Publié le 27 Septembre 2016

De Stéphanie Di Giusto

 

Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône. 

 

 

Déjà, au dernier showeb de printemps, les premières images de La Danseuse m'avaient fait de l'oeil. Premier film réalisé par la photographe Stéphanie Di Giusto, on y sentait toute une esthétique, une qualité d'image et de lumière qui augurait du meilleur. 

 

La réalisatrice s'intéresse ici à la danseuse Loïe Fuller, dont le nom est quasi inconnu du grand public, mais dont les amateurs d'histoire et de la Belle époque ont probablement déjà croisé les clichés. On y voit une femme dansant, entourée des voiles de sa robe, et l'on comprend d'emblée comment elle a pu fasciner les photographes qui cherchaient à capter le mouvement de cette danse avant-gardiste.

Née dans l'Ouest américain et dotée d'un physique robuste, Loïe Fuller n'est pas ce qu'on pourrait appeler une danseuse classique. Mais elle est à l'origine d'une danse complètement nouvelle, qui sera qualifiée de serpentine. Cette nouvelle esthétique nécessite un entraînement sans cesse plus ardu à mesure que s'allonge le métrage de ses voiles et qu'augmente la charge à mettre en mouvement. Comme une athlète, elle modèle son corps, se muscle, s'entraîne sans cesse. La magie, elle, naît de l'alchimie entre le corps, les voiles, la musique et les projections lumineuses qui font de sa danse une création totale. 

 

Cette jeune femme à l'âme d'artiste, que l'on voit réciter des vers au milieu des terres rudes de l'Ouest, monte à New York dans l'espoir de devenir actrice. Ironie du sort, c'est dans un rôle muet qu'elle fait ses débuts sur les planches et imagine la danse qui va bientôt faire sa renommée. Soucieuse de faire breveter son travail et rêvant de l'Opéra de Paris, elle traverse bientôt l'Atlantique et c'est sur la scène des Folies Bergères que son numéro va connaître un succès foudroyant. Le film s'attarde également sur la relation de Loïe Fuller avec Isadora Duncan, l'une des danseuses et chorégraphes les plus célèbres du début du 20e siècle. Si Loïe reconnaît le talent de sa compatriote américaine, elle souffre également de voir en la jeune fille son opposé artistique : Isadora incarne la grâce parfaite, innée, celle qui n'a besoin d'aucun artifice pour exister. 

Soko incarne avec fougue une Loïe déterminée à tous les sacrifices pour parvenir à son but, ses doutes fulgurants autant que sa force de caractère. Face à elle, Lily-Rose Depp prête ses traits et sa silhouette diaphane à une Isadora dont on ne sait si elle est franchement manipulatrice ou désinvolte à l'extrême. Mélanie Thierry campe une femme de l'ombre, un de ces êtres dont la dévotion mêlée d'admiration force le respect. Quant à Gaspard Ulliel, dans le rôle de Louis Dorcey, admirateur de la première heure, il aurait pu s'avérer délicieusement ambigü si son personnage n'avait été si difficile à cerner qu'on ne puisse s'y attacher vraiment. 

 

Finalement, La Danseuse n'est pas entièrement ce qu'on pourrait appeler un biopic - la scénariste et réalisatrice ayant pris pas mal de libertés avec la réalité historique - mais elle réussit à montrer toute la complexité d'une passion, qui sublime autant qu'elle consume.  Un sujet qui me touche toujours, d'autant qu'il est ici porté par une réalisation qui fait la part belle à l'esthétique - on reconnaît l'oeil de la photographe - et une actrice principale dont on sent l'investissement à chaque plan. Un très bel hommage ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 21 Septembre 2016

De Michael Grandage 

 

 

Ecrivain à la personnalité hors du commun, Thomas Wolfe est révélé par le grand éditeur Maxwell Perkins, qui a découvert Francis Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Wolfe ne tarde pas à connaître la célébrité, séduisant les critiques grâce à son talent littéraire fulgurant. Malgré leurs différences, l'auteur et son éditeur nouent une amitié profonde, complexe et tendre, qui marquera leur vie à jamais. 

