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Publié le 31 Janvier 2017

 

De Richard Wagner 

A l'Opéra de Paris jusqu'au 18 février 2017

Direction musicale : Philippe Jordan 

Mise en scène : Claus Guth 

 

Distribution (ce soir-là)

Lohengrin : Jonas Kaufmann

Elsa Von Brabant : Edith Haller 

Heinrich Der Vogler : René Pape 

Friedrich Von Telramund : Tomasz Konieczny 

Ortrud : Evelyn Herlitzius 

Le héraut d’armes du Roi : Egils Silins 

Nobles du Brabant : Hyun-Jong Roh, Cyrille Lovighi, Laurent Laberdesque, Julien Joguet 

Les pages : Irina Kopylova, Corinne Talibart, Laetitia Jeanson, Lilla Farkas   

Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Paris 

 

Vous le savez peut-être si vous suivez régulièrement ces colonnes, mais depuis quelque temps, j'ai décidé de m'intéresser de plus près à Wagner. Davantage par curiosité intellectuelle que par goût, j'ai commencé à écouter de plus près ce compositeur dont l'opéra, a priori, ne me plaisait pas, dans l'espoir de faire tomber mes propres clichés et, à défaut de l'apprécier vraiment, au moins d'en comprendre plus. Après un Tristan et Isolde riche d'enseignements l'an dernier, c'est à Lohengrin que je m'attaque aujourd'hui. La présence de Jonas Kaufmann à l'affiche était l'occasion rêvée de concilier la découverte d'une nouvelle oeuvre de Wagner et des accents déjà familiers. 

 

 

Parce qu'on a toujours qu'une seule occasion de découvrir quelque chose pour la première fois, j'ai pris pour habitude - hérésie diront certains - d'en lire le moins possible sur une oeuvre, une fois pris mes billets. Je ne connaissais donc pas grand-chose de ce Lohengrin. Est-ce pour cela, par méconnaissance de l'oeuvre que la mise en scène de Claus Guth m'a globalement semblé intéressante, alors qu'elle a semblé un contre-sens à mes voisins, visiblement plus au fait du caractère du héros ? 

 

Ce qui frappe, dans la vision de Guth, c'est à quel point le chevalier reste fidèle à son devoir, alors qu'il semble terrorisé par la tournure que prennent les événements et par la couronne qu'on lui offre. Il ne semble réussir à traverser ces épreuves que grâce à l'amour et à la foi inconditionnelle que lui porte Elsa, la jeune fille qu'il a sauvé et qui devient son épouse. Ce prisme, plus humain, confère à la force morale que met Lohengrin à suivre son devoir une dimension quasi sacrificielle, et renforce, à mon sens, l'importance du lien d'amour et de confiance qui l'unit à Elsa... et par ricochet, la puissance destructrice du doute qui va les mener au drame. 

 

 

Côté voix, tout d'abord, il y a Jonas Kaufmann. Loin de moi l'idée de jouer à la groupie primaire, mais cet artiste a fait partie des premières voix que j'ai écouté quand j'ai commencé à m'intéresser à l'opéra : j'ai donc toujours une émotion toute particulière à écouter "en vrai" celles et ceux qui m'ont entraîné à leur suite dans cette délicieuse addiction. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la magie opère. Le Lohengrin de Jonas Kaufmann monte en puissance, comme la mise en scène le suggère, et nous fait entendre toute la palette de ses nuances et de ses émotions, avec un "In fernerm land" qui m'a semblé vraiment superbe. 

 

Je ne sais pas comment doit se chanter du Wagner, et mon avis ne relève donc que d'une impression. Tout ce peux vous dire, c'est que j'ai par exemple trouvé certaines attaques un peu rudes, presque maladroites, notamment chez Edith Haller, la soprano interprétant Elsa, sans savoir si cela est dû à la partition, à la langue allemande, ou à une question vocale plus technique échappant à ma compréhension. Une artiste qui m'a en revanche vraiment impressionnée, ici, c'est Evelyn Herlitzius, dans le rôle d'Ortrud, la sorcière. Elle campe un personnage enjôleur et manipulateur dont les interventions semblent certes moins mélodiques, plus brutes - partition d'origine, ou interprétation ? - et animé d'une fureur vengeresse qui emporte tout sur son passage. Une flamme à laquelle je ne pouvais rester insensible ! 

