Publié le 31 Janvier 2017

 

De Richard Wagner 

A l'Opéra de Paris jusqu'au 18 février 2017

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Claus Guth 

 

Distribution (ce soir-là)

Lohengrin : Jonas Kaufmann

Elsa Von Brabant : Edith Haller 

Heinrich Der Vogler : René Pape 

Friedrich Von Telramund : Tomasz Konieczny 

Ortrud : Evelyn Herlitzius 

Le héraut d’armes du Roi : Egils Silins 

Nobles du Brabant : Hyun-Jong Roh, Cyrille Lovighi, Laurent Laberdesque, Julien Joguet 

Les pages : Irina Kopylova, Corinne Talibart, Laetitia Jeanson, Lilla Farkas   

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Vous le savez peut-être si vous suivez régulièrement ces colonnes, mais depuis quelque temps, j'ai décidé de m'intéresser de plus près à Wagner. Davantage par curiosité intellectuelle que par goût, j'ai commencé à écouter de plus près ce compositeur dont l'opéra, a priori, ne me plaisait pas, dans l'espoir de faire tomber mes propres clichés et, à défaut de l'apprécier vraiment, au moins d'en comprendre plus. Après un Tristan et Isolde riche d'enseignements l'an dernier, c'est à Lohengrin que je m'attaque aujourd'hui. La présence de Jonas Kaufmann à l'affiche était l'occasion rêvée de concilier la découverte d'une nouvelle oeuvre de Wagner et des accents déjà familiers. 

 

 

Parce qu'on a toujours qu'une seule occasion de découvrir quelque chose pour la première fois, j'ai pris pour habitude - hérésie diront certains - d'en lire le moins possible sur une oeuvre, une fois pris mes billets. Je ne connaissais donc pas grand-chose de ce Lohengrin. Est-ce pour cela, par méconnaissance de l'oeuvre que la mise en scène de Claus Guth m'a globalement semblé intéressante, alors qu'elle a semblé un contre-sens à mes voisins, visiblement plus au fait du caractère du héros ? 

 

Ce qui frappe, dans la vision de Guth, c'est à quel point le chevalier reste fidèle à son devoir, alors qu'il semble terrorisé par la tournure que prennent les événements et par la couronne qu'on lui offre. Il ne semble réussir à traverser ces épreuves que grâce à l'amour et à la foi inconditionnelle que lui porte Elsa, la jeune fille qu'il a sauvé et qui devient son épouse. Ce prisme, plus humain, confère à la force morale que met Lohengrin à suivre son devoir une dimension quasi sacrificielle, et renforce, à mon sens, l'importance du lien d'amour et de confiance qui l'unit à Elsa... et par ricochet, la puissance destructrice du doute qui va les mener au drame. 

 

 

Côté voix, tout d'abord, il y a Jonas Kaufmann. Loin de moi l'idée de jouer à la groupie primaire, mais cet artiste a fait partie des premières voix que j'ai écouté quand j'ai commencé à m'intéresser à l'opéra : j'ai donc toujours une émotion toute particulière à écouter "en vrai" celles et ceux qui m'ont entraîné à leur suite dans cette délicieuse addiction. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la magie opère. Le Lohengrin de Jonas Kaufmann monte en puissance, comme la mise en scène le suggère, et nous fait entendre toute la palette de ses nuances et de ses émotions, avec un "In fernerm land" qui m'a semblé vraiment superbe. 

 

Je ne sais pas comment doit se chanter du Wagner, et mon avis ne relève donc que d'une impression. Tout ce peux vous dire, c'est que j'ai par exemple trouvé certaines attaques un peu rudes, presque maladroites, notamment chez Edith Haller, la soprano interprétant Elsa, sans savoir si cela est dû à la partition, à la langue allemande, ou à une question vocale plus technique échappant à ma compréhension. Une artiste qui m'a en revanche vraiment impressionnée, ici, c'est Evelyn Herlitzius, dans le rôle d'Ortrud, la sorcière. Elle campe un personnage enjôleur et manipulateur dont les interventions semblent certes moins mélodiques, plus brutes - partition d'origine, ou interprétation ? - et animé d'une fureur vengeresse qui emporte tout sur son passage. Une flamme à laquelle je ne pouvais rester insensible ! 

 

 

Pour ma part, j'ai été plutôt convaincue par cette production, et bien que je ne puisse encore affirmer apprécier vraiment Wagner, force est de constater que j'ai passé une bonne soirée, avec beaucoup de choses à en retirer. Disons que nous avons fait plus ample connaissance ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 25 Janvier 2017

D'Elite Zexer

 

Les festivités battent leur plein dans un petit village bédouin en Israël, à la frontière de la Jordanie : Suleiman, déjà marié à Jalila, épouse sa deuxième femme. Alors que Jalila tente de ravaler l’humiliation, elle découvre que leur fille aînée, Layla, a une relation avec un jeune homme de l’université où elle étudie. Un amour interdit qui pourrait jeter l’opprobre sur toute la famille et contre lequel elle va se battre. Mais Layla est prête à bouleverser les traditions ancestrales qui régissent le village, et à mettre à l'épreuve les convictions de chacun.

