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Publié le 1 Février 2017

A la maison de Victor Hugo 

Du 17 novembre 2016 au 23 avril 2017 

 

Au départ de ce projet, toute une série d'interrogations : comment faire une exposition sur un poème ? Quels objets présenter ? Et quel poème choisir ? C'est de cette réflexion que va naître l'exposition actuellement présentée au public à la Maison de Victor Hugo. 

 

Le choix du conservateur s'est porté sur un poème de Victor Hugo datant de 1830, et intitulé La pente de la rêverie, que Baudelaire avait qualifié de "premier poème visionnaire". En effet, selon lui, ce dernier annonce, avec vingt ans d'avance, les grands poèmes qu'Hugo rédigera en exil. Ces vers ont ensuite été donnés à 10 classes de lycéens, 8 poètes et 2 artistes contemporains en leur demandant de créer une ou plusieurs oeuvres inspirées par ce poème. Ce sont ces oeuvres que nous présente l'exposition. 

 

Si pour les artistes contemporains, la démarche est moins commentée, il est très intéressant de voir comment les élèves ont appréhendé ce projet. Ce sont dix classes de lycée généraux ou professionnels de l'académie de Créteil qui se sont livrées à l'exercice. Le conservateur ne cache pas que les premiers temps ont parfois été difficiles : pour de nombreux jeunes, la langue de Victor Hugo s'avérait, de prime abord, incompréhensible, trop imagée, trop éloignée du langage moderne. Qu'à cela ne tienne, les professeurs ont entrepris de décortiquer avec eux chaque vers, d'expliquer chaque référence, et de recontextualiser l'oeuvre pour guider leurs élèves vers une compréhension globale. Une fois passée cette première barrière, les lycéens se sont entièrement appropriés le poème, pour livrer des productions très personnelles.

 

 

Ce qui frappe, d'emblée, c'est de voir la diversité des oeuvres proposées, qui vont de la chanson à la vidéo, en passant par la photographie, la mode, l'imprimerie ou encore la conception d'une structure invitant le visiteur à expérimenter lui-même cette pente de la rêverie. Certains, estimant qu'il était impossible aujourd'hui de comprendre le poème sous sa forme première, ont par exemple entrepris de le traduire, puis de le chanter, avec leurs mots à eux. Pour d'autres lycéens, le poème du 19e siècle faisait douloureusement écho aux tristes événements de l'année 2016, et ils en ont tiré un film. Certaines classes ont démembré le texte pour que chaque élève puisse illustrer tel ou tel vers qui l'inspirait le plus, d'autres encore ont choisi de ne présenter qu'une seule oeuvre, fruit d'un travail collectif. 

 

Dans les salles suivantes, ce sont les artistes contemporains Jean-Christophe Ballot et Anne Slacick, respectivement photographe et peintre qui présentent leur travail, ainsi que 8 poètes - Vincent Broqua, Bernard Chambaz, Suzanne Doppelt, Antoine Emaz, Marie Etienne, Isabelle Garron, Virginie Lalucq et Frank Laurent - qui ont chacun écrit une rêverie autour du texte de Victor Hugo ou de l'auteur lui-même. 

 

 

Je dois avouer que les oeuvres contemporaines, pourtant plus abouties esthétiquement, m'ont moins touchée que celle des lycéens, dont on sent davantage la volonté d'appropriation et une certaine fraîcheur dans l'approche du texte, mais également, si j'en crois les visages à la fois souriants et timides croisés lors du vernissage, la fierté de voir leurs oeuvres présentées dans un musée. 

 

Une exposition pleine de surprises sur des approches contemporaines d'un texte du 19e, mais également sur la capacité de l'oeuvre de Victor Hugo à nous parler encore aujourd'hui, malgré les évolutions du langage, de la société et des mentalités. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

 

Plus d'informations sur le site de la Maison de Victor Hugo 

Publié le 16 Août 2016

De Grégoire Leprince-Ringuet 

 

 

Ondine et Paul se sont aimés. Quand elle le quitte, il jure qu'il n'aimera plus. Pour se le prouver, il poursuit la belle Camille, qu'il compte séduire et délaisser.
Mais Camille envoûte Paul qu'elle désire pour elle seule.
Et tandis qu'il succombe au charme de Camille, Paul affronte le souvenir de son amour passé.

 

 

 

 

 

 

 

Il est des objets cinématographiques à part, qui divisent, sans pour autant laisser indifférents. La forêt de quinconces semble de ceux-là, tant les avis que j'ai pu entendre autour de moi divergent. Son concept rebute ou emporte, c'est selon, sans que nul cependant ne conteste son originalité.