 

 

Pour ma part, j'ai été plutôt convaincue par cette production, et bien que je ne puisse encore affirmer apprécier vraiment Wagner, force est de constater que j'ai passé une bonne soirée, avec beaucoup de choses à en retirer. Disons que nous avons fait plus ample connaissance ! 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 20 Mai 2016

De Richard Wagner 

Au théâtre des Champs Elysées

Du 12 au 24 mai 2016

 

Direction musicale : Daniele Gatti 

Mise en scène : Pierre Audi 

 

 

 

 

 

Distribution 

Tristan : Torsten Kerl 

Isolde : Rachel Nicholls 

Brangaine : Michelle Breedt

Le roi Marc : Steven Humes 

Kourvenal : Brett Polegato 

Melot : Andrew Rees

Un berger, un jeune marin : Marc Larcher 

Un timonier : Francis Dudziak 

Orchestre national de France

Choeur de Radio France 

 

Je suis têtue. Comme un troupeau de mulets. Cela me vaut régulièrement de m'enferrer dans mes propres erreurs et d'avoir du mal à entendre les conseils. Appliqué à certains domaines, toutefois, ce défaut n'en est pas forcément un...

 

En ce qui concerne la musique, la littérature et l'art, plus généralement, cet entêtement m'amène régulièrement à me frotter à des oeuvres et des artistes que je n'aime pas. Ou plus exactement que je n'aime pas a priori. Car ce qui m'énerve encore plus que de ne pas aimer une oeuvre que beaucoup apprécient, c'est de ne pas pouvoir dire pourquoi. En d'autres termes, lorsque l'importance d'un artiste est plus ou moins unanimement reconnue, j'ai l'impression que ne pas l'apprécier n'est pas normal, en quelque sorte, et que ce jugement de ma part découle probablement d'une incompréhension manifeste. Alors, un beau jour, je me décide à prendre le taureau par les cornes et à en avoir le coeur net : on peut ne pas aimer un artiste, encore faut-il l'avoir assez approché pour savoir exactement pourquoi.

 

C'est ainsi que je me retrouve, par un bel après-midi de mai devant le théâtre des Champs-Elysées, munie d'un billet pour Tristan et Isolde. C'est la première fois que je vais voir un opéra de Wagner. Car oui, ce pauvre Richard fait partie de ces compositeurs dont j'ai du mal à saisir le génie, et particulièrement lorsqu'il s'agit d'oeuvres vocales. Autant sa musique me semble belle, puissante et mélodique, autant la ligne vocale - que les wagnériens me pardonnent par avance - m'a toujours semblée à plein volume, sans nuances et avec des harmonies presque dissonantes par rapport à celles de l'orchestre. En plus, ses opéras sont interminables - 5h30 avec deux entractes, dans le cas qui nous occupe - et, cerise sur le gâteau - ou petit pois sous le matelas - l'ensemble est en allemand ! Entendez-moi bien :  ne voyez dans mes propos nulle germanophobie primaire, je fais simplement remarquer que, n'étant pas versée dans la langue de Goethe, les opéras de Wagner me sont incompréhensibles par essence. Pire, après de belles et longues voyelles - la base de l'opéra - j'ai développé une aversion sans fondement pour les consonnes qui claquent en fin de vers, détail inutile et futile qui porte pourtant toute sa part de responsabilité dans mon rejet de l'opéra Wagnérien. 

 

Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais alors, ce Tristan et Isolde

 

 

Pour mon baptême du feu, je dois avouer qu'à défaut de m'être entièrement réconciliée avec Wagner, j'ai entendu beaucoup de choses très intéressantes. Bien sûr, il y a toujours ces fichues consonnes de fin de phrases auxquelles je n'arrive pas à m'habituer, et les harmonies entre le chant et l'orchestration qui me semblent incompréhensibles. Toutefois, cette représentation a été pour moi l'occasion de lever quelques idées préconçues sur le compositeur, et de constater à quel point un Wagner reste une expérience à part entière. 

 

Tout d'abord, c'est long. Non pas long comme dans ennuyeux, mais long comme dans impressionnant. La performance des chanteurs est à ce titre ce qui m'a le plus étonnée : car au-delà du "coffre" qu'il faut pour chanter avec un accompagnement aussi puissant, la longueur même du spectacle devient en lui-même un défi. Et encore, quand les passages les plus intenses vocalement ne se situent pas carrément au dernier acte - après déjà plus de trois heures de spectacle... Très honnêtement, j'ai été soufflée par les prestations des chanteurs. L'occasion - deuxième préjugé - de me rendre compte qu'effectivement, tout n'est pas toujours à plein volume. J'imagine que c'est par essence le type de voix nécessaire pour chanter Wagner qui donne cette impression, mais après avoir entendu l'acte 3 et le long air de Tristan, on entend bien que c'est à ce moment-là seulement, quand l'intensité dramatique est à son paroxysme, que l'orchestre et le ténor montent vraiment le son. Cette sensation que la musique envahit toute la salle, avec une force et une puissance si énorme qu'on la ressent physiquement est une véritable expérience en soi. 

