnelle russe, qui montre à l'écran, outre son évidente maîtrise du classique, un beau potentiel d'actrice.

 

Dans cette histoire initiatique, la place des mentors s'avère déterminante : Bojinski, tout d'abord, incarné par Aleksei Guskov - découvert dans Le Concert - ce professeur sévère mais non dépourvu de coeur, qui s'avère au final extrêmement touchant. Liria Elsaj ensuite, tout en bienveillance, portée par une Juliette Binoche lumineuse dans ce rôle d'artiste apaisée et mature, capable de mettre toute son âme dans une chorégraphie. N'oublions pas non plus le personnage de Karl, qui va aider Polina à lâcher prise pour exprimer toute la complexité de ses sentiments au travers de son art. C'est Jérémie Bélingard - danseur étoile de l'Opéra de Paris dans la vraie vie - qui lui confère une sensualité envoûtante, contrastant avec la froideur et la rigueur naturelles de Polina. 

 

 

Si l'on excepte quelques soucis de rythme par moments, j'ai particulièrement aimé ce film, qui s'interroge sur ce qui fait l'identité profonde d'un artiste, ce qui le rend unique, et la façon dont son parcours, avec ses bonheurs et ses accidents, influence son travail. La beauté des scènes de danse est également à retenir, particulièrement celle du duo final, onirique, sublime, qui montre enfin l'épanouissement de la personnalité artistique de Polina. La morale de cette belle histoire c'est finalement que pour réaliser ses rêves, il faut travailler dur, mais pas seulement : il faut aussi savoir se perdre pour enfin vivre, et qui sait ? peut-être se trouver soi-même...

 

 La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 13 Novembre 2016

Au Musée Bourdelle

Du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017 

 

On a beau arpenter les rues de la capitale depuis presque une décennie, il reste toujours à Paris des lieux à découvrir. L'amour que je porte à cette ville est sans doute éhontément subjectif, mais il me semble que cette impression de n'avoir jamais fini d'en faire le tour contribue grandement à son charme. 

 

C'est donc avec une immense curiosité (mon plus joli défaut) que j'ai accepté l'invitation à découvrir l'exposition De Bruit et de Fureur au Musée Bourdelle. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds, et un sculpteur dont j'ignorais tout. 

 

Et quelle découverte ! Celle de l'exposition, tout d'abord, qui évoque la conception du monument aux morts de Montauban, ville natale du sculpteur Antoine Bourdelle, commandée à l'artiste suite au concours qu'il remporte en 1895. Cette oeuvre, destinée à rendre hommage aux combattants de la guerre franco-prussienne de 1870, allie l'horreur de la guerre à un certain élan patriotique, dans une expressivité qui m'a vraiment impressionnée, et immédiatement captivée. 

 

 

De bruit et de fureur réunit une soixantaine de sculptures et plus de 130 photographies, pour permettre au visiteur de saisir tout le processus créatif à l'origine de ce monument doté d'une force qui m'a semblée peu commune. Le parcours s'ouvre ainsi sur les différentes propositions répondant au concours lancé par la municipalité. Des projets qui sont globalement d'allure très classique, et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est celui de Bourdelle qui a été choisi, tant il apparaît comme totalement différent de celui des autres concurrents.

 

L'exposition s'attache ensuite à nous montrer la façon de travailler de Bourdelle - élève de Rodin -  à commencer par la place qu'occupent les femmes - modèles ou amantes - dans l'oeuvre dont il est ici question. Elles inspirent parfois des figures masculines, mais surtout l'allégorie de la France qui domine le monument et dont la sensualité, plus que la nudité, n'a pas manqué de faire controverse à l'époque. L'autre aspect très particulier de son  processus créatif mis ici en évidence réside dans une conception fragmentée de l'oeuvre. Bourdelle travaille chaque élément à part, modelant un corps, une figure, des visages, un bras, qu'il va ensuite assembler, mais qu'il pourra également tout autant exploiter séparément : cela donne lieu à une grande individualisation de ses guerriers et des différents personnages qui composent cette oeuvre monumentale. Mais ce qui m'a le plus impressionnée, c'est cette incroyable recherche d'expressivité, particulièrement visible dans les ébauches et recherches autour des visages hurlants, dont l'exposition propose de nombreux exemples. 

