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Publié le 2 Octobre 2016

De Derek Cianfrance 

Sortie au cinéma le 5 octobre 2016

 

Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

 

 

 

Adapté du best-seller au même nom, de l'écrivain Margot Stedman, Une vie entre deux Océans possède tous les ingrédients de la romance poignante. Un homme, recherchant l'isolement loin de ses souvenirs douloureux de la guerre de 1914-1918, accepte un poste de gardien de phare au large de l'Australie. Au cours de ses rares retours sur la terre ferme, il rencontre la douce Isabel, qu'il épouse. Sur leur île entre océan Pacifique et océan Indien, loin de tout, il vivent heureux, et leur bonheur serait complet s'il n'y manquait un enfant. 

 

Jusqu'au jour où la mer leur apporte, comme un cadeau, une barque qui s'échoue sur le rivage. Deux naufragés à son bord : le cadavre d'un homme serrant un nouveau-né dans ses bras. Un cadeau qu'ils décident d'accepter, cachant les conditions de sa découverte à l'administration des phares et faisant passer le bébé pour le leur. L'enfant grandit heureuse et aimée dans ce foyer perdu au milieu de l'océan. Jusqu'à ce que le remords commence à se faire jour, lorsque Tom découvre par hasard l'histoire de la petite fille et la douleur de sa mère biologique. 

Si toute la construction du film met l'accent sur l'aspect dramatique de l'ensemble, l'équilibre est maintenu grâce au jeu des acteurs qui n'en font jamais trop. Dans le rôle de Tom, Michaël Fassbender prouve une fois de plus qu'il est décidément à l'aise dans tous les répertoires. Jamais trop mielleux, il campe un Tom peu bavard, mais au coeur immense, face à la douce et déterminée Isabel d'Alicia Vikander. Quand à Rachel Weisz, dans le rôle de la mère biologique, elle incarne tout à la fois la douleur, l'espoir et une certaine forme - bien compréhensible - d'intransigeance. 

 

Tout le film se construit au sein de l'univers clos que constitue l'île, supposément hostile car isolée, mais qui fait pourtant office de "bulle" où la famille va vivre heureuse. Un équilibre dont les seules perturbations vont paradoxalement émaner de l'extérieur, de cette civilisation dont ils se sont mis à l'écart de leur plein gré. 

Soit que je devienne plus émotive avec les années, soit que je l'assume mieux, toujours est-il que je suis ressortie bouleversée de cette histoire. C'est profondément humain, et la beauté farouche des lieux donnerait presque envie, un moment, de se retirer du monde, seul ou à deux, tout simplement. Une vie entre deux océans est un drame efficace, fort, une des ces histoires qui ne jugent pas, mais placent leurs personnages - un grand classique - entre sentiments et devoir. Un film où tous ont raison, à leur manière : l'amour d'un père, d'une mère, d'une fille, quoi de plus fort, et de plus universel ?

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 15 Août 2012

les affligés chris WomersleyDe Chris Womersley

aux éditions Albin Michel

 

 

Australie, 1919. Alors que la Grande Guerre est enfin terminée, une épidémie de grippe espagnole ravage le pays.  Dans une atmosphère de fin du monde, des hommes en armes bloquent les routes et parcourent les campagnes pour imposer la quarantaine.
Quinn Walker, un soldat démobilisé et hanté par ce qu’il a vécu, retrouve la petite ville de  Flint en Nouvelle-Galles du Sud, qu’il avait quittée dix ans plus tôt, après avoir été accusé à tort d’un crime effroyable. Persuadé que son père et son oncle le pendront s’ils le trouvent, Quinn décide de se cacher dans les collines avoisinantes. Il y rencontre une gamine mystérieuse, qui l’encourage à réclamer justice et semble en savoir plus qu’elle ne le devrait sur son supposé crime...

 

 

 

Dans cet ouvrage, il y a l'Australie, une terre rude et hostile où les hommes semblent lutter pour maintenir les apparences de la civilisation. Il y a le drame, fondateur, qui prend des accents mythologiques à mesure que l'histoire avance. Il y a, enfin, la guerre, celle de 14-18, dont les hommes réduits à l'état de bêtes, ou de machines, reviennent traumatisés, défigurés, à peine encore humains.