 

 

La mise en scène de Pierre Audi est extrêmement graphique, presque photographique, chose à laquelle je ne résiste pas, et les déplacements semblent d'autant plus millimétrés qu'avec la longueur des scènes, cela évite aux chanteurs d'avoir l'air d'errer sur le plateau. Avec le risque, parfois confirmé, que ces déplacements semblent mécaniques et non véritablement portés par l'émotion. Par ailleurs - mais c'est sans doute mon côté très opéra italien qui s'exprime ici - il m'a manqué le côté physique de la passion amoureuse. Car à deux exceptions près, et brèves, dans l'intégralité de cette production, Tristan et Yseult ne sont jamais en contact. J'ai du mal à imaginer la passion représentée sans que les personnages ne se prennent la main, se regardent plus intensément, ou s'étreignent. Dit comme ça, c'est un peu caricatural, mais Tristan et Isolde semblent ici se tourner le dos trop souvent, sans même partager la complicité du regard. Cette distance sur le plateau est probablement destinée à symboliser la résistance qu'ils opposent au philtre, mais elle a été pour moi une vraie barrière à l'émotion.

 

Seule exception, la figure du Roi Marc, qui m'a instantanément rivée à l'action. Je ne saurai vous dire exactement ce qui s'est passé musicalement, mais quelque chose, dans la voix, l'interprétation et le jeu sur scène, mais ce roi Marc a su, un moment, créer une émotion que j'ai eu du mal à déceler dans le reste du spectacle. C'est peut-être dû à la voix de basse et à la stature même du chanteur - qui dépassait tout le monde d'une tête - qui créent une présence immédiate, mais c'est le seul personnage pour lequel j'ai réellement ressenti de l'empathie. 

 

 

Vous remarquerez ici que je ne me hasarderai pas à poser une note - bien que tout à fait personnelle - comme je le fais d'ordinaire. Avec Wagner, mes repères ont été chamboulés et je ne me sens pas légitime pour mettre un chiffre sur quelque chose qui est de toutes façons trop nouveau pour moi

 

Avec Tristan et Isolde, je comptais me réconcilier avec Wagner - ou confirmer mon avis négatif sur ce compositeur. Au final, voir un opéra dans son intégralité, avec le confort du surtitrage et l'appui de la mise en scène - très important pour moi qui ai longtemps frayé avec le théâtre - m'a surtout permis de faire tomber quelques a priori. Aujourd'hui, je ne peux toujours pas dire que j'aime Wagner, mais j'ai un peu mieux compris certains éléments. J'entrevois de façon beaucoup plus claire la notion de mélodie continue, par exemple, et j'ai bien compris que non, les opéras de Wagner n'étaient pas toujours à plein volume. Honnêtement, je n'irais pas demain assister à l'intégrale de la Tétralogie, mais je me laisse le temps de digérer cette première expérience, pour peut-être y revenir, dans quelques années, lorsque mon oreille et ma culture musicale me permettront peut-être d'avancer un peu plus dans ma compréhension de ce compositeur. 

 

Promis, un de ces jours, je m'attaque aussi à Picasso !  

Publié le 16 Août 2014

De Bernhard Schlink

Aux éditions Folio

 

À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain.


Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.


Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : «Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération (...) que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ?»

 

 

Voici un ouvrage qui parle du passage à l'âge adulte, de l'éveil des sens mais également de la conscience. A travers le regard d'un jeune garçon, puis de l'homme qu'il devient, nous découvrons le destin d'individus qui rejoignent la grande histoire. Avec cette prise de conscience terrible de l'auteur : les bourreaux ne sont pas des monstres, mais bel et bien des êtres humains ordinaires.

 

Et cette femme qu'il aime, sans connaître son passé, puis qu'il retrouve sur le banc des accusés lors d'un procès de surveillantes d'Auschwitz. Cette femme va rester une énigme pour lui comme pour le lecteur : A t-elle conscience réellement de ce à quoi elle a participé ? Regrette-t-elle ses choix ?

 

De ce roman me reste un sentiment diffus : celui de tout avoir perçu comme au travers d'un filtre. Celui du temps ? Ou de cette anesthésie des sentiment dont parle le narrateur,  qui se développe pour supporter l'insupportable, et que l'on retrouve jusque dans son écriture ? Toujours est-il que j'ai eu l'impression parfois que les sentiments du personnage était un peu trop "éteint" et au vu des thèmes abordés, il m'a semblé trop apathique, peut-être trop intellectuel, finalement.

 

Il reste que ce livre pose des questions intéressantes sur la culpabilité, non seulement d'une poignée d'individus, mais de toute une société, par adhésion parfois, le plus souvent par aveuglement ou peur. Mais il évoque surtout la perception de la génération suivante, héritière malgré elle d'une période dont elle refuse de porter le poids.

