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Publié le 22 Janvier 2017

De Pablo Larraín

 

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.

Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire

 

 

Je connaissais assez peu de choses sur Pablo Neruda, si ce n'est qu'il s'agissait d'un poète sud-américain. Tout au plus, si on m'y avait poussé, aurais-je pu avancer qu'il était chilien, mais pas davantage. C'est donc avec une grande curiosité - celle qui m'étreint toujours face à un sujet inconnu - que j'ai découvert ce film. 

 

Ce que le synopsis ne m'avait pas dit - et que j'ai mis quelque temps à saisir par moi-même - c'est que Neruda n'est pas un biobic, mais une réécriture fictionnelle de sa fuite - bien réelle, celle-ci - vers l'exil. L'occasion de mettre en scène la légende plus que l'historique, avec un poète écrivant lui-même son propre mythe et un poursuivant romanesque fasciné par sa proie, lointainement inspiré du véritable inspecteur chargé d'arrêter Pablo Neruda. 

 

 

Et pourquoi pas ? Après tout, mêler le réel et la fiction n'est-il pas le propre de tout écrivain ? En soi, l'idée ne me gênait donc pas plus que ça. Cependant, je dois avouer que ma compréhension de ce procédé, à près de la moitié du film, s'est faite trop tard : j'avais déjà sombré dans l'ennui. Le poète m'a semblé d'un égoïsme monstre, n'hésitant pas à mettre sa vie en danger, au mépris de celles et ceux qui risquaient la leur pour lui : difficile de s'y attacher.

 

Plus troublant, l'inspecteur Peluchonneau se démène pour devenir l'acteur principal de cette action : tantôt grotesque, tantôt touchant dans ses propres blessures, il croit être dans un de ces polars que l'écrivain en cavale sème à son intention comme autant de cailloux, et de pieds de nez.

 

 

Les personnages ont beau être porté par des acteurs convaincants - Gael Garcia Bernal, entre fascination et ambition, Luis Gnecco en Neruda pétri de contradictions, et Mercedes Morán, impériale - l'ensemble m'a perdu en cours de route. Au final, m'est demeuré l'impression d'un film très pointu, qui ne livre pas vraiment les clés nécessaires à sa compréhension. Certains cinéphiles y trouveront probablement leur bonheur, mais de mon côté, je m'y suis - à mon grand regret - tout bêtement ennuyée. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2/5

 

Publié le 8 Juin 2016

 

En août dernier, je vous avais parlé de notre premier expérience d'escape game, la zen room de chez Hinthunt qui m'avait vraiment enthousiasmée. Tellement, d'ailleurs, que j'ai saisi la première occasion possible pour renouveler l'expérience, avec la Prophétie Maya, chez Mystery escape. Les salles proposant ce genre d'activités sur Paris - mais pas seulement - se multipliant, n'importe qu'elle excuse se transforme rapidement en opportunité de réunir ses amis pour une petite partie.

 

C'est l'anniversaire d'une amie qui nous a fourni une excuse toute trouvée pour retourner chez Hinthunt avec, cette fois-ci, une équipe franco allemande. Et comme la seule langue que nous partageons est l'anglais, c'est donc dans la langue de Shakespeare que nous avons plongé dans une enquête des plus épineuses...

 

Le détective Murdock vient d'être emprisonné pour meurtre à la suite d'un coup monté contre lui. Son équipe de collaborateurs - c'est nous - a donc pour mission de découvrir le véritable coupable et permettre ainsi de l'innocenter. Pour ce faire, nous retournons sur les lieux du crime afin de réunir de nouveaux indices. Sauf qu'en faisant sauter les scellés, nous avons déclenché une alarme qui a alerté la police. Nous avons donc une heure - et pas une seconde de plus -  pour résoudre l'enquête avant qu'elle ne débarque pour nous mettre sous les verrous. 

