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Publié le 9 Décembre 2016

De Morgan Neville 

 

Avec humour, tendresse et émotion, The Music of Strangers nous raconte l’histoire de personnes exceptionnelles de talent, d’humilité et de générosité, des musiciens prodigieux venus du monde entier et rassemblés à l’initiative de Yo-Yo Ma. 


Des plus grandes salles de concert européennes aux camps de réfugiés de Jordanie, des rives du Bosphore aux montagnes chinoises, ces virtuoses unissent leur art et leurs cultures et font la démonstration qu'avec des idées simples et des convictions fortes, on peut changer le monde.

 

 

 

 

Ce documentaire s'intéresse au projet Silk Road Ensemble initié par le violoncelliste Yo-Yo Ma. Le principe : réunir des musiciens du monde entier, avec leurs origines, leur culture et leurs instruments pour créer quelque chose de nouveau. Il ne s'agit donc pas d'abandonner ses traditions musicales, mais de voir ce qui peut arriver lorsque autant d'influences se rencontrent. 

 

Autant vous dire que, dès le début, cette idée m'a intriguée. D'abord parce que l'initiative vient d'un musicien classique, un domaine où il est parfois mal vu de sortir des rails.  Ensuite, parce que je suis persuadée qu'une tradition - musicale ou autre - doit évoluer pour passer d'une génération à l'autre, pour que chacun puisse se l'approprier : c'est ce qui lui donne son sens et la garde vivante : la figer artificiellement revient à la condamner, à terme. Parce qu'une musique traditionnelle ne vit pas par elle-même mais au travers des musiciens qui l'interprètent et des personnes en qui ces musiques trouvent écho. C'est une affaire d'hommes et de femmes avant d'être une théorie culturelle. 

 

 

Au delà du simple mélange des traditions musicales théoriques, The Music of Strangers s'intéresse donc au parcours de plusieurs artistes qui composent ce Silk Road Ensemble : Yo-Yo Ma, violoncelliste américain d'origine chinoise, la galicienne Cristina Pato, joueuse de gaïta, Wu Man, joueuse chinoise de pipa, le clarinettiste syrien Kinan Azmeh, et l'iranien Kayhan Kalhor, joueur de kamancheh.

 

En suivant leurs histoires personnelles, on prend conscience, davantage encore, du fait que les musiciens ne sont pas des artistes "hors sol". Leur musique, même traditionnelle, s'enracine aussi bien dans leur identité culturelle que dans leur parcours personnel. Et leur engagement  découle, non d'une réflexion fumeuse sur l'état du monde, mais d'un ancrage profond dans la réalité. Kinan Azmeh par exemple, s'interroge : y-a-t-il encore du sens, lorsqu'on est syrien aujourd'hui, de jouer de la musique ? Comment cette musique pourrait-elle être d'une quelconque utilité à ceux qui meurent dans le conflit, à ceux qui ont faim ou froid ? Sans chercher une solution universelle et sans moralisme sirupeux, il va, à son niveau, apporter une réponse personnelle à ces questionnements, pour redonner du sens à son art. 

 

 

Derrière les visages de ces artistes, on découvre des histoires personnelles parfois tragiques, souvent complexes. Mais au delà de leur propre destin, se sont des questionnements universels qui se dessinent, trouvant écho dans toutes les cultures qu'ils représentent. Mais ce qui frappe surtout, chez tous, c'est leur attachement viscéral à leur culture, la conscience de s'enraciner dans un pays, sur une terre avec une histoire, une musique, une langue, quelque chose d'unique et de farouche. Paradoxalement, c'est grâce à ce sentiment d'appartenance qu'ils trouvent la stabilité pour s'ouvrir sur le monde et s'enrichir au contact d'autres cultures, sans risque de se perdre. 

