Publié le 24 Février 2017

De Molière 

A la Comédie française 

Retransmission en direct via Pathé live 

Mise en scène de Clément Hervieu-Léger 

 

Distribution

Alceste : Loïc Corbery

Philinte : Éric Génovèse

Oronte : Serge Bagdassarian

Célimène : Adeline d'Hermy

Eliante : Jennifer Decker

Arsinoé : Florence Viala

Acaste : Christophe Montenez

Clitandre : Pierre Hancisse

Du Bois : Gilles David

Basque : Yves Gasc

Domestiques et gardes : Tristan Cottin, Marina Cappe, Ji Su Jeong, Amaranta Kun et Axel Mandron 

 

Cela fait très longtemps que je ne suis pas allée à la Comédie française. Depuis que l'opéra est entré dans ma vie, j'ai eu tendance à délaisser le théâtre pour aller user mon compte en banque, mes éventails et mes jumelles sur les fauteuils de l'Opéra Bastille ou du Théâtre des champs Elysées. Parfois, il me vient un certain remords de mettre de côté mes anciennes amours au profit des nouvelles, mais que voulez-vous ? Il faut bien raisonnablement faire des choix. 

 

Aussi, lorsque j'ai reçu il y a peu, une invitation à assister à la représentation du Misanthrope de la Comédie française, en direct et au cinéma, j'y ai vu l'occasion de faire taire un peu mon sentiment de culpabilité envers le théâtre, autant que de découvrir cette nouvelle production. 

 

 

Cela fait un peu plus d'un an que je fréquente de temps à autres les salles de cinéma pour découvrir des lives d'opéra. Au départ dubitative, j'ai peu à peu pris goût au procédé, et c'est la première fois que tente l'expérience avec le théâtre. 

 

Avec le Misanthrope, c'est en quelque sorte pour moi un retour aux sources : Molière est le premier auteur que j'ai découvert, et dont je montais des scénettes à l'école primaire, sans doute davantage pour le plaisir de la langue et de ses effets comiques qu'avec une compréhension réelle du texte, à l'époque. C'est donc avec un grand plaisir que mes pas me mènent pour la deuxième fois en quelques semaines - après le Roméo et Juliette du Met - au Gaumont opéra. 

 

 

Ce qui est particulièrement intéressant, avec cette production, c'est la façon dont le texte a entièrement été décortiqué, décomposé, pour laisser paraître des intentions à chaque morceau. Le procédé en rompant avec les codes rythmiques des vers, donne un aspect plus contemporain, plus naturel, oserais-je dire, au langage du 17e. Il y a cependant, même avec ces changements, un "style" comédie française, immédiatement palpable, et que l'on aime ou que l'on décrie, c'est selon. Pour autant, la performance théâtrale me semble toujours relever d'une merveilleuse alchimie, un peu magique : malgré le texte en vers, le langage d'une autre époque, malgré tous les artifices de la voix ou de la mise en scène, à un moment donné, l'ensemble prend vie avec une apparence de naturel criant. La douleur, la colère, la tendresse provoquent parfois ce sentiment de gène du spectateur qui croit, l'espace d'un moment, assister à quelque chose de réel. C'est, me semble-t-il, tout le miracle du spectacle vivant, qui j'espère, ne cessera jamais de m'émouvoir. 

 

Les costumes et les décors sont contemporains pour mieux rendre l'actualité sans cesse renouvelée du sens du texte. Quant à la mise en scène, elle se garde bien de tout sensationnalisme : d'une précision que l'on sent millimétrée, elle se met entièrement au service de l'oeuvre sans tenter de briller par elle-même. C'est intelligent, humble, émouvant et efficace. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Vous pouvez découvrir le Misanthrope à la Comédie française jusqu'au 26 mars 2017 et au cinéma en direct ou en différé jusqu'au 30 juin 2017.

 

Publié le 20 Février 2017

Un spectacle d'Olivier Giraud 

Au théâtre des Nouveautés 

 

 

Il fallait une bonne dose d'audace - ou d'inconscience - pour oser monter un spectacle en anglais à Paris. Une ville où, en dépit de l'afflux de visiteurs venus du monde entier, il n'est malheureusement pas rare d'entendre répliquer à un touriste perdu et demandant son chemin "Monsieur, ici on parle français ! ". Sans grande surprise, c'est donc avec incrédulité, voire suspicion, qu'Olivier Giraud a tout d'abord été accueilli par ses interlocuteurs lorsqu'il a entamé ce projet. Personne ne croyant à la réussite de ce spectacle, il a finalement monté sa propre boîte de production pour le mener à terme. Et Depuis 2009, le spectacle a fait son petit bout de chemin : le bouche à oreilles aidant, c'est dans une salle quasi comble que Monsieur Lalune et moi-même découvrons How to become Parisian in one hour au Théâtre des Nouveautés. 