 

 

 

Il est toujours compliqué de jeter un regard sur des traditions qui ne sont pas les nôtres, en essayant de les comprendre et sans être tenté de les juger selon nos propres valeurs. Ici, la réalisatrice israélienne Elite Zexer nous donne à voir quelques semaines dans la vie d'une famille de bédouins. Avec une grande délicatesse, elle va brosser le portrait de femmes qui vivent entre poids de la tradition et désir d'être heureuse. Mais cette recherche du bonheur individuel vaut-elle la peine de détruire, par ricochet, celui de toute une famille ?

 

Tempête de Sable s'interroge sur le carcan social très étroit de la société bédouine, règles liées au départ à la survie des clans dans le désert. Par exemple, le fait que les filles se marient au sein de la tribu permettait à l'origine que leurs enfants en fassent toujours partie, plutôt que de renforcer les rangs de la tribu de leur mari. Ces règles ont-elles toujours leur raison d'être dans un contexte actuel davantage sédentarisé, relèvent-elles simplement d'une tradition et d'une identité qu'il faudrait préserver? Sans manichéisme aucun, ni jugement moral, le film questionne. 

 

 

Dans une société tribale où la place de la femme, et de l'individu de façon générale, ne se définit que par rapport au groupe, Layla et Jalila tentent de faire bouger les limites qui leur sont imposées. Rien de révolutionnaire, juste un peu d'air pour, parfois, faire ses propres choix. Les hommes aussi courbent la tête face au groupe, par habitude autant que par conviction. Parce qu'ils occupent une place prédominante, ils auraient probablement plus à y perdre que les femmes à vouloir secouer la hiérarchie traditionnelle. La question du devoir, et surtout de l'obéissance - au conseil de la tribu, au père, à l'époux - est ici posée. Comment laisser une place quelconque au libre-arbitre quand les actions d'un seul individu peuvent jeter l'opprobre sur toute une famille ? 
 

 

Tempête de sable s'avère un film plein d'interrogations auxquelles - et c'est tant mieux - la réalisatrice n'essaye pas de répondre. Elle montre la force de ses personnages principaux, qui font des choix - parfois même ceux de la résignation et du sacrifice - pour préserver leur famille et protéger ceux qu'ils aiment. A la fois terrible et sublime. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 22 Janvier 2017

De Pablo Larraín

 

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.

Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire

 

 

Je connaissais assez peu de choses sur Pablo Neruda, si ce n'est qu'il s'agissait d'un poète sud-américain. Tout au plus, si on m'y avait poussé, aurais-je pu avancer qu'il était chilien, mais pas davantage. C'est donc avec une grande curiosité - celle qui m'étreint toujours face à un sujet inconnu - que j'ai découvert ce film. 

 

Ce que le synopsis ne m'avait pas dit - et que j'ai mis quelque temps à saisir par moi-même - c'est que Neruda n'est pas un biobic, mais une réécriture fictionnelle de sa fuite - bien réelle, celle-ci - vers l'exil. L'occasion de mettre en scène la légende plus que l'historique, avec un poète écrivant lui-même son propre mythe et un poursuivant romanesque fasciné par sa proie, lointainement inspiré du véritable inspecteur chargé d'arrêter Pablo Neruda. 

 

 

Et pourquoi pas ? Après tout, mêler le réel et la fiction n'est-il pas le propre de tout écrivain ? En soi, l'idée ne me gênait donc pas plus que ça. Cependant, je dois avouer que ma compréhension de ce procédé, à près de la moitié du film, s'est faite trop tard : j'avais déjà sombré dans l'ennui. Le poète m'a semblé d'un égoïsme monstre, n'hésitant pas à mettre sa vie en danger, au mépris de celles et ceux qui risquaient la leur pour lui : difficile de s'y attacher.

 

Plus troublant, l'inspecteur Peluchonneau se démène pour devenir l'acteur principal de cette action : tantôt grotesque, tantôt touchant dans ses propres blessures, il croit être dans un de ces polars que l'écrivain en cavale sème à son intention comme autant de cailloux, et de pieds de nez.

 

 

Les personnages ont beau être porté par des acteurs convaincants - Gael Garcia Bernal, entre fascination et ambition, Luis Gnecco en Neruda pétri de contradictions, et Mercedes Morán, impériale - l'ensemble m'a perdu en cours de route. Au final, m'est demeuré l'impression d'un film très pointu, qui ne livre pas vraiment les clés nécessaires à sa compréhension. Certains cinéphiles y trouveront probablement leur bonheur, mais de mon côté, je m'y suis - à mon grand regret - tout bêtement ennuyée. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2/5

 

Publié le 14 Janvier 2017

D'Eric Summer et Eric Warin

 

Félicie est une jeune orpheline bretonne qui n’a qu’une passion : la danse. Avec son meilleur ami Victor qui aimerait devenir un grand inventeur, ils mettent au point un plan rocambolesque pour s’échapper de l’orphelinat, direction Paris, ville lumière et sa Tour Eiffel en construction ! Félicie devra se battre comme jamais, se dépasser et apprendre de ses erreurs pour réaliser son rêve le plus fou : devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris…

 

 

 

 

Les films d'animation français ont décidément de la suite dans les idées. Après Ma vie de Courgette il y a quelques mois, voici encore une très jolie production. Ballerina nous plonge dans le Paris de la fin du 19e siècle sur les pas d'une jeune orpheline bretonne rêvant de devenir danseuse étoile et prête à tout pour intégrer la célèbre école de ballet de l'Opéra de Paris. 