 

 

Malgré quelques baisses d'intensité en cours de route, The Music of Strangers s'avère une réflexion sur les aspirations les plus profondes de l'être humain, mais également sur le pouvoir de la musique. Il nous donne à entendre des morceaux d'ensemble à l'énergie explosive et à l'enthousiasme incroyablement communicatif. Ce film montre l'individu comme le collectif en un seul et même élan, avec l'espoir de ces musiciens de représenter, à leur échelle, l'image de d'une paix possible. Un rêve sans doute utopique, mais auquel on a tellement envie de croire avec eux ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 29 Mars 2016

De Jennifer Yuh et Alessandro Carloni

 

Po avait toujours cru son père panda disparu, mais le voilà qui réapparaît ! Enfin réunis, père et fils vont voyager jusqu’au village secret des pandas. Ils y feront la connaissance de certains de leurs semblables, tous plus étonnants les uns que les autres. Mais lorsque le maléfique Kaï décide de s’attaquer aux plus grands maîtres du kung-fu à travers toute la Chine, Po va devoir réussir l’impossible : transformer une horde de pandas maladroits et rigolards en experts des arts martiaux! 

 

 

 

 

 

Si j'avais bien aimé le premier et deuxième opus de Kung-fu Panda (ici et ici - de quoi constater que l'écriture mûrit, avec les années...) c'était surtout pour leur rythme alternant efficacement gags et scènes de combats. Surtout, ils faisaient partie de ces films d'animation que l'on pouvait apprécier quel que soit son âge. 

 

Ce troisième opus ne fait pas exception à la règle, et c'est tant mieux. On plonge ainsi dans un univers familier sans pour autant être lassant, et que je découvre pour la première fois en 3D, technologie qui met en valeur l'animation, notamment dans ses références à la peinture chinoise. On y retrouve un Po aguerri aux techniques de combat mais qui ignore encore qui il est vraiment. Lorsqu'il découvre son véritable père, parti à sa recherche, il va devoir s'approprier son identité complexe pour maîtriser le Qi (lire Chi) et vaincre un nouvel ennemi, venu du royaume des esprits. 

 

 

Po retourne alors dans son village natal, caché dans les montagnes, pour vivre la vie d'un panda ordinaire et retrouver son élément naturel. Il apprend une vie tranquille, faite de siestes, de roulé-boulés dans l'herbe - c'est vrai, pourquoi marcher quand on peut se laisser rouler - de repas gargantuesques et de câlins collectifs... 

 

On aime retrouver l'univers familier de Kung-fu Panda, son caractère de grand enfant - son père n'est pas mieux, vous verrez - et ses maladresses, le tout porté par la voix française de Manu Payet, qui semble toujours très à l'aise avec les facéties de son personnage. C'est avec un grand plaisir également, que l'on entend en Maître Shifu la voix si particulière de Pierre Arditi, avec toute la sagesse dont le sang-froid est mis à mal, situation propice à de bons gags.  

 

J'ai beaucoup aimé les nouvelles références à la culture chinoise, comme l'utilisation de la symbolique du jade, mais également la signature sonore du méchant et les effets de lumière que les animateurs ont créés autour de cette pierre et de ses armes. Le scénario est plutôt convenu, mais cela n'a jamais été un facteur déterminant depuis le début de la saga et en ce sens, il n'y pas de mauvaise surprise de ce point de vue-là. 

 

On aime replonger dans l'univers de ce panda si attachant et maladroit, sorte d'éternel adulescent bon vivant dans lequel, peut-être, on reconnaît un peu ce qu'on aimerait oser si on n'était pas obligé d'être si sérieux, parfois. Oui aux siestes interminables, oui aux roulé-boulés, oui aux câlins! 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 10 Janvier 2014

Au Cirque Phénix

Avec les étoiles du cirque de Pékin

 

J'ai toujours eu un goût particulier pour le cirque car ce spectacle a le don de vous faire retomber en enfance. Dès que l'on pénètre sous le grand chapiteau, où se mélangent l'odeur du popcorn et celle de la barbe à papa, on a de nouveau cinq ans, et les yeux plein d'étoiles...

