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Publié le 16 Novembre 2016

De Valérie Müller et  Angelin Preljocaj

Sortie le 16 novembre 2016

 

Russie, dans les années 90. Portée depuis l'enfance par la rigueur et l'exigence du professeur Bojinski, Polina est une danseuse classique prometteuse. Alors qu'elle s'apprête à intégrer le prestigieux ballet du Bolchoï, elle assiste à un spectacle de danse contemporaine qui la bouleverse profondément. C'est un choc artistique qui fait vaciller tout ce en quoi elle croyait. Elle décide de tout quitter et rejoint Aix-en-Provence pour travailler avec la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj et tenter de trouver sa propre voie. 

 

 

Tous ceux qui ont un jour entrepris de pratiquer sérieusement un sport ou d'apprendre un art le savent : pour progresser, il faut de la discipline et de l'entraînement. Il y a des moments enivrants où tout semble vous réussir, généralement suivis de périodes de doute où l'on ne voit plus le chemin déjà parcouru, et où seuls semblent exister les obstacles encore à franchir. Après dix ans de danse classique, puis dix ans de théâtre, et mettant aujourd'hui tout mon coeur dans l'apprentissage du chant lyrique, je mesure bien, à mon modeste niveau, ce que signifie cette quête de progrès, cette répétition inlassable des mêmes exercices et cette peur insensée de ne pas être à la hauteur. C'est pourquoi les histoires comme celle de Polina, qui mêlent art, passion, travail et volonté de réussir à tout prix, me touchent tout particulièrement. 

 

Car Polina, au départ, ne possède ni la facilité, ni la souplesse de ses camarades. Elle n'a que sa persévérance et son entêtement pour atteindre son rêve de devenir danseuse. Mais ce rêve va soudain changer de cap lorsque la jeune fille découvre la danse contemporaine, et décide d'explorer d'autres voies que celles du classique. Un chemin où il ne suffira pas de travailler techniquement le corps, mais où il lui faudra aussi apprendre à aller puiser au plus profond d'elle-même pour s'exposer émotionnellement. 

 

 

Adaptation de la bande dessinée de Bastien Vives, Polina nous plonge au coeur d'un parcours souvent rude et douloureux, mais fondateur, qui forgera toute la force et la personnalité de cette artiste en devenir. On y redécouvre la danse sous son aspect le plus strict, mais aussi le plus viscéral, lorsqu'elle exprime le désir, le manque, la peur, la rage, le doute. Pour donner vie au personnage principal, les réalisateurs ont choisi la jeune Anastasia Shevtsova, danseuse professionnelle russe, qui montre à l'écran, outre son évidente maîtrise du classique, un beau potentiel d'actrice.

 

Dans cette histoire initiatique, la place des mentors s'avère déterminante : Bojinski, tout d'abord, incarné par Aleksei Guskov - découvert dans Le Concert - ce professeur sévère mais non dépourvu de coeur, qui s'avère au final extrêmement touchant. Liria Elsaj ensuite, tout en bienveillance, portée par une Juliette Binoche lumineuse dans ce rôle d'artiste apaisée et mature, capable de mettre toute son âme dans une chorégraphie. N'oublions pas non plus le personnage de Karl, qui va aider Polina à lâcher prise pour exprimer toute la complexité de ses sentiments au travers de son art. C'est Jérémie Bélingard - danseur étoile de l'Opéra de Paris dans la vraie vie - qui lui confère une sensualité envoûtante, contrastant avec la froideur et la rigueur naturelles de Polina. 

 

 

Si l'on excepte quelques soucis de rythme par moments, j'ai particulièrement aimé ce film, qui s'interroge sur ce qui fait l'identité profonde d'un artiste, ce qui le rend unique, et la façon dont son parcours, avec ses bonheurs et ses accidents, influence son travail. La beauté des scènes de danse est également à retenir, particulièrement celle du duo final, onirique, sublime, qui montre enfin l'épanouissement de la personnalité artistique de Polina. La morale de cette belle histoire c'est finalement que pour réaliser ses rêves, il faut travailler dur, mais pas seulement : il faut aussi savoir se perdre pour enfin vivre, et qui sait ? peut-être se trouver soi-même...