 

Les histoires de rêve à réaliser sont un grand classique de l'animation et, bien menée, cette typologie de scénario s'avère des plus efficaces. Ce qui m'a le plus frappé, au delà de la qualité évidente des images, de la lumière et des textures, c'est le soin apporté à la reconstitution du Paris fin 19e, une de mes périodes favorites de l'histoire de la capitale, avec son lot de transformations et la construction de nombreux monuments emblématiques.

 

 

Je dirais même que l'on est, plus précisément, en 1888, si l'on en juge par le premier étage de la tour Eiffel à peine achevé. C'est le règne de la modernité, avec son lot d'innovations, d'ingénieurs, d'opportunités et de fortunes nouvelles, mais également l'époque où Paris, capitale des arts, attire des artistes de toute l'Europe. La période idéale, donc, pour s'intéresser au destin de ces deux enfants sans le sou rêvant de devenir, l'un inventeur, l'autre danseuse.

 

C'est également le plaisir, pour l'amatrice de l'époque, de voir la tour Eiffel encore inachevée, l'Opéra de Paris flambant neuf, la statue de la Liberté surmontant encore la rue de Chazelle ou encore le palais du Trocadéro. C'est peut-être un détail, mais ces décors ajoutent de la profondeur et de la crédibilité à cette belle histoire, et autant d'occasions de profiter de vues splendides de la capitale. Un film qui, sans être historique, est donc truffé de détails réalistes.

 

 

En somme, Ballerina impressionne surtout par sa capacité à faire rêver : si les plus jeunes spectateurs recevront probablement davantage le message de persévérance et de confiance en soi, adultes comme enfants conviendront de la beauté des décors et paysages, notamment des vues autour de l'Opéra Garnier. S'agissant d'un de mes monuments chouchous, il n'est pas impossible que cet avis ne soit pas tout à fait objectif, remarquez. Cependant je n'ai pu résister à ces superbes vues de la salle de spectacle, du grand escalier, mais également des toits de l'Opéra, un de ces lieux mythiques qui ont inspiré de nombreux photographes. Ces derniers n'ont d'ailleurs pas hésité à y faire poser des danseurs pour prendre des clichés à couper le souffle. Ballerina s'inscrit tout à fait dans ce sillage, avec l'avantage supplémentaire de pouvoir y faire évoluer ses personnages dans des chorégraphies impossibles à réaliser en temps normal, questions de sécurité oblige. De jolies scènes, qui renforcent - s'il était nécessaire - mon envie d'avoir la chance de grimper un jour sur les toits de cet édifice fabuleux. 

 

J'ai ainsi passé un très beau moment avec Ballerina, autant du point de vue du simple plaisir de suivre les aventures de Félicie et Victor à la conquête de leur avenir, mais également celui, plus intellectuel, de voir le Paris de la fin du 19e revivre sous nos yeux. Pour les enfants, nul doute que Ballerina sera une jolie histoire et, qui sait, leur donnera peut-être envie de visiter l'Opéra Garnier ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 4 Janvier 2017

Dans ma chronique du spectacle Fabien Tucci fait son Coming Outch, en juillet dernier, je vous avais fait l'aveu de l'un de mes secrets les plus honteux - et sans doute le plus mal gardé. A l'occasion de la reprogrammation de ce spectacle au théâtre du Marais, le jeudi 12 janvier, j'ai eu la chance de rencontrer Fabien Tucci le temps d'une petite interview. A son tour de vous révéler quelques-uns de ses secrets...

 

Coming Outch est ton premier spectacle : comment est-il né ? A t-il a été mûri patiemment, sketch après sketch ou est ce qu'un jour tu as eu une idée et tu l'as écrit d'une traite ?

 

A la base, je ne pensais pas être humoriste, c'est quelque chose qui m'est tombé d'un coup, dessus. Un soir, sur les 2h du matin j'ai vu une annonce pour un projet de série produit par TF1 : "cherche homo qui ne fasse pas homo". J'y réponds, et tout se passe super bien avec le directeur de casting : j'étais dans les 20 derniers, les 10 derniers, les deux derniers... et finalement, je n'ai pas été pris ! Quinze jours après, il me rappelle pour me proposer le rôle d'un homophobe sur le même projet. Bien sûr j'ai dit oui !

 

On part à Malaga, et là bas, à 10 minutes de tourner, j'apprends qu'il s'agit de Mon incroyable fiancé 2. C'est là que j'ai commencé à m'inquiéter, car c'est un concept d'émission où les gens peuvent croire que c'est une télé-réalité alors que c'est une comédie réalité, c'est à dire que la plupart des personnes sont des comédiens. Et vu le rôle de composition qui m’était réservé, je me suis dis qu’une fois passé à la télé, je serai sûrement interdit de Marais. C'est là qu'est venue l'idée d'écrire un spectacle pour me montrer tel que je suis vraiment. D'abord des petits sketches que je jouais dans un bar à Ménilmontant, puis un spectacle entier qui a évolué au fil des années. Je peux dire qu’en 6 ans, le petit a bien grandi! (sourire)

 

Le titre Coming Outch fait clairement référence au fait d'être gay. Était-ce une volonté délibérée dès le départ ou cela s'est-il imposé peu à peu ?

