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Publié le 14 Janvier 2017

D'Eric Summer et Eric Warin

 

Félicie est une jeune orpheline bretonne qui n’a qu’une passion : la danse. Avec son meilleur ami Victor qui aimerait devenir un grand inventeur, ils mettent au point un plan rocambolesque pour s’échapper de l’orphelinat, direction Paris, ville lumière et sa Tour Eiffel en construction ! Félicie devra se battre comme jamais, se dépasser et apprendre de ses erreurs pour réaliser son rêve le plus fou : devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris…

 

 

 

 

Les films d'animation français ont décidément de la suite dans les idées. Après Ma vie de Courgette il y a quelques mois, voici encore une très jolie production. Ballerina nous plonge dans le Paris de la fin du 19e siècle sur les pas d'une jeune orpheline bretonne rêvant de devenir danseuse étoile et prête à tout pour intégrer la célèbre école de ballet de l'Opéra de Paris. 

 

Les histoires de rêve à réaliser sont un grand classique de l'animation et, bien menée, cette typologie de scénario s'avère des plus efficaces. Ce qui m'a le plus frappé, au delà de la qualité évidente des images, de la lumière et des textures, c'est le soin apporté à la reconstitution du Paris fin 19e, une de mes périodes favorites de l'histoire de la capitale, avec son lot de transformations et la construction de nombreux monuments emblématiques.

 

 

Je dirais même que l'on est, plus précisément, en 1888, si l'on en juge par le premier étage de la tour Eiffel à peine achevé. C'est le règne de la modernité, avec son lot d'innovations, d'ingénieurs, d'opportunités et de fortunes nouvelles, mais également l'époque où Paris, capitale des arts, attire des artistes de toute l'Europe. La période idéale, donc, pour s'intéresser au destin de ces deux enfants sans le sou rêvant de devenir, l'un inventeur, l'autre danseuse.

 

C'est également le plaisir, pour l'amatrice de l'époque, de voir la tour Eiffel encore inachevée, l'Opéra de Paris flambant neuf, la statue de la Liberté surmontant encore la rue de Chazelle ou encore le palais du Trocadéro. C'est peut-être un détail, mais ces décors ajoutent de la profondeur et de la crédibilité à cette belle histoire, et autant d'occasions de profiter de vues splendides de la capitale. Un film qui, sans être historique, est donc truffé de détails réalistes.

 

 

En somme, Ballerina impressionne surtout par sa capacité à faire rêver : si les plus jeunes spectateurs recevront probablement davantage le message de persévérance et de confiance en soi, adultes comme enfants conviendront de la beauté des décors et paysages, notamment des vues autour de l'Opéra Garnier. S'agissant d'un de mes monuments chouchous, il n'est pas impossible que cet avis ne soit pas tout à fait objectif, remarquez. Cependant je n'ai pu résister à ces superbes vues de la salle de spectacle, du grand escalier, mais également des toits de l'Opéra, un de ces lieux mythiques qui ont inspiré de nombreux photographes. Ces derniers n'ont d'ailleurs pas hésité à y faire poser des danseurs pour prendre des clichés à couper le souffle. Ballerina s'inscrit tout à fait dans ce sillage, avec l'avantage supplémentaire de pouvoir y faire évoluer ses personnages dans des chorégraphies impossibles à réaliser en temps normal, questions de sécurité oblige. De jolies scènes, qui renforcent - s'il était nécessaire - mon envie d'avoir la chance de grimper un jour sur les toits de cet édifice fabuleux. 

 

J'ai ainsi passé un très beau moment avec Ballerina, autant du point de vue du simple plaisir de suivre les aventures de Félicie et Victor à la conquête de leur avenir, mais également celui, plus intellectuel, de voir le Paris de la fin du 19e revivre sous nos yeux. Pour les enfants, nul doute que Ballerina sera une jolie histoire et, qui sait, leur donnera peut-être envie de visiter l'Opéra Garnier ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 16 Novembre 2016

De Valérie Müller et  Angelin Preljocaj

Sortie le 16 novembre 2016

 

Russie, dans les années 90. Portée depuis l'enfance par la rigueur et l'exigence du professeur Bojinski, Polina est une danseuse classique prometteuse. Alors qu'elle s'apprête à intégrer le prestigieux ballet du Bolchoï, elle assiste à un spectacle de danse contemporaine qui la bouleverse profondément. C'est un choc artistique qui fait vaciller tout ce en quoi elle croyait. Elle décide de tout quitter et rejoint Aix-en-Provence pour travailler avec la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj et tenter de trouver sa propre voie. 