 

Vous le savez, je ne vous en revèlerai pas plus pour préserver le secret de l'instruction en cours -et puis, avouez que ce serait beaucoup moins drôle - mais nous y avons retrouvé l'esprit qui animait déjà la zen room, avec des énigmes faisant intervenir différents modes de résolution. Nous avons probablement été un peu ralentis par le fait que l'anglais n'était la langue maternelle d'aucun d'entre nous : j'avoue que même avec un bon niveau de langue, comprendre les énigmes, et surtout communiquer ses trouvailles et ses hypothèses avec son équipe - point clé de tout escape game collaboratif - prend forcément un peu plus de temps. Heureusement, grâce à quelques indices supplémentaires du game master, nous avons pu nous échapper cinq petites secondes avant que la police ne nous mette le grappin dessus. Mais nous avons eu chaud ! 

 

Comme d'habitude, on adore l'esprit du lieu, et, petit plus charmant, la présence d'accessoires thématiques permettant de prendre une photo souvenir à la sortie du jeu. Et nous voilà tout fiers! 

Et puisque jamais deux sans trois, Hinhunt vient d'ouvrir une troisième salle intitulée "l'énigme du sous-marin" à la laquelle je compte bien aller faire un petit tour à la première occasion ! 

 

Pour en savoir plus sur Hinthunt c'est par ici : http://hinthunt.fr/

Publié le 15 Juin 2015

D'Alberto Rodriguez

 

 

Deux flics que tout oppose, dans l'Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d'Andalousie  pour enquêter sur l'assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu'à l'absurde et où règne la loi du silence, ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

 

 

 

 

 

Que voulez-vous ? Je ne sais pas résister à ce qui est espagnol : c'est donc avec une grande joie et malgré une semaine aux soirées déraisonnablement remplies que je suis allée découvrir La Isla Minima. Non content de venir du pays de Cervantes, cher à mon coeur, ce film arrive sur nos écrans auréolé de 10 Goya - l'équivalent de nos César, ce qui constitue une raison - a priori - supplémentaire de s'y intéresser !

 

Nous voilà donc plongés dans les années 80, celles de la transition démocratique, dans une Espagne marquée par la tradition où l'armée et l'église sont encore très puissantes. C'est au fin fond de l'Andalousie que deux policiers sont missionnés pour enquêter sur la disparition de plusieurs jeunes femmes. Un scénario franchement classique : un vieux briscard au passé trouble et un jeune idéaliste forcés de travailler ensemble pour résoudre une enquête, voilà qui n'est pas nouveau.

 

En réalité, cette trame usée mille fois au cinéma est surtout l'occasion pour le réalisateur de brosser le portrait d'un pays aux structures traditionnelles et rigides, peu à peu ébranlées. Une Espagne en pleine mutation où les jeunes femmes espèrent s'émanciper par le travail et où les grèves éclatent. Avec des dialogues limités à leur essence, et des hommes peu enclins à s'épancher sur leurs sentiments, les acteurs parviennent cependant à faire vivre ces personnages de façon crédible, avec leur part d'ombre et les tiraillements de leur conscience. Chaque mot revêt alors une importance particulière, renforçant l'idée d'une terre rude et misérable, aux méandres boueux - et pourtant si belle vue du ciel - où il ne reste aux hommes que leur dignité. En cette époque de changements, les limites entre le bien et le mal deviennent imprécises : la fin justifie-t-elle les moyens ? 

 

Il m'a pourtant été très difficile de m'attacher à des personnages si distants, d'autant que certains éléments s'y rattachant sont restés un mystère pour moi - peut-être des symboles dont je n'ai pas saisi la portée ? Enfin, l'action souffre parfois d'un manque de crédibilité : comment les policiers peuvent-ils mener des filatures aussi sérrées, dans un environnement aussi désert, où tout le monde se connaît, et sans se faire repérer ? 

 

Si le film est tout à fait honorable, et réserve même humainement quelques beaux moments, il n'est cependant pas - à mon sens - le chef d'oeuvre auquel on aurait pu s'attendre au vu de son palmarès. Son originalité réside entièrement dans son ancrage au sein d'une période charnière de l'histoire espagnole : pour certains spectateurs, ce fait justifiera à lui seul le déplacement, pour les autres, probablement pas. 

