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Publié le 3 Février 2017

De David Moreau

 

Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a personne pour la presser. Où sont ses parents? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu.  Se pensant l'unique survivante d'une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes: Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile…
Mais sont-ils vraiment seuls?

 

 

 

 

Seuls, c'est débord l'histoire d'une bande dessinée de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, publiée depuis 2006. J'en avais déjà croisé quelques planches il y a longtemps, à l'époque où j'achetais parfois quelques versions reliées du petit Spirou, qui me coûtaient le prix d'un album, mais qui m'occupaient beaucoup plus longtemps. A vrai dire, à ce moment là, j'appréciais assez peu les histoires à épisodes, dont je ne connaissais pas le début, et dont je n'ai jamais eu l'occasion non plus de découvrir la fin. 

 

C'est donc au détour d'une invitation à venir découvrir le film que je me suis souvenue avoir parcouru quelques planches de cette histoire bizarre, dans laquelle des enfants se retrouvaient seuls dans une ville désertée, sous la menace d'un ennemi mystérieux. Par curiosité, plus que par intérêt réel, au départ, j'ai profité de l'occasion de voir de quoi il retournait. 

 

 

Et, dès le début, le rythme m'a happée. Autour du personnage de Leila, que l'on sent dès d'une force et d'une volonté de fer, la réalisation va peu à peu cristalliser une ambiance anxiogène : des maisons vides, une autoroute où les voitures demeurent à l'arrêt, un décor qui pourrait sembler post-apocalyptique si tout n'était demeuré intact. Comme si le temps, sans activité humaine, s'était arrêté. 

 

Un décor dans lequel Leila va errer, seule, à la recherche d'autres âmes. Ils sont au final cinq jeunes dans cette ville déserte et encerclés par un mystérieux brouillard brûlant infranchissable. Ont-ils été oubliés? Sont-ils les uniques rescapés d'un cataclysme inconnu ? A mesure qu'ils explorent les rues, une évidence s'impose : ils sont pris au piège. Et ce n'est pas fini : quelqu'un cherche à les éliminer. 

 

 

A la peur, à l'incertitude et à l'incompréhension se mêle également un vieux fantasme : celui, libéré de la surveillance des parents, de pouvoir agir à sa guise. C'est alors l'occasion de sortir les grosses cylindrées, de faire vrombir les moteurs, mais également de s'installer dans un hôtel de luxe pour profiter de sa piscine et de sa cuisine. Avec toujours l'espoir que tout cela ne soit qu'un cauchemar, et que quelqu'un pourra venir les tirer de là. 

 

Malgré certains raccourcis scénaristiques un peu rapides notamment sur la fin - probablement dus au passage des cinq premiers tomes de la bande dessinée à un seul film - l'ensemble est très convaincant. En effet, si Seuls s'adresse d'abord aux adolescents, il serait dommage de le limiter à ce seul public. Au delà des codes du film de survie, il brosse des personnages forts et installe une ambiance pesante qui ne retombe à aucun moment. Le rythme, nerveux, s'avère lui aussi d'une redoutable efficacité, si bien que, malgré mon scepticisme de départ, je suis restée accrochée à l'action. 

 

 

Voici une découverte inattendue pour moi, intéressante à de nombreux points de vue, qui me donne une sérieuse envie de lire la BD originale, ce que je ne vais pas tarder à faire puisque à l'occasion de la sortie du film, les éditions Dupuis viennent de rééditer le premier cycle - les cinq premiers albums, dont le film a été tiré - en un seul volume. 

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 16 Novembre 2016

De Valérie Müller et  Angelin Preljocaj

Sortie le 16 novembre 2016

 

Russie, dans les années 90. Portée depuis l'enfance par la rigueur et l'exigence du professeur Bojinski, Polina est une danseuse classique prometteuse. Alors qu'elle s'apprête à intégrer le prestigieux ballet du Bolchoï, elle assiste à un spectacle de danse contemporaine qui la bouleverse profondément. C'est un choc artistique qui fait vaciller tout ce en quoi elle croyait. Elle décide de tout quitter et rejoint Aix-en-Provence pour travailler avec la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj et tenter de trouver sa propre voie. 

