Rupture pour tous

Publié le 21 Décembre 2016

D'Eric Capitaine 

 

Mathias Lonisse, créateur de la société Love is dead, est un artisan de la séparation amoureuse.Il est mandaté pour rompre à la place de celles et ceux qui pour une raison ou une autre préfèrent s’éviter cette tâche bien souvent pénible et délicate.


Mathias assume parfaitement son métier, et effectue chaque mission avec un grand sens du professionnalisme, jusqu’au jour où maman décide de quitter papa…

 

 

 

 

Je boudais un peu les comédies françaises : ultra-formatée, souvent lourdingue et molle du scénario, elles ne me faisaient plus vraiment rire. Mais, depuis quelque temps, par ci, par là, on commence à voir apparaître sur nos écrans quelques films qui semblent vouloir faire souffler sur le genre un vent de renouveau bienvenu... comme ici, avec Rupture pour tous

 

Le parti pris, déjà, est moderne : à l'heure des sites de rencontres et des start-up proposant toutes sortes de services, jusqu'aux plus incongrus, Rupture pour tous s'inscrit dans son temps. Le chef d'entreprise, ici, c'est Mathias Lanisse, créateur de "Love is dead", spécialisé dans les ruptures amoureuses : l'acte lui est ainsi délégué, par contrat, et Mathias officie avec un professionnalisme soigné et méthodique, quasi chirurgical, habité par cette certitude de faire un travail sans doute peu ragoûtant, mais nécessaire à l'humanité. 

 

 

Sans nostalgie aucune, le film cultive l'art des références délicieusement rétro, par petites touches : ici, tout commence par la silhouette élancée de Matthias en costume trois pièces traversant Paris sur son vieux vélo de course. D'emblée, on pense à M. Hulot. Comment ne pas songer également à certains couples mythiques dans les conversations entre Mathias et sa collaboratrice : le décalage entre l'intimité des sujets abordés, frôlant la provocation, et le vouvoiement, gentiment désuet pour des personnages sensiblement du même âge. L'esthétique accentue ces références vintage avec un jeu constant sur l'association des couleurs rouge et bleu, sans pour autant verser dans le décor années 60. 

 

Mais la part la plus savoureuse du film vient incontestablement de ses dialogues : très écrits, ciselés même, ils agissent sans cabotinage aucun. Mieux : prononcés au premier degré par les personnages, ils créent l'humour sans besoin de générer de gags, uniquement par le décalage qu'y perçoit le spectateur. Redoutable d'efficacité !

 

 

Quant aux protagonistes de cette histoire, ils évitent la caricature, malgré ce que le sujet pourrait laisser croire : attachants dans leurs maladresses, sensibles, lâches, ils se révèlent, en définitive, profondément humains. 

 

Rupture pour tous a été pour moi l'une des vraies découvertes bonne humeur de l'année 2016, par ailleurs assez décevante côté comédies françaises. Pétillante et enlevée, elle nous donne envie de serrer fort notre chéri(e) et de croire que le bonheur est toujours possible.

Allez, une petite danse du donut pour fêter ça ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Et en bonus, quelques photos de l'interview post projection avec Eric Capitaine, Benjamin Lavernhe, Elisa Ruschke et Antoine Gouy, effacée par mégarde avant d'avoir pu en livrer une retranscription... 

 

 

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