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Publié le 30 Mars 2017

 

Comment concevoir, ex-nihilo, un musée ? Lorsqu'on parle de parfum, qu'exposer mis à part les flacons? Comment parler du parfum lui-même au public d'aujourd'hui ? D'ordinaire, ce sont les grandes maisons elles-mêmes qui créent ce genre de musée, en s'appuyant aussi bien sur l'histoire de leur marque, que sur leur savoir-faire et leur patrimoine industriel ou intellectuel. Ici, pour parler du parfum lui-même, les créateurs ont fait le choix du design, pour un musée qui se visite davantage à la manière d'une oeuvre d'art contemporain interactive que d'un musée plus traditionnel.

 

Rendez-vous est pris dans la très chic avenue Saint-Honoré, à Paris, où le musée à été conçu dans un ancien hôtel particulier. La visite commence au sous-sol avec un petit historique du parfum, depuis les premières fragrances connues, en Egypte antique, jusqu'à ses usages hygiéniques, en passant par les vertus médicinales qui lui ont longtemps été attribuées. L'occasion d'exposer quelques objets entourant son utilisation comme ces petits flacons portés au bout dune chaînette ou encore des représentations de médecins pendant les épidémies de peste. Enfin, l'invention de la parfumerie moderne est matérialisée par les meubles d'une parfumerie second Empire, prêtés par le Musée Canavalet et quelques flacons emblématiques du 20e siècle.

 

Mais le parfum est surtout intimement lié à la séduction. Le musée évoque alors des personnages qui ont fait du parfum une arme de conquête redoutable, de Cléopâtre à Louise Brooks, en passant par l'impératrice Eugénie, Louis XIV, ou encore Casanova. 

 

 

Au premier étage, le visiteur accède à un laboratoire chic, où l'on interroge ce qui compose une odeur. On y isole certaines senteurs de la rose par exemple, ainsi que d'autres, plus insolites, comme les phéromones (a priori que seuls 30% des personnes sont capables de sentir).

 

C'est également l'occasion de constater à quel point la mémoire olfactive est intimement personnelle, tant chaque odeur réveille des souvenirs ou s'associe immédiatement à d'autres pensées. Sont également diffusées d'autres odeurs, interdites ou ambigües dont je ne vous préciserai pas la teneur afin de laisser place à la surprise...  

 

 

Un peu plus loin, un chemin de cloches géantes, ludique et immersif, permet de se promener au milieu des parfums. Le visiteur est invité à déambuler, sentir, deviner, et à vérifier ensuite s'il a bien identifié l'odeur en question. Cela donne l'impression d'un jardin de senteurs à la fois graphique et poétique, où les fleurs se pencheraient pour vous offrir leur parfum. Aussi surprenant pour les yeux que pour le nez ! 

 

 

Au dernier étage, le musée s'intéresse aux molécules et matières premières qui composent le parfum, qu'elles soient naturelles ou de synthèse. Ce sont pas moins de 25 qui nous sont ainsi présentées sous la force de boules métalliques que le visiteur est invité à saisir, pour les sentir, avant de les porter à son oreille pour écouter son histoire et découvrir ses particularités.

 

Puis, un boudoir s'intéresse aux hommes et aux femmes qui font le parfum : nez, créateurs, directeurs de grandes maisons, des témoignages vidéos que l'on lance en appuyant sur un vaporisateur et que l'on regarde dans le miroir, assis à sa coiffeuse. 

 

 

Enfin, le musée présente une oeuvre artistique inspirée de l'orgue à parfums. Ce terme, qui désigne à l'origine le meuble dans lequel le parfumeur range ses flacons de matière première. D'ailleurs, ne parle-t-on pas de "note" - fruitée, boisée, florale ? Cet orgue à parfums devient ici un véritable instrument de musique : chaque rai de lumière traverse un des nombreux prismes représentant les ingrédients de base, associé à une note de musique à une longueur - représentant la durée de chaque essence - pour finir sa course dans le flacon central - le parfum achevé. Chaque séquence musicale reflète donc une véritable composition olfactive. Une installation en son et lumière aussi intrigante qu'hypnotique.

 

On est loin de l'image traditionnelle du musée, centrée sur des objets exposés et sur la transmission de savoirs. La visite est ici résolument interactive, centrée sur le parfum lui-même, et le musée affiche sa volonté, à la manière de l'art contemporain avec lesquels les liens sont évidents, de faire, avant tout, vivre une expérience au visiteur.  