 

 

Tous ceux qui ont un jour entrepris de pratiquer sérieusement un sport ou d'apprendre un art le savent : pour progresser, il faut de la discipline et de l'entraînement. Il y a des moments enivrants où tout semble vous réussir, généralement suivis de périodes de doute où l'on ne voit plus le chemin déjà parcouru, et où seuls semblent exister les obstacles encore à franchir. Après dix ans de danse classique, puis dix ans de théâtre, et mettant aujourd'hui tout mon coeur dans l'apprentissage du chant lyrique, je mesure bien, à mon modeste niveau, ce que signifie cette quête de progrès, cette répétition inlassable des mêmes exercices et cette peur insensée de ne pas être à la hauteur. C'est pourquoi les histoires comme celle de Polina, qui mêlent art, passion, travail et volonté de réussir à tout prix, me touchent tout particulièrement. 

 

Car Polina, au départ, ne possède ni la facilité, ni la souplesse de ses camarades. Elle n'a que sa persévérance et son entêtement pour atteindre son rêve de devenir danseuse. Mais ce rêve va soudain changer de cap lorsque la jeune fille découvre la danse contemporaine, et décide d'explorer d'autres voies que celles du classique. Un chemin où il ne suffira pas de travailler techniquement le corps, mais où il lui faudra aussi apprendre à aller puiser au plus profond d'elle-même pour s'exposer émotionnellement. 

 

 

Adaptation de la bande dessinée de Bastien Vives, Polina nous plonge au coeur d'un parcours souvent rude et douloureux, mais fondateur, qui forgera toute la force et la personnalité de cette artiste en devenir. On y redécouvre la danse sous son aspect le plus strict, mais aussi le plus viscéral, lorsqu'elle exprime le désir, le manque, la peur, la rage, le doute. Pour donner vie au personnage principal, les réalisateurs ont choisi la jeune Anastasia Shevtsova, danseuse professionnelle russe, qui montre à l'écran, outre son évidente maîtrise du classique, un beau potentiel d'actrice.

 

Dans cette histoire initiatique, la place des mentors s'avère déterminante : Bojinski, tout d'abord, incarné par Aleksei Guskov - découvert dans Le Concert - ce professeur sévère mais non dépourvu de coeur, qui s'avère au final extrêmement touchant. Liria Elsaj ensuite, tout en bienveillance, portée par une Juliette Binoche lumineuse dans ce rôle d'artiste apaisée et mature, capable de mettre toute son âme dans une chorégraphie. N'oublions pas non plus le personnage de Karl, qui va aider Polina à lâcher prise pour exprimer toute la complexité de ses sentiments au travers de son art. C'est Jérémie Bélingard - danseur étoile de l'Opéra de Paris dans la vraie vie - qui lui confère une sensualité envoûtante, contrastant avec la froideur et la rigueur naturelles de Polina. 

 

 

Si l'on excepte quelques soucis de rythme par moments, j'ai particulièrement aimé ce film, qui s'interroge sur ce qui fait l'identité profonde d'un artiste, ce qui le rend unique, et la façon dont son parcours, avec ses bonheurs et ses accidents, influence son travail. La beauté des scènes de danse est également à retenir, particulièrement celle du duo final, onirique, sublime, qui montre enfin l'épanouissement de la personnalité artistique de Polina. La morale de cette belle histoire c'est finalement que pour réaliser ses rêves, il faut travailler dur, mais pas seulement : il faut aussi savoir se perdre pour enfin vivre, et qui sait ? peut-être se trouver soi-même...