 

L'Empereur de Jade nous raconte la naissance des douze signes du zodiaque chinois. Chaque signe est alors représenté par un ou plusieur numéros. Un concept qui permet habilement de mettre bout à bout des numéros très différents sans que la cohésion d'ensemble n'en souffre.

 

Quant aux numéros, ils allient prouesses physiques et beauté esthétique, comme il se doit. Tous sont excellents à leur manière et chacun apporte quelque chose de différent, mais ils ont tous quelque chose en commun : à chaque fois que l'on croit avoir vu le plus impressionnant, ils rajoutent une difficulté supplémentaire. C'est souvent le principe, dans le cirque, me direz-vous, mais ici, ils vont largement au delà de notre propre imagination. A chaque fois, on en ressort plus admiratif que jamais. Un spectacle à couper le souffle, la magie du cirque comme on l'adore, à tout âge !

Publié le 21 Mai 2013

De Wong Kar-Wai

 

Chine, 1936. Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (un des divers styles de kung-fu) et futur mentor de Bruce Lee, mène une vie prospère à Foshan où il partage son temps entre sa famille et les arts-martiaux. C'est à ce moment que le Grand-maître Baosen, à la tête de l'Ordre des Arts Martiaux Chinois, cherche son successeur.

Pour sa cérémonie d'adieux, il se rend à Foshan, avec sa fille Gong Er, elle-même maître du style Ba Gua et la seule à connaître la figure mortelle des 64 mains. Lors de cette cérémonie, Ip Man affronte les grand maîtres du Sud et fait alors la connaissance de Gong Er en qui il trouve son égal.

Peu de temps après, le Grand-maître Baosen est assassiné par l'un de ses disciples, puis, entre 1937 et 1945, l'occupation japonaise plonge le pays dans le chaos. Divisions et complots naissent alors au sein des différentes écoles d'arts martiaux, poussant Ip Man et Gong Er à prendre des décisions qui changeront leur vie à jamais...

 

 

 

Wong Kar Wai, c'est pour moi l'ambiance éthérée de In the mood for love, avec ces amours qui ne s'avouent pas, une esthétique marquée et une certaine contemplativité. Alors, lorsqu'on a commencé à parler de The Grandmaster, deux choses se sont d'emblée imposées à moi : premièrement, le kung-fu n'est à priori pas mon truc, exception  cependant faite lorsque cette discipline est pratiquée par un panda rondouillard. Allez donc savoir pourquoi ! Deuxième chose, j'avais du mal à voir comment Wong Kar Wai allait pouvoir traiter ce thème sans perdre ce qui fait toute l'âme de ces films.

 

Et puis, lorsque l'on me l'a conseillé, je me suis décidée à y aller.

 

Le résultat est surprenant car l'esthétique du réalisateur est parfaitement préservée. Appliquée aux scènes de combat elle les sublime sans qu'elles n'en perdent leur énergie. Ce qui est intéressant, c'est que l'on y aborde les différentes branches de ce que l'on appelle communément kung-fu en occident. A vrai dire, sans rien y connaître, cela m'a décontenancée, mais surtout intrigué. J'ai heureusement bénéficié des lumières de M. Lalune qui a pu clarifier un peu tout cela.

 