Le séminaire débuta en hiver, le procès au printemps. Cela dura des semaines. Les audiences avaient lieu du lundi au jeudi, et le professeur nous avait divisés en quatre groupes, chargés chacun du compte rendu intégral d'une journée. Le séminaire se réunissait le vendredi et travaillait à exploiter et à élucider ce qui s'était passé au cours de la semaine.

Elucidation ! L'élucidation du passé ! Nous considérions qu'en participant à ce séminaire, nous étions à l'avant-garde dans ce nécessaire travail. Ouvrant toutes grandes les fenêtres, nous faisions entrer l'air, le vent qui balaierait enfin la poussière que la société avait laissée recouvrir les horreurs du passé. Nous faisions en sorte qu'on respire et qu'on voie. Nous non plus, nous ne misions pas sur la science juridique. Il était clair à nos yeux qu'il fallait condamner. Et tout aussi clair que la condamnation de tel ou tel gardien ou bourreau des camps n'était que l'aspect extérieur du problème. Sur le banc des accusés, nous mettions la génération qui s'était servie de ces gardiens ou de ces bourreaux, ou qui ne les avait pas empêchés d'agir, ou qui ne les avait pas rejetés, au moins, quand elle l'aurait dû en 1945 : c'est elle que nous condamnions, par une procédure d'élucidation du passé, à la honte.

Publié le 21 Juin 2014

De Timur Vermes,

aux éditions Belfond

 


Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n'est pas content : quoi, plus personne ne fait le salut nazi ? L'Allemagne ne rayonne plus sur l'Europe ? Tous ces Turcs qui ont pignon sur rue sont venus de leur plein gré ? Et, surtout, c'est une FEMME qui dirige le pays ?


Il est temps d'agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour ça, il lui faut une tribune. Ca tombe bien, une équipe de télé, par l'odeur du bon filon alléchée, est toute prête à la lui fournir.
La machine médiatique s'emballe et bientôt, le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise...


Hitler est ravi qui n'en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste pour lui à porter l'estocade qui lui permettra d'accomplir enfin ce qu'il n'avait pu achever...

 

 

Mais comment cette idée saugrenue a t-elle bien pu passer dans la tête de Timur Vermes ? Ressusciter Hitler dans le Berlin moderne, et construire tout le récit autour de ce décalage !  Assurément, c'était une idée casse-gueule, si l'auteur s'était contenté de juxtaposer ces deux éléments. Sauf qu'ici, l'effet repose sur un gigantesque quiproquo, car les interlocuteurs ne comprennent que ce qu'il veulent bien comprendre : Qu'Hitler évoque sa vie privée ? Ils pensent à une technique immersive de jeu d'acteur. Qu'il évoque sa haine des étrangers ? Il s'agir pour eux d'une forme d'humour provocatrice. Et le personnage de devenir la coqueluche des médias...

 

Le récit étant rédigé à la première personne - du point de vue d'Hitler, donc - le lecteur comprend toute la stratégie mise en oeuvre, et rit autant des tentatives plus ou moins fructueuses du dictateur de  comprendre ce monde nouveau qui l'entoure, rapporté à ses repères anciens, que de la bêtise de ses interlocuteurs. 

 

Si cet ouvrage n'est pas la satire au vitriol qui nous semble promise, il permet tout de même au passage d'égratigner aussi bien les médias que les partis politiques, de tout bord, sans oublier un certain aveuglement. A la fois sérieux dans son propos et léger dans la forme, Il est de retour s'avère surtout être un roman atypique dont le côté perpétuellement décalé peut séduire aussi bien qu'il peut rebuter. A vous de vous faire une idée, maintenant !

Autour de moi, ce fut un grand silence.
- Ce n'est pas...drôle, dit le voisin de Sensenbrink
- C'est terrifiant, ajouta l'homme dont ça n'avait pas été l'idée.
- Je vous avais bien dit qu'il était bon, dit Sensenbrick, tout fier.
- C'est fou...s'exclama le commissionnaire d'hôtel Sawatski, sans que je puisse vraiment savoir ce qu'il entendait par là.
- Impossible ! dit le voisin de Sensenbrick sur un ton décidé.
Mme Bellini se leva et tout le monde la regarda.
- Le problème, estima-t-elle, c'est vous, tout autant que vous êtes : complètement ringards, tous calés sur Mario Barth.
Elle laissa, non sans habileté, sa remarque faire son effet, puis elle reprit la parole, que de toutes façons personne ne lui aurait disputée à ce moment-là.
- Vous vous dites que les choses sont bonnes lorsque le type sur scène rigole davantage que que les gens dans le public. Regardez un peu autour de vous ce qui est proposé dans le domaine du divertissement : personne n'est plus capable de faire de l'humour sans aussitôt se plier en deux pour bien montrer qu'il vient de faire une bonne blague. Et quand quelqu'un perd un tant soit peu sa contenance, on insère des rires enregistrés.