 

 

L'autre aspect important de ce parcours réside dans la multiplicité des photographies qui entourent cette oeuvre. Clichés des modèles de l'artiste, ou des parties de l'oeuvre en cours de création, images envoyées à ses assistants, à son épouse, façon de matérialiser l'avancée de son travail ou d'en faire la promotion auprès des journaux et des commanditaires : ce sont plus de 130 clichés, tirages d'époque ou modernes, qui sont ici présentés. Bourdelle y photographie ses sculptures, son atelier et les effets que produit la lumière sur son travail, mais pose également au coeur de son oeuvre monumentale, qui se transforme alors en décor, auquel la fragmentation donne des allures de nuages.

 

 

Cette visite a également été pour moi l'occasion de découvrir l'existence du Musée Bourdelle et de son atelier, lieux que je n'ai malheureusement pas eu le temps d'arpenter. J'ai toutefois fait un petit détour du côté du jardin tout en longueur, réduit à quelques mètres de verdure de part et d'autre du chemin qui le parcourt, animé de nombreuses oeuvres de l'artiste. Un environnement étonnant, qui m'a vraiment émerveillé par son côté insolite, doublé de ma surprise de découvrir au coeur de Paris ce lieu entre parenthèses. 

 

Une exposition captivante qui met en avant la force, la rage, mais également la sensualité de l'oeuvre monumentale dont il est ici question, tout autant qu'elle nous donne à voir le processus créatif particulier de son sculpteur. Un vrai coup de coeur pour cette visite, porte d'entrée vers un artiste que je ne connaissais pas, qui m'a laissée avec l'envie profonde de découvrir plus avant le travail de Bourdelle ainsi que le musée qui lui est dédié. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

Publié le 11 Novembre 2016

De Scott Derrickson

 

Doctor Strange suit l'histoire du Docteur Stephen Strange, talentueux neurochirurgien qui, après un tragique accident de voiture, doit mettre son ego de côté et apprendre les secrets d'un monde caché de mysticisme et de dimensions alternatives. Doctor Strange doit jouer les intermédiaires entre le monde réel et ce qui se trouve au-delà, en utilisant un vaste éventail d'aptitudes métaphysiques et d'artefacts.

 

 

 

 

 

 

 

Après une longue phase de teasing - le marketing sait comment nous mettre l'eau à la bouche - voici enfin le film dédié à Doctor Strange, le tout nouveau personnage de la galaxie Marvel porté à l'écran. Un super-héros que je ne connaissais pas. J'ai donc pris soin de me faire accompagner de mon docteur ès comics M. Lalune, au cas où j'aurais besoin d'une précision ou explication éclairée. 

 

Mais qui est donc ce Doctor Strange ? Au départ, Stephen Strange est un brillant neurochirurgien très conscient de son talent, mondain,  imbu de lui-même et frimeur. Du moins jusqu'à ce qu'un accident de voiture le prive de l'usage de ses mains, et le pousse dans la quête désespérée d'un traitement. Mais le remède qu'il va découvrir, caché dans un temple népalais, va bien au-delà de tout ce que son esprit cartésien est capable de concevoir...

 

 

On aime retrouver l'inénarrable Benedict Cumberbatch - LE Sherlock Holmes du moment - dans un rôle de frimeur brillant, ainsi que des effets spéciaux dans la même veine que ceux d'Inception, dont on sent qu'ils doivent donner leur pleine mesure en 3D. Quant au scénario, il recèle assez peu de surprises, noué autour d'un maître, d'un disciple passé du côté obscur, d'un autre resté fidèle et d'un novice aux dons prometteurs, le futur Doctor Strange. Il va donc devoir lutter contre des ennemis plus expérimentés, ayant suivi l'enseignement du même maître, avant de le dévoyer. Classique donc, mais cependant efficace. 