 

 

 

 

Avouons-le tout de suite, j'ignorais tout de l'écrivain américain Thomas Wolfe, à ne pas confondre avec Tom Wolfe (juste pour vous montrer que je me suis tout de même documentée à l'heure de rédiger cet article). Ce film est donc l'occasion pour moi de le découvrir. 

 

Mais, davantage qu'à l'auteur agité de L'Ange exilé, le film Genius s'intéresse à la relation complexe entre l'écrivain et Maxwell Perkins, son éditeur chez Scribner, premier à déceler le potentiel de son travail. Perkins va ensuite accompagner Wolfe dans son processus d'écriture, de relecture, et tenter de le canaliser. Cette amitié, tantôt fusionnelle, tantôt orageuse va durer pendant près de dix ans, jusqu'à la mort prématurée de l'écrivain à 37 ans. 

Sous les traits de Jude Law, Thomas Wolfe apparaît instable, impulsif, anxieux, égoïste, avec une force de création impossible à contenir. Le discret Maxwell Perkins, quant à lui, est incarné à l'écran par Colin Firth, impeccable sous le chapeau de cet éditeur fasciné par son poulain et partageant avec lui l'amour de l'écriture. 

 

On croise dans Genius des mythes comme Fitzgerald ou Hemingway, on s'interroge sur la figure de l'écrivain, prolixe ou besogneux, d'inspiration autobiographique ou purement fictionnelle, sur l'impact de cet élan créateur sur l'entourage, mais aussi sur le besoin, viscéral pour certains, simplement financier pour d'autres, d'écrire. Le film se penche également sur le rôle de l'éditeur dans la mise sur le marché d'un ouvrage : l'aide t-il à se présenter au public sous son meilleur jour - par exemple en suggérant des coupes - ou le dénature t-il ?  

Hélas, pour une raison que je n'arrive pas à déterminer avec précision, il m'est resté l'impression d'avoir visionné un film entre deux eaux, possédant ce quelque chose mettant à distance le spectateur, qui finit par glisser dans une certaine indifférence au sort des personnages. Malgré une prestation très honorable de ses deux interprètes principaux, Genius peine à convaincre, faute de réussir à créer de l'empathie ou une réelle émotion. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

Publié le 18 Septembre 2016

De Danièle Thompson 

Sortie le 21 septembre 

 

Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil... Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

 

 

Saviez-vous que Cézanne et Zola étaient amis d'enfance ? Qu'ils avaient partagé leurs jeux adolescents sous le soleil d'Aix-en-Provence et les premières désillusions de leurs espoirs d'artistes sous la grisaille parisienne ? Une amitié que pour ma part, j'ignorais complètement. 

 

Cézanne ! Zola ! Ce n'est pas rien ! Deux monuments de l'art et de la littérature de la deuxième moitié du 19e siècle, dans une France en plein bouleversement social, économique, politique, et artistique, bien entendu. Et dans ce bouillonnement, les deux hommes vont croiser les destins d'autres noms qui deviendront tout aussi emblématiques, parmi lesquels Pissaro, Maupassant, Valladon ou encore Manet. 

 

Et puis, "la fâcherie". Une brouille qui semble devoir beaucoup à la publication du roman L'oeuvre de Zola, dont le personnage principal - un peintre maudit - reflète Cézanne d'un peu trop près. Mais ce n'est probablement que la goutte d'eau qui fait déborder le vase, tant l'amitié qui les lie s'avère tumultueuse : la faute aux femmes peut-être, mais également au caractère explosif d'un Cézanne incapable de diplomatie et en proie permanente au doute. Le peintre casse, déchire, poignarde ses toiles, s'échauffe, s'énerve, tempête sans se soucier de son entourage. 

 

C'est autour d'une dernière rencontre, probablement fictive, que va se construire Cézanne et moi, faisant revivre par bribes les souvenirs de l'un et de l'autre, mais surtout les souvenirs partagés, témoignages d'une amitié profonde non dénuée d'une certaine cruauté. Fondés sur l'abondante correspondance entre les deux hommes, mais également celle de leurs amis, les dialogues explorent la relation complexe entre Emile et Paul, entre Zola et Cézanne, se soutenant parfois envers et contre tous, rendant parfois blessure pour blessure. 