Publié le 22 Janvier 2014

De Brian Percival

 

 

 

L’histoire de Liesel, une jeune fille envoyée dans sa famille d’adoption allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle apprend à lire avec le soutien de sa nouvelle famille, et de Max, un réfugié Juif qu’ils cachent sous leurs escaliers. Pour Liesel et Max, le pouvoir des mots ainsi que leur propre imagination vont devenir leur seule échappatoire face à la guerre.

 

 

 

 

Voici un film qui aborde la question de la deuxième guerre mondiale et des nazis. Encore un, me direz-vous. Seulement, l'angle est ici celui de la découverte des livres et du pouvoir des mots. Le sujet n'est pas non plus nouveau. Certes. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est le point de vue de l'intérieur, celui des civils allemands.

 

Dans l'ensemble, l'histoire est touchante, et l'on suit sans trop de déplaisir l'histoire de Liesel et de sa famille. La jeune Sophie Nélisse, qui interprète l'héroïne, lui amène son mélange de fraîcheur et de gravité. Entourée de Geoffrey Rush, délicieusement cabotin, et Emlie Watson, revêche au grand coeur, un couple à l'interprétation impeccable. Malheureusement, le personnage de Max m'a semblé moins crédible, ce qui est d'autant plus dommage qu'il est le pivot de cette histoire. 

 

Ce qui m'a le plus gêné, finalement, c'est que j'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'un film pour enfants. Or, le sujet abordé, et le parcours de Liesel sont tout de même très durs et ne constituent pas vraiment l'idéal pour ce public. Toutefois, la violence est assez peu présente, du moins visuellement, à tel point que l'une des scènes finales présente une totale invraisemblance : les maisons explosent, mais les cadavres sortis des décombres sont totalement indemnes. Ce qui nous ramène à la question de départ : Mais à quel public est donc destiné ce film ? Question à laquelle je n'ai toujours pas trouvé de réponse satisfaisante. 

 

Un film au sujet fort, et touchant, mais dont les principales faiblesses résident dans un personnage, malheureusement central, et dans son positionnement, entre deux publics, qui l'empêche de développer tout son potentiel.

 

Publié le 5 Décembre 2013

De Kressmann Taylor

Au théâtre Antoine

Mise en scène de Delphine de Malherbe

 

Je ne connaissais pas vraiment cette oeuvre, si ce n'est son thème de fond : la montée du nazisme. L'occasion se présentant, c'est avec curiosité que je me suis rendue à cette représentation, d'autant plus que les interprètes du moment, Eric Elmosnino et Jean-Pierre Darroussin m'inspiraient la plus grande confiance.

 

Ce soir là, la salle est remplie de collégiens. J'ai craint, un instant, que l'ensemble soit quelque peu dissipé, mais, au bout de quelques minutes à peine, le poids des mots et de la réalité historique qu'ils dessinent a suffi à captiver l'auditoire. Il faut dire que le propos est fort, et curieusement pas si manichéen qu'on pourrait l'imaginer de prime abord.

 

Ce qui est très intéressant, c'est que, la forme théâtrale nous oblige à écouter le discours raciste. Entendons-nous bien, je ne le soutiens certainement pas ! Je m'explique : dans un monde ou la langue de bois et les euphémismes sont rois, et où chacun aseptise ses paroles par calcul politique ou sous la pression médiatique, entendre ce type de discours est nécessaire afin de l'identifier et de prendre conscience de son côté violent, odieux et inacceptable. En faire soi-même l'expérience au travers d'un texte comme celui-ci vaut toutes les leçons de morale.

 

L'autre intérêt de cette pièce est sa dimension historique : il rappelle comment, peu à peu, l'idéologie nazie s'est implantée puis développée. A cet égard, il me rappelle l'ouvrage Dans le jardin de la bête, qui montrait  très bien les mécanismes grâce auxquels ce régime de terreur s'est installé, sans que personne, ou presque, n'en mesure réellement l'ampleur. Mais comment, à l'époque, imaginer qu'une telle horreur soit possible ? Dans Inconnu à cette adresse, il y a tout cela à la fois, de l'espoir de renaissance de la fierté allemande jusqu'à la prise de conscience de la mainmise nazie sur le pays.

 

Ce qui sonne, au départ, comme un affrontement purement intellectuel entre les deux protagonistes devient cruellement réel au travers du destin d'une femme, soeur de l'un et dont l'autre a secrètement été amoureux. Vient alors l'heure des choix. C'est alors que l'auteur place le spectateur face au même dilemme que ses personnages : du point de vue moral, théorique, il est facile de les juger, mais la vraie question, et la plus dérangeante sans aucun doute, est bien là:  Et moi, à leur place, qu'aurais-je fait ?