 

Ajoutez à cela une bonne dose d'humour - franchise Marvel oblige - et le cabotinage de Strange, qui devrait énerver certains spectateurs autant qu'il plaira à d'autres, et vous obtiendrez un ensemble globalement cohérent. La seule chose que j'ai trouvé dommage, c'est de constater un manque général d'émotion qui empêche le spectateur de s'attacher vraiment aux personnages. 

 

 

Au final, ce Doctor Strange remplit honorablement, mais sans plus, son contrat : il apparaît surtout comme un premier film cohérent destiné à établir la genèse d'un personnage qui sera probablement amené à s'allier avec les Avengers dans un prochain opus. A ce titre, le plus réjouissant dans cette histoire reste probablement à venir, car on salive par avance de voir ce que ce personnage flambeur à l'ego surdimensionné pourrait donner face à Tony Stark - alias Iron Man - affligé des mêmes défauts. Une confrontation, ou du moins une rencontre, qui promet bien plus que cet honnête divertissement pas déplaisant, mais plutôt inoffensif.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

Publié le 7 Novembre 2016

De Claudia Llosa 

 

À Nunavut, dans le Grand Nord canadien, Nana Kunning consulte un guérisseur pour l'un de ses fils. Cette rencontre va bouleverser le cours de son existence. Vingt ans plus tard, son fils aîné part sur les traces de sa mère, accompagné d'une journaliste française. Nana est devenue guérisseuse aux confins du Cercle polaire...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec l'attrape-rêves, nous avons rendez-vous dans les immensités glacées du grand Nord. En suivant une journaliste française, à la recherche de la guérisseuse Nana Kunning, le spectateur est invité à découvrir un monde de neige rude et silencieux, où la nature semble se taire, et les hommes garder leurs secrets. Car au delà de la tragédie familiale qui se dévoile peu à peu, il est surtout question du poids de la culpabilité, de rédemption et de quête de sens. Comment la tragédie brise-t-elle les individus, au point d'affecter leurs choix au-delà de toute raison ?  

 

La thématique est ambitieuse et le sujet traité avec une grande retenue dans le jeu des acteurs, qui laissent pourtant transparaître toute leur émotion. Ainsi, la mère et le fils, incarnés par Jennifer Connelly et Cillian Murphy et autour duquel se nouent toute l'intrigue, sont touchants dans leur quête désespérée de paix. J'ai également particulièrement aimé l'utilisation du faucon, magnifique oiseau qui se fait le messager de toute la psychologie des personnages. 

 

 

Pourtant, c'est dans la réalisation à proprement parler que le spectateur se perd, lorsque le film cherche - inutilement - à renforcer l'isolement des personnages en alternant plans larges sur les paysages, magnifiques et hostiles, et plans très - trop ? - serrés sur les visages. Réalisés le plus souvent caméra à l'épaule, ce genre d'effets qui tend à trop abuser de ces contrastes, donne parfois le mal de mer, sans servir davantage la dramaturgie. Une dissolution progressive de la tension générale qui aboutit à un dénouement qui nous laisse dubitatif quant à la guérison si rapide de blessures si anciennes et encore si vives.  

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

 

Publié le 5 Novembre 2016

Exposition de Tarik Kiswanson 

Au collège des Bernardins 

Du 14 octobre au 18 décembre 2016

 

Vous ne le savez peut-être pas - pas encore, du moins - mais j'ai toujours eu quelques réticences avec l'art contemporain. Non pas que je sois de ceux qui ne jurent que par l'art de la Renaissance ou du 19e siècle, mais plutôt que, selon moi, qui dit art dit dimension esthétique. Or, au cours du 20e siècle, ce facteur s'est peu à peu effacé au profit d'une vision plus conceptuelle de l'art, dans laquelle la beauté n'est plus essentielle, et où elle peut donc disparaître au profit de la provocation et du questionnement. Et c'est donc là où commence ma discorde avec l'art contemporain. 

 

J'ai donc un peu hésité avant de me décider à accepter l'invitation pour venir découvrir cette exposition de Tarik Kiswanson. Il me semblait que mon passif avec l'art contemporain me rendait illégitime à l'évoquer dans ces pages. Et puis, finalement - vous me connaissez - je n'ai pu résister à l'opportunité de découvrir quelque chose de nouveau, et c'est avec curiosité que j'ai passé la porte du Collège des Bernardins. Un lieu où je n'avais jamais mis les pieds non plus : l'occasion de faire d'une pierre deux coups. 