 

 

Tous ceux qui ont un jour entrepris de pratiquer sérieusement un sport ou d'apprendre un art le savent : pour progresser, il faut de la discipline et de l'entraînement. Il y a des moments enivrants où tout semble vous réussir, généralement suivis de périodes de doute où l'on ne voit plus le chemin déjà parcouru, et où seuls semblent exister les obstacles encore à franchir. Après dix ans de danse classique, puis dix ans de théâtre, et mettant aujourd'hui tout mon coeur dans l'apprentissage du chant lyrique, je mesure bien, à mon modeste niveau, ce que signifie cette quête de progrès, cette répétition inlassable des mêmes exercices et cette peur insensée de ne pas être à la hauteur. C'est pourquoi les histoires comme celle de Polina, qui mêlent art, passion, travail et volonté de réussir à tout prix, me touchent tout particulièrement. 

 

Car Polina, au départ, ne possède ni la facilité, ni la souplesse de ses camarades. Elle n'a que sa persévérance et son entêtement pour atteindre son rêve de devenir danseuse. Mais ce rêve va soudain changer de cap lorsque la jeune fille découvre la danse contemporaine, et décide d'explorer d'autres voies que celles du classique. Un chemin où il ne suffira pas de travailler techniquement le corps, mais où il lui faudra aussi apprendre à aller puiser au plus profond d'elle-même pour s'exposer émotionnellement. 

 

 

Adaptation de la bande dessinée de Bastien Vives, Polina nous plonge au coeur d'un parcours souvent rude et douloureux, mais fondateur, qui forgera toute la force et la personnalité de cette artiste en devenir. On y redécouvre la danse sous son aspect le plus strict, mais aussi le plus viscéral, lorsqu'elle exprime le désir, le manque, la peur, la rage, le doute. Pour donner vie au personnage principal, les réalisateurs ont choisi la jeune Anastasia Shevtsova, danseuse professionnelle russe, qui montre à l'écran, outre son évidente maîtrise du classique, un beau potentiel d'actrice.

 

Dans cette histoire initiatique, la place des mentors s'avère déterminante : Bojinski, tout d'abord, incarné par Aleksei Guskov - découvert dans Le Concert - ce professeur sévère mais non dépourvu de coeur, qui s'avère au final extrêmement touchant. Liria Elsaj ensuite, tout en bienveillance, portée par une Juliette Binoche lumineuse dans ce rôle d'artiste apaisée et mature, capable de mettre toute son âme dans une chorégraphie. N'oublions pas non plus le personnage de Karl, qui va aider Polina à lâcher prise pour exprimer toute la complexité de ses sentiments au travers de son art. C'est Jérémie Bélingard - danseur étoile de l'Opéra de Paris dans la vraie vie - qui lui confère une sensualité envoûtante, contrastant avec la froideur et la rigueur naturelles de Polina. 

 

 

Si l'on excepte quelques soucis de rythme par moments, j'ai particulièrement aimé ce film, qui s'interroge sur ce qui fait l'identité profonde d'un artiste, ce qui le rend unique, et la façon dont son parcours, avec ses bonheurs et ses accidents, influence son travail. La beauté des scènes de danse est également à retenir, particulièrement celle du duo final, onirique, sublime, qui montre enfin l'épanouissement de la personnalité artistique de Polina. La morale de cette belle histoire c'est finalement que pour réaliser ses rêves, il faut travailler dur, mais pas seulement : il faut aussi savoir se perdre pour enfin vivre, et qui sait ? peut-être se trouver soi-même...

 

 La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 27 Septembre 2016

De Stéphanie Di Giusto

 

Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône. 

 

 

Déjà, au dernier showeb de printemps, les premières images de La Danseuse m'avaient fait de l'oeil. Premier film réalisé par la photographe Stéphanie Di Giusto, on y sentait toute une esthétique, une qualité d'image et de lumière qui augurait du meilleur. 

 

La réalisatrice s'intéresse ici à la danseuse Loïe Fuller, dont le nom est quasi inconnu du grand public, mais dont les amateurs d'histoire et de la Belle époque ont probablement déjà croisé les clichés. On y voit une femme dansant, entourée des voiles de sa robe, et l'on comprend d'emblée comment elle a pu fasciner les photographes qui cherchaient à capter le mouvement de cette danse avant-gardiste.