 

Pour incarner la force tranquille de l'écrivain et la colère bouillonnante de Cézanne, Daniel Thompson a choisi Guillaume Canet et Guillaume Gallienne. Les deux comédiens sont si investis qu'on oublie vite leurs traits pour ne plus voir que les personnages : leurs rancunes lorsque la trajectoire ascendante de l'un croise celle, descendante de l'autre, l'amitié qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, leur opposition parfois frontale, tout s'entremêle, et plusieurs scènes sont superbes.

 

Malheureusement, mon enthousiasme a été tempéré par le rythme et le montage du film. Tantôt trop brutal dans ses transitions, tantôt trop mou, l'ensemble peine à soutenir l'émotion créée par les comédiens et la réalisation. De la même manière, un sentiment de fouillis s'empare de certains passages, notamment ceux évoquant la Bohème et les autres artistes que côtoyaient Cézanne et Zola, rendant difficile l'identification formelle de nombre de leurs amis, malgré la pléthore de noms jetés ça et là. J'ai finalement compris qui étaient Manet et Pissaro, mais c'est à peu près tout. 

 

Des dialogues affûtés, des acteurs méconnaissables, malheureusement desservis par un résultat brouillon qui sape l'alchimie entre chaque scène mémorable. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

Publié le 14 Septembre 2016

De Davis Yates

 

Après avoir grandi dans la jungle africaine, Tarzan a renoué avec ses origines aristocratiques, répondant désormais au nom de John Clayton, Lord Greystoke. Il mène une vie paisible auprès de son épouse Jane jusqu'au jour où il est convié au Congo en tant qu'émissaire du Commerce. Mais il est loin de se douter que le redoutable belge Leon Rom est bien décidé à l'utiliser pour assouvir sa cupidité…

 

 

 

 

 

 

Ici, nous retrouvons le comte et la comtesse Greystoke - Tarzan et Jane, donc - confortablement installés à Londres, sept ans après leur départ d'Afrique. Dans la grisaille londonienne, ils coulent des jours heureux entre doux souvenirs, corsets et demeures victoriennes. Le roi Léopold II de Belgique, souverain en recherche d'une caution morale pour soutenir ses ambitions coloniales, invite le célèbre Tarzan à retourner sur les terres de son enfance pour y constater - en présence des journalistes nécessaires - les bienfaits de sa mainmise sur le territoire. Refusant d'être utilisé à des fins politiques, Tarzan décline tout d'abord l'invitation, jusqu'à ce que l'ombre d'un soupçon - celui de la réduction en esclavage des tribus locales - le convainque d'y répondre favorablement, pour en avoir le coeur net.

 

L'occasion pour Jane, et lui-même de retrouver la terre qui les a vus naître et grandir, avec ses codes, bien différents de l'austère Angleterre victorienne, et les familles d'adoption qu'ils y avaient laissées. 

 

Depuis Greystoke, en 1984, on avait pas beaucoup parlé de Tarzan au cinéma, à l'exception près de la version de Disney et de quelques parodies. Il faut dire que le sujet s'avère difficile à traiter sans tomber dans la caricature de l'homme-singe ou du sauvage. Et en toute honnêteté, j'avais de grandes craintes pour le résultat au vu de la bande annonce. Comment éviter l'écueil du cliché aussi attendu que craint ? 

 

Paradoxalement, c'est à la fois en rusant, et en gardant un scénario simple que ce Tarzan réussit efficacement à contourner les obstacles les plus évidents. Car au final, il répond à tous les éléments du cahier des charges - le saut de liane en liane, "moi Tarzan, toi Jane", les gorilles, le "cri" - mais toujours en les détournant légèrement, juste assez pour démythifier ces clichés et les dépouiller de leur potentiel de ridicule - au passage, tout ce que la bande annonce oublie de faire, laissant craindre le pire.  Au lieu de narrer de front les événements les plus célèbres, la plupart reviennent sous la forme de souvenirs, procédé certes classique, mais qui permet de découvrir la rencontre entre Tarzan et Jane, par exemple, sans nécessité de l"intégrer pleinement au fil de l'action. Quelques scènes semblent créées tout spécialement pour la 3D - chose qui ne me plaît pas vraiment - mais elles ont le bon goût de s'insérer harmonieusement dans l'histoire sans que l'on aie l'impression d'assister à une séquence "gadget".