 

En pénétrant dans l'ancienne sacristie, où se tient l'exposition, l'impression est assez curieuse : trois installations sont ici présentées, et il m'a semblé de prime abord qu'il s'agissait de sortes de méduses métalliques suspendues au plafond. Et puis, en observant mieux, on remarque que leur constitution est plus complexe qu'elle n'y paraît  : chaque oeuvre est composée de lamelles de métal poli reflétant les alentours à la manière d'un miroir. Et plus les lamelles sont larges, moins elles sont nombreuses. A mon grand étonnement, l'ensemble fait écho de façon plutôt harmonieuse aux arêtes des voûtes cisterciennes du lieu. 

 

Mais le plus intrigant, c'est que le visiteur est invité à pénétrer à l'intérieur de ces structures. Au milieu de ces lames polies comme autant de miroirs, la sensation est très étrange, presque irréelle. Le métal que l'on a écarté pour passer devient mouvant, cliquette, et se crée alors une illusion optique générée par un double focus : l'oeil cherche en vain à y voir net entre l'effet miroir des lamelles et le décor autour. C'est très troublant! Et de l'intérieur, l'harmonie de la structure avec le décor devient encore plus évidente. 

 

En sortant, j'étais encore assez confuse, cherchant à mettre des mots sur des impressions encore diffuses, mais dotées de cette dimension esthétique à laquelle je tiens tant. Je ne sais pas si je réussirai un jour à lever totalement mes réticences quelque peu primaires face à l'art contemporain, mais une chose est sûre, cette exposition a sans aucun doute participé à ce cheminement !  

 

Plus d'informations sur le site du collège des Bernardins

 

Publié le 4 Novembre 2016

De Mel Gibson 

Sortie le 9 novembre 2016

 
Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, comme n’importe lequel de ses compatriotes américains, voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais il a tenu bon. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un, les soldats blessés.
 
 
Cela faisait longtemps que je n'étais pas allée voir un film de guerre. Ce n'est pas de j'aie une aversion particulière pour le genre, mais plutôt que je ne l'apprécie qu'avec parcimonie : les actualités nous apportent chaque jour bien assez d'images terribles de villes détruites et de corps en sang pour avoir envie d'en voir de supplémentaires au cinéma. 
 
Pour moi, Mel Gibson, c'était surtout le réalisateur de Braveheart, mais j'avoue n'avoir vu aucun des films qu'il a dirigés depuis. Et j'avoue que les différentes polémiques que ces derniers ont alimenté n'ont pas davantage éveillé mon attention. Ici, ce qui m'a intéressé plus que l'idée du film de guerre, c'est bien le synopsis : l'histoire vraie d'un jeune américain qui s'engage dans l'armée américaine pendant la seconde guerre mondiale en refusant de porter les armes. Toute personne raisonnable et sensée aurait tout de suite vu le paradoxe autant que l'impossibilité de concilier son envie de servir son pays sous les drapeaux et ses principes moraux, mais pas lui. Après avoir été quelque peu malmené par ses camarades et sa hiérarchie, Desmond va finalement obtenir l'autorisation de se rendre sur le champ de bataille sans armes. C'est grâce à son courage qu'il va sauver des dizaines de soldats. 
 

 
Ce personnage que l'on prend pour un doux dingue au début du film, que l'on pense inadapté au monde réel autour de lui, se révèle au final d'un courage et d'une force mentale hors du commun. Andrew Gardfield s'avère profondément touchant dans le rôle de ce jeune homme qui semble maladroit et naïf, le genre de souffre-douleur que l'on aurait envie de secouer autant que de protéger, car on sent bien qu'il va morfler, confronté à la réalité et aux autres recrues. 
 