 

Un public assurément divers, composé d'expatriés et de touristes étrangers, mais également de français venus de province et de parisiens dotés du sens de l'humour - si, si, il paraît que ça existe. Il y a ici Mexicains, Italiens, Américains, Argentins, Australiens, Marocains, Anglais, Danois, Canadiens, Allemands - entre autres... Un mélange qui confère à la salle une ambiance très différente de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les salles parisiennes : plus réactif, bon enfant, plus expressif, aussi. Bref, un public qui s'amuse, et qui le fait savoir ! 

 

 

L'occasion pour les étrangers de comprendre pourquoi ils se font repérer à coup sûr ! Afin de permettre aux non-initiés de se fondre un maximum dans le microcosme de la capitale, Olivier Giraud procède donc à un cours de parisien accéléré. Comment communiquer avec un chauffeur de taxi ou un serveur ? Comment se comporter dans un café, un magasin, s'habiller, prendre le métro, danser, embrasser, et le plus important : comment exprimer son mécontentement comme un parisien ? 

 

Certains objecteront que l'on égrène ici pas mal de clichés. C'est en partie vrai, sans que ces clichés soient totalement faux non plus. Toutefois, puisque le comédien tire à vue sur tout le monde, l'ensemble trouve son équilibre : si les américains sont taquinés sur leurs connaissances approximatives et leur enthousiasme débordant, l'exubérance latine ne sera pas plus laissée de côté que la propension des parisiens à être peu amènes.  

 

 

S'il est bien entendu conseillé de comprendre un minimum l'anglais, que les moins anglophones se rassurent : nul n'est besoin d'être bilingue pour apprécier ce spectacle. Le comédien arbore un accent français - que je crois volontaire - qui rendra l'ensemble plus compréhensible pour nos compatriotes. De plus, une grande partie des effets repose davantage sur les expressions et la gestuelle, ainsi que sur l'interaction avec le public, que sur le langage lui-même, rendant l'ensemble très accessible. 

 

Et à la sortie, si le coeur vous en dit, Olivier Giraud vous attend pour discuter du spectacle, ou prendre une photo. Et avec la moue parisienne de rigueur, s'il vous plaît ! (dont ma maîtrise est encore balbutiante, visiblement...) 

 

 

En bref, How to become Parisian in one hour ? est un spectacle où l'on rit autant des autres que de soi-même. Un bon moment à passer ou à conseiller à des amis anglophones de passage pour lesquels l'offre théâtrale à Paris est si rare !

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Plus d'informations sur le site du Théâtre des Nouveautés

 

Publié le 16 Février 2017

De Stephan Streker

Sortie le 22 février 

 

Zahira, belgo-pakistanaise de dix-huit ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Ecartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.

 

 

 

 

 

 

Après Tempête de Sable, il y a quelques semaines, voici un second film qui s'interroge sur le poids de la tradition. Zahira est issue d'une famille pakistanaise qui vit en Belgique, et mène la vie d'une fille de son âge, entre le lycée et les sorties entre amis. Et puis, elle tombe enceinte. Dès lors, la pression familiale va se faire plus pesante, et l'étau de la tradition peu à peu se refermer sur elle. Elle est contrainte d'avorter : tant que rien ne se sait hors famille, l'honneur reste sauf. 

 

Mais pour éviter tout nouveau dérapage, ses parents entreprennent alors de la marier. Se voulant progressistes, ils lui offrent la possibilité de choisir entre trois hommes qu'ils ont soigneusement sélectionnés, et avec lesquels elle aura le droit de parler, chose inconcevable à leur époque. Zahira s'y refuse. Et plus elle se débat, plus la pression s'intensifie, inexorablement. 