 

Publié le 2 Octobre 2013

De Mary Higgins Clark

aux éditions du livre de poche

 

La jeune et ravissante Elizabeth Lange est hantée par la mort tragique de sa sœur, une star de l'écran et de la scène, tombée de la terrasse de son appartement à New York dans des circonstances pour le moins mystérieuses. A-t-elle été assassinée par son amant, l'irrésistible magnat des affaires Ted Winters, lui-même en proie à des tourments secrets ? S'est-elle suicidée ? Mais pourquoi Leila aurait-elle voulu se supprimer alors qu'elle était heureuse et au sommet de sa gloire ? Quelqu'un d'autre l'aurait-il tuée - mais qui pourrait en vouloir à une jeune femme aimée et admirée ?
Minée par le chagrin, Elizabeth est invitée par la baronne Minna von Schreiber, sa plus vieille amie, à venir se reposer dans le luxueux institut de remise en forme de Cypress Point, en Californie. Mais au lieu d'y trouver le calme et la détente, elle va être confrontée non seulement à Ted, mais aux meilleurs amis de sa sœur qui ont tous un motif pour l'avoir tuée...

 

 

Un petit Mary Higgins Clark de temps à autres, ça ne peut pas faire de mal. Après la nuit du renard et le voleur de Noël, il ya quelques années, c'est du côté des coulisses d'Hollywood que l'écrivain m'a entraînée.

 

Ce qui métonne toujours, avec elle, c'est qu'à chaque fois que j'ouvre un de ses ouvrages, je parcours les premières pages avec un regard critique sur l'écriture et la furieuse envie de l'abandonner. Et puis, sans même m'en rendre compte, je me laisse happer par l'histoire et ne pense à plus rien d'autre qu'à deviner qui est le coupable. Encore une fois, je me suis donc faite avoir. Mais pas par le coupable, que j'ai trouvé assez rapidement.

 

Un livre sans grandes qualités littéraires, à mon sens, si ce n'est celle d'entraîner le lecteur à sa suite. Et c'est déjà pas mal !

 

Les êtres accomplissent parfois des actes effroyables sous le coup de la colère, parce qu'ils ont perdu le contrôle d'eux-mêmes, des actes qu'ils n'accompliraient jamais s'ils n'y étaient poussés par une force qui les dépasse.

Publié le 28 Août 2013

De Julien Leclercq

sortie le 11 septembre 2013

 

 

Afin de mettre sa famille à l'abri du besoin, Marc Duval, un français expatrié à Gibraltar, devient agent d'infiltration pour le compte des douanes françaises. De petits trafics en cargaisons troubles, il gagne progressivement la confiance de Claudio Lanfredi, un puissant importateur de cocaïne associé aux cartels Colombiens.

 

 

 

 

 

Ça commence comme dans un mauvais rêve : la mer, que l'on imagine glaciale, le clapotis des vagues, sec et menaçant contre la coque, et à la barre, un homme blessé, inquiet, seul. 

 

Dès les premières images, le film nous captive par sa noirceur, ou plus exactement, par son pessimisme, car on pressent dès le départ que l'engrenage qui happe le personnage principal va le broyer, inexorablement. On sent, à chaque pas, qu'il n'a pas vraiment le choix, mais que pourtant, la suite sera pire. La tension, vive dès le départ, est maintenue de bout en bout malgré une certaine lenteur dans la réalisation : les acteurs y sont pour beaucoup.

 

Si Tahar Rahim m'a peu convaincu en officier des douanes, le reste du casting, à commencer par Gilles Lelouche et Riccardo Scamarcio, est vraiment impeccable. Le jeu puissant du premier associé au charme vénéneux du second font de ce duo d'acteurs l'atout majeur de ce polar à la française, tout en tension, comme on en voit pas si souvent.

Publié le 31 Juillet 2013

De Louis Leterrier

 

 

« Les Quatre Cavaliers », un groupe de brillants magiciens et illusionnistes, viennent de donner deux spectacles de magie époustouflants : le premier en braquant une banque sur un autre continent, le deuxième en transférant la fortune d’un banquier véreux sur les comptes en banque du public. Deux agents spéciaux du FBI et d’Interpol sont déterminés à les arrêter avant qu’ils ne mettent à exécution leur promesse de réaliser des braquages encore plus audacieux. Ils font appel à Thaddeus, spécialiste reconnu pour expliquer les tours de magie les plus sophistiqués. Alors que la pression s’intensifie, et que le monde entier attend le spectaculaire tour final des Cavaliers, la course contre la montre commence.

