Deux soeurs pour un roi, de Philippa Gregory
Genre: Roman historique
Lieu et époque: Angleterre, 16e siècle
Après avoir été, je l'avoue, quelque peu déçue par le film tant le personnage d'Henri VIII m'avait semblé falot, j'ai décidé de me plonger dans le livre afin de
me réconcilier avec l'interêt que je portai de prime abord à cette histoire. Il est vrai que les seuls faits historiques réunissent tous les éléments nécessaires à un scénario réussi: des
intrigues, des personnages et des enjeux historiques, où ambitions et sentiments se heurtent en un cocktail détonnant.
On est d'abord surpris par les dialogues, parfois assez crus. Mais comment s'en étonner alors que chaque être n'est considéré que comme un pion à avancer sur l'échiquier des ambitions
familiales ? Howard et Seymour, les deux familles poussent leurs filles dans le lit du roi dans l'espoir d'en tirer titres et faveurs. Si le suspense est plutôt absent, quelques notions
d'histoire suffisant à connaître les grandes lignes de l'intrigue, il est intéressant et fascinant de voir comment l'auteur brode autour de ces faits pour imaginer le pourquoi du comment, la mise
en place de l'engrenage qui va broyer consciences et existences, inexorablement. La vie à la Cour d'Henri VIII apparaît alors comme une nasse monstrueuse où s'entre-déchirent les courtisans, où
la manipulation rêgne en maîtresse, dissimulée derrière les bals, les parures magnifiques et les sourires de façade. Un roman captivant.
4e de couverture:
«Je serai sombre, française, à la mode et difficile ; vous serez douce, ouverte, anglaise et belle. Quelle paire nous formerons ! Quel homme pourrait nous résister ?» Tels sont les premiers mots
prononcés par Anne Boleyn à l'endroit de sa soeur Marie quand elle la rejoint, en 1522, à la cour d'Angleterre.
Introduite au palais de Westminster, à l'âge de 14 ans, Marie Boleyn séduit le roi Henri VIII auquel elle donnera deux enfants. D'abord éblouie par le souverain, elle comprend qu'elle sert
d'appât au milieu des complots dynastiques. Quand l'intérêt du roi pour elle s'émousse, Anne est chargée de le séduire à son tour.
Désir, haine, ambitions, trahisons... Se déroulant sur quinze ans, cette fresque historique, racontée à la première personne par Marie Boleyn, dépeint les rivalités au sein de la dynastie des
Tudor. Une histoire qui se terminera dans le sang.
Extrait:
Printemps 1522
- Je pars pour la France demain et reviendrai avec votre soeur Anne, me dit mon père sur les marches du palais
de Westminster. Sa place est à la cour de Marie Tudor.
- Je pensais qu'elle resterait en France, répondis-je. Je croyais qu'elle avait épousé un comte
français.
Il secoua la tête.
- Nous avons d'autres projets pour elle.
Je savais qu'il était inutile de lui demander de quels desseins il s'agissait. Il me fallait attendre. Ma plus
grande peur était qu'ils eussent pour elle l'ambition d'un meilleur mariage que le mien, m'obligeant à suivre sa traîne pour le restant de mes jours.
- Effacez cet air renfrogné de votre visage, m'enjoignit sèchement mon père.
J'affichai aussitôt mon sourire de cour.
- Bien sûr, père, répondis-je docilement.
Il hocha la tête et je m'abîmai dans une profonde révérence alors qu'il s'éloignait. Je me relevai puis me
dirigeai lentement dans la chambre de mon époux, où un petit miroir était accroché au mur. «Tout ira bien, murmurai-je à mon reflet, je suis une Boleyn, ce n'est pas rien; et ma mère est née
Howard, qui sera l'une des plus grandes familles du pays. Je suis une Howard et une Boleyn.» Je me mordis les lèvres. Mais elle aussi.»
Le miroir me renvoya mon creux sourire de courtisan. «Je suis la cadette des filles Boleyn, mais non la moins
importante. Unie à William Carey, un homme qui a les faveurs du roi, je suis la plus jeune des dames d'atour de la reine, et sa préférée. Nul ne peut m'ôter cela. Ni elle ni
personne.»
Anne et père furent retardés par des intempéries et j'espérai, puérilement, que coulât le bateau de ma soeur
et qu'elle se noyât. À la pensée de sa mort, je ressentais un mélange déconcertant de véritable détresse et d'exaltation. Le monde sans Anne m'était inconcevable ; mais il ne me semblait guère
assez grand pour nous deux.