 

Et de quoi s'agit-il, justement ? Tout est parti d'une série de textes en vers écrits par Grégoire Leprince-Ringuet, que l'on avait déjà pu découvrir dans Les chansons d'amour ou La Princesse de Montpensier, et qui coiffe ici la triple casquette d'auteur, réalisateur et acteur. Autour de ses textes, il va ainsi construire une histoire : celle d'un jeune homme pris en tenaille entre la femme qu'il a aimée et une nouvelle conquête, entre la souffrance d'être quitté et l'envie de faire souffrir à son tour.

 

 

La forme délicieusement surannée des alexandrins et octosyllabes donne soudain à cette romance contemporaine - dont la trame est pourtant intemporelle - des airs de tragédie classique. Pour être entièrement honnête, avant de jeter un oeil à la genèse du film, j'ai tout d'abord cru qu'il s'agissait d'extraits de pièces de théâtre déjà existantes mises ensemble pour créer quelque chose de nouveau.

 

De ce rythme de la langue si particulier, il découle un décalage poétique qui laisse la place à l'imaginaire, à la magie, à des symboles parfois plus ou moins obscurs, mais qui finissent toujours par trouver leur sens sur l'ensemble du film.

 

 

Un résultat attachant et atypique, parfois gentiment maladroit - mais quoi de normal pour un premier film que de chercher ses marques ? Paul voudrait haïr les femmes, mais n'y arrive pas. Comme si cette haine pouvait lui permettre d'échapper à ses propres blessures...

 

C'est autour d'une demi-douzaine de personnages, chacun rappelant un archétype théâtral revisité - l'amoureux, la confidente, la magicienne, l'amante, le destin (incroyable Thierry Hancisse) - que se construit cette histoire à cheval entre passé et présent mais aux sentiments si universels qu'au fond, sa temporalité importe peu. 

 

 

Si elle comporte encore quelques maladresses, surtout ressenties dans les transitions d'une scène à l'autre, j'ai beaucoup aimé cette Forêt de Quinconces pour la beauté un peu perverse de ses ruptures, la magie trouble de ses rencontres, mais aussi ce langage rythmé, presque chaloupé, par les rimes et les vers. Un film poétique - dans les deux sens du terme - si l'on arrive à s'y abandonner. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 18 Novembre 2015

Recueil de poésie pratique

aux éditions contrepoints

Envie de changer de vie et de tout plaquer ? Aller au bout du monde, sur un bateau, au coin de la rue, ailleurs, plus loin, autrement... Pas possible, pas maintenant, pas le temps, pas le courage, pas l'argent, pas si simple ? Ce petit recueil de poésie pratique est fait pour vous. Un petit quatrain en guise d'escapade en train, une poignée de rimes contre la déprime et quelques vers pour retrouver l'ivresse. Avec Louise sur un nuage, Victor dans les champs, Marceline au creux d'un nid ou Gérard en voiture, partez maintenant et prenez le large sans risque, ou comment résoudre tous vos poèmes en récitant un petit problème. Et vice versa.

 

 

Sous ce titre aguicheur se cache, chose surprenante, un petit recueil de poésie, censé vous apaiser dans les moments de ras-le-bol. Comme on ne recule devant rien dans ces colonnes pour tester les ouvrages en conditions réelles, j'ai attendu jusqu'à un soir de tempête cérébrale pour le découvrir,  de ceux où l'on rentre du travail en pestant, avec des envies de partir sur une île déserte ou au fin fond du Larzac, là où, enfin, on vous ficherait la paix.

 

Me sentant dans l'état d'esprit propice à bénéficier au mieux des vertus supposées de cet ouvrage, je décide dont de l'extirper de ma bibliothèque pour en faire ma lecture du soir. C'est donc à mi-voix - ne sachant lire autrement la poésie - que je me plonge avec délice dans un instant de repos, presque de contemplation.

 

Pour chaque situation - envie de voir la mer, envie de claquer la porte du bureau, ou de partir sur les routes, par exemple - une poésie est proposée au lecteur. Avec cet ouvrage, je fais donc une courte mais paisible promenade en compagnie de Victor Hugo - mon incontournable - et Gérard de Nerval, que je suis toujours heureuse de trouver sur mon chemin, mais également de nouveaux auteurs, jamais rencontrés et déjà complices de mon escapade d'un soir, comme Marcelline Desbordes-Valmore ou Théodore de Banville, aperçus au loin. Si je goûte moins les vers de quelques autres compagnons de voyage, je me dis que je les apprécierai peut-être davantage en les croisant à l'avenir sur de nouveaux chemins. 

 

Un minuscule regret cependant : l'impression en noir sur fond bleu, qui limite parfois le confort de lecture. 

 

En refermant ce petit livre, je me sens effectivement apaisée : j'ai découvert de jolis mots, croisé la route de nouveaux auteurs qu'il me tarde de connaître plus en détail, et retrouvé mon calme. Le traitement est donc un succès!