 

 

La magie, à tout âge, reste un thème fascinant, car, plus que tout autre, il permet de jouer avec les apparences sans vraiment savoir où se situe la limite entre réalité et illusion. Souvenez-vous de films comme l'Illusionniste, justement ou le Prestige !

Ici, ce thème est combiné à l'enquête policière, association certes courante mais toujours aussi alléchante : grande illusion, close-up, escapologie ou mentalisme, à chacun sa spécialité ! C'est donc l'occasion de voir toute un éventail de styles, mais également de profiter de toute une partie "show" très impressionnante, musique à l'appui.

 

En revanche si la plupart des personnages trouvent la place de se développer raisonnablement, d'autres, comme l'agent d'Interpol interprété par Mélanie Laurent, oscillent entre inutilité et simple faire valoir, mais, à mon sens, souffrent surtout de sous-emploi. Si le rythme l'action ne faiblit pas et que l'ensemble accroche solidement le spectateur à son siège, seul le twist final est un peu en dessous du reste du spectacle : trop sobre, sans doute. Un peu comme, lorsqu'on vous explique le "truc" d'un tour, on est toujours un peu déçu de voir à quel point la solution est simple.

 

Si quelques "trucs" sont révélés, une grande partie du mystère reste préservé. Reste un spectacle à l'efficacité redoutable qui vous laisse, au fond des yeux, quelques-unes de ces étoiles que la magie seule sait allumer.

 

 

The closer you think you are, the less you will actually see

Publié le 7 Mars 2013

blanche-neige-doit-mourir nele-neuhausDe Nele Neuhaus

Aux éditions Actes Sud

 

Un squelette humain est retrouvé dans une ancienne cuve de carburant, dans un ancien aéroport militaire. Un peu plus tard, une femme tombe d’un pont. Selon un témoin, elle aurait été poussée. L’enquête conduit Pia Kirchhoff et Oliver von Bodenstein dans le petit village d’Altenhain où la victime, Rita Cramer, a vécu avant son divorce d’avec un certain Hartmut Sartorius. Or, onze ans plus tôt, deux jeunes filles du bourg avaient disparu sans laisser de traces. Sur la foi de maigres indices, un garçon de vingt ans, Tobias Sartorius, avait été arrêté et condamné à dix ans de prison. Depuis quelques jours, Tobias est revenu à Altenhain… L’agression dont sa mère a été victime a-t-elle un lien avec ce retour ? Dans le village, Pia et Bodenstein se heurtent à un mur de silence. Mais bientôt une autre jeune fille disparaît et les habitants accusent Tobias Sartorius, même si ce dernier a toujours clamé son innocence. Les preuves manquent, la police piétine et certains villageois semblent bien décidés à prendre les choses en main.

 

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Le titre et la couverture de cet ouvrage sont alléchants, vous en conviendrez. C’est donc avec plaisir que je me suis plongée dans cette histoire de meurtre. A vrai dire, ce qui m’a surtout plu, c’est l’ambiance oppressante du village, où chacun finit par s’acharner sur une famille entière, mais où règnent surtout l’hypocrisie et les faux-semblants.

 

Au-delà de cette ambiance, l’intrigue est correctement ficelée, assez du moins, pour mener le lecteur par le bout du nez pendant une bonne partie du récit et maintenir son intérêt en éveil jusqu’au dénouement final. Quant aux personnages, ils constituent selon moi le point faible de ce récit en ce sens qu’ils ne m’ont pas inspiré de sentiment particulier, ou à quelques rares exemple près. Je n’ai pas vraiment été avec eux, en quelque sorte.

 

Il m’en reste une lecture agréable, fluide, avec des points plus remarquables que d’autres, mais sans enthousiasme débordant.