 
Face à cette interprétation tout en douceur et tout en tendresse du personnage principal, les scènes de guerres à proprement parler sont apocalyptiques : un déluge de fer et de feu s'abat sur le champ de bataille, dont on ne peut imaginer que quiconque sorte vivant, ou sain d'esprit. Des scènes d'anthologie, dont la longueur autant que la violence éprouvent le spectateur, me rappelant le choc que j'avais ressenti il y a une quinzaine d'années ans en découvrant l'interminable scène d'ouverture d'Il faut sauver le soldat Ryan
 

 

Un seul écueil, mineur, mais que je ne peux m'empêcher de relever : les références religieuses et christiques ont parfois été un peu trop appuyées à mon goût. En effet, si ces dernières permettent de comprendre le personnage principal, profondément croyant, elles s'avèrent par moments superflues tant la force de caractère de Desmond suffit à elle-même. 

 

Au final, Tu ne tueras point s'avère d'une efficacité redoutable. Après plus de deux heures de film, je suis sortie assez secouée, et je ne vous cache pas qu'il m'a fallu le reste de la journée pour m'en extirper. C'est tour à tour attendrissant et fort, avec toute la puissance des émotions que le cinéma à grand spectacle est capable de nous faire éprouver sur grand écran. Un film qui ne devrait pas laisser les Oscars indifférents : un scénario inspiré d'une histoire vraie et héroïque, doublée de scènes à vous couper - littéralement - le souffle, tous les ingrédients sont ici réunis pour partir à la chasse aux statuettes dorées... On parie? 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 31 Octobre 2016

 

Il y a quelques années déjà que j'ai découvert les films Bollywood, au contact d'amies réunionnaises. Nommés d'après la contraction de Bombay - capitale du cinéma indien - et d'Hollywood, ce type de films se caractérise par une combinaison de plusieurs genres, c'est pourquoi on peut plus précisément parler de Bollywood Masala - masala désignant un mélange d'épices. On y retrouve ainsi des éléments de comédie, de drame, parfois de films d'action, et surtout, une histoire d'amour impossible qui donne lieu à de nombreux numéros musicaux.

 

Du côté occidental, on leur reproche souvent d'appuyer leurs effets de scénario par des mises en scènes appuyées, doublées d'un certain surjeu : en les remettant dans le contexte indien, il s'agit surtout, au départ, de films réalisés en langue Hindi, l'une des 22 langues officielles, sur les 900 que compte le pays. Cette exagération des situations et du jeu permet donc à une majorité de spectateurs de comprendre l'action, quand bien même ils ne saisiraient pas tous les mots des dialogues. Considérés comme des films familiaux en Inde, ils jouent beaucoup sur la suggestion lorsqu'il s'agit de montrer la relation amoureuse, qui ne peut se faire aussi explicite que chez nous. Les personnages ne peuvent s'embrasser - encore que cela évolue un peu aujourd'hui - l'essentiel de la sensualité passe donc par la danse et par certaines scènes dites de "sari mouillé". L'occasion de se draguer ou de se déclarer sa flamme au cours de longs numéros musicaux, impliquant souvent des dizaines de danseurs et des costumes flamboyants s'ils sont traditionnels, plus sexy s'ils sont occidentaux. 

 

 

C'est donc ce mélange de danses traditionnelles du Nord de l'Inde et de culture cinématographique populaire que l'on appelle danse Bollywood. Les chorégraphies, très rythmées, s'effectuent sur les tubes du 7e art indien. Portée par la curiosité, et un peu par l'envie de me prendre, le temps d'un cours, pour une star de cinéma, c'est avec grand plaisir que j'ai accepté l'invitation de l'association Indian Ocean, danse et cultures de l'Inde, à participer à un cours d'initiation à la danse Bollywood. 

 

Nous sommes accueillies par Isuri Wijesekera, notre professeur, et  Arvid Kamala, directeur artistique d'Indian Ocean, au centre de danse Alésia. Les cours ne représentent qu'une petite partie des activités de l'association, dont les artistes se produisent également en spectacle, avec pour fil conducteur de faire découvrir la richesses des cultures des différentes régions de l'Inde. Isuri et Arvid nous offrent pour commencer une petite démonstration, pour nous mettre en appétit. Vous excuserez la qualité des photos, la lumière d'une salle de cours n'étant en aucun cas comparable aux spotlights d'un studio ciné. 