Née dans l'Ouest américain et dotée d'un physique robuste, Loïe Fuller n'est pas ce qu'on pourrait appeler une danseuse classique. Mais elle est à l'origine d'une danse complètement nouvelle, qui sera qualifiée de serpentine. Cette nouvelle esthétique nécessite un entraînement sans cesse plus ardu à mesure que s'allonge le métrage de ses voiles et qu'augmente la charge à mettre en mouvement. Comme une athlète, elle modèle son corps, se muscle, s'entraîne sans cesse. La magie, elle, naît de l'alchimie entre le corps, les voiles, la musique et les projections lumineuses qui font de sa danse une création totale. 

 

Cette jeune femme à l'âme d'artiste, que l'on voit réciter des vers au milieu des terres rudes de l'Ouest, monte à New York dans l'espoir de devenir actrice. Ironie du sort, c'est dans un rôle muet qu'elle fait ses débuts sur les planches et imagine la danse qui va bientôt faire sa renommée. Soucieuse de faire breveter son travail et rêvant de l'Opéra de Paris, elle traverse bientôt l'Atlantique et c'est sur la scène des Folies Bergères que son numéro va connaître un succès foudroyant. Le film s'attarde également sur la relation de Loïe Fuller avec Isadora Duncan, l'une des danseuses et chorégraphes les plus célèbres du début du 20e siècle. Si Loïe reconnaît le talent de sa compatriote américaine, elle souffre également de voir en la jeune fille son opposé artistique : Isadora incarne la grâce parfaite, innée, celle qui n'a besoin d'aucun artifice pour exister. 

Soko incarne avec fougue une Loïe déterminée à tous les sacrifices pour parvenir à son but, ses doutes fulgurants autant que sa force de caractère. Face à elle, Lily-Rose Depp prête ses traits et sa silhouette diaphane à une Isadora dont on ne sait si elle est franchement manipulatrice ou désinvolte à l'extrême. Mélanie Thierry campe une femme de l'ombre, un de ces êtres dont la dévotion mêlée d'admiration force le respect. Quant à Gaspard Ulliel, dans le rôle de Louis Dorcey, admirateur de la première heure, il aurait pu s'avérer délicieusement ambigü si son personnage n'avait été si difficile à cerner qu'on ne puisse s'y attacher vraiment. 

 

Finalement, La Danseuse n'est pas entièrement ce qu'on pourrait appeler un biopic - la scénariste et réalisatrice ayant pris pas mal de libertés avec la réalité historique - mais elle réussit à montrer toute la complexité d'une passion, qui sublime autant qu'elle consume.  Un sujet qui me touche toujours, d'autant qu'il est ici porté par une réalisation qui fait la part belle à l'esthétique - on reconnaît l'oeil de la photographe - et une actrice principale dont on sent l'investissement à chaque plan. Un très bel hommage ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 8 Décembre 2013

 

De Rudolf Noureev, sur une musique de Tchaïkovski

 

Avec Ludmila Pagliero : Princesse Aurore

         Josua Hoffalt : Prince Désiré

 

Dix ans de danse classique dans mon enfance, et je n'étais encore jamais allée voir un ballet classique ! C'est Monsieur Lalune, admirateur de Tchaïkovski, qui m'a soufflé l'idée : Tiens j'aimerais voir la Belle au bois dormant, un jour.... C'est saisissant l'occasion de sa présence au programme 2013-2014 à l'Opéra de Paris que nous avons découvert cette oeuvre.

 

Permettez-moi, pour une fois, de ne pas noter ce spectacle. En effet, j'ai été plutôt déçue par un certain nombre d'éléments qui sembleraient faire en réalité partie des codes du ballet ou de la structure de ce dernier en particulier, et qui, faute d'avoir pu les admettre auparavant, faussent mon jugement.

 

Parmi ces petites déceptions, le fait que de nombreux personnages, principaux dans la narration, ne dansent pas. J'imaginais au contraire que c'était l'occasion pour la fée Carabosse, ou la fée des Lilas par exemple, de révéler leur caractère au travers de danses contrastées. D'autre part, ce qui m'a toujours frappé, lorsque je voyais des danseurs à la télévision, c'est l'apparente facilité de leurs mouvements. Cette aisance, ce côté très impressionnant dans l'enchaînement des pas, je ne l'ai pas retrouvée ici dans les rôles principaux, mais plutôt dans les pas de deux de L'oiseau bleu et du Chat botté de l'acte III. Mais selon Soeurette, spécialiste es Ballet de la famille, c'est quelque chose de récurrent dans La Belle au bois dormant, qui tiendrait à la chorégraphie en elle-même et non pas au talent des danseurs. Reste qu'il est assez surprenant que le plus impressionnant ne vienne pas des personnages principaux. Pour être tout à fait complète, je pourrais ajouter que j'ai trouvé la musique un peu traînante, mais Monsieur Lalune affirme qu'il s'agissait bien du bon tempo. Je lui laisse donc sur ce point le bénéfice du doute !