Ce qui m'étonne toujours, dans les films asiatiques, c'est le jeu des acteurs. Si l'on excepte des pays comme l'Inde où tout semble communément surjoué - fait qui s'explique par la nécessité de faire passer l'histoire dans un pays aux multiples langues - les autres grands pays producteurs de cinéma, je pense notamment à la Chine, à la Corée, au Japon, semblent privilégier un jeu épuré, à la limite de l'inexpressivité. Et pourtant... j'admire la capacité de ces acteurs  à véhiculer des sentiments intérieurs sans presque rien laisser paraître à l'extérieur. J'avais déjà évoqué à ce sujet la prestation de Gong Li dans la cité interdite qui excellait à faire ressentir la rage intérieure de l'impératrice avec presque rien. Ici, c'est Tony Leung qui est saisissant. Dans une discussion avec le personnage interprété par Zhang Ziyi, on voit bien, plan après plan, que son visage ne montre aucune expression, et pourtant, on croit suivre tout le cheminement de sa pensée et de ses sentiments. Peut-être est-ce une simple projection de l'imagination du spectateur, mais je crois sincèrement qu'il y a autre chose, et que le grand talent de ce type d'acteur réside justement là, dans cette économie d'effets. Sans doute cela découle-t-il également d'une culture ou les états d'âme individuels doivent se faire discrets. Toutes ces considérations ne sont bien sûr que le reflet de ce que j'ai pu voir de ces cinémas asiatiques, échantillon forcément trop limité pour avoir une réelle vue d'ensemble.

 

The Grandmaster n'est donc au fond par un film de kung-fu à proprement parler. Si elle est présente, cette discipline n'est presque qu'un prétexte à développer des thèmes bien plus universels et plus forts. Reste un film d'une incroyable beauté formelle, qui retrace le parcours tourmenté d'un homme pris dans l'histoire et entièrement voué à son Art.

Publié le 8 Octobre 2011

secret_des_poignard_volants_yimou_film.jpgDe Zhang Yimou

 

En cette année 859, la Chine est ravagée par les conflits. La dynastie Tang, autrefois prospère, est sur le déclin, et le gouvernement corrompu s'épuise à lutter contre les groupes de rebelles toujours plus nombreux qui se dressent contre lui. La plus puissante de ces armées révolutionnaires et la plus prestigieuse de toutes est la Maison des Poignards Volants .

Deux capitaines, Leo et Jin sont envoyés pour capturer le mystérieux chef de cette redoutable armée. Ils élaborent un plan : Jin se fera passer pour un combattant solitaire nommé Wind, se portera au secours de la belle révolutionnaire aveugle Mei et la fera sortir de prison. Gagnant ainsi sa confiance, il l'escortera jusqu'au quartier général secret de la Maison des Poignards Volants.

 

 

A vrai dire, je suis une grande admiratrice du travail du réalisateur Zhang Yimou, dont le magnifique Hero compte parmi mes films préférés, dont le foisonnant Cité interdite m'avait  marqué pour son jeu d'acteurs et dont le très sobre épouses et concubines avait su me séduire. Malheureusement pour moi, ce secret des poignards volants fera exception. Si l'on retrouve dans ce film un goût prononcé pour les tableaux vivants avec des décors colorés très marqués, que j'apprécie particulièrement, je n'ai cependant jamais réussi à croire à cette histoire. Des invraisemblances éventent très vite les ficelles de ce qui est censé être un scénario à rebondissements et l'émotion ne prend pas vraiment.

 

La facture du film, les acteurs, la musique, les décors travaillés, tout est correct, mais quant on ne croit pas ce qui est montré, rien n'y fait. Consciencieuse, j'ai tout de même voulu aller jusqu'à la fin, mais j'étais tellement détachée de l'histoire à ce moment-là qu'elle m'a semblé presque grotesque, et j'ai davantage eu envie de rire que de pleurer.

 

J'attends tout de même avec impatience de me réconcilier avec ce réalisateur, en espérant que ce film n'est qu'un accident de parcours.

Publié le 28 Juin 2011

kung-fu-panda-2_affiche-.jpgDe Jennifer Yuh

 

Le rêve de Po s'est réalisé. Il est devenu le Guerrier Dragon, qui protège la Vallée de la Paix avec ses amis les Cinq Cyclones : Tigresse, Grue, Mante, Vipère et Singe. Mais cette vie topissime est menacée par un nouvel ennemi, décidé à conquérir la Chine et anéantir le kung-fu à l'aide d'une arme secrète et indestructible. Comment Po pourra-t-il triompher d'une arme plus forte que le kung-fu ? Il devra se tourner vers son passé et découvrir le secret de ses mystérieuses origines. Alors seulement, il pourra libérer la force nécessaire pour vaincre.