 

 

Ce qui frappe, ici, c'est à quel point l'amour viscéral entre les membres de cette famille n'empêche pas les pressions internes. Mieux, c'est cet amour qui finit par forcer chacun à garder la place assignée par la tradition. Un quelconque manquement à cette dernière jetterait l'opprobre sur toute la famille, qui perdrait la face devant toute la communauté, et en serait exclue. Comment être libre quand le malheur de toute une famille peut découler de la moindre incartade ? Du refus de se marier à un homme imposé ? Quand le choc pourrait être fatal à un père ou une mère à la santé fragile ? Quand ce geste pourrait interdire à un frère et à une soeur le droit de fonder un jour une famille ? Peut-on être heureux en brisant sa propre famille, et en se condamnant à ne plus jamais les revoir ? Peut-on sacrifier les autres au nom de sa propre liberté ? 

 

Entre aspirations individuelle et devoir, Stephan Streker nous plonge au coeur d'un drame qui n'est pas sans rappeler les tragédies antiques ou classiques. Et ce n'est sans doute pas un hasard si la jeune Zahira, au lycée, déclame Antigone. C'est une histoire de famille, d'honneur, de devoir, quelque chose de viscéral et d'insoluble. La relation très forte qu'entretient Zahira avec son frère, qui tente de jouer les médiateurs, est à ce titre très intéressante. 

 

 

Comme dans les tragédies classiques, il n'est ici pas de personnage qui soit malveillant par essence, bien au contraire. C'est le tiraillement entre leurs aspirations personnelles, leur amour filial, paternel, fraternel, et les conventions sociales qui les poussent à agir comme ils le font. Le réalisateur fait ici le choix judicieux de ne porter aucun jugement sur les personnages, qui se débattent comme ils le peuvent chacun avec leurs raisons. Un beau film, infiniment triste, dont le dénouement fait l'effet d'un coup de poing. Et croyez-moi, je n'aime pas galvauder l'expression. Une interrogation terrible et probablement nécessaire sur les sociétés traditionnelles dans leur rapport au monde moderne. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 15 Février 2017

De Damien Chazelle

 

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. 
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

 

 

 

 

Il était une fois Emma Stone et Ryan Gosling, un couple de cinéma comme on les aime ! Après Crazy Stupid Love, les voilà à nouveau réunis à l'écran pour notre plus grand bonheur. Dans cette usine à rêves qu'est Hollywood, ils vont entraîner les spectateurs à leur suite dans une romance qui fleure bon les meilleures pages de la comédie musicale américaine. On danse dans la rue, on tombe amoureux en se chamaillant, et la moindre situation devient l'occasion de numéros musicaux tour à tour époustouflants, entraînants, magiques ou émouvants. 

 

Dès les premières minutes, un embouteillage devient l'occasion de nous plonger immédiatement dans l'ambiance du film. Les automobilistes sortent de leur voiture pour danser sur l'asphalte - ou sur leur capot - et apparaissent comme par magie un groupe de musiciens jusque là cachés dans un camion. Un long plan séquence chorégraphié avec un soin incroyable, qui nous saisit d'emblée : nous ne sommes plus sous la grisaille du quotidien, mais bien sous le soleil de Hollywood ! 

 

 

Dans cette ville où tous les rêves sont permis, Mia se voit actrice, Sebastian propriétaire d'un club de jazz, avec la part d'inconscience qui caractérise ceux qui croient en leur étoile. Et qu'importe le reste ? Mia et Sebastian se rencontrent, se détestent, tombent amoureux, se soutiennent mutuellement dans leur course à la réussite. 

 

Ici, on tombe amoureux sur une colline surplombant la ville illuminée, on danse dans le ciel étoilé, on retrouve l'émotion d'une première rencontre au gré de quelques notes égrenées sur un piano. On cultive un peu de nostalgie, juste un peu, juste assez pour évoquer les comédies musicales de l'âge d'or d'Hollywood et la douceur d'une belle histoire passée. 

 

 

La musique tient ici une place centrale, spécialement le jazz, que le personnage de Sebastian affectionne tant, mais pas seulement : le compositeur Justin Hurwitz signe une bande originale où l'orchestre fait résonner des cuivres puissants, mais également les flûtes et les piccoli avec une légèreté toute adaptée à cette romance. 

 

J'ai également été très impressionnée par la façon de filmer de nombreuses scènes en plan séquence, ce qui impose une précision sans faille et de la part des acteurs une minutie toute particulière. On aime ces personnages partagés entre la passion, la détermination et le doute : n'est ce pas le propre des artistes ? 