 

Alexander Skarsgård campe un personnage aussi à l'aise dans les habits collet-montés du comte Greystoke que dans la steppe et la jungle africaines. Quant à la Jane de Margot Robbie, elle révèle un tempérament bien trempé - surtout dans le contexte de l'époque - bien plus intéressant que la sempiternelle demoiselle en détresse que l'on aurait pu craindre. Et entre les deux personnages, une immense tendresse, qui ne tombe jamais dans la mièvrerie. 

 

Placé dans le contexte de la colonisation du Congo belge, le scénario a également le bon goût de ne verser ni dans l'originalité à tout prix, ni dans les clichés les plus faciles, en optant pour une trame assez simple - une histoire de cupidité et de vengeance - mais efficace, avec des personnages moins manichéens qu'escomptés. Tous ont leur passé, leurs regrets, et jamais le film ne verse dans le moralisme cheap. Comme d'ordinaire, on aime particulièrement Christoph Waltz dans sa capacité à camper des méchants avec toutes les apparences de la courtoisie. 

 

S'il ne brille pas par son originalité - ce qui, avec des personnages comme Tarzan, est probablement la rançon de la crédibilité - le film s'avère un bon spectacle, familial, plus profond qu'il n'y paraît et avec des acteurs convaincants. Cahier des charges rempli ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Paradoxalement, c'est à la fois en rusant, tout en gardant un scénario simple que ce Tarzan réussit efficacement à contourner les obstacles les plus évidents.

Publié le 7 Septembre 2016

David Mackenzie

 

 

Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

 

 

 

 

 

 

A mi-chemin entre le film de braquage et le western, Comancheria nous emmene sur les routes et dans les paysages déserts du fin fond du Texas. Quasiment intemporels, les clichés s'égrennent au fil des images : cowboys, indiens, pétrole, musique country, ranches et flingues. Même les valeurs semblent immuables, entre liberté et famille, avec toujours cet esprit de rebellion face à l'autorité ou au pouvoir, qu'il sagisse de celle de la police, ou de celui des banques qui profitent de la crise et du taux de chômage pour faire main basse sur les dernières possessions des habitants. 

 

Sur ces terres rudes, arrachées aux Indiens comanches, règne une impression de fatalité, immuable, d'un mauvais sort. Ici, le sentimentalisme n'a pas sa place. La vie est rude, et l'attachement se prouve en actes bien plus qu'en vaines paroles : les silences et les sous-entendus sont bien plus éloquents.

 

C'est autour de quatre personnages que va se nouer l'intrigue : d'un côté deux frères, tentant de réunir l'argent nécessaire pour sauver le ranch familial de la saisie, de l'autre un ranger près de la retraite et son adjoint indien. Un jeu du chat et de la souris - ou plutôt du crotale et de la souris - dont l'issue ne saurait qu'être fatale. 

 

Les deux frères ne sortent pas du droit chemin par gaité de coeur. Ils n'ont pas le choix. Portés par la volonté farouche du cadet d'offrir aux siens une vie moins misérable, ils vont méthodiquement tenter de réunir la somme nécessaire au remboursement des traites, avec, toujours, la conscience aigüe qu'il devront répondre de leurs crimes. Mais l'essentiel, l'espoir et l'avenir des leurs, sera sauf. L'enquêteur - Jeff Bridges, magistral - comble sa peur de l'inactivité et de la solitude sous un air de vieux bougon, dont le seul plaisir semble de prendre pour cible son adjoint, à grand renfort de blagues souvent douteuses sur les Indiens.  

 

Les personnages sont parfois drôles malgré eux, cyniques et pourtant souvent plus graves et sensibles qu'il n'y paraît. D'ailleurs, aucun jugement n'est porté ni sur les uns, ni sur les autres et chacun suit ce qu'il pense être son devoir : droits dans leurs santiags, ils montrent tous une immense dignité jusque dans leur chagrin ou leur désespoir. 