 

Un spectacle en forme de coup de poing où l'on contemple la grande histoire à l'oeuvre au travers de deux individus, chacun d'un côté de la barrière. Edifiant. Terrible.

Publié le 8 Août 2013

De David Safier

chez Pocket

 

Animatrice de talk-show, Kim Lange est au sommet de sa gloire quand elle est écrasée par une météorite. Dans l'au-delà, elle apprend qu'elle a accumulé beaucoup trop de mauvais karma au cours de son existence. Non seulement elle a négligé sa fille et trompé son mari, mais elle a rendu la vie impossible à son entourage. Pour sa punition, Kim se réincarne en fourmi. Et le pire reste à venir : de ses minuscules yeux d'insecte, elle voit une autre femme la remplacer auprès de sa famille. Elle doit au plus vite remonter l'échelle des réincarnations. Mais, de fourmi à bipède, le chemin est long et les obstacles nombreux...

 

 

 

Un ouvrage dont l'idée de départ m'avait séduite : qu'une femme réalise, après sa mort, qu'elle avait négligé son mari et sa fille, et que le cycle des réincarnations lui permette de se racheter, était en somme, un sujet prometteur. Certes, on pourrait lui reprocher de galvauder la foi bouddhiste, ce qui serait d'ailleurs tout à fait justifié. Toutefois, cet ouvrage promettait d'être, au minimum, divertissant

 

Las ! Dès les premières pages, la superficialité absolue de la narratrice ou, pire, ses réactions d'enfant, me l'ont fait détester. Vraiment. Et elle n'est pas remontée dans mon estime. Vraiment. Quant à ses aventures avec la réincarnation de Casanova... elle m'ont purement et simplement fait lever les yeux au ciel ! La plus-value de l'utilisation de ce personnage célèbre est nulle. A vrai dire, il aurait sans doute, à mon avis, suffi d'en faire tout simplement un autre homme réincarné, auquel elle se serait attaché de la même manière. Mais Casanova, quel intérêt, vu l'histoire ?

 

Bref, vous l'aurez compris, je n'ai pas du tout aimé ce livre, et n'ai ressenti que peu d'empathie pour Kim.  L'écriture pâtit de l'immaturité de ce personnage qui nous livre des remarques dignes de la cour de récré, à la limite du pathétique !

 

Si vous voulez mon avis, passez votre chemin !

 

 

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           catégorie "gros mot"

Il n'existe qu'une seule réaction normale quand on se réveille subitement dans un corps de fourmi : on ne le croit pas.
Au lieu de cela, j'essayai de reconstituer ce qui m'était arrivé : j'avais reçu un lavabo russe sur la tête, puis j'avais vu la lumière. Mais elle m'avait rejetée. Autrement dit: j'étais encore en vie. Sûrement, mon cerveau avait subi quelques dégâts. Oui, ça devait être ça ! J'étais dans le coma, et, d'un instant à l'autre, j'allais entendre les fameuses voix :
"Signes vitaux stables!"

Publié le 22 Mars 2013

dans le jardin de la bête-erik LarsonD'Erik Larson

aux éditions du Cherche-Midi

 

1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Sa fille, la flamboyante Martha, est vite séduite par les leaders du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d'entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les Juifs, essaie de prévenir le département d'État américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d'employer ses charmes et ses talents au profit de l'Union soviétique. Tous les protagonistes de l'histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

 

 

Regardez cette couverture un peu tape-à-l'oeil avec ce rouge et ce fragment de croix gammée tristement reconnaissable. A dire vrai, elle m'a valu quelques regards en coin dans le métro. Curiosité ou réprobation ? Je n'en saurais rien, mais dans le doute, j'ai fini par la cacher, de peur que certains ne confondent intérêt historique et adhésion. Oui, je suis sans doute un peu parano mais je crains par-dessus tout la bêtise humaine. Disons que je suis un peu pessimiste, parfois.

 

Mais l'on ne peut juger un ouvrage sur sa couverture, comme le disent si bien nos amis anglophones. Alors, le contenu ?

 

A vrai dire, si la forme gagnerait sans doute à être allégée, le point de vue est plutôt différent de ce que j'ai lu jusque là. Car l'histoire s'attache aux pas de l'ambassadeur américain et surtout de sa fille, la très séduisante Martha. Leur histoire se mêle à la grande histoire à mesure qu'ils assistent à la montée du national-socialisme en Allemagne.

 

Ouvrage au contenu parfois anecdotique, diront certains. A hauteur d'homme, plutôt, je répondrais. En effet, le récit est constellé de citations, de phrases réellement écrites par les protagonistes de sorte que l'on redécouvre une vérité que l'on a tendance à oublier: il est facile de juger l'histoire et les gens à postériori, beaucoup moins d'analyser ce qui se passe en temps réel. On le voit : il est toujours quelques rares hommes à anticiper certaines dérives et ce à quoi elles peuvent mener. C'est l'histoire qui leur donne ensuite raison ou tort, les transformant en alarmistes, ou en visionnaires. Dans le cas qui nous occupe, on constate avec étonnement que la plupart des gens ont été surpris par le courant de l'histoire.

