La Damnation de Faust

Publié le 26 Décembre 2015

 

D'Hector Berlioz

A l'Opéra Bastille

du 5 au 29 décembre 2015

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Alvis Hermanis

 

Distribution

Faust : Jonas Kaufmann

Méphistophélès : Bryn Terfel

Marguerite : Sophie Koch 

Brander : Edwin Crossley-Mercer

Voix céleste : Sophie Claisse

Rôle muet et dansé (Stephen Hawkin) : Dominique Mercy 

Orchestre et choeurs de l'Opéra national de Paris, maîtrise des Hauts-de-Seine / Choeur d'enfants de l'Opéra national de Paris 

 

 

Autant vous le dire tout de suite, il m'a fallu m'y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à rédiger cet article. En effet, je suis sortie de l'Opéra Bastille tellement déboussolée qu'il m'a coûté de mettre des mots sur cette incompréhension profonde.

 

Comme souvent, j'ai pris mes billets pour la Damnation de Faust sans avoir au préalable jeté un oeil au contenu de l'oeuvre. Hérésie, dirait l'un de mes professeurs de chant, unique chance de faire une première impression, dis-je. Et voyez-vous, pour une première impression, celle-ci aura été mémorable et éprouvante, malheureusement pour de mauvaises raisons : c'est la première fois que j'entendais huer un spectacle, quasiment de bout en bout.

 

Alvis Hermanis a puisé l'inspiration de sa mise en scène dans le projet Mars One - qui emmènera une centaine de volontaires coloniser la planète à l'horizon 2025 - et plongé son Faust désabusé dans l'ambiance d'un voyage spatial sans retour. J'avoue que je n'étais pas vraiment séduite par l'idée au départ, mais vous me connaissez, je ne demandais qu'à être convaincue.

 

Dès les premières minutes, dans le silence le plus complet, on assiste à l'explication du projet Mars One à mesure que s'affichent les noms et les photographies des volontaires, puis à l'arrivée sur scène d'un sosie de Stephen Hawkin, qui philosophe de sa voix électronique. C'est long, et la musique ne s'est pas encore fait entendre. A vrai dire, dès ce moment, j'ai nourri de sérieuses réserves à propos de cette mise en scène car au lieu de se mettre au service de l'oeuvre, elle s'en servait comme prétexte à se valoriser elle-même. Impression qui va malheureusement se confirmer à mesure que se déroule le spectacle.

 

 

Concrètement, je n'ai pas compris le lien entre la mise en scène et l'histoire de Faust. Ou plus exactement, j'ai bien réussi, par moments, à tisser quelques hypothèses entre les deux, mais ces fils étaient bien trop ténus pour que je puisse les juger convaincants. Je ne peux même pas dire que j'ai détesté cette mise en scène, contrairement à ce que j'ai pu entendre d'autres spectateurs. Je peux accepter une vision différente, décalée, voire outrancière ou provocatrice, je peux admettre ne pas être d'accord, mais ici, j'ai eu le sentiment que musique et mise en scène étaient deux éléments sans rapport l'un avec l'autre. Un comble !

 

Visuellement, pourtant, cette mise en scène aurait pu être intéressante car elle ménage parfois des tableaux qui, esthétiquement font leur effet : c'est le cas par exemple du Songe.  Malheureusement, les danseurs mimant des êtres handicapés et des rats de laboratoire - si le peu que j'ai cru comprendre est solide - ne convainquent pas, et déclenchent les huées avant même la fin de la première partie. De même, certains passages comme le moment où le sosie de Stephen Hawking est sanglé dans un gyroscope mettent également mal à l'aise, sans que le parti pris de mise en scène soit compréhensible.

 

 

Il aurait sans doute suffi, pour passer une bonne soirée, que je me contente de me caler au fond de mon siège et de fermer les yeux, car le trio Kauffmann-Koch-Terfel - pour autant que j'aie pu en juger - était excellent, plein de nuances et d'émotion. Les chanteurs semblent tantôt perdus au milieu du plateau vide tantôt noyés dans une mise en scène qui s'acharne à saper leurs efforts pour exister. D'ailleurs, je retenais mon souffle à la fin de chaque air de crainte qu'au lieu d'applaudissements, ils ne reçoivent des huées. Ces dernières, d'ailleurs, visaient surtout les danseurs, et à travers eux, la mise en scène et les chorégraphies plus que leur prestation. Je leur reconnais du courage. Certains diront probablement qu'ils sont tout simplement professionnels et honorent leur contrat, mais monter sur scène tous les soirs en sachant que les huées vont fuser et  faire de son mieux malgré tout, je trouve que c'est tout de même beau. Quelque part, j'avais mal pour eux. 

 

Si vous souhaitez découvrir ce spectacle dans son intégralité - parce que vous voulez vous en faire une idée par vous-même et peut-être nuancer mes propos - sachez qu'il est disponible gratuitement jusqu'au 21 janvier sur Culturebox, juste ici . 

 

Petite remarque : sur cette vidéo, on n'entend pas les huées, soit que la représentation ait été mieux accueillie par le public soit que la bande son ait été modifiée pour ne pas gêner le téléspectateur... je n'ai pas la réponse à cette question. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2/5

 

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Julie Gayet 28/12/2015 17:00

Bonjour ma chérie, superbe article !

Une petite faute s'y est néanmoins glissée...

"Le participe passé du verbe faire suivi d’un infinitif :

Fait suivi d’un infinitif est toujours invariable : Les livres de grammaire que je t’ai fait lire sont très utiles."

Bisouilles !

Julie

Akialam 29/12/2015 10:42

Effectivement, j'ai beau faire attention, parfois certaines fautes m'échappent...
C'est corrigé !
Merci beaucoup !