 

 La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

 

Publié le 11 Novembre 2016

De Scott Derrickson

 

Doctor Strange suit l'histoire du Docteur Stephen Strange, talentueux neurochirurgien qui, après un tragique accident de voiture, doit mettre son ego de côté et apprendre les secrets d'un monde caché de mysticisme et de dimensions alternatives. Doctor Strange doit jouer les intermédiaires entre le monde réel et ce qui se trouve au-delà, en utilisant un vaste éventail d'aptitudes métaphysiques et d'artefacts.

 

 

 

 

 

 

 

Après une longue phase de teasing - le marketing sait comment nous mettre l'eau à la bouche - voici enfin le film dédié à Doctor Strange, le tout nouveau personnage de la galaxie Marvel porté à l'écran. Un super-héros que je ne connaissais pas. J'ai donc pris soin de me faire accompagner de mon docteur ès comics M. Lalune, au cas où j'aurais besoin d'une précision ou explication éclairée. 

 

Mais qui est donc ce Doctor Strange ? Au départ, Stephen Strange est un brillant neurochirurgien très conscient de son talent, mondain,  imbu de lui-même et frimeur. Du moins jusqu'à ce qu'un accident de voiture le prive de l'usage de ses mains, et le pousse dans la quête désespérée d'un traitement. Mais le remède qu'il va découvrir, caché dans un temple népalais, va bien au-delà de tout ce que son esprit cartésien est capable de concevoir...

 

 

On aime retrouver l'inénarrable Benedict Cumberbatch - LE Sherlock Holmes du moment - dans un rôle de frimeur brillant, ainsi que des effets spéciaux dans la même veine que ceux d'Inception, dont on sent qu'ils doivent donner leur pleine mesure en 3D. Quant au scénario, il recèle assez peu de surprises, noué autour d'un maître, d'un disciple passé du côté obscur, d'un autre resté fidèle et d'un novice aux dons prometteurs, le futur Doctor Strange. Il va donc devoir lutter contre des ennemis plus expérimentés, ayant suivi l'enseignement du même maître, avant de le dévoyer. Classique donc, mais cependant efficace. 

 

Ajoutez à cela une bonne dose d'humour - franchise Marvel oblige - et le cabotinage de Strange, qui devrait énerver certains spectateurs autant qu'il plaira à d'autres, et vous obtiendrez un ensemble globalement cohérent. La seule chose que j'ai trouvé dommage, c'est de constater un manque général d'émotion qui empêche le spectateur de s'attacher vraiment aux personnages. 

 

 

Au final, ce Doctor Strange remplit honorablement, mais sans plus, son contrat : il apparaît surtout comme un premier film cohérent destiné à établir la genèse d'un personnage qui sera probablement amené à s'allier avec les Avengers dans un prochain opus. A ce titre, le plus réjouissant dans cette histoire reste probablement à venir, car on salive par avance de voir ce que ce personnage flambeur à l'ego surdimensionné pourrait donner face à Tony Stark - alias Iron Man - affligé des mêmes défauts. Une confrontation, ou du moins une rencontre, qui promet bien plus que cet honnête divertissement pas déplaisant, mais plutôt inoffensif.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 3/5

Publié le 2 Octobre 2016

De Derek Cianfrance 

Sortie au cinéma le 5 octobre 2016

 

Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

 

 

 

Adapté du best-seller au même nom, de l'écrivain Margot Stedman, Une vie entre deux Océans possède tous les ingrédients de la romance poignante. Un homme, recherchant l'isolement loin de ses souvenirs douloureux de la guerre de 1914-1918, accepte un poste de gardien de phare au large de l'Australie. Au cours de ses rares retours sur la terre ferme, il rencontre la douce Isabel, qu'il épouse. Sur leur île entre océan Pacifique et océan Indien, loin de tout, il vivent heureux, et leur bonheur serait complet s'il n'y manquait un enfant. 