 

 

On craint toujours les suites, qui statistiquement sont souvent moins bonnes que le premier opus. A vrai dire, je n'étais pas tout à fait sûre de vouloir aller voir ce film, mais comme j'étais en bonne compagnie, j'ai saisi l'occasion.

 

Je n'avais pas bien compris pourquoi le premier avait été boudé par les critiques. Pour ma part, j'avais trouvé les graphismes fort sympathiques, et l'ensemble très divertissant.

Pour ce second (deuxième ?) opus, la magie opère à nouveau, avec d'excellents combats. Chapeau bas à l'animation du paon, sublime. Un cocktail réussi, avec un peu moins de gags et un peu plus d'action que dans le premier, et qui démarre au quart de tour. Tout cela fonctionne du tonnerre, même lorsqu'on est (à peu près) adulte. Alors pourquoi s'en priver ?

Publié le 5 Juin 2011

epouses-et-concubines_affiche.jpgDe Zhang Yimou



En Chine aux environs des années 30, la société féodale connaît des rites particuliers quant aux harems entretenus par les " seigneurs ". L'un d'eux vient de prendre une quatrième épouse, ce qui excite la jalousie des précédentes, lesquelles ont régné, à tour de rôle, sur le palais.

 

 

 

 

 

 



Je suis une grande fan du travail de Zhang Yimou. Avant ce film, j'en avais vu deux : Hero (qui compte au nombre de mes films favoris), et la Cité interdite. Graphiquement, on retrouve dans ces deux oeuvres des partis pris esthétiques forts, omniprésents même, mais très différents. Là ou le premier cherche l'épure des forme et des lignes avec de belles couleurs, le deuxième charge le cadre à outrance, usant sans limite du doré et du jaune impérial.

Dans épouses et concubines, bien antérieur (1991), on retrouve cette recherche esthétique, mais elle est beaucoup moins omniprésente. Les éclairages rouges troublent, le gris des cours et leur verticalité créent des espaces rigides comme des barreaux de prison. Les bruits renforcent la dramaturgie : la troisième épouse qui chante, les ordres du majordome dont l'écho se répercute dans les maisons. Et surtout celui, omniprésent, des instruments de massage, symboles des faveurs du maître, et donc, de pouvoir. Ce pouvoir qui passe d'une épouse à l'autre et qu'elles tentent à tout prix de conserver au moyen d'intrigues ou de mensonges. Ce n'est pas par amour qu'elles se disputent le maître. Simplement, elles n'existent plus qu'à travers ces lanternes que l'on allume devant la maison de l'élue du jour.

Un très beau film, où le poids des traditions et l'asservissement des femmes poussent au désespoir celles qui refusent de se résigner. Gong Li fait déjà montre d'un remarquable jeu intériorisé, qui sera à son apogée dans la Cité interdite, 16 ans plus tard.

Et si je vous dis que ce film est l'adaptation d'un roman,vous en déduirez sûrement, à raison d'ailleurs, qu'il figure désormais dans ma LAL !

 

Publié le 22 Mai 2011

detective-dee_affiche.jpgDe Tsui Hark
 

Le film s'inspire d'un véritable cas, qui fut résolu par un détective de la Dynastie Tang. Suite à une importante série de meurtres, on commence à penser à repousser l'intronisation de l'Impératrice Wu, seule leader féminine en Chine. Voulant éviter cela à tout prix elle fait appel au détective Dee, un opposant qu'elle avait envoyé en exil huit ans auparavant.

 

 

 

 



Quelques belles images, un scénario prometteur, des cadrages étudiés. MAIS: des effets spéciaux datant d'y il a 20 ans, des scènes de combat mal filmées, des effets de style brouillon, des entremêlements de genre qui rendent incompréhensibles certains passages, voire presque ennuyeux. Oui, car lorsqu'on ne comprend plus l'histoire, on décroche vite.