 

 

La la land rend hommage aux artistes, à tous ceux qui croient en leurs rêves sans jamais se détourner de leur route, quelles que soient les embûches. Et c'est peut-être cela qui m'a touché, plus que l'hommage appuyé aux comédies musicales hollywoodiennes. Ces deux personnages partagent la même flamme, et c'est en cela qu'il se reconnaissent. La la land vous laisse avec une envie de danser, de profiter de la vie et de prendre dans vos bras les gens que vous aimez. Je suis sortie avec l'envie de faire des claquettes sur le trottoir, et la bande originale - bonne humeur garantie - ne me quitte plus depuis que j'ai découvert le film.  

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 11 Février 2017

De Charles Gounod 

Au Metropolitan opera de New York 

En retransmission en direct via Pathé live 

 

Direction musicale : Gianandrea Noseda

Mise en scène : Bartlett Sher

 

Distribution 

Juliette : Diana Damrau

Roméo : Vittorio Grigolo

Mercutio: Elliot Madore

 Frère Laurent : Mikhail Petrenko

Stéphano : Virginie Verrez 

 

 

 

 

Vous connaissez ma passion pour Shakespeare, passion qui peut devenir un chouïa obsessionnelle lorsqu'il s'agit de Roméo et Juliette. J'ai découvert cette oeuvre à l'âge de 10-11 ans, et depuis, je n'ai eu de cesse d'en visionner toutes les versions possibles et imaginables qui ont pu passer à ma portée : théâtre, ballet, cinéma, opéra, peinture, musique, tout y passe! Ici même, sur ce blog, plusieurs articles en témoignent (ici, ici, ou encore ici par exemple...) 

 

Aussi, lorsque j'ai vu que le Metropolitan Opera de New-York donnait cette année le Roméo et Juliette de Charles Gounod, la tentation - théorique - aurait été grande de faire un tour outre-Atlantique, d'autant que la distribution avec Vittorio Grigolo et Diana Damrau augurait du meilleur. Mais les conditions financières et temporelles n'étant de toutes façons pas réunies, je m'étais contentée d'enregistrer l'information sans y donner suite. Et puis, en préparant un article sur les différentes offres permettant de voir des opéras au cinéma - à venir bientôt - j'ai découvert que cette production serait retransmise au cinéma via l'offre Pathé Live. Inutile de vous préciser que j'ai sauté sur cette occasion pour ainsi dire inespérée ! 

 

 

Me voilà donc installée au Gaumont Opéra, avec une place numérotée, pour découvrir cette production. La salle est pleine à craquer, et à vrai dire, la plupart des spectateurs ne s'intéressent guère aux propos de la présentatrice, mais peut-être est-ce un problème de compréhension de l'anglais, l'ensemble des entretiens n'étant pas sous-titrés. Toujours est-il que pour ceux qui, comme moi, souhaitent profiter de ces à-côtés offerts par les séances cinéma, c'est assez frustrant. Le noir se fait, et les conversations se taisent, enfin. 

 

L'ouverture, grandiose, s'élève, et le plateau laisse apparaître une grand-place bordée d'arcades comme il y en a dans de nombreuses villes italiennes. Le choeur, grave et solennel pendant le prologue, se mue soudainement en une foule en liesse quand retentissent les premiers accords de la fête donnée par les Capulet. Les costumes, superbes, évoquent davantage le 18e siècle que la Renaissance, et la tentation est grande de se croire transportés à Venise, ville des plaisirs et du carnaval. 

 

 

J'ai une tendresse toute particulière pour cet opéra parce qu'il s'agit des amants de Vérone, bien sûr, mais aussi parce qu'il est très fidèle à la tragédie de Shakespeare, jusque dans les textes. La mise en scène de Bartlett Sherm'a surpris par certains aspects, et, bien qu'en apparence classique, elle recèle beaucoup d'idées qui m'ont particulièrement plu car elles vont toujours dans le sens du drame. Le résultat est flamboyant, avec des combats à l'épée chorégraphiés qui nous feraient presque oublier que nous sommes au spectacle. 

 

Le couple formé par Diana Damrau et Vittorio Grigolo fait des étincelles tant l'alchimie scénique entre les deux chanteurs est incandescente. La soprano allemande, qui incarne pour la première fois le rôle de Juliette, confirme sa très grande expressivité, que j'avais déjà remarquée l'an dernier au cours d'une Lucia de Lammermoor en version concert, au théâtre des Champs-Elysées. Je découvre ici son intensité de jeu, qui semble d'un naturel étonnant pour un art aussi artificiel qu'est l'opéra. Quant à Vittorio Grigolo, fidèle à lui-même, il s'investit entièrement, quitte à en faire parfois trop, tendance que je lui pardonne de bon coeur étant donné le personnage et tant l'intention paraît sincère. 