 

 La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 23 Octobre 2013

De Henri Troyat

Aux éditions du livre de poche

 

Entre les règnes éclatants de Pierre le Grand et de Catherine II, la Russie connaît trente-sept ans d'instabilité. L'autocrate, fondateur de Saint-Pétersbourg, a fait périr son propre fils et négligé de désigner un successeur.
Ce sont des femmes - trois impératrices et une régente - qui durant cette longue période vont tenir l'empire. Et quelles femmes ! Catherine Ire, Anna Ivanovna, Anna Léopoldovna, Elisabeth Ire vont, chacune à son tour, imposer à la nation des caractères violents et dissolus, des foucades et des cruautés, les échos d'une vie de débauches et d'extravagances. On dirait que la même créature, sensuelle, désordonnée, courageuse souvent, passe d'un règne à l'autre, d'un visage à l'autre...

 

Parmi les pays dont j'explore de temps à autres l'histoire, il est la Russie. Après Les Tsarines de Vladimir Fédorovski, il y a presque trois ans, voici un ouvrage qui s'intéresse plus précisément aux trente-sept années qui séparent la mort de Pierre le Grand et l'avènement de Catherine II. Cette période particulière voit se succéder sur le trône toute une série de tsarines, non pas comme épouse du tsar, mais bien comme souveraines à par entière.

 

Ce qui me frappe, de la même manière que ce fut le cas lors de ma précédente lecture sur le sujet, c'est le nombre de coups d'Etat qui se succèdent et leur violence. Un peu comme si aucune passation de pouvoir ne pouvait que dans le sang et les complots dans cette Russie capable du plus grand raffinement comme des la plus grande cruauté.

 

L'ouvrage est chronologique, et j'avoue avoir cependant avoir eu parfois du mal à retenir qui était qui. Ce sentiment a été renforcé par le fait que les souveraines qui se succèdent portent parfois le même prénom, quand ce n'est pas une tante ou une soeur évincée. Heureusement, l'arbre généalogique en fin d'ouvrage parmet parfois de remettre les choses en place.

 

Un livre très intéressant, malgré une complexité qui tient surtout au niveau de connaissances préalables du lecteur. Je ne sais si l'on pouvait faire mieux, mais j'ai le sentiment de ne pas avoir retenu grand-chose, ayant  souvent confondu les personnages. toutefois, je ne crois pas  qu'il faille en imputer la faute à l'ouvrage lui-même, qui se lit sans difficulté, mais plutôt à mon ignorance de ce sujet.

Tandis qu'elle médite, avec une mélancolie mêlée d'amertume, sur cette avenir impérial qui ne la concerne plus, les émissaires du Haut Conseil secret se hâtent vers sa cousine Anna Ivanovna, à Mitau. Elle les reçoit avec une bienveillance narquoise. En vérité, les espions bénévoles qu'elle entretient à la cour l'ont déjà renseignée sur le contenu des lettres qui lui apporte la députation du Haut Conseil. Néanmoins, elle ne laisse rien paraître de ses intentions, lit sans sourciller la liste des renoncements que lui dictent les gardiens du régime et déclare consentir à tout. Elle ne semble même pas contrariée par l'obligation qui lui est faite de rompre avec son amant, Johann Bühren. Abusés par son air tout ensemble digne et docile, les plénipotentiaires ne se doutent pas qu'elle s'est déjà entendue, à leur insu, avec son indispensable favori pour qu'il la rejoigne , à Moscou ou à Saint-Pétersbourg, dès qu'elle lui fera signe que la voie est libre.