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

 

Le poète s'en va dans les champs ; il admire,
Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,
Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,
Celles qui des paons même éclipseraient les queues,
Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,
Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets,
De petits airs penchés ou de grands airs coquets,
Et, familièrement, car cela sied aux belles :
- Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles.
Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix,
Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables,
Les saules tout ridés, les chênes vénérables,
L'orme au branchage noir, de mousse appesanti,
Comme les ulémas quand paraît le muphti,
Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre
Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre,
Contemplent de son front la sereine lueur,
Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !

VICTOR HUGO

Publié le 19 Mars 2014

De Gonzague Saint Bris

Aux éditions Grasset

 

Deux cents ans après sa naissance et un siècle et demi après sa disparition, Alfred de Musset demeure une énigme. Car si son œuvre poétique est célèbre, sa vie reste reste une inconnue. Enfant terrible et précoce, prince du paradoxe perpétuellement déchiré entre angélisme et débauche, entre fêtes et larmes, il est l'incarnation par sa jeunesse, sa beauté et son immense talent, du romantisme le plus absolu. Pourtant, cet écrivain génial demeure, malgré le succès, un incompris magnifique et fragile. "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" : Musset boira jusqu'à la lie les poisons de la vie. Victime d'hallucinations névrotiques, il est ce dépravé qui s'abîme dans l'alcool et la drogue. Ses amours toujours recommencées le renvoient à son inguérissable solitude et au lent dégoût de lui-même. Préfigurant l'image du poète maudit, âme insaisissable, il refusa de faire carrière et de fonder une famille, ne vécut au fond que pour son œuvre. Il y trouva non seulement une manière d'exister, mais encore d'exprimer son intimité douloureuse. C'est ce qui lui donne sans doute, à l'heure de son bicentenaire, cet aspect inimitable et sa saisissante modernité.

 

 

Pendant longtemps - et sans doute n'en suis-je pas encore totalement à l'abri - j'ai confondu Alfred de Vigny et Alfred de Musset. Même époque, même prénom, une particule et tous deux poètes romantiques, pas de quoi m'aider ! Et puis, un jour, j'ai décidé de résoudre cette ennuyeuse confusion et acheté cet ouvrage pour en apprendre plus.

 

Cette biographie, rédigée par Gonzague Saint Bris, a le mérite d'entremêler la vie du poète et son oeuvre, ce qui permet d'emblée d'expliquer certains aspects de cette dernière sans tomber dans l'étude de texte formelle. On y découvre un homme à fleur de peau, impulsif, jaloux et malade d'être trop sensible, un poète précoce qui ne savait rien faire à moitié et qui par conséquent, a versé dans tous les excès. Bref, le genre d'homme invivable qui attire pourtant la compassion. 

 

Un livre bien fait, qui donne envie de s'intéresser de plus près à l'oeuvre de Musset, et, dans mon cas, également à celle de Vigny, histoire d'achever de ne plus les confondre !

Quand la passion emporte l'homme, la raison le suit en pleurant et en l'avertissant du danger; mais dès que l'homme s'est arrêté à la voix de la raison, dès qu'il s'est dit : C'est vrai, je suis fou, où allais-je ? La passion lui crie : Et moi, je vais donc mourir ?

Publié le 22 Août 2011

fenetres-sur-mots-arielle-thomannD'Arielle Thomann

 

Je ne suis pas une théoricienne de la poésie, loin de là. Je suis incapable de déterminer par exemple si un texte est moderne, ou correspond à des formes anciennes.

 

J'aborde donc la poésie de façon très instinctive, et, puisque j'ai des difficultés à saisir la poésie "dans ma tête", il me faut pour la comprendre et l'apprécier lire les textes à voix haute. C'est seulement ainsi, que se révèlent pour moi la beauté des vers, le chant des mots, et leur sens même.

 

Très vite, j'ai été enchantée par ces poèmes, dont les mots roulent sous la langue avec facilité. Je ne saurais donner un avis éclairé sur ces textes, en les décortiquant, en les analysant, en fournissant des arguments rationnels. C'est donc un simple sentiment, tout à fait personnel et qui n'engage que moi que je vous livre ici. Mais ce sentiment d'avoir lu quelque chose confinant au merveilleux est tenace, au point de laisser cet ouvrage vagabonder dans l'appartement, pour avoir le plaisir de l'ouvrir, au hasard, et d'en relire des fragments.

 

 

Merci aux "agents littéraires" pour m'avoir fait découvrir cet ouvrage

 

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Rêve de noyés

Naufragés consentants que les courants balayent
deux amants succombant aux pourpres du sommeil
coulent vers les abysses

leurs membres emmêlés
bouquet d'algues
traversent
bercés par les marées
des prairies alanguies où le temps jette l'ancre

Mélodie tapissant la grotte sous-marine
où l'éternité glisse un rêve de noyés
la musique les baigne et dans ses plis caresse
l'icône évanescente et frêle d'un baiser.