 

 

Une production superbe, et une émotion crescendo qui prévoyait un final en apothéose, dont nous avons malheureusement été privés à Paris pour cause de problèmes techniques mais dont les New-Yorkais ont sans aucun doute profité. En effet, la transmission a souffert de multiples ratés de son et d'image pendant tout le dernier acte qui ont fait quelque peu retomber la magie. Je suis rentrée à la fois émerveillée par ce début de soirée, et d'autant plus frustrée d'avoir été privée de pans entiers de la scène finale. Les aléas de la diffusion live ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

Publié le 3 Février 2017

De David Moreau

 

Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a personne pour la presser. Où sont ses parents? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu.  Se pensant l'unique survivante d'une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes: Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile…
Mais sont-ils vraiment seuls?

 

 

 

 

Seuls, c'est débord l'histoire d'une bande dessinée de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, publiée depuis 2006. J'en avais déjà croisé quelques planches il y a longtemps, à l'époque où j'achetais parfois quelques versions reliées du petit Spirou, qui me coûtaient le prix d'un album, mais qui m'occupaient beaucoup plus longtemps. A vrai dire, à ce moment là, j'appréciais assez peu les histoires à épisodes, dont je ne connaissais pas le début, et dont je n'ai jamais eu l'occasion non plus de découvrir la fin. 

 

C'est donc au détour d'une invitation à venir découvrir le film que je me suis souvenue avoir parcouru quelques planches de cette histoire bizarre, dans laquelle des enfants se retrouvaient seuls dans une ville désertée, sous la menace d'un ennemi mystérieux. Par curiosité, plus que par intérêt réel, au départ, j'ai profité de l'occasion de voir de quoi il retournait. 

 

 

Et, dès le début, le rythme m'a happée. Autour du personnage de Leila, que l'on sent dès d'une force et d'une volonté de fer, la réalisation va peu à peu cristalliser une ambiance anxiogène : des maisons vides, une autoroute où les voitures demeurent à l'arrêt, un décor qui pourrait sembler post-apocalyptique si tout n'était demeuré intact. Comme si le temps, sans activité humaine, s'était arrêté. 

 

Un décor dans lequel Leila va errer, seule, à la recherche d'autres âmes. Ils sont au final cinq jeunes dans cette ville déserte et encerclés par un mystérieux brouillard brûlant infranchissable. Ont-ils été oubliés? Sont-ils les uniques rescapés d'un cataclysme inconnu ? A mesure qu'ils explorent les rues, une évidence s'impose : ils sont pris au piège. Et ce n'est pas fini : quelqu'un cherche à les éliminer. 

 

 

A la peur, à l'incertitude et à l'incompréhension se mêle également un vieux fantasme : celui, libéré de la surveillance des parents, de pouvoir agir à sa guise. C'est alors l'occasion de sortir les grosses cylindrées, de faire vrombir les moteurs, mais également de s'installer dans un hôtel de luxe pour profiter de sa piscine et de sa cuisine. Avec toujours l'espoir que tout cela ne soit qu'un cauchemar, et que quelqu'un pourra venir les tirer de là. 

 

Malgré certains raccourcis scénaristiques un peu rapides notamment sur la fin - probablement dus au passage des cinq premiers tomes de la bande dessinée à un seul film - l'ensemble est très convaincant. En effet, si Seuls s'adresse d'abord aux adolescents, il serait dommage de le limiter à ce seul public. Au delà des codes du film de survie, il brosse des personnages forts et installe une ambiance pesante qui ne retombe à aucun moment. Le rythme, nerveux, s'avère lui aussi d'une redoutable efficacité, si bien que, malgré mon scepticisme de départ, je suis restée accrochée à l'action. 

 

 

Voici une découverte inattendue pour moi, intéressante à de nombreux points de vue, qui me donne une sérieuse envie de lire la BD originale, ce que je ne vais pas tarder à faire puisque à l'occasion de la sortie du film, les éditions Dupuis viennent de rééditer le premier cycle - les cinq premiers albums, dont le film a été tiré - en un seul volume. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 1 Février 2017

A la maison de Victor Hugo 

Du 17 novembre 2016 au 23 avril 2017 

 

Au départ de ce projet, toute une série d'interrogations : comment faire une exposition sur un poème ? Quels objets présenter ? Et quel poème choisir ? C'est de cette réflexion que va naître l'exposition actuellement présentée au public à la Maison de Victor Hugo. 