Publié le 8 Décembre 2012

Anna_Karenine.jpgDe Joe Wright

 

Russie, 1874, la belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg. À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare. Quelques brefs échanges suffisent pour éveiller en Anna et Vronski une attirance mutuelle. Oblonski reçoit également la visite de son meilleur ami Levine, un propriétaire terrien sensible et idéaliste. Épris de la sœur cadette de Dolly, Kitty, il la demande gauchement en mariage, mais Kitty n’a d’yeux que pour Vronski. Dévasté, Levine se retire à Pokrovskoïe et se consacre entièrement à la culture de ses terres. Mais le cœur de Kitty est lui aussi brisé quand elle prend conscience, lors d’un grand bal, de l’infatuation réciproque d’Anna et Vronski. Anna, désorientée, rentre à Saint-Pétersbourg, mais Vronski l’y suit. Elle s’évertue à reprendre sa calme vie de famille mais son obsession pour le jeune officier ne cesse de la tourmenter. Elle s’abandonne alors à une relation adultère qui scandalise toute l’aristocratie locale. Le statut et la respectabilité de Karénine sont mis en péril, le poussant à lancer un ultimatum à sa femme. Dans sa recherche éperdue de bonheur, Anna révèle au grand jour l’hypocrisie d’une société obsédée par le paraître. Incapable de renoncer à sa passion, elle fait le choix du cœur.

 

 

J'ai découvert cette belle - mais tragique - histoire d'amour il y a quelques années, non au travers du roman de Tolstoï, que je n'ai pas encore trouvé le temps de lire (honte à moi), mais de la précédente adaptation cinématographique, avec Sophie Marceau. Les premières bandes de annonces de cette nouvelle version, montrant les costumes et les décors somptueux, m'ont tout de suite plu. L'affiche, montrant un théâtre - avec tout ce qu'il peut symboliser -  encore davantage.

 

Au départ, le concept est surprenant : en concentrant l'action de son film dans l'enceinte d'un théâtre, comme si toute cette histoire était jouée sur scène, le réalisateur a pris le risque de perdre ses spectateurs. Si j'ai été assez déstabilisée au départ, il faut reconnaître que les premières séquences permettent en quelques minutes de se familiariser avec tous les personnages de ce drame en s'épargnant les scènes de mise en place qui auraient pu alourdir l'ensemble. La scène d'introduction est par ailleurs très aboutie avec des changements de décors d'une parfaite maîtrise.

 

Le reste du film est de la même trempe, visuellement impeccable. Le réalisateur a su tirer parti au mieux des artifices du théâtre, en conservant la poésie et en éludant ce qui pourrait apparaître comme des lourdeurs sur grand écran. Les acteurs quant à eux livrent une prestation très honorable, bien que la précision de la mise en scène semble parfois limiter leur champ d'action. Curieusement, le couple le plus attachant reste celui composé par Lévine et Kitty, plus que celui composé par Karénine et Vronsky. Un ralentissement du montage à certains moments lui aurait sans doute donné davantage de temps pour exister à l'écran. Jude Law, à contre-emploi, campe un excellent Karénine, effrayant de droiture, l'humanisant toutefois juste ce qu'il faut. Une très belle prestation.   

 

Le parti pris, parfois à la limite de l'expérimental,  imprime avec force une vraie patte artistique à ce film. Il en résulte un Anna Karénine visuellement impressionnant, mais dont la beauté formelle se construit parfois au détriment de l'émotion.

 

Un beau film, dont on ressort ébloui mais vaguement frustré. On a frôlé le chef d'oeuvre.

Publié le 6 Janvier 2012

mission-impossible-4-protocole-fantome-copie-1.jpgDe Brad Bird

 

Après avoir été impliquée dans un complot terroriste mondial, l'agence Mission Impossible est contrainte de cesser ses activités. Le Protocole Fantôme est mis en place : Ethan Hunt et sa nouvelle équipe doivent opérer dans le secret pour blanchir le nom de leur organisation. Aucune aide, aucun contact, isolation totale. Cette mission va s'avérer être la plus dangereuse et la plus intense qu'ils aient eu à remplir.