 

Je ne peux pas affirmer que l'ensemble m'a vraiment séduite. Toutefois, ce ballet est sans contexte d'une grande beauté, ne serait-ce que dans la performance des danseurs. Ajoutez-y de magnifiques costumes et décors, et la musique, bien sûr, et vous aurez assurément de quoi passer une excellente soirée. Mettez donc, pour cette fois-ci du moins, ma légère déception sur le compte d'une méconnaissance du genre !

Publié le 5 Janvier 2013

Compagnie-antonio-gades - CarmenPar la compagnie Antonio Gades

Palais des congrès, Paris

 

Je l'admets, il y a peut-être des sujets sur lesquels je suis très légèrement obsessionnelle...

 

Après une déception à l'Opéra Bastille en décembre dernier, j'ai jeté mon dévolu sur une version a priori plus authentique de cette passion amoureuse, pleine de la fougue un peu brute du flamenco.

 

A vrai dire, je n'y suis pas allée entièrement les yeux fermés. J'avais vu, il y a quelques temps, le film réalisé par Carlos Saura qui mettait justement en scène Antonio Gades et sa troupe. J'avais été très impressionnée quoique n'étant pas spécialiste, par la force du flamenco, et par sa capacité à exprimer la douceur autant que la passion la plus brûlante. Mais sans doute ne suis-je pas entièrement objective, cette danse étant pour moi incontestablement liée à des souvenirs d'enfance.

 

Une bonne surprise m'attend à mon arrivée dans la salle, car, faute de parvenir à la remplir, les organisateurs ont resséré les rangs. De 5e catégorie, je passe en première...  j'ai une bien meilleure vue sur les danseurs que je ne l'avais prévu à l'origine !

 

Avant même l'ouverture du rideau cependant, première déception : alors que les lumières s'éteignent, l'ouverture de l'opéra de Bizet retentit.  L'idée n'est pas mauvaise en soi, mais la qualité médiocre du son apparaît comme dommageable. Puis, le plateau montre une salle de danse : chacun s'échauffe, répète, l'ambiance est finalement très proche de celle du film de Saura.  Des guitaristes, des chanteurs prennent enfin leur place parmi les danseurs et la musique devient "live". Peu à peu, se détachent les personnages, se présentant tour à tour.

 

Lorsque l'histoire débute enfin, il n'est nul besoin d'être spécialiste pour comprendre : le combat entre les cigarillères est, comme attendu, spectaculaire, fort, puissant. Je ne connais pas grand chose à la technique du flamenco, mais j'apprécie son incroyable pouvoir de suggestion, sa capacité à montrer la force des sentiments dans toute leur intensité. Je me laisse happer, envouter par cette beauté un peu rude.

 

Et puis soudain, à nouveau, le mauvais enregistrement de Bizet. L'air de la habanera.  L'histoire racontée par le ballet en est hélàs bien plus loin, José étant déjà sorti de prison. C'est sans doute un détail, mais dramatiquement, ça ne colle pas. Et je ne suis pas au bout de ma déception : alors que le ballet reprend normalement son cours, s'acheminant vers son dénouement tragique, retentit à nouveau ce fichu enreigstrement qui vient court-circuiter toute la fin. Comprenons-nous bien : malgré la beauté de l'Opéra de Bizet, et toute la passion que je peux lui vouer, son rythme, sa pulsation, sont très différent de celui du flamenco. Résultat : un final qui retombe comme un soufflet alors que la tension dramatique était à son paroxysme une poignée de minutes auparavant.

 

Mais pourquoi ? Pourquoi, pourquoi, POURQUOI alors que le ballet rend toute la force de cette passion, effectuer un mélange des genres, à mauvais escient en plus ? Par souci d'accessibilité? Par envie de transversalité ? Alors justement que la très grande théâtralité de ce spectacle permet de comprendre facilement l'histoire !

 

Vous l'aurez compris, j'ai été enchantée par la partie purement flamenco, belle, merveilleusement expressive, malheureusement flanquée d'ajouts de qualité moindre qui ont de plus le mauvais goût d'annuler une partie de ses effets. 

 

Sans doute cette histoire me tient-elle trop à coeur pour que j'arrive à en juger les adaptations d'un oeil objectif. Peut-être même suis-je incapable d'accepter une autre vision que celle que j'en ai... quelle qu'en soit la raison profonde, je ressors avec un sentiment mitigé, et l'impression que le sort s'acharne sur moi alors que je ne demande qu'à me laisser émouvoir. Ce n'est pas faute d'insister !