 

Le choix du conservateur s'est porté sur un poème de Victor Hugo datant de 1830, et intitulé La pente de la rêverie, que Baudelaire avait qualifié de "premier poème visionnaire". En effet, selon lui, ce dernier annonce, avec vingt ans d'avance, les grands poèmes qu'Hugo rédigera en exil. Ces vers ont ensuite été donnés à 10 classes de lycéens, 8 poètes et 2 artistes contemporains en leur demandant de créer une ou plusieurs oeuvres inspirées par ce poème. Ce sont ces oeuvres que nous présente l'exposition. 

 

Si pour les artistes contemporains, la démarche est moins commentée, il est très intéressant de voir comment les élèves ont appréhendé ce projet. Ce sont dix classes de lycée généraux ou professionnels de l'académie de Créteil qui se sont livrées à l'exercice. Le conservateur ne cache pas que les premiers temps ont parfois été difficiles : pour de nombreux jeunes, la langue de Victor Hugo s'avérait, de prime abord, incompréhensible, trop imagée, trop éloignée du langage moderne. Qu'à cela ne tienne, les professeurs ont entrepris de décortiquer avec eux chaque vers, d'expliquer chaque référence, et de recontextualiser l'oeuvre pour guider leurs élèves vers une compréhension globale. Une fois passée cette première barrière, les lycéens se sont entièrement appropriés le poème, pour livrer des productions très personnelles.

 

 

Ce qui frappe, d'emblée, c'est de voir la diversité des oeuvres proposées, qui vont de la chanson à la vidéo, en passant par la photographie, la mode, l'imprimerie ou encore la conception d'une structure invitant le visiteur à expérimenter lui-même cette pente de la rêverie. Certains, estimant qu'il était impossible aujourd'hui de comprendre le poème sous sa forme première, ont par exemple entrepris de le traduire, puis de le chanter, avec leurs mots à eux. Pour d'autres lycéens, le poème du 19e siècle faisait douloureusement écho aux tristes événements de l'année 2016, et ils en ont tiré un film. Certaines classes ont démembré le texte pour que chaque élève puisse illustrer tel ou tel vers qui l'inspirait le plus, d'autres encore ont choisi de ne présenter qu'une seule oeuvre, fruit d'un travail collectif. 

 

Dans les salles suivantes, ce sont les artistes contemporains Jean-Christophe Ballot et Anne Slacick, respectivement photographe et peintre qui présentent leur travail, ainsi que 8 poètes - Vincent Broqua, Bernard Chambaz, Suzanne Doppelt, Antoine Emaz, Marie Etienne, Isabelle Garron, Virginie Lalucq et Frank Laurent - qui ont chacun écrit une rêverie autour du texte de Victor Hugo ou de l'auteur lui-même. 

 

 

Je dois avouer que les oeuvres contemporaines, pourtant plus abouties esthétiquement, m'ont moins touchée que celle des lycéens, dont on sent davantage la volonté d'appropriation et une certaine fraîcheur dans l'approche du texte, mais également, si j'en crois les visages à la fois souriants et timides croisés lors du vernissage, la fierté de voir leurs oeuvres présentées dans un musée. 

 

Une exposition pleine de surprises sur des approches contemporaines d'un texte du 19e, mais également sur la capacité de l'oeuvre de Victor Hugo à nous parler encore aujourd'hui, malgré les évolutions du langage, de la société et des mentalités. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de la Maison de Victor Hugo 

Publié le 31 Janvier 2017

 

De Richard Wagner 

A l'Opéra de Paris jusqu'au 18 février 2017

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Claus Guth 

 

Distribution (ce soir-là)

Lohengrin : Jonas Kaufmann

Elsa Von Brabant : Edith Haller 

Heinrich Der Vogler : René Pape 

Friedrich Von Telramund : Tomasz Konieczny 

Ortrud : Evelyn Herlitzius 

Le héraut d’armes du Roi : Egils Silins 

Nobles du Brabant : Hyun-Jong Roh, Cyrille Lovighi, Laurent Laberdesque, Julien Joguet 

Les pages : Irina Kopylova, Corinne Talibart, Laetitia Jeanson, Lilla Farkas   

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Vous le savez peut-être si vous suivez régulièrement ces colonnes, mais depuis quelque temps, j'ai décidé de m'intéresser de plus près à Wagner. Davantage par curiosité intellectuelle que par goût, j'ai commencé à écouter de plus près ce compositeur dont l'opéra, a priori, ne me plaisait pas, dans l'espoir de faire tomber mes propres clichés et, à défaut de l'apprécier vraiment, au moins d'en comprendre plus. Après un Tristan et Isolde riche d'enseignements l'an dernier, c'est à Lohengrin que je m'attaque aujourd'hui. La présence de Jonas Kaufmann à l'affiche était l'occasion rêvée de concilier la découverte d'une nouvelle oeuvre de Wagner et des accents déjà familiers. 