 

Oui, dès le départ. Même si au final, j’ai été beaucoup coupé au montage, ce tournage pour TF1 m’a donné l’opportunité de m’exprimer en toute liberté sur scène. Après, oui je suis gay mais je tiens à préciser que c’est un spectacle universel avant tout. Chacun de nous, au moins une fois dans sa vie, sort un jour ou l’autre du placard. Attention, je ne dis pas que tout le monde est homo… quoique si, au final, on est tous des homo… sapiens!

 

On sait que dans un spectacle comique, les choses sont déformées, exagérées, amplifiées, mais dans Coming Outch, quelle est la part de vécu et celle de fiction pure ?

 

Le spectacle est vrai à 90%! Quelques retouches ici ou là et un sketch purement inventé mais je ne préfère pas te dire lequel, c’est au spectateur de deviner… En revanche, ce qui est amusant, c’est la réaction du public à la sortie du spectacle. Beaucoup me demande si je suis homo ou hétéro. To be or not to be, telle a toujours été la question.

 

Spoiler alert : si vous n'avez pas vu le spectacle, la question suivante dévoile les dessous d'un sketch

 

J'ai vraiment beaucoup ri avec le sketch de Bourriquet... Comment est-il arrivé sur le spectacle ?

Au début, j'avais un babygro, que ma tante m'avait offert pour Noël, et dont je ne savais pas trop quoi faire. Et puis pour ma première dans un théâtre je trouvais amusant de le porter, et il est resté. Il a finalement été tellement utilisé, troué, abîmé, qu'il a fallu que j'en trouve un autre. Et j'en ai trouvé un à l'effigie de bourriquet, je me suis dit qu’il avait une bonne bouille, je lui ai donc proposé de monter sur scène avec moi! Depuis il mène sa petite carrière, je suis sûr qu’un jour il me volera la vedette! (sourire)

 

Est ce que tu penses, qu'aujourd'hui, il faut être gay pour faire rire des gays ? Ou est ce que c'est simplement une légitimité supplémentaire ?

 

Avoir une légitimité parce que je suis homo, oui, bien sûr, mais je trouve dommage de se dire que seuls les juifs peuvent rire des juifs, que seuls les arabes peuvent rire des arabes... dès qu'on va parler d'une communauté dont on ne fait pas partie, on est forcément plus suspect. A croire qu’il faut être juif, noir, arabe, asiatique, handicapé, (…) et homo pour pouvoir rire de tout… ça fait beaucoup pour un seul homme!

 

Je ne cherche pas à être pro-gay, le spectacle n'est absolument pas revendicatif, je voulais qu'il parle vraiment à tout le monde. Depuis 6 ans que je le joue, je vois la diversité des spectateurs, j'ai vraiment du public de 7 à 77 ans des femmes, des hommes, des hétéros, des bi...! Forcément, chacun le prend à travers son expérience, son histoire, son ego, mais je trouve que le spectacle a une bonne raison d'exister. Une fois, j'ai eu une mère de famille qui avait des doutes sur son fils, mais qui n'osait pas évoquer le sujet avec lui. Elle me dit, "grâce à vous, je pourrai enfin parler à mon fils". C'est un beau cadeau, et c'est vraiment là où le spectacle a un sens. Je connais beaucoup de personnes qui vivent une vie cachée, qui ne s'assument pas totalement et qui, au final, sont malheureux. Moi, je ne veux avoir aucun regret dans ma vie : j'ai envie de me retrouver à 80 ans et de me dire, j'ai fait ce que j'ai voulu faire, c'est bon, j'ai profité de la vie !

 

Quel serait ton dernier coup de cœur culturel ? Le film, livre, spectacle, exposition que tu aurais envie de faire partager ?

 

Ces derniers temps je n'ai pas eu trop le temps de sortir, et globalement, je suis éclectique, donc c'est assez compliqué. Par exemple, mon film préféré, côté dramatique, c'est Requiem for a Dream, mais sinon, j'aime aussi beaucoup Hairspray – qui n'a rien à voir – pour le côté feel good. Côté scène, il y a en ce moment au théâtre du Marais a un duo qui s'appelle Jeux de planches, ce sont deux nanas, elles sont totalement barges ! Côté lecture, mon livre de chevet actuellement, c’est Le pouvoir du moment présent d’Eckhart Tollé. J’avoue, ça n’a rien de romanesque mais ça aide beaucoup.

 

Des projets à venir ?

 

Bourriquet au cinéma dans Jour J, et une pièce de théâtre pour moi dont je ne peux pas encore parler pour le moment, parce que c'est tout frais.

 

Sinon, je voudrais relancer ma pièce de théâtre Roberta, Diva malgré lui, pour fin 2017-2018 : c'est l'histoire d'une famille de drag-queen de père en fils, et là le fils est hétéro ! C'est une comédie musicale, avec des parodies de chansons, qu'on a joué pendant trois ans, et là j'ai récupéré le bébé... j'aime bien prendre le contre-pied, on peut plus facilement dire les choses !

 

Et puis Coming Outch, bien sûr, que j'aimerais vraiment emmener faire un petit tour de France ! Ce qui m'intéresserait, c'est d'aller jouer dans des coins où justement, l'homosexualité n'est pas comprise, ou pas toujours acceptée. Je trouve ça encore plus intéressant, si ça peut faire un peu avancer les choses ! Ce serait un mâle pour un bien!