 

Lu dans le cadre du
Capture d’écran 2012-06-09 à 19.08.55

 

L’escalier de fer rouillé était étroit et raide. Il tâta le mur pour trouver l’interrupteur. Une seconde après l’ampoule de vingt-cinq watts éclaira l’endroit d’une lumière chiche. La lourde porte de fer s’ouvrit sans bruit. Il en huilait régulièrement les charnières pour qu’elles ne grincent pas quand il venait la voir.

un air chaud mêlé à une odeur sucrée de fleurs fanées l’accueillit. Il ferma soigneusement la porte derrière lui, éclaira et resta un moment immobile. La grande pièce, environ dix mètres de long et cinq de large, était simplement meublée, mais elle avait l’air de s’y sentir bien. Il alla vers l’appareil stéréo et appuya sur la touche Play. La voix rauque de Bryan Adams remplit la pièce. Lui-même n’appréciait pas beaucoup la musique, mais elle aimait le chanteur canadien et il tenait compte de ses goûts. S’il devait la garder cachée, au moins que rien ne lui manque. Comme d’habitude, elle ne dit rien. Elle ne lui parlait pas, ne répondait jamais à ses questions mais cela ne le dérangeait pas. Il poussa de côté le paravent qui partageait discrètement la pièce en deux. Elle était allongée, silencieuse et belle sur le lit étroit, les mains croisées sur la poitrine, la longue chevelure s’élargissant comme un noir éventail autour de sa tête. À côté du lit étaient posées ses chaussures, sur la table de nuit un bouquet de lilas blanc se fanait dans un vase de verre.

— Hello, Blanche-neige, dit-il à voix basse.

Publié le 23 Janvier 2013

le cercleDe Bernard Minier,

aux éditions XO

 

Un coup de fil surgi du passé, un e-mail énigmatique, qui signe peut-être le retour du plus retors des serial-killers, pré­ci­pi­tent le com­man­dant Martin Servaz dans une enquête dan­ge­reuse, la plus per­son­nelle de sa vie.

Un pro­fes­seur de civi­li­sa­tion anti­que assas­siné, un éleveur de chiens dévoré par ses ani­maux… Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville uni­ver­si­taire du Sud-Ouest, et son cercle d’étudiants réu­nis­sant l’élite de la région ?
Confronté à un uni­vers ter­ri­fiant de per­ver­sité, Servaz va rou­vrir d’ancien­nes et ter­ri­bles bles­su­res et faire l’appren­tis­sage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

 

Il est des fois où je peine à rassembler mes pensées pour les constituer en critique, si possible constructive. C'est le cas pour cet ouvrage, avec la difficulté supplémentaire du genre, qui est loin de compter parmi mes favoris.

 

Car de prime abord, ce roman semble être construit sur l'antagonisme entre l'opiniâtre policier et le diabolique criminel. Rien que de très classique, en somme. Puis, peu à peu, cette apparence de banalité s'écaille et l'histoire emprunte des chemins inattendus qui aiguisent l'intérêt du lecteur. 

 

La construction, que l'on sent méthodique et étudiée, sait maintenir le suspense jusqu'au dénouement final. Ici, pas de twist alambiqué, mais une cohérence dont les éléments s'assemblent page après page. Une fin relativement peu spectaculaire, mais qui recèle quand même quelques surprises. Un résultat qui est donc à mon goût.

 

A vrai dire, la seule chose que j'ai vraiment à reprocher à cette histoire, c'est l'impression que tous les personnages ont été traumatisés. Je comprends bien que le roman s'attache à dévoiler les fêlures de ses personnages, mais  on a ici l'impression qu'aucun d'entre eux n'a eu une vie ordinaire. C'est un peu trop pour vraiment s'y attacher.

 

Ce qui fonctionne dans cet ouvrage, au final, c'est l'alchimie générale: une écriture au cordeau qui sait ménager ses effets, une ambiance oppressante. Enfin, une histoire assez peu linéaire qui tisse une solide toile narrative. En un mot : efficace.

 

 

Lu dans le cadre du
Capture d’écran 2012-06-09 à 19.08.55

 