 

Avec ses paysages d'une beauté aride et désolée, traversés par des hommes au caractère bien trempé, Comancheria réussit à condenser tous les codes du western et du film de braquage mais pas seulement : il y mêle des personnages à la profondeur humaine touchante, qui vont bien au-delà des clichés sur le Sud américain. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 31 Août 2016

De David Ayer 

 

 

Face à une menace aussi énigmatique qu'invincible, l'agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu'aux dents par le gouvernement, ces Super-Méchants s'embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu'au moment où ils comprennent qu'ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?

 

 

 

 

 

 

 

Dans la guerre des super-héros, celle qui oppose DC à Marvel, les deux grandes firmes de comics made in USA, est probablement l'une des plus intéressantes : depuis une dizaine d'années, on voit ainsi fleurir sur nos écrans de multiples adaptations - voire réinterprétations - des aventures de Spiderman, Superman, Batman, Les quatre fantastiquesCaptain America, Avengers, Thor, Deadpool, X-Men et bien d'autres. Et au vu des prochains agendas des sorties, ce n'est pas fini : outre les suites de suites, de nouveaux personnages devraient faire leur apparition sous peu, notamment Aquaman et Wonder-Woman... entre autres!  

 

Aussi, quand DC a annoncé son projet d'adaptation de Suicide Squad, on applaudissait des deux mains. Car avec cette nouvelle bande, on passe de l'autre côté du miroir : il ne s'agit pas de mettre en vedette des super-héros, mais bien des super-méchants. Une occasion en or de mettre en images des personnalités fortes et hautes en couleur, aussi atypiques les unes que les autres. Impossible de donner dans la mièvrerie et le trop plein de bons sentiments : on attendait des répliques cyniques, des trahisons et des bastons épiques. 

 

 

Honnêtement.... on attend toujours ! Car les personnages qui aurait dû faire la force de cette production s'avèrent surtout décevants : certains sont sur-employés, comme le Deadshot de Will Smith qui semble avoir voulu s'octroyer un maximum de temps à l'écran - et de répliques -  sans pour autant que son personnage convainque vraiment. A l'opposé, Captain boomerang, Killer croc et Katana sont sous-employés : on les voit si peu à l'écran que l'on pourrait les craindre monolithiques. Même pas. Ils sont juste insignifiants. El Diablo n'est guère mieux : une psychologie un peu mieux dégrossie, mais au final sans cohérence. L'Ensorceleuse qui veut conquérir le monde ? sans commentaires. On boude aussi un peu le Joker, pimpé en caïd et pas vraiment dérangeant. 

 

Finalement, les seules personnages qui semblent s'échapper du lot, ce sont Amanda Waller et Harley Quinn. La première dans sa froideur calculatrice et sans scrupule, la seconde dans sa folie - et son micro short à paillettes. Folle à lier sans pour autant être dénuée de sentiments, Harley constitue - très paradoxalement - un des seuls personnages cohérents dans ce film auquel une bouillie de scénario donne le coup de grâce. Ou comment faire d'une idée au potentiel explosif un simple pétard mouillé...

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2/5

Publié le 16 Août 2016

De Grégoire Leprince-Ringuet 

 

 

Ondine et Paul se sont aimés. Quand elle le quitte, il jure qu'il n'aimera plus. Pour se le prouver, il poursuit la belle Camille, qu'il compte séduire et délaisser.
Mais Camille envoûte Paul qu'elle désire pour elle seule.
Et tandis qu'il succombe au charme de Camille, Paul affronte le souvenir de son amour passé.

 

 

 

 

 

 

 

Il est des objets cinématographiques à part, qui divisent, sans pour autant laisser indifférents. La forêt de quinconces semble de ceux-là, tant les avis que j'ai pu entendre autour de moi divergent. Son concept rebute ou emporte, c'est selon, sans que nul cependant ne conteste son originalité.