 

Jusqu'au jour où la mer leur apporte, comme un cadeau, une barque qui s'échoue sur le rivage. Deux naufragés à son bord : le cadavre d'un homme serrant un nouveau-né dans ses bras. Un cadeau qu'ils décident d'accepter, cachant les conditions de sa découverte à l'administration des phares et faisant passer le bébé pour le leur. L'enfant grandit heureuse et aimée dans ce foyer perdu au milieu de l'océan. Jusqu'à ce que le remords commence à se faire jour, lorsque Tom découvre par hasard l'histoire de la petite fille et la douleur de sa mère biologique. 

Si toute la construction du film met l'accent sur l'aspect dramatique de l'ensemble, l'équilibre est maintenu grâce au jeu des acteurs qui n'en font jamais trop. Dans le rôle de Tom, Michaël Fassbender prouve une fois de plus qu'il est décidément à l'aise dans tous les répertoires. Jamais trop mielleux, il campe un Tom peu bavard, mais au coeur immense, face à la douce et déterminée Isabel d'Alicia Vikander. Quand à Rachel Weisz, dans le rôle de la mère biologique, elle incarne tout à la fois la douleur, l'espoir et une certaine forme - bien compréhensible - d'intransigeance. 

 

Tout le film se construit au sein de l'univers clos que constitue l'île, supposément hostile car isolée, mais qui fait pourtant office de "bulle" où la famille va vivre heureuse. Un équilibre dont les seules perturbations vont paradoxalement émaner de l'extérieur, de cette civilisation dont ils se sont mis à l'écart de leur plein gré. 

Soit que je devienne plus émotive avec les années, soit que je l'assume mieux, toujours est-il que je suis ressortie bouleversée de cette histoire. C'est profondément humain, et la beauté farouche des lieux donnerait presque envie, un moment, de se retirer du monde, seul ou à deux, tout simplement. Une vie entre deux océans est un drame efficace, fort, une des ces histoires qui ne jugent pas, mais placent leurs personnages - un grand classique - entre sentiments et devoir. Un film où tous ont raison, à leur manière : l'amour d'un père, d'une mère, d'une fille, quoi de plus fort, et de plus universel ?

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4,5/5

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

Publié le 31 Août 2016

De David Ayer 

 

 

Face à une menace aussi énigmatique qu'invincible, l'agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu'aux dents par le gouvernement, ces Super-Méchants s'embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu'au moment où ils comprennent qu'ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?

 

 

 

 

 

 

 

Dans la guerre des super-héros, celle qui oppose DC à Marvel, les deux grandes firmes de comics made in USA, est probablement l'une des plus intéressantes : depuis une dizaine d'années, on voit ainsi fleurir sur nos écrans de multiples adaptations - voire réinterprétations - des aventures de Spiderman, Superman, Batman, Les quatre fantastiquesCaptain America, Avengers, Thor, Deadpool, X-Men et bien d'autres. Et au vu des prochains agendas des sorties, ce n'est pas fini : outre les suites de suites, de nouveaux personnages devraient faire leur apparition sous peu, notamment Aquaman et Wonder-Woman... entre autres!  

 

Aussi, quand DC a annoncé son projet d'adaptation de Suicide Squad, on applaudissait des deux mains. Car avec cette nouvelle bande, on passe de l'autre côté du miroir : il ne s'agit pas de mettre en vedette des super-héros, mais bien des super-méchants. Une occasion en or de mettre en images des personnalités fortes et hautes en couleur, aussi atypiques les unes que les autres. Impossible de donner dans la mièvrerie et le trop plein de bons sentiments : on attendait des répliques cyniques, des trahisons et des bastons épiques. 