 

 

 

 

Après le dernier mission : impossible qui m'avait fait forte impression, me voici de retour en salles pour découvrir le dernier opus de la série.

 

Cet opus remplit le cahier des charges qui lui était assigné : du rythme, des situations dont les héros se sortent in extremis, des plans alambiqués où le moindre grain de sable peut être fatal. Cependant, il apparaît en demi-teinte, surtout par rapport au précédent qui était haletant, et manipulait le spectateur de bout en bout. Pas de retournements de situation surprenants, pas de moment d'intense suspense.

 

Brad Bird nous livre donc un film d'action honnête, avec de belles images, de l'humour bien dosé, mais assez lisse dans son ensemble, qui aurait mérité un peu plus de sel dans le scénario pour gagner en intérêt.

Publié le 18 Novembre 2011

le-barbier-de-siberie-2356-627810137.jpgDe Nikita Mikhalkov

 

Nous sommes en 1905 lorsque Jane écrit à son fils cadet à West Point. Au fil de sa lettre elle lui révèlera le secret de sa naissance. Tout commence en Russie en 1885 où la jeune américaine Jane doit se rendre à Moscou. Elle y rejoint Mc Cracken, inventeur excentrique.Celui-ci veut placer son invention : une machine à raser les forêts baptisée le 'Barbier de Sibérie'. Elle tombera amoureuse d'Andreï Tolstoï alors qu'elle tentait de séduire un général afin de financer l'invention de Mc Cracken. Celui- ci l'épousera mais Andreï, devenu barbier, est le véritable père de son fils.

 

 

 

Il est des films qui font briller les yeux de vos interlocuteurs quand ils l'évoquent. Celui-ci en fait partie : un de mes amis en faisait même la cause de sa vocation à s'engager dans l'armée !

 

C'est donc avec une grande curiosité que j'ai visionné ce film. On y découvre la Russie, une part de sa culture, du contexte méconnu de l'époque, de son âme si particulière et passionnée poussant aux extrêmes. Sur cette toile de fond se dégage une histoire d'amour, certes belle, mais qui ne m'a pas transportée autant que je l'aurais supposé ou espéré. Sans doute, si j'avais vu ce film à l'adolescence y aurais-je été plus sensible mais j'imagine que je deviens plus critique à mesure que j'avance en âge je vois des films.

 

L'aller retour entre le présent et le passé de Jane commence bien la narration, mais, soyons honnêtes, le spectateur a très vite deviné quel était le secret que Jane attend jusqu'au bout du film avant de révéler. Et puis, le fait de cacher le visage du fils de Jane, pour ne le montrer qu'à l'extrême fin, en flou pour, supposément, que le spectateur voit la ressemblance avec son père. Allez, qui n'a pas vu que c'était le même acteur teint en blond?  Reste un ensemble partagé entre joie extrême et extrême accablement, des costumes flamboyants, quelque chose de touchant dans l'innocence et la pureté du jeune officier. Je pense que ce film aurait largement gagné, à supprimer, sans sourciller, une bonne partie des scènes avec le fils de Jane, qui alourdissent inutilement l'ensemble en empêchant de se concentrer sur l'essentiel de l'histoire.

 

Un film agréable, mais qui aurait mérité de parier davantage sur l'intelligence du spectateur.

Publié le 15 Janvier 2011

tolstoi-le-dernier-automne.jpgDe Michael Hoffman

 

Après cinquante ans de mariage, la comtesse Sofya Andreïevna, épouse aimante et dévouée de Léon Tolstoï, voit son monde s'écrouler soudain sous ses pieds. Au nom de sa nouvelle philosophie, le célèbre écrivain est en effet prêt à renoncer non seulement à son récent titre de noblesse, mais aussi à ses biens et à sa famille, décidé à terminer ses jours dans la pauvreté, l'austérité et la chasteté.