 

On a beau se dire que ce genre de tragédies ne doit plus arriver, il faut se rendre à l'évidence : comment reconnaître les signes avant-coureurs et les processus qui mènent inéluctablement au drame ?

 

On pourrait reparler de l'importance d'apprendre et de comprendre l'Histoire, cette science inutile au quotidien mais qui sert, n'en déplaise à ceux qui voudraient en faire l'économie au profit de sciences plus exactes, à comprendre une partie du monde qui nous entoure. On pourrait...

 

 

 

Lu dans le cadre du
Capture d’écran 2012-06-09 à 19.08.55

 

 

Depuis l’accession d’Hitler au poste de chancelier en janvier, des citoyens américains avaient déjà été arrêtés et battus, mais pas d’une manière aussi brutale – cependant, des milliers d’Allemands avaient subi un traitement tout aussi cruel, voire infiniment pire. Pour Messersmith, c’était un nouvel indicateur de la réalité de la vie sous Hitler. Il comprenait que toute cette violence représentait davantage qu’un bref déchaînement de folie furieuse. Quelque chose de fondamental avait changé en Allemagne.
Lui s’en rendait compte, mais il était convaincu que rares étaient ceux qui, aux États-Unis, en faisaient autant. Il était de plus en plus perturbé par sa difficulté à persuader le monde de la véritable ampleur de la menace que représentait le nouveau chancelier. Il était absolument évident à ses yeux que Hitler était en train de préparer en secret, de façon offensive, son pays à une guerre de conquête. «J’aimerais trouver le moyen de le faire comprendre à nos compatriotes [aux États-Unis], écrivait-il en juin 1933 dans une dépêche au Département d’État, car j’ai le sentiment qu’il faut qu’ils comprennent à quel point cet esprit guerrier progresse en Allemagne. Si ce gouvernement reste au pouvoir un an de plus et poursuit au même rythme dans cette direction, cela contribuera grandement à faire de l’Allemagne un danger pour la paix mondiale dans les années à venir. »

Publié le 7 Mars 2013

blanche-neige-doit-mourir nele-neuhausDe Nele Neuhaus

Aux éditions Actes Sud

 

Un squelette humain est retrouvé dans une ancienne cuve de carburant, dans un ancien aéroport militaire. Un peu plus tard, une femme tombe d’un pont. Selon un témoin, elle aurait été poussée. L’enquête conduit Pia Kirchhoff et Oliver von Bodenstein dans le petit village d’Altenhain où la victime, Rita Cramer, a vécu avant son divorce d’avec un certain Hartmut Sartorius. Or, onze ans plus tôt, deux jeunes filles du bourg avaient disparu sans laisser de traces. Sur la foi de maigres indices, un garçon de vingt ans, Tobias Sartorius, avait été arrêté et condamné à dix ans de prison. Depuis quelques jours, Tobias est revenu à Altenhain… L’agression dont sa mère a été victime a-t-elle un lien avec ce retour ? Dans le village, Pia et Bodenstein se heurtent à un mur de silence. Mais bientôt une autre jeune fille disparaît et les habitants accusent Tobias Sartorius, même si ce dernier a toujours clamé son innocence. Les preuves manquent, la police piétine et certains villageois semblent bien décidés à prendre les choses en main.

 

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Le titre et la couverture de cet ouvrage sont alléchants, vous en conviendrez. C’est donc avec plaisir que je me suis plongée dans cette histoire de meurtre. A vrai dire, ce qui m’a surtout plu, c’est l’ambiance oppressante du village, où chacun finit par s’acharner sur une famille entière, mais où règnent surtout l’hypocrisie et les faux-semblants.

 

Au-delà de cette ambiance, l’intrigue est correctement ficelée, assez du moins, pour mener le lecteur par le bout du nez pendant une bonne partie du récit et maintenir son intérêt en éveil jusqu’au dénouement final. Quant aux personnages, ils constituent selon moi le point faible de ce récit en ce sens qu’ils ne m’ont pas inspiré de sentiment particulier, ou à quelques rares exemple près. Je n’ai pas vraiment été avec eux, en quelque sorte.

 

Il m’en reste une lecture agréable, fluide, avec des points plus remarquables que d’autres, mais sans enthousiasme débordant.