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5 

 

Plus de renseignements :

http://www.grandmuseeduparfum.fr/

Publié le 12 Août 2015

Cela faisait longtemps que mon dramaturge français préféré n'était pas apparu dans ces colonnes. Je dis dramaturge, car malgré la quantité phénoménale d'écrits de toute forme que Victor Hugo a pu produire, je ne peux me vanter d'être familière qu'avec ses oeuvres théâtrales. Si ma mémoire est bonne, la dernière fois qu'il a été évoqué ici, c'était à l'occasion d'une pièce, précisément, intitulée Victor Hugo, mon amour qui m'avait profondément émue. Car plus que pour tout autre écrivain, j'ai un attachement tout particulier à l'oeuvre de Victor Hugo : Parce que c'est avec sa Lucrèce Borgia que j'ai connu mon premier choc théâtral, parce c'est avec lui que j'ai plongé dans les centaines de lettres que compte sa correspondance avec Juliette Drouet pour écrire mon premier dialogue, et joué pour la première fois dans l'écrin de velours rouge d'un théâtre à l'italienne en interprétant cette magnifique amante. C'est aussi à cause de lui que j'ai pris mon premier râteau lorsque, amoureuse du jeune homme qui jouait son rôle, j'ai appris à ne pas confondre l'espace de la scène avec la réalité : Victor Hugo est donc indissociable de ma passion pour les planches. Depuis ces années de découverte, le théâtre a cédé la place à l'opéra de façon inattendue, mais je garde une tendresse particulière pour ce grand homme qui fait, d'une certaine manière, partie de ma vie.

 

Depuis que j'habite la capitale, j'avais saisi l'occasion de fleurir sa tombe au Panthéon, mais pas encore de visiter sa maison, Place des Vosges. C'est vous dire avec quelle immense joie j'ai répondu présent à l'invitation de Gérard Audinet, directeur des maisons de Victor Hugo de Paris et Guernesey,  à participer à l'accrochage organisé pour la réouverture des appartements après rénovation. N'ayant pas vu les salles avant travaux, je serais bien en peine de vous donner mon impression sur les changements effectués et me concentrerai donc sur la façon dont les salles s'organisent à présent.

 

La progression dans les appartements du deuxième étage s'effectue de façon chronologique, évoquant les différentes étapes de sa vie avant, pendant et après l'exil. On peut y admirer des oeuvres mettant en scène sa vie de famille, comme des dessins réalisés de la main d'Adèle, son épouse, ou ce portrait de Léopoldine, sa fille aînée tragiquement décédée à l'âge de 19 ans. Son oeuvre est également abondamment illustrée, avec par exemple cette très belle peinture de Luc-Olivier Merson représentant une scène clé de Notre-Dame de Paris qui a tout particulièrement attiré mon attention.


Parmi les autres éléments notables, on y découvre les goûts et talents de Victor Hugo  en matière de décoration. Cela peut paraître à la fois déroutant et très moderne, avec l'utilisation d'éléments de récupération, comme ces bobines composant le lustre, ou des réassemblages de plusieurs meubles d'époques et de styles différents pour créer des pièces de mobilier uniques - et parfois assez peu fonctionnelles. Le genre de fantaisies que l'on peut également trouver à Hauteville house, sur l'île de Guernesey ou l'écrivain a passé 14 ans pendant le règne de Napoléon III qu'il surnommait "le petit".

 

La dernière partie du musée - la plus changée par rapport au précédent agencement, si j'ai bien compris, est la plus émouvante. Elle évoque le retour d'exil et la vieillesse de Victor Hugo marquée notamment la perte de ses deux fils. Le bureau, entièrement tendu de vert comme l'était celui de son dernier refuge, rue d'Eylau, expose notamment le bureau auquel il travaillait debout, ainsi qu'un buste puissant sorti de l'atelier de Rodin. On y trouve également un touchant portrait de Juliette Drouet âgée, l'amante fidèle qui l'aura accompagné dans toutes les épreuves de sa longue vie, jusqu'à sa propre mort, en 1883. La visite se clôture par chambre de l'écrivain, où trône le lit qui l'a vu mourir, meuble que l'on peut reconnaître sur certaines de ses représentations mortuaires,  pratique courante à l'époque.

Je pourrais vous raconter encore de nombreux détails et impressions sur la visite de ces lieux, mais le mieux est encore de venir découvrir par vous-même cette maison remplie d'objets évoquant autant l'homme que l'écrivain.

 

Cerise sur le gâteau : l'entrée des collections permanentes est gratuite ! Toutefois, si le coeur vous en dit, vous pourrez toujours, lors de votre visite, déposer une contribution pour soutenir le musée !

Maison de Victor Hugo

6, place des Vosges

75004 Paris

6 place des Vosges
75004 Paris
6 place des Vosges
75004 Paris
6 place des Vosges
75004 Paris