Sofya Andreïevna qui a dédié sa vie à cet époux extraordinaire, lui a donné treize enfants et a même copié Guerre et Paix à six reprises de ses propres mains, découvre avec horreur les agissements du fidèle disciple Chertkov qui essaie de convaincre le grand Tolstoï de modifier son testament en laissant les droits de ses romans au peuple Russe plutôt qu'à sa famille ! Aussi indignée que révoltée et blessée, la comtesse se bat férocement contre ce qui constitue à ses yeux une insupportable injustice vis-à-vis d'elle et de ses enfants. Tout empire quand la passion qu'elle met à rappeler à son époux, les années, les difficultés et surtout leur amour, sert davantage le dessein de Chertkov et conforte Tolstoï dans son désir de simplicité, d'authenticité et de paix.

Les derniers mois de vie de l'écrivain et philosophe Léon Tolstoï...

 


C'est en passant par hasard devant un petit cinéma de quartier que l'affiche a attiré mon attention : de bon acteurs, dont mon dernier chouchou écossais. Et une question : comment se fait-il que je n'en aie pas entendu parler ? La surprise passée, je me suis donc renseignée, et ai pris rendez-vous avec Léon Tolstoï, son épouse et son secrétaire particulier.
Autour des derniers mois du grand écrivain, s'affrontent intérêts familiaux, personnels et généraux. Tolstoïen convaincu, le jeune Valentin, nouveau secrétaire particulier de Tolstoï, incarné par un James McAvoy au charme innocent ravageur, devient le témoin de la vie à Iasnaïa Poliana, la propriété familiale.

Ignorant l'existence du mouvement Tolstoïen, je suis mal placée pour juger le film sur ce contenu-là. J'ai tout de même relevé une petite inexactitude dans les faits, qui me gène un peu quelque part, même si elle sert une certaine vision de la relation Tolstoï -Sophie.

C'est un film assez  sentimental (trop, sans doute, diront ses détracteurs), mais avec un charme certain, porté par des acteurs talentueux. A ce sujet, la performance d'Helen Mirren dans le rôle de la comtesse est vraiment poignant. Le tour de force du réalisateur est de réussir à montrer des rapports de force sans manichéisme. On s'attache à tous les personnages, et si certains sont un peu plus antipathiques que d'autres, tous ont leurs raisons, compréhensibles. Au delà de la stature presque "sainte" de Tolstoï pour ses disciples, le réalisateur cherche à montrer l'aspect humain, familial et relationnel derrière l'icône littéraire et philosophique qu'est Léon Tolstoï.

Publié le 4 Janvier 2011

les tsarinesDe Vladimir Fédorovski

aux éditions du livre de poche
 


En Russie, l'influence des femmes en politique a pris racine dans une étonnante tradition historique devenue un véritable phénomène de civilisation. Celles que l'on a coutume d'appeler les «Tsarines», même lorsqu'elles n'ont aucun lien avec la famille impériale, voient leur influence prendre corps au XVIIIe siècle, où les femmes régnèrent sans interruption. Le XIXe siècle est celui des Tsarines de l'ombre. Des palais de Saint-Pétersbourg aux souterrains du Kremlin, les égéries occultes d'Alexandre Ier et Alexandre II, Madame de Krundener et la célèbre Katia Dolgorouki, eurent une influence notable sur le pouvoir. Sans oublier la femme de Nicolas II et son redoutable directeur de conscience, Raspoutine. L'époque contemporaine a perpétué cette tradition, de l'égérie secrète de Brejnev, dont très peu connaissent l'histoire, à Raïssa Gorbatchev, qui joua lors de la perestroïka un rôle de premier plan. Tatiana, la fille de Boris Eltsine, releva le défi de ces Tsarines qui, encore aujourd'hui,règnent dans l'ombre.



C'est avec curiosité, et en même temps une certaine crainte, que j'ai entamé ce livre. N'ayant que de vagues notions d'histoire de la Russie datant de mes années fac, j'ai eu peur d'être, à un moment ou à un autre, perdue dans ces portraits de tsarines. Or, si les histoires dynastiques sont complexes, l'auteur réussit à nous expliquer les liens entre faits, caractères, histoires personnelles et Histoire. L'arbre généalogique situé en début d'ouvrage est, lui aussi, d'une grande aide lorsque les prénoms sont les mêmes d'une génération à une autre.