 

Fabien Tucci fait son Coming Outch 

Au théâtre du Marais 

Jeudi 12 janvier 2017 à 20h 

Informations et réservations ici ou ici

 

Publié le 21 Décembre 2016

D'Eric Capitaine 

 

Mathias Lonisse, créateur de la société Love is dead, est un artisan de la séparation amoureuse.Il est mandaté pour rompre à la place de celles et ceux qui pour une raison ou une autre préfèrent s’éviter cette tâche bien souvent pénible et délicate.


Mathias assume parfaitement son métier, et effectue chaque mission avec un grand sens du professionnalisme, jusqu’au jour où maman décide de quitter papa…

 

 

 

 

Je boudais un peu les comédies françaises : ultra-formatée, souvent lourdingue et molle du scénario, elles ne me faisaient plus vraiment rire. Mais, depuis quelque temps, par ci, par là, on commence à voir apparaître sur nos écrans quelques films qui semblent vouloir faire souffler sur le genre un vent de renouveau bienvenu... comme ici, avec Rupture pour tous

 

Le parti pris, déjà, est moderne : à l'heure des sites de rencontres et des start-up proposant toutes sortes de services, jusqu'aux plus incongrus, Rupture pour tous s'inscrit dans son temps. Le chef d'entreprise, ici, c'est Mathias Lanisse, créateur de "Love is dead", spécialisé dans les ruptures amoureuses : l'acte lui est ainsi délégué, par contrat, et Mathias officie avec un professionnalisme soigné et méthodique, quasi chirurgical, habité par cette certitude de faire un travail sans doute peu ragoûtant, mais nécessaire à l'humanité. 

 

 

Sans nostalgie aucune, le film cultive l'art des références délicieusement rétro, par petites touches : ici, tout commence par la silhouette élancée de Matthias en costume trois pièces traversant Paris sur son vieux vélo de course. D'emblée, on pense à M. Hulot. Comment ne pas songer également à certains couples mythiques dans les conversations entre Mathias et sa collaboratrice : le décalage entre l'intimité des sujets abordés, frôlant la provocation, et le vouvoiement, gentiment désuet pour des personnages sensiblement du même âge. L'esthétique accentue ces références vintage avec un jeu constant sur l'association des couleurs rouge et bleu, sans pour autant verser dans le décor années 60. 

 

Mais la part la plus savoureuse du film vient incontestablement de ses dialogues : très écrits, ciselés même, ils agissent sans cabotinage aucun. Mieux : prononcés au premier degré par les personnages, ils créent l'humour sans besoin de générer de gags, uniquement par le décalage qu'y perçoit le spectateur. Redoutable d'efficacité !

 

 

Quant aux protagonistes de cette histoire, ils évitent la caricature, malgré ce que le sujet pourrait laisser croire : attachants dans leurs maladresses, sensibles, lâches, ils se révèlent, en définitive, profondément humains. 

 

Rupture pour tous a été pour moi l'une des vraies découvertes bonne humeur de l'année 2016, par ailleurs assez décevante côté comédies françaises. Pétillante et enlevée, elle nous donne envie de serrer fort notre chéri(e) et de croire que le bonheur est toujours possible.

Allez, une petite danse du donut pour fêter ça ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Et en bonus, quelques photos de l'interview post projection avec Eric Capitaine, Benjamin Lavernhe, Elisa Ruschke et Antoine Gouy, effacée par mégarde avant d'avoir pu en livrer une retranscription... 

 

 

Publié le 9 Décembre 2016

De Morgan Neville 

 

Avec humour, tendresse et émotion, The Music of Strangers nous raconte l’histoire de personnes exceptionnelles de talent, d’humilité et de générosité, des musiciens prodigieux venus du monde entier et rassemblés à l’initiative de Yo-Yo Ma. 


Des plus grandes salles de concert européennes aux camps de réfugiés de Jordanie, des rives du Bosphore aux montagnes chinoises, ces virtuoses unissent leur art et leurs cultures et font la démonstration qu'avec des idées simples et des convictions fortes, on peut changer le monde.

 

 

 

 

Ce documentaire s'intéresse au projet Silk Road Ensemble initié par le violoncelliste Yo-Yo Ma. Le principe : réunir des musiciens du monde entier, avec leurs origines, leur culture et leurs instruments pour créer quelque chose de nouveau. Il ne s'agit donc pas d'abandonner ses traditions musicales, mais de voir ce qui peut arriver lorsque autant d'influences se rencontrent. 

 

Autant vous dire que, dès le début, cette idée m'a intriguée. D'abord parce que l'initiative vient d'un musicien classique, un domaine où il est parfois mal vu de sortir des rails.  Ensuite, parce que je suis persuadée qu'une tradition - musicale ou autre - doit évoluer pour passer d'une génération à l'autre, pour que chacun puisse se l'approprier : c'est ce qui lui donne son sens et la garde vivante : la figer artificiellement revient à la condamner, à terme. Parce qu'une musique traditionnelle ne vit pas par elle-même mais au travers des musiciens qui l'interprètent et des personnes en qui ces musiques trouvent écho. C'est une affaire d'hommes et de femmes avant d'être une théorie culturelle. 

 

 

Au delà du simple mélange des traditions musicales théoriques, The Music of Strangers s'intéresse donc au parcours de plusieurs artistes qui composent ce Silk Road Ensemble : Yo-Yo Ma, violoncelliste américain d'origine chinoise, la galicienne Cristina Pato, joueuse de gaïta, Wu Man, joueuse chinoise de pipa, le clarinettiste syrien Kinan Azmeh, et l'iranien Kayhan Kalhor, joueur de kamancheh.

