Affiche spectacle l'Empereur des boulevards

Au théâtre Montmartre Galabru 

Du 18 septembre au 20 décembre 2020 

Ecrit et mis en scène par Olivier Schmidt 

 

Théâtre des Variétés. Tailleur pour Dames triomphe et marque le début de l'incroyable carrière d'un certain Georges Feydeau. 

Prisonnier de son irrépressible besoin de reconnaissance, l’empereur des boulevards déploie ses ailes sur un Paris festif et débonnaire. Partagé entre l’amour de sa femme, ses conquêtes nocturnes et ses personnages encombrants, Georges remonte le cours de sa vie et des illustres figures qui ont jalonnés son parcours teinté de promesses, de succès, d’échec et de revanche. Des salons mondains de chez Maxim’s aux grandes scènes de la capitale, de son amitié avec les Guitry à sa rencontre funeste avec un ange de la nuit, de son apogée à sa disgrâce, faites un saut dans le temps pour découvrir l’homme se cachant derrière l’auteur à succès.

 

Il y a quelques années, j'ai découvert Feydeau comme spectatrice au travers de plusieurs pièces comme La main Passe, ou encore Mais n'te promène donc pas toute nue. Puis, plus récemment, côté planches, avec la Dame de Chez Maxim's, je me suis régalée à me glisser dans l'orgueil bourgeois, fielleux, et comique d'un des ces personnages secondaires dont seul cet auteur a le secret. 

Pourtant, je ne m'étais jamais intéressée à la vie de Feydeau. Tout au plus avais-je entendu que les relations avec son épouse avaient été houleuses, mais guère davantage. C'est pourquoi la perspective d'un spectacle  - qui plus est, musical - sur cet auteur m'enchantait par avance. 

L'occasion de découvrir, que, comme souvent chez les amuseurs, l'envers du décors s'avère beaucoup moins rose ! Olivier Schmidt - qui a décidément plusieurs cordes à son arc, puisque je l'avais vu sur scène il y a quelques mois dans Le Petit Avare -  est ici à l'écriture et à la mise en scène de cette biographie enlevée du plus célèbre vaudevilliste français. 

L'ambiance de la pièce est festive, et l'humeur du jeune Feydeau joyeuse, lorsqu'il s'essaye à sa première pièce.  Elle est plus légère encore, lorsqu'il tombe amoureux de Marianne Carolus-Duran, la fille de son professeur de peinture, qui devient son épouse, et qu'il connaît son premier grand succès avec Tailleur pour Dames

Et puis, ça se gâte : les relations avec Marianne se compliquent, les pièces suivantes sont accueillies plus tièdement. Feydeau cherche l'inspiration dans les salons de la bourgeoisie - dont il dépeint et grossit les traits - et le réconfort dans les cabarets du Paris des bas-fonds où rôdent des créatures dont on ne sait si elles sont vraiment réelles. Cocaïnes, maîtresses et amants, dépression, plus Feydeau s'enfonce, plus il tire de sa plume des personnages et des situations pour alimenter les rires du public. Une descente aux enfers qui s'achèvera par la folie - conséquence de la syphilis - et le décès du dramaturge en 1921. 

On ne peut s'empêcher, en voyant L'Empereur des Boulevards, de penser à Edmond, d'Alexis Michalik : l'histoire d'un dramaturge, une multitude de personnages incarnés par une poignée d'acteurs et une volonté certaine de chercher la dimension onirique même dans les situations les plus tragiques. 

Malheureusement on sent trop souvent à quel point les contraintes techniques et financières ont rendu la tâche difficile au metteur en scène. Par exemple, les différentes parties semblent parfois se suivre de façon décousue, ou encore, parfois, les comédiens qui se bousculent en entrant et sortant de scène. De petites choses qui, mises bout à bout, font retomber l'attention côté spectateur, mais qu'il est possible d'imputer aux contraintes de l'exigüité du plateau, des entrées coulisses, et du décor nécessairement fixe.

L'absence de pianiste est également un peu triste pour un spectacle musical dont toute la bande son est jouée au piano. Outre le plaisir d'entendre raisonner cet instrument, l'ensemble aurait gagné à s'adjoindre la sensibilité d'un musicien qui aurait saisi l'instant tel qu'il était sur scène, et renforcé l'interprétation des passages chantés, en accompagnant les comédiens au lieu de les forcer à respirer - et à chanter - en suivant le tempo immuable d'une musique enregistrée par avance. Manque de place sur le plateau, ou budget trop serré ? Petite frustration, mais de celles dont on peut comprendre les raisons. 

En revanche, j'ai beaucoup aimé voir les comédiens changer de personnage, ce qui leur permet de montrer l'étendue de leurs qualités de jeu et au spectateur de le remarquer. Je soulignerai tout particulièrement la remarquable interprétation de Séverine Wolff, autant comme comédienne que comme chanteuse, jouant de sa voix pour passer du registre du cabaret à celui de l'opérette avec une facilité déconcertante. 

Une pièce intéressante, avec de jolis moments, et surtout, un potentiel énorme. On imagine sans peine la façon dont il s'épanouirait sur un plateau plus grand : la mise en scène gagnerait en fluidité, et la musique pourrait y être jouée en direct. Des conditions propices à faire éclore toute la magie que cet Empereur des Boulevards a à offrir.  

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi 3/5

 

Avec Julien Hammer, Séverine Wolff, Alexandra Magin, Florian Dufosse, Léonard Courbier, Julien Antonini, Mickaël Alabergere, Kevin Maille, Olivier Schmidt 
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Le texte des pièces de Feydeau
L'essai "Feydeau, la machine à vertiges"
Une biographie de Georges Feydeau
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