 

A vrai dire, en commençant cet ouvrage, j'ai eu un moment d'appréhension : encore une histoire de viol, de meurtre ! Car il faut bien le dire, dans le lot d'ouvrages dévolu au jury du mois de novembre du prix Elle, jusque là, je n'ai rencontré que du glauque et je craignais de me lasser quelque peu.

 

Ici, très vite, l'aspect purement criminel s'efface derrière la soif de rédemption du personnage principal, qui se mue peu à peu en soif de vengeance. Alors que plane le spectre de la grippe espagnole, s'enracine également cette impression qu'elle est le châtiment divin (ne dit-on pas qu'il s'agirait de la peste?) qui s'abat sur la communauté qui a nourri le monstre en son sein.

 

A de nombreux points de vue, le déroulement de cette histoire évoque une épopée mythologique, avec ses personnages mystérieux, sa part de trahisons. Le héros revient chez lui après avoir affronté des épreuves et son destin ne peut s'accomplir que par la vengeance, avec l'aide d'une jeune fille à la fois représentation de sa soeur perdue, sorcière et oracle.

 

S'il évoque bien des sujets très durs, ce livre réussit la prouesse de réunir trois histoires en une: un roman policier, tout d'abord, avec ce crime qu'il va falloir élucider ; un roman sur les secrets de famille, sur la rédemption et la vengeance; enfin, un roman historique et psychologique mettant en scène des survivants de la guerre de 14-18, et s'attachant à décrire l'impact psychologique de cette guerre d'autant plus traumatisante qu'elle fut la première guerre chimique et mécanique de l'histoire de l'humanité. 

 

 

 

Lu dans le cadre du

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C'était une femme pieuse, un brin superstitieuse, et au cours de cette sombre journée elle n'avait pu chasser un lugubre pressentiment, si bien que, lorsque son mari rentra dans la soirée, en pleurs et tout trempé, c'est avec un certain stoïcisme qu'elle apprit l'atroce nouvelle. Sur les détails précis, elle refusa de rien entendre – c'était assez de savoir qu'une chose pareille s'était produite, disait-elle. Bien entendu, la petite ville fut frappée d'horreur et les circonstances de cette abomination – telles qu'elles étaient connues ou déduites – furent amplement commentées partout où les gens se rassemblaient : au bar du Mail Hotel ; dans le boucan des cuisines ; sur les vérandas ; derrière chez Sully où les hommes se retrouvaient pour fumer ; au coin des rues balayées par les bourrasques. Un journaliste du Sydney Sun, répondant au nom improbable de Philby Rochester, débarqua pour se rendre aussitôt au Mail Hotel où il recueillit des informations croustillantes destinées au lectorat citadin. Flint n'avait pas connu une telle effervescence depuis des lustres, en tout cas pas depuis la fin de la Ruée vers l'Or, et il planait sur les lieux publics une atmosphère de gaieté malsaine et honteuse.

La famille Walker était en deuil, et Robert Dalton se fit le chroniqueur officieux de cette tragédie. Il raconta au journaliste, et à qui voulait bien l'entendre à l'hôtel, qu'il avait toujours senti qu'un truc sinistre couvait entre le frère et la soeur, et qu'on aurait pu empêcher cet horrible crime si seulement lui-même, ou le père, étaient arrivés sur place un peu plus tôt. « Un poil plus tôt », disait-il, pinçant le pouce et l'index de façon à souligner le tragique de cet infime délai. « Si jamais ce gosse se pointe par ici, je le pends à un arbre ! »
Selon lui, Quinn lui avait toujours paru un peu bizarre, impression que le père, Nathaniel, avouait avoir partagée, à son grand regret maintenant qu'il était trop tard pour réagir. Il s'était efforcé de les séparer, mais ils étaient toujours collés l'un à l'autre – « pire que de la bardane à une
chaussette ! »

La célébrité de la petite ville ne fut qu'éphémère. Le surlendemain du crime, le journaliste fut retrouvé ivre mort non loin de la rivière et flanqué sans cérémonie dans une berline qui ralliait Bathurst, à une cinquantaine de kilomètres. Malgré leurs efforts, ni la police ni Jim Gracie, le pisteur local, ne parvinrent à repérer Quinn Walker, les fortes pluies ayant effacé toute trace. Sarah fut inhumée quelques jours plus tard dans une terre encore gorgée d'eau.