Publié le 20 Août 2011

carmen-saura-flamenco.jpgDe Carlos Saura

 

 

Voici la naissance d'une passion entre deux danseurs. Répèteront-ils la tragédie de Carmen ? Du sang et du flamenco, et une adaptation du classique de Mérimée réalisée en étroite collaboration avec le danseur Antonio Gades.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis une grande admiratrice du travail de Carlos Saura, particulièrement lorsqu'il porte sur la musique et la danse. Déjà, avec Salomé, j'avais beaucoup aimé cette mise en abyme du spectacle. Ici, l'histoire de Carmen (celle de Mérimée), se confond avec celle de la jeune femme choisie pour l'incarner.

 

J'ignore tout de la technique même du flamenco, mais j'apprécie tout particulièrement le côté très brut de cette danse, cette fougue qui va bien au delà de la simple technique, l'expression de pulsions violentes. A ce titre, la scène de la bagarre dans la manufacture de tabac est proprement fabuleuse. La comédienne et danseuse Laura del Sol, qui incarne Carmen, a une présence sur scène incroyable,et un regard d'une intensité peu commune. Ce film, qui date pourtant de 1986, demeure un hymne au flamenco tel que j'en ai rarement vu.

Publié le 18 Février 2011

black-swan.jpg

De Darren Aronofsky


Nina est ballerine au sein du très prestigieux New York City Ballet. Sa vie, comme celle de toutes ses consoeurs, est entièrement vouée à la danse. Lorsque Thomas Leroy, le directeur artistique de la troupe, décide de remplacer la danseuse étoile Beth Mcintyre pour leur nouveau spectacle, « Le Lac des cygnes », son choix s'oriente vers Nina. Mais une nouvelle arrivante, Lily, l'impressionne également beaucoup. « Le Lac des cygnes » exige une danseuse capable de jouer le Cygne blanc dans toute son innocence et sa grâce, et le Cygne noir, qui symbolise la ruse et la sensualité. Nina est parfaite pour danser le Cygne blanc, Lily pour le Cygne noir. Alors que la rivalité de Nina et Lily se mue peu à peu en une amitié perverse, Nina découvre, de plus en plus fascinée, son côté sombre. Mais s'y abandonner pourrait bien la détruire...



Il y a, d'abord, la présence envoûtante de Natalie Portman. Ensuite, un ballet mythique : le lac des cygnes. Mais il serait réducteur de croire que ce film est un film sur la danse, d'ailleurs, ce n'en est pas un. Cette discipline de fer ne sert qu'à exacerber le carcan moral, physique, mental de la jeune fille. Elle aurait aussi bien pu être gymnaste ou mannequin. Mais le ballet choisi, jouant sur la dualité des deux rôles de l'interprète principale (le cygne blanc et le cygne noir), nous entraîne dans un délire paranoïaque et schizophrène assez effrayant.

C'est à la fois la grande force et la faiblesse (toute relative) de ce film. Sa grande force, car l'histoire nous prend aux tripes, nous fait sursauter, bouscule le cours normal des choses pour nous surprendre à chaque instant. Sa légère faiblesse car le film multiplie les pistes de réflexion sans vraiment apporter de réponse. Du coup, les hypothèses sont nombreuses sans pour autant donner lieu à des réponses pleinement satisfaisantes: un simple cas de schizophrénie ? probablement, mais il paraît que les hallucinations sont normalement davantage auditives que visuelles. La paranoïa n'expliquant pas tout non plus, il reste à trouver l'explication dans l'hypothèse qui affirme que l'intégralité du film n'est qu'une métaphore du passage à l'âge adulte. Cohérente, cette explication me laisse toutefois sur ma faim : elle me semble trop simple pour un film infiniment complexe.

Côté jeu, Natalie Portman est littéralement habitée (on pourrait presque dire possédée) et Vincent Cassel joue admirablement ce salaud de frenchie, comme à son habitude. La réalisation est efficace, jouant avec les nerfs du spectateur sans pour autant verser dans la surenchère, diablement convaincante. La scène d'ouverture, magnifique, nous plonge dès les premières secondes dans la magie inquiétante de l'histoire, sans doute pour nous affirmer d'emblée que les apparences sont trompeuses.

En bref, un film un peu trop éprouvant à mon goût mais qui a une valeur certaine et forte. Je voudrais simplement comprendre quel en est le sens réel. Mais que font les psychanalystes ?