Un film de Massoud Bakhshi

Sortie le 7 octobre 

Iran, de nos jours. Maryam, 22 ans, tue accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. La seule personne qui puisse la sauver est Mona, la fille de Nasser. Il suffirait que Mona accepte de pardonner Maryam en direct devant des millions de spectateurs, lors d’une émission de téléréalité. 

 

Je crois que mes premiers contact avec le cinéma iranien datent d'il y a  une dizaine d'années, avec les films de Marjane Satrapi (Persépolis, Poulet aux prunes)  et Asghar Farhadi (Une séparation).

Avec leurs oeuvres, et avec les Iranien.ne.s qu'il m'a été donné de côtoyer, je découvre peu à peu un pays à l'histoire fabuleuse et l'existence d'une grande richesse culturelle et artistique que je n'ai malheureusement jusqu'ici que touchée du doigt. Un pays doté d'une identité à part dans le monde moyen-oriental, et une situation politico-religieuse sans doute plus complexe aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été. 

Lorsque ce film nous a été présenté en avant-première, à l'occasion du Grand prix cinéma Elle, il a d'emblée retenu toute mon attention. Mais pas seulement à cause de mon imaginaire autour de l'Iran. Le sujet du film lui-même, et  les mots du réalisateur Massoud Bakhshi - venu tout spécialement pour nous présenter le film - m'ont particulièrement intéressés. 

J'ignorais le concept de "prix du sang" : un procédé qui peut permettre dans certaines conditions de gracier un condamné à mort pour homicide, si la famille de la victime accepte de pardonner, et en échange d'une forte somme d'argent. Les précisions culturelles qu'ils nous a données ont donc été les bienvenues car elles m'ont permis, en somme, de mieux appréhender le film.

Car Yalda, la nuit du pardon fait référence à plusieurs références spécifiquement iraniennes. Il y a d'abord la fête de Yalda, une des grandes fêtes du calendrier persan, qui célèbre le solstice d'hiver, le renouveau, le retour de la lumière. Il y a ensuite le contexte judiciaire iranien, avec la loi du talion mais mais aussi le "prix du sang", qui alimentera toute la tension dramatique du film. Il y a la notion de mariage temporaire, plus ou moins spécifique à l'Islam chiite. Il y a enfin le paradoxe d'une société religieuse aux lois ancestrales, mais où la vie et la mort peuvent se décider sous les projecteurs d'une émission de téléréalité. 

Mais la thématique forte et l'engagement politique ne font pas la qualité d'une oeuvre en soi, me direz-vous. Qu'en est-il du film ?

Yalda, la nuit du pardon prend la forme d'une émission judiciaire. Une trame où perce parfois les ficelles du documentaire, domaine dont est issu Massoud Bakhshi. Une émission bavarde, avec ses moments de larmes, de confrontation, ses sujets un peu racoleurs, ses retournements de situation. Mais sur le plateau, c'est surtout un drame humain qui se joue : face à face, il y a Maryam, condamnée à mort, pour avoir tué son mari, et Mona, fille de la victime. La vie de l'une dépend du pardon de l'autre.

Mais tout n'est pas si clair. Il y a des zones d'ombres, où la situation se jauge parole contre parole. Peut-on croire une condamnée lorsqu'elle dit qu'il s'agit d'un accident ? Peut-on pardonner à la personne responsable de la mort d'un être cher ? Se posent ici de nombreuses questions : celle de la peine de mort, celle de la culpabilité, celle des différences sociales, mais aussi d'autres plus spécifiquement iraniennes sur le système judiciaire et le droit des femmes. 

Chez Maryam, on lit toute l'humiliation de devoir se livrer à ce déballage télévisuel où elle est dépeinte comme meurtrière et calculatrice, et à devoir supplier pour sauver une vie qu'elle n'a plus la force de défendre. Chez Mona, on sent toute la lutte intérieure d'une fille en deuil qui voudrait venger son père, mais qui sait en son âme et conscience que ce qui a été dit au procès n'est pas tout à fait vrai. Deux personnages complexes portés par des comédiennes fantastiques. 

Et autour de ces deux femmes, toute une galerie de personnages : la mère, prête à tout pour sauver sa fille; la régisseuse, inquiète de la bonne tenue de l'émission, et des possibles sanctions ; le producteur de l'émission, à la fois soucieux de son audience, et conscient qu'il peut sauver des vies, quand bien même le procédé employé serait éthiquement bancale ; ou encore des invités surprise qui ont le pouvoir, à eux seuls, de rebattre toutes les cartes. La tension est palpable chez chacun, et remarquablement soutenue par la mise en scène. 

Un film vraiment bien fait, avec une intrigue toujours sur le fil, et des portraits psychologiques finement ciselés. La montée en tension progressive génère un suspense qui dure jusqu'à la fin, et même au-delà, tant l'incertitude est encore grande. Je laisserai le mot de la fin au réalisateur - et scénariste - qui s'est inspiré de faits réels et d'une véritable émission de téléréalité iranienne : "Quand on vit dans un pays comme le mien, il n'y a pas besoin d'inventer des histoires, vous regardez autour de vous, et vous les trouvez, la réalité y dépasse la fiction". 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi  4,5/5

Avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi, Fereshteh Sadr Orafaee,
Forough Ghajebeglou, Fereshteh Hosseini

ACHETER 
Le DVD "Une famille respectable" de Massoud Bakhshi
Retour à l'accueil