Au début, elle avait exploré sa cage, guetté le moindre bruit. Elle avait cherché le moyen de s'évader, la faille dans son système, le plus petit relâchement de sa part. Puis elle avait cessé de s'en préoccuper. Il n'y avait pas de faille, il n'y avait pas d'espoir. Elle ne se souvenait plus combien de semaines, de mois s'étaient écoulés depuis son enlèvement. Depuis sa vie d'avant. Une fois par semaine environ, peut-être plus, peut-être moins, il lui ordonnait de passer le bras par le judas et lui faisait une injection intraveineuse. C'était douloureux, parce qu'il était maladroit et le liquide épais. Elle perdait connaissance presque aussitôt et, quand elle se réveillait, elle était assise dans la salle à manger, là-haut, dans le lourd fauteuil à haut dossier, les jambes et le torse attachés à son siège. Lavée, parfumée et habillée... Même ses cheveux fleuraient bon le shampooing, même sa bouche d'ordinaire pâteuse et son haleine qu'elle soupçonnait pestilentielle le reste du temps embaumaient le dentifrice et le menthol. Un feu clair pétillait dans l'âtre, des bougies étaient allumées sur la table de bois sombre qui brillait comme un lac, et un fumet délicieux s'élevait des assiettes. Il y avait toujours de la musique classique qui montait de la chaîne stéréo. Comme un animal conditionné, dès qu'elle entendait la musique, qu'elle voyait la lueur des flammes, qu'elle sentait les vêtements propres sur sa peau, elle se mettait littéralement à saliver. Il faut dire qu'avant de l'endormir et de la sortir de son cachot, il la faisait toujours jeûner pendant vingt-quatre heures.

Publié le 27 Décembre 2012

la-ville-des-serpents-d-eau brigitte-aubertDe Brigitte Aubert

aux éditions du Seuil

 

Ennatown, la ville des serpents d'eau : sans histoire, avec son club interconfessionnel, sa bonne conscience, son lot de mâles chasseurs si conventionnels, et leurs épouses qui s'ennuient à mourir, genre Desperate Housewives. Une sérieuse ombre au tableau, toutefois : l'un des leurs, forcément un des leurs, a enlevé cinq gamines il y a plus de dix ans. Quatre ont été retrouvées au fond d'un lac ou d'une rivière. D'où le surnom du mystérieux criminel : le Noyeur. La dernière n'a jamais refait surface...

Et voici justement que surgit de nulle part, sous la neige à la veille de Noël, une petite créature crasseuse en survêtement rose maculé, muette et terrifiée, qui aussitôt s'enfuit avec le citoyen le moins fréquentable d'Ennatown: Black Dog, géant noir un peu demeuré et SDF.

Qui est-elle? Trop jeune pour être la disparue... alors?

Le fantasme collectif repart de plus belle : c'est Black Dog, le Noyeur, évidemment... Et la chasse à l'homme de démarrer.

Seul Limonta, ex-flic alcoolo à la conscience chargée, s'étonne que personne n'ait signalé la disparition d'une enfant de cinq ans...

 

 

 

Un premier chapitre choc, où l'auteur nous plonge, sans ménagement, dans l'enfer d'une enfant séquestrée. A chaque fois que l'on croit avoir lu le plus terrible, on découvre encore plus glauque, l'auteur nous ferrant davantage à chaque ligne.

 

Les deux grandes réussites de cet ouvrage sont tout d'abord d'avoir résisté à la tentation d'étirer trop son intrigue, d'autre part d'avoir su donner à chaque personnage une identité verbale bien spécifique. Son principal défaut, en revanche, est qu'à force de vouloir attirer ailleurs la suspicion de son lecteur, l'auteur oublie de semer les éléments qui se mettent en place à la fin comme les différentes pièces d'un puzzle. Peut-être la dualité de son coupable est-elle crédible du strict point de vue psycho-pathologique, mais je ne suis pas en mesure de juger cet élément. En revanche, je n'ai pas retrouvé ce faisceau d'indices qui vous fait vous écrier à la fin "mais comment n'y ai-je pas songé plus tôt?". Je n'ai pu me résoudre à croire à l'identité du coupable. J'ai même dû relire les dernières pages pour vérifier que je ne m'étais pas trompée...

 

Restent une construction solide, des personnages atypiques (à quelques exceptions près) et un suspense tenace. Un bon ouvrage, qui, sans doute à trop vouloir bien faire a fini par oublier que prendre le lecteur à son propre jeu est aussi un des plaisirs du genre policier.

 

 

Lu dans le cadre du
Capture d’écran 2012-06-09 à 19.08.55

 

Je suis morte il y a treize ans.
J’avais 6 ans.
On m’a retrouvée noyée dans le lac, sous la glace, pas très loin de la maison. Les poches de ma robe étaient bourrées de pierres.
Les poissons avaient dévoré mes doigts et mon visage.
On m’a identifiée à ma taille et à mes vêtements.
Mon joli anorak rose. Mon sac à dos Scooby- Doo.
On m’a enterrée un après- midi de janvier. Il neigeait.
Sur ma tombe, il y a gravé « Susan Lawson 1992- 1998 À notre cher petit ange ».
Quand le cercueil est descendu dans le trou, ma mère s’est mise à hurler. Mon père s’est évanoui.