 

Et de quoi s'agit-il, justement ? Tout est parti d'une série de textes en vers écrits par Grégoire Leprince-Ringuet, que l'on avait déjà pu découvrir dans Les chansons d'amour ou La Princesse de Montpensier, et qui coiffe ici la triple casquette d'auteur, réalisateur et acteur. Autour de ses textes, il va ainsi construire une histoire : celle d'un jeune homme pris en tenaille entre la femme qu'il a aimée et une nouvelle conquête, entre la souffrance d'être quitté et l'envie de faire souffrir à son tour.

 

 

La forme délicieusement surannée des alexandrins et octosyllabes donne soudain à cette romance contemporaine - dont la trame est pourtant intemporelle - des airs de tragédie classique. Pour être entièrement honnête, avant de jeter un oeil à la genèse du film, j'ai tout d'abord cru qu'il s'agissait d'extraits de pièces de théâtre déjà existantes mises ensemble pour créer quelque chose de nouveau.

 

De ce rythme de la langue si particulier, il découle un décalage poétique qui laisse la place à l'imaginaire, à la magie, à des symboles parfois plus ou moins obscurs, mais qui finissent toujours par trouver leur sens sur l'ensemble du film.

 

 

Un résultat attachant et atypique, parfois gentiment maladroit - mais quoi de normal pour un premier film que de chercher ses marques ? Paul voudrait haïr les femmes, mais n'y arrive pas. Comme si cette haine pouvait lui permettre d'échapper à ses propres blessures...

 

C'est autour d'une demi-douzaine de personnages, chacun rappelant un archétype théâtral revisité - l'amoureux, la confidente, la magicienne, l'amante, le destin (incroyable Thierry Hancisse) - que se construit cette histoire à cheval entre passé et présent mais aux sentiments si universels qu'au fond, sa temporalité importe peu. 

 

 

Si elle comporte encore quelques maladresses, surtout ressenties dans les transitions d'une scène à l'autre, j'ai beaucoup aimé cette Forêt de Quinconces pour la beauté un peu perverse de ses ruptures, la magie trouble de ses rencontres, mais aussi ce langage rythmé, presque chaloupé, par les rimes et les vers. Un film poétique - dans les deux sens du terme - si l'on arrive à s'y abandonner. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 14 Juillet 2016

Au théâtre Popul'Air du Reinitas

(Update : nouvelle date le 29 octobre 2016

aux Feux de la Rampe) 

 

Cette chronique commencera par un aveu : j'ai un rire épouvantablement sonore, dénué de toute élégance. Aussi, malgré mes efforts polis pour tenter de le rendre socialement acceptable, il m'est difficile de l'étouffer lorsque je vais au spectacle. Alors que je me croyais dissimulée dans la pénombre ambiante, je m'en suis donnée à coeur joie. Jusqu'à ce que je comprenne à la sortie - non sans un certain embarras - que j'ai au contraire bien été identifiée comme la propriétaire dudit rire - les petites salles sont traîtresses ! Bref, j'ai ri, j'ai ri, j'ai ri. 

 

 

C'était ce soir-là la dernière du spectacle de Fabien Tucci au théâtre populaire du Reinitas. L'occasion de découvrir tout à la fois un lieu à l'ambiance fort sympathique et un humoriste qui ne manque pas de piquant ! Il évoque avec nous la découverte de sa sexualité, mais également ces moments de coming out qui, selon les interlocuteurs, se passent plus ou moins bien. Attention, il y a quand même de quoi traumatiser les âmes sensibles : je ne pourrai plus jamais voir les pyjamas bourriquet du même oeil ! 

 

Avec de l'énergie à revendre et une capacité évidente à embarquer son public derrière lui, Fabien Tucci nous raconte sa vie et ses amours avec un mélange de fausse candeur et de franc-parler qui détonne. Un spectacle dénué de clichés à l'emporte-pièce, très drôle - mais je me répète, peut-être - qui parle des gays, bien sûr, mais au fond, surtout d'amour, de sexualité et de relations humaines, tout simplement. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Mon petit doigt m'a dit qu'il serait bientôt reprogrammé : je vous tiens vite vite au courant si c'est le cas !  