La Russie est un pays particulier, appartenant résolument à l'Orient, mais où un certain nombre de souverain(e)s francophiles ou germanophiles ont fait souffler des vents européens. Passez tout cela au crible de décennies de communisme, et vous obtiendrez une identité encore aujourd'hui si particulière, capable du plus grand des raffinement dans les arts, comme de la plus grande barbarie.
Il est stupéfiant de constater que presque tous les grands tsars de la Russie sont parvenus au sommet à travers meurtres et intrigue. Ivan "le terrible", Catherine II la grande, Pierre le Grand, et beaucoup d'autres moins connus, tous ont accédé au pouvoir suprême au travers de coups d'Etats, avec ou contre les Boyards (aristocratie) nouant et dénouant les alliances dans le sang.


Et à ce jeux, épouses, tsarines et starevnas ne sont pas en reste. Dans un pays où les femmes aussi peuvent accéder au trône, elle prennent une part active dans ces jeux de pouvoir. C'est à travers elle que l'auteur décide de nous raconter 600 ans d'histoire russe.

Un chapitre est consacré à chaque grande figure féminine, de Sophie Paléologue, grand-mère d'Ivan le Terrible, à Tatiana Elstine, tsarevna symbolique. C'est sans doute un peu court pour appréhender pleinement l'âme et l'histoire russe (si tant est qu'on le puisse), mais l'auteur est assez clair. Pour les néophytes intéressés, c'est (je crois) un début solide.

L'officier saisit Pierre par les oreilles, le traîna malgré les cris de Natalia vers les cadavres mutilés et le fit tomber sur le corps de Narychkine. L'enfant se releva et courut se blottir dans les bras de sa mère en tremblant de tout son être. Pierre ne pourra jamais plus éliminer ce cauchemar de ses nuits et il gardera ce tremblement nerveux toute sa vie.

Les streltsi massacrèrent encore une cinquantaine de personnes. Ils pillèrent la cave du tsar, burent tous les vins, même le "Samos" grec destiné à l'Eucharistie du tsar et de quelques boyards.

Sophie, le prince Golitsyne et quelques hommes de sa suite avaient quitté le Kremlin durant ces sanglantes journées de mai. La tsarevna gratifia les streltsi de dix roubles chacun et les biens des boyards en disgrâce furent vendus à leur profit. La décision de la Douma de placer Pierre sur le trône fut révisée: la Russie allait avoir deux tsars. Ivan fut proclamé "premier tsar", tandis que Pierre fut proclamé "second tsar". La régence fut confiée à Sophie.

La tsarevna nomma son amant, le prince Golistyne, chancelier et commandant en chef. Fin et cultivé, cet homme se rendit vite compte de la faiblesse militaire des nobles et réorganisa complètement leur armée. Il donne sur la place Rouge la première revue militaire qui impressionna les diplomates étrangers et le peuple. Se souvenant de la vaillance des cosaques Zaporogues, il tranforma en districts militaires leurs fiefs.
Désormais, Sophie et son amant étaient les véritables maîtres du Kremlin. Avant Sophie, deux femmes seulement avaient gouverné l'Etat russe: la princesse Olga à Kiev, et Hélène Glinski régente durant l'enfance de son fils le futur Ivan le Terrible. Pour la première fois, une tsarevna non mariée détenait le pouvoir suprême.
Polonophile et occidentaliste, Sophie voulut avant tout réconcilier Moscou et Varsovie pour entrer dans la Sainte Ligue formée par la Pologne, l'Autriche, la Hongrie et Venise, et la rejoindre dans sa lutte contre les Turcs.
La marâtre de Sophie, la tsarine Natalia, fur obligée de quitter le Kremlin avec sa famille et alla habiter le "Palais d'été" de Préobrajenskoïe, situé non loin de Moscou.