 

 

Honnêtement.... on attend toujours ! Car les personnages qui aurait dû faire la force de cette production s'avèrent surtout décevants : certains sont sur-employés, comme le Deadshot de Will Smith qui semble avoir voulu s'octroyer un maximum de temps à l'écran - et de répliques -  sans pour autant que son personnage convainque vraiment. A l'opposé, Captain boomerang, Killer croc et Katana sont sous-employés : on les voit si peu à l'écran que l'on pourrait les craindre monolithiques. Même pas. Ils sont juste insignifiants. El Diablo n'est guère mieux : une psychologie un peu mieux dégrossie, mais au final sans cohérence. L'Ensorceleuse qui veut conquérir le monde ? sans commentaires. On boude aussi un peu le Joker, pimpé en caïd et pas vraiment dérangeant. 

 

Finalement, les seules personnages qui semblent s'échapper du lot, ce sont Amanda Waller et Harley Quinn. La première dans sa froideur calculatrice et sans scrupule, la seconde dans sa folie - et son micro short à paillettes. Folle à lier sans pour autant être dénuée de sentiments, Harley constitue - très paradoxalement - un des seuls personnages cohérents dans ce film auquel une bouillie de scénario donne le coup de grâce. Ou comment faire d'une idée au potentiel explosif un simple pétard mouillé...

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 2/5

Publié le 12 Mai 2016

De Bryan Singer 

Sortie le 18 mai 2016

 

Depuis les origines de la civilisation, Apocalypse, le tout premier mutant, a absorbé de nombreux pouvoirs, devenant à la fois immortel et invincible, adoré comme un dieu. Se réveillant après un sommeil de plusieurs milliers d'années et désillusionné par le monde qu'il découvre, il réunit de puissants mutants dont Magneto pour nettoyer l'humanité et régner sur un nouvel ordre. Raven et Professeur X vont joindre leurs forces pour affronter leur plus dangereux ennemi et sauver l'humanité d'une destruction totale.

 

 

 

Je suis une grande fan de la dernière franchise X-Men (voir ici les volets 1 et 2) D'abord parce que le concept permet de mettre en avant beaucoup de personnages très différents, dont les pouvoirs ouvrent des perspectives visuelles infinies. Ensuite parce que cette dernière trilogie oppose James McAvoy et Michael Fassbender toujours aussi investis, et que ça aussi, c'est drôlement chouette pour les mirettes.

 

 

Après les années 60 et 70, c'est logiquement dans les années 80 que nous plonge ce troisième opus, qui voit la terre menacée d'apocalypse. Apocalypse, comme la fin du monde, mais également comme le nom du premier mutant, qui, revenu à la vie, trouve le monde existant assez peu à son goût. Il décide alors de le détruire pour en recréer un nouveau, sur lequel il règnerait. Classique.

 

 

Sauf que les X-Men ne l'entendent pas de cette oreille, et vont tenter de contrecarrer ses plans. Cette lutte est l'occasion d'introduire de nouveaux personnages, comme Jean Grey (alias Phénix) et Scott Summers (Cyclope), Psyclocke, Angel et Diablo, ou encore la version plus jeune de Tornade. On y retrouve également des visages connus : Raven (Mystique), Hank (Fauve), Vif-Argent, ainsi que leurs mentors, Erik (Magneto) et Charles (Professeur X). L'accent est d'ailleurs davantage mis sur l'ensemble de leurs destins individuels que sur l'enjeu collectif des X-Men, ce qui réduit l'impression d'unité, mais qui permet par ailleurs de nuancer des personnages en leur évitant l'écueil d'une psychologie trop monolitique.

 

C'est d'ailleurs l'une des belles réussites de cette trilogie : réussir à installer des personnages ambivalents, mais, à quelques exceptions près jamais fondamentalement mauvais. Seuls leurs points de vue sur la place des mutants, la crainte qu'ils inspirent et le danger qu'ils courent à vivre avec les humains ordinaires diffère. Au fond, s'ils ont des pouvoirs, les questions fondamentales sur leur identité et leur place dans la société demeurent fondamentalement humaines. Et c'est pour celà qu'on s'y attache.  