Update : Une nouvelle date est prévue le samedi 29 octobre à 20h aux Feux de la Rampe. Pour plus d'informations c'est par ici : http://www.billetreduc.com/167436/evt.htm

Publié le 16 Juin 2016

De Julio Medem

 

 

Magda est institutrice et mère d’un petit garçon de 10 ans. Elle a du mal à faire face à la perte de son emploi et le départ de son mari. Mais lorsqu’on lui diagnostique un cancer du sein, plutôt que de se laisser abattre, elle décide de vivre pleinement chaque instant. Elle profite de son fils, de son médecin bienveillant et d’un homme qu’elle vient à peine de rencontrer. De son combat contre la maladie va naître une grande histoire d’amour entre tous ces personnages.

 

 

 

 

 

Vous le savez peut-être si vous suivez ces articles depuis quelque temps : j'ai du mal à résister à ce qui est espagnol. Pourtant je fréquente finalement assez peu le cinéma ibère, et ces dernières années, je peux seulement admettre avoir vu Blancanieves, ou le plus récent La isla Mínima. A ma décharge, les oeuvres qui arrivent sur nos écrans sont plutôt rares, si l'on excepte celles d'Almodóvar. C'est donc avec un immense plaisir que j'ai répondu présente à l'invitation de l'association Espagnolas en París, réunissant des passionnés du 7e art espagnol, qui me proposait de découvrir Ma Ma

 

Pour les non-hispanophones, une précision s'impose : dans la langue de Cervantès, la double syllabe Ma Ma évoque d'abord la maman (Mamá) mais également le nom du cancer du sein (cáncer de mama), une dualité sémantique sur laquelle repose tout le film. En effet, autour du personnage de Magda et de sa maladie, c'est l'inconditionnalité et la force de l'amour maternel qui sont au coeur de ce bouleversant récit. 

 

 

J'emploie, à dessein,  le mot bouleversant, car il est rare que je me laisse aller - qui plus est en public - à laisser échapper quelques larmes. Il est incroyablement émouvant de ressentir peu à peu l'intensité du drame qui se noue, et la force peu commune de ce personnage qui décide - presque littéralement - de continuer à vivre et à être heureuse. Perdre espoir serait mourir par anticipation. 

 

Finalement, ce sont les personnages autour de Magda qui finissent par porter le poids du drame : son fils, dont elle refuse de briser l'innocence, son compagnon, déjà accablé par le deuil, et son médecin, décontenancé par l'énergie peu commune de la jeune femme. Ce sont eux qui évoquent la fin, alors que Magda voit tout le bonheur et l'amour qui lui restent encore à donner et à recevoir. Peu à peu, sa vitalité devient contagieuse si bien que tout son entourage en est atteint, et il semble alors qu'un miracle soit possible.

 

 

Penelope Cruz, lumineuse, donne vie à toute la passion de Magda, auquel elle rend le plus bel hommage qui soit. Le reste du casting réuni par Julio Medem est lui aussi superbement poignant et juste sans que jamais l'unité de l'ensemble ne soit mis en péril par le jeu individuel. Le montage, quant à lui, permet de renforcer l'intensité dramatique par une mise en parallèle de scènes en réalité successives, et de matérialiser l'avancée de la maladie. 

 

Un formidable ode à l'amour et à la vie, un film très expansif, et en cela, très latin dans son esprit. D'ailleurs, il semblera probablement "too much" à un certain goût français pour l'intériorité et la sobriété, mais, pour ma part, je l'ai trouvé profondément émouvant. Penelope Cruz affirmait qu'il allait simplement donner envie aux spectateurs de rentrer chez eux pour serrer dans leurs bras les êtres qui leurs sont chers. 

Je confirme. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 5/5

 

Une bouleversante ode à l'amour et à la vie.... 

 

A noter :

Du 15 au 21 juin, l'association Espagnolas en París organise au Majestic de Passy  la 9e édition du festival Dífferent ! L'autre cinéma espagnol. Cet évènement annuel permet de promouvoir le cinéma d'auteur espagnol au travers de projections et de rencontres. 