 

 

Et après : c'est à notre tour ! Nous avons 30 minutes pour nous familiariser avec les premiers pas d'une chorégraphie. Même avec une dizaine d'années de danse classique à mon actif - qui commencent à remonter sérieusement -  cela fait longtemps que je n'ai pas foulé un parquet, et à vrai dire, cette technique s'avère différente de tout ce que je connaissais. Première difficulté : le pas de base qui consiste, schématiquement, à frapper du pied droit le sol en levant le genou gauche, en rythme, ce qui donne l'aspect "sautillant" de cette danse. Rien de bien sorcier, sauf lorsque, pour une raison inconnue, vous avez tendance à vous retrouver sans arrêt à contretemps ! Mais une fois le temps bien lancé, et sur le bon rythme, le reste se met peu à peu en place.

 

Comme dans de nombreuses danses asiatiques, la position des mains est également déterminante, car elle souligne souvent la signification du texte de la chanson. Notre mission aujourd'hui sera d'utiliser dans la chorégraphie la représentation du lotus, qui se réalise en déployant les doigts, un peu à la manière d'un éventail. Encore une fois, au calme, tout seul, rien de bien compliqué, sauf qu'en y ajoutant le pas de base et en comptant les temps, le lotus pris dans la chorégraphie finit par se racornir dangereusement. 

 

A tout cela, il faut rajouter l'esprit du texte, de la bonne humeur - on souriiiit - et un peu de prétention, puisque la chanson raconte l'histoire d'une très jolie fille, aguicheuse, mais qui ne laisse aucun homme l'approcher. J'ai beau me rêver dans un sari scintillant et entourée de quelques dizaines de danseurs - pour la frime - les trésors d'imagination employés ne transforment pas vraiment la jeune fille rougeaude et en nage que je vois dans le miroir, en une star de Bollywood. Mais ON Y CROIT ! A la fin de cette séance, fourbue et hilare, j'ai passée un excellent moment , sans prise de tête technique - initiation oblige - avec une danse créée pour faire le show, et incroyablement festive!

 

Si vous souhaitez vous aussi découvrir la danse Bollywood, Indian Ocean propose des cours au centre Alésia le samedi de 14h à 15h. Et si vous cherchez quelque chose de plus terrien et traditionnel, sachez que l'association propose également des cours de Gaana Danpankhutu, une danse du Sud de l'Inde, tous les mardis de 19h à 20h. Pour plus de renseignements, rendez-vous sur leur site

 

Et parce que je n'y résiste pas, je vous quitte sur le titre Radha, qui a servi de support à notre séance. Pure Bollywood : enjoy ! 

 

Publié le 30 Octobre 2016

A la Galerie Sakura 

Du 8 octobre 2016 au 8 janvier 2017 

 

Certains lieux semblent militer contre la morosité ambiante : c'est le cas de la Galerie Sakura, qui propose depuis début octobre une exposition intitulée Décalage immédiat. En réunissant des oeuvres, essentiellement photographiques, de pas moins de 36 artistes, elle nous donne à voir - et à acheter - des pièces très différentes : parfois colorées, drôles, ironiques, poétiques, ou tout simplement pop, elles partagent comme seul point commun un certain sens de la dérision. 

 

Parmi les artistes exposés, difficile de vous citer tous ceux que j'ai apprécié plus particulièrement, mais s'il fallait n'en citer que trois, je retiendrai les paysages humains de Carl Warner, les montages de Rui Pinho, associant célébrités et personnages animés de la culture populaire, ou encore les photos de Alain Desjean mettant en scène un homme bedonnant dans des situations de grossesse. Il y a tellement de styles différents, que chaque visiteur devrait pouvoir y trouver son compte. En tout cas, n'hésitez pas à y faire un petit crochet si vous passez dans le coin, et pourquoi pas y dénicher un cadeau de Noël, car les premières oeuvres - des tirages argentiques en série limitée, encadrés sous verre - sont à partir de 65€. 

 

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site internet de la Galerie Sakura, 21 rue du Bourg Tibourg, Paris 4e