Par exemple, repousser d'une main l'idée du surnaturel et des superstitions dans l'élucidation des décès suspects pour les ramener de l'autre dans le reste de l'histoire m'a paru complètement incohérent. D'autre part, les sentiments qui animent les personnages principaux ne sont pas clairs, et certaines réactions ne semblent pas logiques (peut-être uniquement à mes yeux d'occidentale, notez bien) Quant aux multiples fils de cette histoire, ils auraient sans doute gagnés à être moins nombreux pour que les émotions et le récit gagnent en clarté. Ne reste même pas l'excuse d'un récit disparaissant sous une beauté transcendante comme c'est le cas par exemple chez son compatriote Zhang Yimou (parfois, ses films sont même tellement beaux qu'on finit par se moquer éperdument de l'histoire, en se laissant simplement éblouir par la beauté des images - Hero, selon moi, en est le meilleur exemple).

En bref, un film trop brouillon, où le réalisateur semble avoir voulu placer trop de choses pour que l'ensemble tienne et soit cohérent et/ou harmonieux.

 

Publié le 11 Décembre 2010

sonate interditeDe Taiping Shangdi

aux éditions Labyrinthes
 


À la fin du XIX siècle, l'Empire du Milieu n'est plus que l'ombre de lui-même. Soumise à des pressions occidentales, affaiblie par une dynastie régnante plus préoccupée de son image que du bien-être de ses sujets.La Chine bascule lentement aux mains des Européens.
Au sein de la Cité Interdite où tout n'est plus que masques et intrigues, Sourcil de paon, dame de cour mandchoue, est entrée au service de Joyau incomparable, une des concubines impériales.
Lorsqu'elle découvre un livre à l'écriture inconnue, et qu'il lui est bientôt dérobé, Sourcil de paon s'inquiète.
Elle serait bien plus alarmée si elle savait que ce texte mystérieux va entraîner la mort de plusieurs personnes et un incendie mémorable au coeur de la Cité millénaire...



J'aime les romans historiques, et particulièrement les romans de cour, où les sombres intrigues rampent au milieu du luxe et du raffinement. Ici, nous pénétrons avec l'héroïne, Sourcil de Paon, dans la Cité interdite. Mais les valeurs ancestrales de la Chine déclinent, sous la pression de plus en plus grande des "nez pointus" venus d'Occident avec leurs moeurs grossières, leurs inventions démoniaques et leur dieu unique.


J'aime les histoires de choc de civilisations. Ici, malgré l'espace clos que constitue la Cité interdite, et les différents pavillons qui sont comme autant de cages dorées pour leur occuppants, l'extérieur parvient parfois à pénétrer les hautes murailles, sous des formes parfois inattendues: un appareil photo, une rumeur ou même...une sonate.


Je vous le dis d'emblée, l'intrigue ne m'a pas passionnée et j'ai trouvé le personnage principal agaçant à force d'autoculpabilisation. En même temps, elle trouve le moyen de se méfier d'un rien, de s'imaginer perdue à chaque instant, et d'être d'une grande naïveté la plupart du temps. Elle manque de cohérence dans sa façon d'être, mais peut-être est-ce à mettre sur le compte de son très jeune âge (12 ans).


Non, le charme de ce livre n'est à chercher ni du côté des personnages, ni de l'intrigue (ce qui est un peu dommage pour un roman policier) mais bien du côté de la description de ce monde clos en déclin, qui s'accroche à ses traditions pour retarder sa fin. Les objets précieux, lointains souvenirs des grandes heures de la dynastie Qin, les dédales de pavillons, la complexité du protocole qui cache haines, amours et jalousies, le silence obsédant.