 

Lu dans le cadre du
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L’escalier de fer rouillé était étroit et raide. Il tâta le mur pour trouver l’interrupteur. Une seconde après l’ampoule de vingt-cinq watts éclaira l’endroit d’une lumière chiche. La lourde porte de fer s’ouvrit sans bruit. Il en huilait régulièrement les charnières pour qu’elles ne grincent pas quand il venait la voir.

un air chaud mêlé à une odeur sucrée de fleurs fanées l’accueillit. Il ferma soigneusement la porte derrière lui, éclaira et resta un moment immobile. La grande pièce, environ dix mètres de long et cinq de large, était simplement meublée, mais elle avait l’air de s’y sentir bien. Il alla vers l’appareil stéréo et appuya sur la touche Play. La voix rauque de Bryan Adams remplit la pièce. Lui-même n’appréciait pas beaucoup la musique, mais elle aimait le chanteur canadien et il tenait compte de ses goûts. S’il devait la garder cachée, au moins que rien ne lui manque. Comme d’habitude, elle ne dit rien. Elle ne lui parlait pas, ne répondait jamais à ses questions mais cela ne le dérangeait pas. Il poussa de côté le paravent qui partageait discrètement la pièce en deux. Elle était allongée, silencieuse et belle sur le lit étroit, les mains croisées sur la poitrine, la longue chevelure s’élargissant comme un noir éventail autour de sa tête. À côté du lit étaient posées ses chaussures, sur la table de nuit un bouquet de lilas blanc se fanait dans un vase de verre.

— Hello, Blanche-neige, dit-il à voix basse.

Publié le 16 Janvier 2011

isabeau de baviereDe Bertrand Chavelot

Aux éditions Rencontre Lausanne

 

Un beau jour de mai, j'ai découvert au cours d'une brocante-vide gremier quelques vieux ouvrages reliés sur les femmes qui ont fait l'histoire. En fouillant un peu, j'en ai trouvé 9, et répugnant à dépareiller l'ensemble, j'ai fait l'acquisition du lot complet.
Voici donc le premier, qui traite d'Isabeau de Bavière, reine de France de 1385 à 1435 une époque troublée à laquelle je ne connaissais strictement rien, si ce n'est la rivalité France-Angleterre et l'existence de Jeanne d'Arc. C'est donc une découverte complète du personnage d'Isabeau et de son époque en ce qui me concerne et sans avoir la prétention d'avoir tout retenu, j'espère avoir réussi à fixer quelques jalons.

Fort intéressant, cet ouvrage est cependant un peu "sec" et manque à mon sens d'un peu de psychologie. On est loin de la finesse d'un Stephan Zweig, par exemple, mais, le fait que ce dernier soit également romancier explique sans doute ses talents de conteur historique. Néanmoins, ce livre s'avère très instructif à retracer les évènements complexes et les jeux de pouvoir. Petit plus : l'arbre généalogique et les illustrations régulières (statues, tableaux, manuscrits...) complètent avantageusement le texte en permettant de fixer certaines informations par l'image.

Sous l'autorité de principe du roi, le duc de Berry et le duc de Bourgogne gouvernaient la France.Tous deux avaient beaucoup d'affection pour leur nièce, et, dès qu'ils furent instruit des murmures qui couraient la capitale, ils cherchèrent un remède. Pour calmer le peuple, ils décidèrent de faire sortir le roi; ils l'emmenèrent à Notre-Dame, à Montmartre, à Saint-Denis, rendre grâces à Dieu de son salut. Au passage du cortège, chacun pouvait constater la bonne mine de Charles, sa joie de vivre et d'être bientôt père une nouvelle fois. On sut même que le roi allait s'occuper à nouveau des affaires du royaume. Bourgogne avait entrepris des pourparlers de paix avec l'Angleterre et Charles quittait Paris pour aller négocier lui-même avec son cousin Richard II.

Au mois de mai 1393, Isabeau reçut une fois encore les adieux du souverain; pleine d'espoir, elle le regarde partir faire la paix. La vie semble lui sourire à nouveau. Pendant de longs mois, elle allait être seule, sans nouvelle aucune, ni de son roi, ni des négociations. Sans doute, elle remarque souvent l'air mystérieux et conspirateur de ceux qui l'entouraient; lorsqu'elle approchait d'un groupe de nobles dames, le silence se faisait; ses suivantes étaient très empressées autour d'elle, pleines d'attention, et Isabeau pensait que sa grossesse les émouvait. Le 22 août, à l'hôtel Saint-Pol, elle donna naissance à une fillette et, lorsqu'elle ordonna qu'on apporte aussitôt la nouvelle au roi, la dure vérité lui fut révélée: depuis deux mois déjà, une nouvelle crise s'est emparée de l'esprit de Charles, plus terrifiante que la première. Le roi a perdu toute connaissance, il ignore même qui il est, hurle ou gémit comme une bête. Isabeau veut savoir et on lui donne tous les détails : Charles prétend n'avoir jamais été marié et n'avoir aucun enfant, il a oublié jusqu'à son titre de roi de France.