Moi, j’ai essayé de me boucher les oreilles pour ne plus entendre rire Daddy.
Mais la chaîne était trop courte. Je n’ai pu que crier, les poignets entravés.

Je suis morte il y a treize ans.
Vera Miles avait 6 ans, elle aussi. Elle avait disparu un mois plus tôt. Elle, on ne l’a jamais retrouvée.

Publié le 29 Novembre 2012

apparences-gillian FlynnDe Gillian Flynn

aux éditions Sonatine

 

Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Charlie, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Charlie a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Charlie découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Charlie ne tarde pas à devenir un suspect idéal.

Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Charlie est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

 

 

 

"Don't judge a book by its cover". Connaissez-vous cette expression anglaise? Elle s'applique complètement à cet ouvrage. Car, je dois avouer, ce qui m'a frappé en le recevant, c'est d'abord la laideur de sa couverture (et encore, sur ma version, l'habit est argenté...) Assurément, si je l'avais aperçu en librairie, je ne l'aurais jamais acheté. Le contenu de ce livre est pourtant bien plus intéressant que ne le laisse présager son apparence. Cette couverture est peut-être un clin d'oeil au contenu, en fin de compte.

 

En toute honnêteté, je me suis ennuyée pendant presque toute la première moitié du livre. Mais, preuve qu'il faut parfois savoir persévérer, la deuxième partie s'est révélée beaucoup plus surprenante justement, par opposition à la première. Sans vouloir révéler des éléments-clé de l'intrigue, je dirais simplement que l'auteur s'amuse avec succès à  souffler le chaud et le froid, et, peu à peu, on voit les éléments du piège se refermer un par un autour du personnage.

 

Une partie de l'avis mitigé que je propose de cet ouvrage tient à cette fameuse première partie qui, bien qu'elle pose solidement les bases du récit, aurait gagné à être un peu raccourcie. L'autre partie tient à certains éléments malsains et vraiment dérangeants : pas brillamment dérangeants comme on peut le voir parfois, lorsqu'on en arrive à éprouver de l'admiration pour une intelligence machiavélique. Là, j'ai trouvé certaines choses simplement répugnantes. Sur ce point, j'imagine, chacun aura des perceptions différentes.

 

Au final, un thriller intéressant par la structure de son récit, où l'on découvre successivement le point de vue du mari, puis de l'épouse. Ce procédé n'est pas nouveau, mais il donne à la manipulation du lecteur et des personnages toute sa force. En revanche, je n'ai pas été convaincue par cette histoire, particulièrement par la fin, qui m'a semblé trop invraisemblable.

 

Lu dans le cadre du
Capture d’écran 2012-06-09 à 19.08.55

 

Je n'ai jamais été une emmerdeuse. J'ai toujours été plutôt fière de mon caractère coulant. Alors ça me gonfle, que Nick me force à le harceler.
Je suis prête à vivre avec une certaine dose de laisser-aller, de paresse, d'indolence.
Je me rends compte que, plus que Nick, je suis une personnalité de type A, et j'essaie de faire attention à ne pas lui imposer ma manie du rangement et des listes de choses à faire.
Nick n'est pas le genre de mec qui va penser à passer l'aspirateur ou nettoyer le frigo. Il ne voit pas ce genre de trucs. Très bien. Vraiment.
Mais j'aime bien quand même éviter de tomber au-dessous d'un certain niveau de propreté - je pense qu'il est juste de dire que la poubelle ne devrait pas déborder, et que les assiettes avec les restes du burrito aux haricots séchés dedans ne devraient pas moisir dans l'évier pendant une semaine.
C'est le b.a.-ba d'une bonne colocation entre adultes, rien de plus.
Et Nick ne fait plus rien, alors je suis obligée de le harceler, et ça me gonfle : tu me transformes en ce que je n'ai jamais été et n'ai jamais voulu être, une emmerdeuse, parce que tu n'arrives pas à honorer ta partie d'un contrat très basique.