Elle s'appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay
Genre:Drame
Lieu et époque : Paris, époque actuelle
et 1942
Un livre sur une période douloureuse et complexe de l'histoire française: la rafle du
Vel d'Hiv. En tant que française, je suis sans doute plus sensible à un certain nombre de critiques sur ce point, mais il y a deux choses qui ont tendance à m'agacer
lorsqu'on traite un sujet semblable :
La repentance, tout d'abord : demander pardon est nécessaire pour que les victimes et les descendants
des victimes (le cas échéant) se sentent considérés et puissent se reconstruire. Se souvenir de ce qui s'est passé et transmettre cette histoire, même douloureuse, est important, et c'est ce
qu'on appelle le devoir de mémoire. En revanche, la culpabilisation des français d'aujourd'hui au nom de ce qu'ont fait leurs aïeux est superflue, à mon sens.
Le jugement "à postériori" des gens ordinaires de l'époque. Je trouve toujours assez
prétentieux de juger des réactions de personnes en temps de guerre (et d'occupation) à travers le prisme de valeurs que l'on estime aujourd'hui universelles, et en temps de paix. Je ne parle pas
des grands criminels, entendons-nous bien, mais des citoyens ordinaires, qui par peur pour leur propre vie ou celle de leur famille, ont laissé faire. Je ne dis pas qu'il ont bien fait, je pense
simplement qu'il est trop facile de les juger aujourd'hui, en temps de paix, à l'abri de toute menace physique directe,et maintenant que l'on connaît la réalité des camps (ce qui n'était pas le
cas à l'époque). On ne peut jamais savoir ce que l'on aurait fait, à leur place.
Tout cela pour en arriver l'ouvrage dont il est question. Poignant, il retrace l'histoire d'une
petite fille du Vel'dHiv et, en parallèle, l'histoire de la journaliste américaine qui enquête de nos jours, sur cet évènement historique. Ce recul de la journaliste étrangère sur le sujet génère
une incompréhension de sa part. Pourquoi donc les français ignorent tout de cette histoire, et pire, semblent indifférents ?
Je l'avoue, j'ai frôlé l'agacement lorsque cette journaliste exprime des jugements sur ce qui s'est
passé (d'où ma mise au point du départ), confondant parfois, à mon sens, devoir de mémoire et repentance, et jugeant "à postériori". Agacement d'autant plus grand qu'il venait d'une journaliste américaine, car l'histoire du peuple américain
possède également ses propres drames.
Cependant, il est vrai que de nombreux français ignorent tout de ce fait et/ou s'en désintéressent,
mais ainsi en est-il de de l'histoire en général, qu'il s'agisse de la leur ou celle des autres. Le regard de cette journaliste transforme parfois ce désintérêt général en une sorte de honte ou
de volonté d'oubli, mais je n'en suis pas convaincue à titre personnel.
Vous en viendriez presque à croire, chers lecteurs, que j'ai détesté cet ouvrage. Or, il n'en est
rien : malgré tout, je me suis attachée à cette journaliste et on admire son acharnement à découvrir la vérité, aussi terrible et destructrice soit-elle. L'écriture est fluide et le récit de la
petite fille est poignant, elle qui avec ses yeux d'enfants ne comprend pas pourquoi on s'en prend à elle et à sa famille. Ce regard plein d'innocence et d'incompréhension rend encore plus
terrible et abominable ce qui l'est déjà naturellement. Les adultes savent que la haine existe et finissent presque par se résigner, l'enfant est d'autant plus perdue qu'elle ignore la haine et
ne peut donc même pas trouver d'explication à ce qui se passe. Toujours revient le mot "Pourquoi ?". Ce qui rend sa lutte pour survivre encore plus grande, c'est qu'elle ne lutte pas pour
elle-même et avec l'obstination qu'ont parfois les enfants lorsqu'ils ont fait une promesse, elle lutte pour ce petit frère caché qu'elle a promis de venir rechercher lorsque tout serait
fini.
Un livre plein de compassion, qui parle autant du poids de l'histoire, des traumatismes, que des
secrets de famille. Très bel ouvrage qui ne parle pas seulement d'un fait et de chiffres mais s'attache à retracer la drame des individus à travers le destin tragique de cette petite
fille.
4e de couverture :
Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l’étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police
française, au milieu de la nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l’abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible. Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine
mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie changer à jamais.
Extrait :
"Ouvrez! Police!"
La Police avait-elle trouvé Papa dans la cave ? Etait-ce pour ça qu'ils étaient là, pour emmener Papa dans ces endroits
dont il parlait quand il murmurait dans la nuit, ces "camps" qui se trouvaient quelque part en dehors de la ville ?
La petite se hâta à pas de loup vers la chambre de sa mère, à l'autre bout du couloir. Quand elle sentit la main de sa
fille se poser sur son épaule, celle-ci se réveilla dans l'instant.
"C'est la Police, Maman, murmura la fillette, ils donnent de grands coups dans la porte."
La mère glissa ses jambes de sous les draps et dégagea les cheveux qui lui pendaient devant les yeux. la fillette trouve
qu'elle avait l'air fatiguée et vieille, bien plus vieille que ses trente ans.
"Est-ce qu'ils sont venus pour prendre Papa? implora-t-elle en s'agrippant au bras de sa mère, est-ce qu'ils sont là pour
lui ?"
La mère ne répondit pas. A nouveau, les voix puissantes leur parvinrent depuis le palier. La mère enfila rapidement une
robe de chambre, puis elle prit sa fille par la main et se dirigea vers la porte. Sa main était chaude et moite. Comme celle d'un enfant, pensa la fillette.
"Oui?" dit timidement la mère derrière le loquet.
Une voix d'homme cria son nom.
"Oui, monsieur, c'est bien moi", répondit-elle.
Son accent était soudain revenu, fort et presque dur.
"Ouvrez immédiatement. Police."
La mère porta la main à sa gorge. La fillette remarqua combien elle était pâle. Elle semblait vidée, glacée, incapable de
bouger. La fillette n'avait jamais lu autant de peur sur le visage de sa mère. Elle sentit alors l'angoisse lui dessécher la bouche.
Les hommes frappèrent une dernière fois. La mère ouvrit la porte d'une main tremblante et maladroite. La fillette
tressaillit, s'attendant à voir des uniformes vert-de-gris.
Deux hommes se tenaient sur le seuil. Un policier, avec sa cape bleue marine qui lui tombait sous le genou et son grand
képi, et un homme vêtu d'un imperméable beige, qui tenait une liste à la main. Celui-ci répéta le nom de sa mère. Puis celui de son père. Il parlait un français parfait. C'est que nous n'avons
rien à craindre, pensa la fillette. S'ils sont Français et pas Allemands, nous ne sommes pas en danger. Des Français ne nous feront pas de mal.
Deuxième ouvrage du challenge
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