 

 

Parce qu'on a toujours qu'une seule occasion de découvrir quelque chose pour la première fois, j'ai pris pour habitude - hérésie diront certains - d'en lire le moins possible sur une oeuvre, une fois pris mes billets. Je ne connaissais donc pas grand-chose de ce Lohengrin. Est-ce pour cela, par méconnaissance de l'oeuvre que la mise en scène de Claus Guth m'a globalement semblé intéressante, alors qu'elle a semblé un contre-sens à mes voisins, visiblement plus au fait du caractère du héros ? 

 

Ce qui frappe, dans la vision de Guth, c'est à quel point le chevalier reste fidèle à son devoir, alors qu'il semble terrorisé par la tournure que prennent les événements et par la couronne qu'on lui offre. Il ne semble réussir à traverser ces épreuves que grâce à l'amour et à la foi inconditionnelle que lui porte Elsa, la jeune fille qu'il a sauvé et qui devient son épouse. Ce prisme, plus humain, confère à la force morale que met Lohengrin à suivre son devoir une dimension quasi sacrificielle, et renforce, à mon sens, l'importance du lien d'amour et de confiance qui l'unit à Elsa... et par ricochet, la puissance destructrice du doute qui va les mener au drame. 

 

 

Côté voix, tout d'abord, il y a Jonas Kaufmann. Loin de moi l'idée de jouer à la groupie primaire, mais cet artiste a fait partie des premières voix que j'ai écouté quand j'ai commencé à m'intéresser à l'opéra : j'ai donc toujours une émotion toute particulière à écouter "en vrai" celles et ceux qui m'ont entraîné à leur suite dans cette délicieuse addiction. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la magie opère. Le Lohengrin de Jonas Kaufmann monte en puissance, comme la mise en scène le suggère, et nous fait entendre toute la palette de ses nuances et de ses émotions, avec un "In fernerm land" qui m'a semblé vraiment superbe. 

 

Je ne sais pas comment doit se chanter du Wagner, et mon avis ne relève donc que d'une impression. Tout ce peux vous dire, c'est que j'ai par exemple trouvé certaines attaques un peu rudes, presque maladroites, notamment chez Edith Haller, la soprano interprétant Elsa, sans savoir si cela est dû à la partition, à la langue allemande, ou à une question vocale plus technique échappant à ma compréhension. Une artiste qui m'a en revanche vraiment impressionnée, ici, c'est Evelyn Herlitzius, dans le rôle d'Ortrud, la sorcière. Elle campe un personnage enjôleur et manipulateur dont les interventions semblent certes moins mélodiques, plus brutes - partition d'origine, ou interprétation ? - et animé d'une fureur vengeresse qui emporte tout sur son passage. Une flamme à laquelle je ne pouvais rester insensible ! 

 

 

Pour ma part, j'ai été plutôt convaincue par cette production, et bien que je ne puisse encore affirmer apprécier vraiment Wagner, force est de constater que j'ai passé une bonne soirée, avec beaucoup de choses à en retirer. Disons que nous avons fait plus ample connaissance ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 25 Janvier 2017

D'Elite Zexer

 

Les festivités battent leur plein dans un petit village bédouin en Israël, à la frontière de la Jordanie : Suleiman, déjà marié à Jalila, épouse sa deuxième femme. Alors que Jalila tente de ravaler l’humiliation, elle découvre que leur fille aînée, Layla, a une relation avec un jeune homme de l’université où elle étudie. Un amour interdit qui pourrait jeter l’opprobre sur toute la famille et contre lequel elle va se battre. Mais Layla est prête à bouleverser les traditions ancestrales qui régissent le village, et à mettre à l'épreuve les convictions de chacun.