 

Publié le 11 Juin 2016

De J Blakeson

 

Quatre vagues d’attaques, chacune plus mortelle que la précédente, ont décimé la presque totalité de la Terre. Terrifiée, se méfiant de tout, Cassie est en fuite et tente désespérément de sauver son jeune frère. Alors qu’elle se prépare à affronter la cinquième vague, aussi inévitable que fatale, elle va faire équipe avec un jeune homme qui pourrait bien représenter son dernier espoir – si toutefois elle peut lui faire confiance…

 

 

 

 

 

Pour une raison que j'ignore, j'ai trouvé le moyen de passer au travers de tous les films de science fiction pour adolescents de ces dernières années : je n'ai vu ni Hunger Games, ni le Labyrinthe, ni Divergente. C'est donc avec plaisir que j'ai accepté il y a quelques semaines la proposition de Sony à venir découvrir la 5e vague à l'occasion de sa sortie en achat digital, Blu-ray, DVD et VOD.

 

L'occasion de découvrir un peu plus le grand Rex - que je fréquente assez peu, mais qui comprend des salles vraiment étonnantes - pour découvrir un film post-invasion extraterrestre où les adolescents et enfants vont devoir se battre pour défendre la planète. En tête d'affiche : Chloé Grace Moretz, qui a décidément fait beaucoup de chemin depuis Kick-Ass

 

 

Une adolescente avec ses amies, ses soirées, sa famille, et son petit béguin. Bref, une ado ordinaire. Son monde va basculer lors de l'arrivée d'envahisseurs extraterrestres bien décidés à éradiquer la race humaine pour s'approprier la planète. Après quatre vagues d'attaques non armées, seuls une poignée d'hommes et de femmes comptent parmi les survivants. Cassie, séparée de son petit frère - tout ce qu'il lui reste de famille - va devoir survivre seule pour le retrouver. 

 

Et comme toute histoire de ce genre n'est rien sans quelques gouttes de romance, Cassie va rencontrer un jeune homme qui semble décidé à l'aider. Mais dans un monde où tous les repères sont bouleversés, chaque individu cache un ennemi potentiel : la méfiance reste de mise... 

 

 

Toutes les bases sont ici posées. Le  propos, dans le fond, est assez violent : les enfants livrés à eux mêmes, enrôlés par l'armée pour se battre, obligés de tuer pour survivre, ou succombant aux différentes attaques. Toutefois, l'ensemble a été entièrement édulcoré pour convenir au public visé : pas de sang, peu de cadavres, et un aspect psychologique relativement schématique. La force du propos réside donc davantage dans l'idée de départ que dans sa représentation à l'écran. Les différentes vagues d'attaques créent une ambiance de danger qui, sans être réellement anxiogène, sert honorablement de toile de fond à l'ensemble de l'action. On suit les personnages sans déplaisir, mais également les tensions amoureuses qui se créent, et on se laisse guider. 

 

 

Dans le dernier quart du film, toutefois, le cours des événements semble s'accélérer artificiellement, sans que le scénario le justifie pleinement : on sent alors clairement le besoin de remplir le cahier des charges. L'histoire de coeur est soudain trop poussée en avant, la résolution de certains problèmes devient trop simple au vu du contexte et l'adhésion du spectateur - relative, mais bien présente -  prend du plomb dans l'aile. 

 

 

Peut-être suis-je un peu nostalgique de l'époque où l'on se pelotonnait sur le canapé pour glousser entre amies, mais au fond, j'ai trouvé cette 5e vague plutôt pas mal. Si l'on excepte des clichés un peu trop évident - l'héroïne au coeur pris entre deux feux - et une action tirée par les cheveux sur la fin pour accélérer la résolution, je dois admettre que j'ai aimé l'ensemble bien plus que mon âge ne devrait me permettre de l'avouer.

 

Reste à savoir, dans le cas où des suites verraient le jour  - probabilité forte, la 5e vague étant l'adaptation d'une saga littéraire bien plus longue - comment étoffer la psychologie des protagonistes et résoudre l'inévitable antagonisme entre les deux jeunes hommes de cette histoire (#TeamBen #TeamEvan) qui ne manquera pas d'agiter les coeurs des plus tendres spectatrices. Pour ma part, l'affaire ne fait plus débat depuis longtemps : que voulez-vous, avec l'âge on apprend à assumer !  

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5