Joyau incomparable vivait dans un décor qui n'avait pas été altéré depuis plusieurs dizaines d'années : une suite de pièces ensoleillées, ornées d'une quantité de calligraphies tracées par des lettrés du siècle précédent, et où était amoncelée une profusion de cloisonnés, de bouquets d'agate et de jade montés sur des blocs de corail, de paysages en ivoire, de boîtes en laque rouge, de vases à un, trois ou cinq cols. La plupart de ces objets étaient placés sous des globes de verre destinés à les protéger de la poussière qui, depuis les masures des bas quartiers aux appartements de l'empereur, couvrait le sol des rues, s’immisçait dans les intérieurs, conférait aux meubles une teinte uniforme, crépusculaire, se déposait sur les tableaux en plumes de martin-pêcheur, les écrans ajourés et les rideaux de perles de bois noir.

Sourcil de Paon comprit très vite qu'elle avait eu beaucoup de chance d'être placée auprès de Joyau incomparable. Au service de cette ancienne concubine, son existence serait plus agréable que celle de ses compagnes qui avaient été adressées à Tseu Hi. L'impératrice douairière passait pour ne pas tolérer le moindre écart au protocole et n'hésitait jamais à faire châtier celle de ses dames de cour qui s'était montrée distraite ou maladroite, ou ne s'était pas suffisamment inclinée lorsqu'elle lui avait apporté une tasse de thé. Un des petits eunuques du Vieux Bouddha, chargé de frotter et de récurer les sols, venait d'être battu jusqu'à en perdre l'ouïe, simplement parce qu'il avait eu le tort, étourderie fatale, de prononcer un des mots - Sourcil de Paon n'avait pu apprendre lequel - qui appartenait au registre de la mort ou du malheur et risquait donc d'être de mauvais augure, d'attirer les influences néfastes sur la Cité interdite ou d'indisposer les Dieux qui y séjournaient parfois, surtout la nuit...

Publié le 4 Juillet 2010

La voie du TaoAu grand Palais
31 mars 2010 – 5 juillet 2010

 

Première exposition consacrée en Europe à l'exploration du taoïsme, elle familiarise le public occidental à un mode de pensée religieuse, philosophique et poétique qui lui est étranger, ainsi qu'à une autre façon de vivre. Près de 250 oeuvres, peintures, sculptures, bronzes, textiles.. permettent de comprendre comment le taoïsme s'est exprimé à travers quelques grands thèmes fondateurs.

 



Je commence à prendre la mauvaise habitude d'aller voir les expositions au dernier moment. Vous savez, lorsqu'on se dit qu'il faut absolument qu'on aille la voir et qu'on ne se décide à le faire que lorsque on voit la date de clôture approcher inéluctablement ? Cette fois-ci c'est encore de justesse que je m'y suis rendue, la veille de la clôture, très exactement.

Une exposition davantage culturelle qu'artistique, voila qui change un peu. Il y a bien sûr des oeuvres exposées, mais l'approche est celle de leur témoignage d'une civilisation au travers des thèmes iconographiques qu'elles représentent.

Cette exposition décline le thème du Tao en plusieurs volets, dont les textes fondateurs, l'immortalité et ses symboles, et le panthéon. Pour ceux qui apprécient l'iconographie, particulièrement, c'est très intéressant. Quelques maladresses, à l'image de la déesse
Xiwangmu, dont l'exposition nous fournit les règles de représentation sans qu'on les retrouve véritablement (à quelques exceptions près) dans les objets exposés. Ce détail est largement compensé par la suite, où les trois étoiles et les déités sont bien expliquées et où de nombreux objets permettent au visiteur de les reconnapitre. Les symboles de l'immortalité sont eux aussi largement développés à travers les objets exposés : pêche, crapaud, calebasse et un certain champignon se retrouvent partout pour la grande joie du visiteur néophythe qui est ravi de les reconnaître, avec le sentiment encourageant d'avoir appris quelque chose.

Une fenêtre ouverte sur une culture et une philosophie dont on entend beaucoup parler en occident, mais dont on sait finalement assez peu de choses. Vivement que d'autres cultures soient exposées sous le même prisme !