The Grandmaster ****

Publié le 21 Mai 2013

De Wong Kar-Wai

 

Chine, 1936. Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (un des divers styles de kung-fu) et futur mentor de Bruce Lee, mène une vie prospère à Foshan où il partage son temps entre sa famille et les arts-martiaux. C'est à ce moment que le Grand-maître Baosen, à la tête de l'Ordre des Arts Martiaux Chinois, cherche son successeur.

Pour sa cérémonie d'adieux, il se rend à Foshan, avec sa fille Gong Er, elle-même maître du style Ba Gua et la seule à connaître la figure mortelle des 64 mains. Lors de cette cérémonie, Ip Man affronte les grand maîtres du Sud et fait alors la connaissance de Gong Er en qui il trouve son égal.

Peu de temps après, le Grand-maître Baosen est assassiné par l'un de ses disciples, puis, entre 1937 et 1945, l'occupation japonaise plonge le pays dans le chaos. Divisions et complots naissent alors au sein des différentes écoles d'arts martiaux, poussant Ip Man et Gong Er à prendre des décisions qui changeront leur vie à jamais...

 

 

 

Wong Kar Wai, c'est pour moi l'ambiance éthérée de In the mood for love, avec ces amours qui ne s'avouent pas, une esthétique marquée et une certaine contemplativité. Alors, lorsqu'on a commencé à parler de The Grandmaster, deux choses se sont d'emblée imposées à moi : premièrement, le kung-fu n'est à priori pas mon truc, exception  cependant faite lorsque cette discipline est pratiquée par un panda rondouillard. Allez donc savoir pourquoi ! Deuxième chose, j'avais du mal à voir comment Wong Kar Wai allait pouvoir traiter ce thème sans perdre ce qui fait toute l'âme de ces films.

 

Et puis, lorsque l'on me l'a conseillé, je me suis décidée à y aller.

 

Le résultat est surprenant car l'esthétique du réalisateur est parfaitement préservée. Appliquée aux scènes de combat elle les sublime sans qu'elles n'en perdent leur énergie. Ce qui est intéressant, c'est que l'on y aborde les différentes branches de ce que l'on appelle communément kung-fu en occident. A vrai dire, sans rien y connaître, cela m'a décontenancée, mais surtout intrigué. J'ai heureusement bénéficié des lumières de M. Lalune qui a pu clarifier un peu tout cela.

 

Ce qui m'étonne toujours, dans les films asiatiques, c'est le jeu des acteurs. Si l'on excepte des pays comme l'Inde où tout semble communément surjoué - fait qui s'explique par la nécessité de faire passer l'histoire dans un pays aux multiples langues - les autres grands pays producteurs de cinéma, je pense notamment à la Chine, à la Corée, au Japon, semblent privilégier un jeu épuré, à la limite de l'inexpressivité. Et pourtant... j'admire la capacité de ces acteurs  à véhiculer des sentiments intérieurs sans presque rien laisser paraître à l'extérieur. J'avais déjà évoqué à ce sujet la prestation de Gong Li dans la cité interdite qui excellait à faire ressentir la rage intérieure de l'impératrice avec presque rien. Ici, c'est Tony Leung qui est saisissant. Dans une discussion avec le personnage interprété par Zhang Ziyi, on voit bien, plan après plan, que son visage ne montre aucune expression, et pourtant, on croit suivre tout le cheminement de sa pensée et de ses sentiments. Peut-être est-ce une simple projection de l'imagination du spectateur, mais je crois sincèrement qu'il y a autre chose, et que le grand talent de ce type d'acteur réside justement là, dans cette économie d'effets. Sans doute cela découle-t-il également d'une culture ou les états d'âme individuels doivent se faire discrets. Toutes ces considérations ne sont bien sûr que le reflet de ce que j'ai pu voir de ces cinémas asiatiques, échantillon forcément trop limité pour avoir une réelle vue d'ensemble.

 

The Grandmaster n'est donc au fond par un film de kung-fu à proprement parler. Si elle est présente, cette discipline n'est presque qu'un prétexte à développer des thèmes bien plus universels et plus forts. Reste un film d'une incroyable beauté formelle, qui retrace le parcours tourmenté d'un homme pris dans l'histoire et entièrement voué à son Art.

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