 

En suivant leurs histoires personnelles, on prend conscience, davantage encore, du fait que les musiciens ne sont pas des artistes "hors sol". Leur musique, même traditionnelle, s'enracine aussi bien dans leur identité culturelle que dans leur parcours personnel. Et leur engagement  découle, non d'une réflexion fumeuse sur l'état du monde, mais d'un ancrage profond dans la réalité. Kinan Azmeh par exemple, s'interroge : y-a-t-il encore du sens, lorsqu'on est syrien aujourd'hui, de jouer de la musique ? Comment cette musique pourrait-elle être d'une quelconque utilité à ceux qui meurent dans le conflit, à ceux qui ont faim ou froid ? Sans chercher une solution universelle et sans moralisme sirupeux, il va, à son niveau, apporter une réponse personnelle à ces questionnements, pour redonner du sens à son art. 

 

 

Derrière les visages de ces artistes, on découvre des histoires personnelles parfois tragiques, souvent complexes. Mais au delà de leur propre destin, se sont des questionnements universels qui se dessinent, trouvant écho dans toutes les cultures qu'ils représentent. Mais ce qui frappe surtout, chez tous, c'est leur attachement viscéral à leur culture, la conscience de s'enraciner dans un pays, sur une terre avec une histoire, une musique, une langue, quelque chose d'unique et de farouche. Paradoxalement, c'est grâce à ce sentiment d'appartenance qu'ils trouvent la stabilité pour s'ouvrir sur le monde et s'enrichir au contact d'autres cultures, sans risque de se perdre. 

 

 

Malgré quelques baisses d'intensité en cours de route, The Music of Strangers s'avère une réflexion sur les aspirations les plus profondes de l'être humain, mais également sur le pouvoir de la musique. Il nous donne à entendre des morceaux d'ensemble à l'énergie explosive et à l'enthousiasme incroyablement communicatif. Ce film montre l'individu comme le collectif en un seul et même élan, avec l'espoir de ces musiciens de représenter, à leur échelle, l'image de d'une paix possible. Un rêve sans doute utopique, mais auquel on a tellement envie de croire avec eux ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 20 Novembre 2016

 

De Jacques Offenbach 

A l'Opéra de Paris 

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Robert Carsen 

 

Distribution 

Hoffmann : Ramón Vargas

La Muse, Nicklausse : Stéphanie d'Oustrac 

Lindorf, Coppélius, Dapertutto, Miracle : Roberto Tagliavini 

Andrès, Cochenille, Pitichinaccio, Frantz : Yann Beuron 

Olympia : Nadine Koutcher 

Antonia : Ermonela Jaho 

Giulietta : Kate Aldrich 

La mère d'Antonia : Doris Soffel 

Spalanzani : Rodolphe Briand 

Luther, Crespel : Paul Gay 

Schlemil : François Lis 

Nathanaël : Cyrille Lovighi

Hermann : Laurent Laberdesque 

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Je ne vous cache pas que si j'avais pris mon billet pour ces Contes d'Hoffmann, c'était avant tout pour le plaisir d'entendre Jonas Kaufmann et Sabine Devieilhe. Mais après le désistement de l'un et de l'autre, pour des raisons tout à fait légitimes, j'étais tout de même un peu chagrine, d'autant que cet opéra ne compte pas vraiment parmi mes opéras favoris. J'aime, individuellement, nombre de ses airs, mais la cohérence dramatique de l'ensemble ne me convainc pas vraiment. Bref, j'y suis un peu allée en traînant des pieds.  

 

 

C'est en 1880 que Jacques Offenbach compose Les Contes d'Hoffmann, et réalise ainsi son rêve d'écrire - lui qui est surtout considéré comme un "amuseur" - un opéra, qui doit être donné à la salle Favart. Une oeuvre qu'il ne verra cependant jamais représentée, puisqu'il meurt quatre mois avant la première, la laissant inachevée. 

 

Inspirée de la pièce de théâtre du même nom, les Contes d'Hoffmann racontent les amours malheureux du poète. Trois femmes qui se succèdent, et qui chacune, lui brisent le coeur : Olympia, qui s'avère être une poupée mécanique, la jeune et pure  Antonia, qui meurt de la tuberculose, et Giulietta, une courtisane vénitienne qui va le manipuler. Et dans toutes ces histoires, trois hommes au nom différent pour une même figure diabolique, qui tire les ficelles dans l'ombre pour pousser Hoffmann au désespoir. 

 

 

C'est le ténor Ramón Vargas qui remplace Jonas Kaufmann dans le rôle d'Hoffmann. Un challenge qui se présentait épineux par avance, au regard de la déception du public privé de son chouchou allemand. Un défi relevé vocalement cependant, à un détail près : sur certains airs, la prononciation du ténor mexicain laisse plutôt à désirer, au point de rendre les phrases incompréhensibles. Malgré ce bémol, le reste de la distribution est à la hauteur de la partition du compositeur allemand. Nadine Koutcher est très convaincante dans le rôle de la poupée Olympia, tant vocalement que scéniquement : de loin, l'illusion mécanique est parfaite. Quant à Ermonela Jaho - que j'avais découverte dans Traviata - sa douce Antonia s'avère vraiment sensible et touchante, même si on notera quelques aigus légèrement trop hauts. On remarque également Stéphanie d'Oustrac dont le jeu presque cabotin dans l'air Une poupée aux yeux d'émail laisse transparaître un amusement certain de la mezzo-soprano.