 

 

 

Il est toujours compliqué de jeter un regard sur des traditions qui ne sont pas les nôtres, en essayant de les comprendre et sans être tenté de les juger selon nos propres valeurs. Ici, la réalisatrice israélienne Elite Zexer nous donne à voir quelques semaines dans la vie d'une famille de bédouins. Avec une grande délicatesse, elle va brosser le portrait de femmes qui vivent entre poids de la tradition et désir d'être heureuse. Mais cette recherche du bonheur individuel vaut-elle la peine de détruire, par ricochet, celui de toute une famille ?

 

Tempête de Sable s'interroge sur le carcan social très étroit de la société bédouine, règles liées au départ à la survie des clans dans le désert. Par exemple, le fait que les filles se marient au sein de la tribu permettait à l'origine que leurs enfants en fassent toujours partie, plutôt que de renforcer les rangs de la tribu de leur mari. Ces règles ont-elles toujours leur raison d'être dans un contexte actuel davantage sédentarisé, relèvent-elles simplement d'une tradition et d'une identité qu'il faudrait préserver? Sans manichéisme aucun, ni jugement moral, le film questionne. 

 

 

Dans une société tribale où la place de la femme, et de l'individu de façon générale, ne se définit que par rapport au groupe, Layla et Jalila tentent de faire bouger les limites qui leur sont imposées. Rien de révolutionnaire, juste un peu d'air pour, parfois, faire ses propres choix. Les hommes aussi courbent la tête face au groupe, par habitude autant que par conviction. Parce qu'ils occupent une place prédominante, ils auraient probablement plus à y perdre que les femmes à vouloir secouer la hiérarchie traditionnelle. La question du devoir, et surtout de l'obéissance - au conseil de la tribu, au père, à l'époux - est ici posée. Comment laisser une place quelconque au libre-arbitre quand les actions d'un seul individu peuvent jeter l'opprobre sur toute une famille ? 
 

 

Tempête de sable s'avère un film plein d'interrogations auxquelles - et c'est tant mieux - la réalisatrice n'essaye pas de répondre. Elle montre la force de ses personnages principaux, qui font des choix - parfois même ceux de la résignation et du sacrifice - pour préserver leur famille et protéger ceux qu'ils aiment. A la fois terrible et sublime. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 22 Janvier 2017

De Pablo Larraín

 

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.

Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire

 

 

Je connaissais assez peu de choses sur Pablo Neruda, si ce n'est qu'il s'agissait d'un poète sud-américain. Tout au plus, si on m'y avait poussé, aurais-je pu avancer qu'il était chilien, mais pas davantage. C'est donc avec une grande curiosité - celle qui m'étreint toujours face à un sujet inconnu - que j'ai découvert ce film. 

 

Ce que le synopsis ne m'avait pas dit - et que j'ai mis quelque temps à saisir par moi-même - c'est que Neruda n'est pas un biobic, mais une réécriture fictionnelle de sa fuite - bien réelle, celle-ci - vers l'exil. L'occasion de mettre en scène la légende plus que l'historique, avec un poète écrivant lui-même son propre mythe et un poursuivant romanesque fasciné par sa proie, lointainement inspiré du véritable inspecteur chargé d'arrêter Pablo Neruda. 

 

 

Et pourquoi pas ? Après tout, mêler le réel et la fiction n'est-il pas le propre de tout écrivain ? En soi, l'idée ne me gênait donc pas plus que ça. Cependant, je dois avouer que ma compréhension de ce procédé, à près de la moitié du film, s'est faite trop tard : j'avais déjà sombré dans l'ennui. Le poète m'a semblé d'un égoïsme monstre, n'hésitant pas à mettre sa vie en danger, au mépris de celles et ceux qui risquaient la leur pour lui : difficile de s'y attacher.

 

Plus troublant, l'inspecteur Peluchonneau se démène pour devenir l'acteur principal de cette action : tantôt grotesque, tantôt touchant dans ses propres blessures, il croit être dans un de ces polars que l'écrivain en cavale sème à son intention comme autant de cailloux, et de pieds de nez.

 

 

Les personnages ont beau être porté par des acteurs convaincants - Gael Garcia Bernal, entre fascination et ambition, Luis Gnecco en Neruda pétri de contradictions, et Mercedes Morán, impériale - l'ensemble m'a perdu en cours de route. Au final, m'est demeuré l'impression d'un film très pointu, qui ne livre pas vraiment les clés nécessaires à sa compréhension. Certains cinéphiles y trouveront probablement leur bonheur, mais de mon côté, je m'y suis - à mon grand regret - tout bêtement ennuyée. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2/5