 

Du côté des voix masculines, je dois avouer que j'étais vraiment très heureuse de pouvoir enfin voir Yann Beuron sur scène, l'ayant beaucoup écouté dans ses rôles de Pâris (La Belle Hélène) et de Fritz (La Grande Duchesse de Gerolstein) du temps ou je préparais ces oeuvres avec la troupe d'opérette dont je fais partie. Le ténor montre sur scène la même vocalité et le même jeu superbement comique que je lui avais connu par vidéo interposée, pour mon plus grand bonheur. Il réussit à rafler la mise avec un seul air - celui de Fritz - preuve s'il en est qu'il n'y a pas de petit rôle. Enfin, Roberto Tagliavini - que j'avais repéré dans Il Trovatore en février dernier, campe une figure diabolique globalement convaincante, mais peut-être pas aussi inquiétante qu'on l'aurait souhaitée. 

 

 

La mise en scène, habile, met en abyme l'opéra, avec des décors figurant le plateau, les coulisses, les fauteuils d'orchestre ou la fosse, dans un ensemble visuellement cohérent qui convient à mon sens tout à fait à cette histoire en plusieurs volets. Elle met également en avant toute l'extravagance dOffenbach et rappelle par moments la folie et la satire qui anime ses oeuvres plus légères. 

 

Finalement, j'ai passé une soirée sans grande révélation, mais sans déplaisir non plus. Un enthousiasme probablement modéré en partie par la déception de départ, mais aussi par une oeuvre que j'ai du mal à comprendre vraiment, quels que soient la qualité du chant et du jeu, pourtant présents ce soir-là.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de l'Opéra de Paris 

 

Publié le 18 Novembre 2016

Du Cirque Alexis Gruss 

A Paris du 22 octobre 2016 au 19 février 2017 

En tournée du 11 mars au 10 mai 2017

 

Aller au cirque, c'est la certitude de retomber en enfance : pénétrer sous le chapiteau, réclamer une barbe à papa (même si l'on n'a plus tout à fait l'âge de se rouler par terre en hurlant pour l'obtenir), s'asseoir sur les gradins, et laisser la magie opérer. 

 

C'est par un froid samedi d'octobre que nous avons donc rendez-vous avec Monsieur Lalune du côté du Bois de Boulogne, sous le grand chapiteau du cirque Alexis Gruss. Pour ce nouveau spectacle Quintessence, la famille Gruss met encore en scène les chevaux qui ont fait sa renommée, au cours de nombreux numéros d'acrobatie équestre. Pour la seconde fois, elle s'est associée à la compagnie des Farfadais, chargée quant à elle d'animer le ciel au dessus de la piste. 

 

Dans ce nouveau spectacle, Pégase, le cheval ailé, est tombé malade. Un jeune garçon, Joseph, doit parcourir le royaume des quatre éléments (air, terre, eau, feu) pour trouver les objets magiques qui, réunis, permettront de le sauver. Un prétexte assez classique mais généralement efficace, pour scénariser un spectacle et créer des effets d'ambiance. 

 

 

Hélas, cent fois hélas, la magie n'a pas opéré pour nous ce jour-là : jour de malchance ? Sans doute un peu, car il y a eu pas mal de ratés dans les numéros, mais il s'agit d'un risque à courir : c'est aussi ça le spectacle vivant. Je dois avouer être incapable de juger de la qualité du dressage, qui, paraît-il, est ici fantastique. Aussi, je peux seulement vous dire à ce sujet que les chevaux sont magnifiques, et que les numéros équestres sont parmi les plus réussis du spectacle, avec ceux des Farfadais, qui confèrent une part de rêve à l'ensemble.

 

C'est surtout dans la cohérence entre les numéros que réside le gros problème de ce spectacle, à commencer par le scénario introduit au départ: la quête du jeune Joseph pour sauver Pégase. Tout l'intérêt de ce procédé réside, à l'origine, dans la création d'un fil directeur qui est supposé faire le lien entre les numéros et générer des ambiances en fonction de la progression de l'intrigue. Sauf qu'ici, on assiste à une juxtaposition de différents moments : à l'exception près des Farfadais, il n'y a rien qui relie les numéros à ces fameux quatre éléments. Chaque prestation conserve son ambiance, sa musique, son énergie propre, et rend ainsi inutile voire dommageable le scénario en question, qui intervient davantage comme un élément perturbateur que fédérateur. A vrai dire, j'aurais préféré demeurer sur un spectacle traditionnel fondé sur la qualité et l'effet de chaque prestation plutôt que ce mélange qui lorgne vers le nouveau cirque - dont les Farfadais sont d'ailleurs issus - mais qui pour le moment, se situe maladroitement entre les deux. 

 

 

Mais le pire, ce qui vraiment nous a gênés tout au long du spectacle, c'est la narratrice / chanteuse. A sa décharge, elle est malmenée, évoluant avec les autres artistes et parfois les chevaux au milieu de la piste, parfois suspendue en l'air avec les Farfadais, mais cela n'empêche : elle a massacré la quasi totalité des chansons interprétées. Il ne s'agit pas de style, mais bien de justesse, car elle était systématiquement en dessous des notes souhaitées. A-t-on négligé de la doter d'un retour oreillette pour lui permettre de s'entendre, et d'entendre l'orchestre ? Je n'en sais rien, mais au résultat, c'est vraiment assez peu agréable. Sans compter quelques erreurs et hésitations sur le texte parlé. On aime l'idée de départ de tout avoir en live, sans aucun playback, mais cela demande un regain d'exigence. Pourquoi, aussi, choisir pour ce spectacle des chansons aussi célèbres et n'ayant de plus qu'un vague lien sémantique avec l'action (Frozen de Madonna, au royaume de l'air, Underwater de Mika, pour le royaume de l'eau) ? 

 

Vous l'aurez compris, et bien que je me sente toujours vaguement coupable d'écrire un avis négatif - ne serait-ce que pour la quantité de travail titanesque que représente pour les artistes la création d'un spectacle pareil - je ne peux pas dire que j'ai passé une soirée merveilleuse. Certains numéros sont de haut niveau, mais globalement l'ensemble est très inégal, d'autant que malgré les efforts déployés par les artistes, la mise en scène, le scénario - inutile - et le chant - faux - achèvent de saper jusqu'aux meilleurs prestations. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2,5/5

 

Plus d'informations sur http://alexis-gruss.com/

 

Publié le 16 Novembre 2016

De Valérie Müller et  Angelin Preljocaj

Sortie le 16 novembre 2016

 

Russie, dans les années 90. Portée depuis l'enfance par la rigueur et l'exigence du professeur Bojinski, Polina est une danseuse classique prometteuse. Alors qu'elle s'apprête à intégrer le prestigieux ballet du Bolchoï, elle assiste à un spectacle de danse contemporaine qui la bouleverse profondément. C'est un choc artistique qui fait vaciller tout ce en quoi elle croyait. Elle décide de tout quitter et rejoint Aix-en-Provence pour travailler avec la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj et tenter de trouver sa propre voie. 

 

 

Tous ceux qui ont un jour entrepris de pratiquer sérieusement un sport ou d'apprendre un art le savent : pour progresser, il faut de la discipline et de l'entraînement. Il y a des moments enivrants où tout semble vous réussir, généralement suivis de périodes de doute où l'on ne voit plus le chemin déjà parcouru, et où seuls semblent exister les obstacles encore à franchir. Après dix ans de danse classique, puis dix ans de théâtre, et mettant aujourd'hui tout mon coeur dans l'apprentissage du chant lyrique, je mesure bien, à mon modeste niveau, ce que signifie cette quête de progrès, cette répétition inlassable des mêmes exercices et cette peur insensée de ne pas être à la hauteur. C'est pourquoi les histoires comme celle de Polina, qui mêlent art, passion, travail et volonté de réussir à tout prix, me touchent tout particulièrement. 

 

Car Polina, au départ, ne possède ni la facilité, ni la souplesse de ses camarades. Elle n'a que sa persévérance et son entêtement pour atteindre son rêve de devenir danseuse. Mais ce rêve va soudain changer de cap lorsque la jeune fille découvre la danse contemporaine, et décide d'explorer d'autres voies que celles du classique. Un chemin où il ne suffira pas de travailler techniquement le corps, mais où il lui faudra aussi apprendre à aller puiser au plus profond d'elle-même pour s'exposer émotionnellement. 

 

 

Adaptation de la bande dessinée de Bastien Vives, Polina nous plonge au coeur d'un parcours souvent rude et douloureux, mais fondateur, qui forgera toute la force et la personnalité de cette artiste en devenir. On y redécouvre la danse sous son aspect le plus strict, mais aussi le plus viscéral, lorsqu'elle exprime le désir, le manque, la peur, la rage, le doute. Pour donner vie au personnage principal, les réalisateurs ont choisi la jeune Anastasia Shevtsova, danseuse professionnelle russe, qui montre à l'écran, outre son évidente maîtrise du classique, un beau potentiel d'actrice.

 

Dans cette histoire initiatique, la place des mentors s'avère déterminante : Bojinski, tout d'abord, incarné par Aleksei Guskov - découvert dans Le Concert - ce professeur sévère mais non dépourvu de coeur, qui s'avère au final extrêmement touchant. Liria Elsaj ensuite, tout en bienveillance, portée par une Juliette Binoche lumineuse dans ce rôle d'artiste apaisée et mature, capable de mettre toute son âme dans une chorégraphie. N'oublions pas non plus le personnage de Karl, qui va aider Polina à lâcher prise pour exprimer toute la complexité de ses sentiments au travers de son art. C'est Jérémie Bélingard - danseur étoile de l'Opéra de Paris dans la vraie vie - qui lui confère une sensualité envoûtante, contrastant avec la froideur et la rigueur naturelles de Polina. 

 

 

Si l'on excepte quelques soucis de rythme par moments, j'ai particulièrement aimé ce film, qui s'interroge sur ce qui fait l'identité profonde d'un artiste, ce qui le rend unique, et la façon dont son parcours, avec ses bonheurs et ses accidents, influence son travail. La beauté des scènes de danse est également à retenir, particulièrement celle du duo final, onirique, sublime, qui montre enfin l'épanouissement de la personnalité artistique de Polina. La morale de cette belle histoire c'est finalement que pour réaliser ses rêves, il faut travailler dur, mais pas seulement : il faut aussi savoir se perdre pour enfin vivre, et qui sait ? peut-être se trouver soi-même...

 

 La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5