 

X-Men : ApocalypseX-Men : ApocalypseX-Men : Apocalypse

Mais pourquoi alors ce vague sentiment d'insatisfaction ? Finalement, le seul problème de X-Men: Apocalypse, c'est qu'il souffre de la comparaison avec les deux premiers opus, plus que d'un réel défaut de conception. Globalement, il s'avère effectivement un peu moins impressionnant - autant dans les scènes de combat que dans l'esthétique générale - mais rien qui ne l'empêche de remplir correctement son contrat.

 

Est-ce ce que Bryan Singer a voulu indiquer, quand il fait dire à Jean Grey sortant du cinéma où est projeté Star wars : le retour du Jedi "Le troisième est toujours moins bien de toutes façons" ? Toujours est-il que l'ensemble reste un très bon divertissement, efficace et cohérent, dont le principal tort est surtout d'arriver après deux opus qui nous avaient laissé bouche bée.

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5 

Publié le 25 Avril 2016

De Marielle Heller 

Sortie en DTV le 21 mars 2016

 

 

Dans les années 70 à San Francisco, une adolescente a une aventure avec le petit ami de sa mère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cinéma, l'adolescence demeure un sujet inépuisable : quel que soit l'angle, le contexte, l'époque, on trouve toujours un nouveau réalisateur - ou dans le cas qui nous occupe, réalisatrice -  pour explorer un nouveau pan de ces années de transition.

 

Avec The Diary of a teenage girl, nous voici plongés dans le San Francisco des 70's, quelques années après la libération sexuelle. Au sein d'une société en pleine mutation, notre héroïne, 15 ans à peine, cherche sa place. Elle questionne sa condition de jeune femme, avec un corps, des envies et des sentiments, au milieu du regard porté sur elle par son entourage. Il y a sa mère, femme superbe, malheureuse et souvent défoncée, le compagnon de cette dernière, qui n'est pas insensible aux nouvelles formes de la jeune fille, mais également les garçons de son âge.

 

 

Lorsqu'elle se prend de passion pour le dessin au travers du travail d'Aline Kominsky, elle commence à crayonner sans tabou : des personnages, des sexes droits ou béants, des corps, des tableaux psychédéliques reflétant son imaginaire et ses envies. Cette liberté de créer, mais aussi d'assumer sa sexualité sont d'ailleurs qualifiés d'effrayants par ses amants, quelque peu décontenancés par la modernité de cette jeune femme. Certains sujets pouvant paraître délicats ou même malsains – sa première expérience avec un homme plus âgé, le petit ami de sa mère - sont d'ailleurs abordés dans ce film avec une neutralité étonnante, reflétant la simplicité dénuée de jugement moral avec laquelle la jeune femme entrevoit les questions sexuelles.

 

Dans ce film très éloigné des clichés de la comédie adolescente, la réalisatrice saisit avec justesse, le passage à l'âge adulte d'une jeune fille ordinaire et décidée, qui, sans arrière pensée, s'interroge sur sa nouvelle situation de femme. Sans volonté de trangression délibérée ou de provocation, sans désir de manipulation, elle explore tout simplement ses possibilités, quitte à se laisser surprendre par ses propres sentiments et à revenir sur ses pas après être allée trop loin. Car finalement, c'est bien cette conscience qui marque son passage à l'âge adulte, plus que la découverte de son corps : celle de faire ses propres choix, en toute connaissance de cause.

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4/5 

 

Publié le 14 Avril 2016

De Ronald D. Moore 

 

Saison 1

Les aventures de Claire, une infirmière de la seconde guerre mondiale, mariée, qui se retrouve accidentellement propulsée en pleine campagne écossaise de 1743. Elle se retrouve alors mêlée à des histoires de propriétés et d'espionnage qui la poussent à prendre la fuite et menacent sa vie. Elle est alors forcée d'épouser Jamie, un jeune guerrier écossais passionné qui s'enflamme pour elle et la conduit à être déchirée entre fidélité et désir, étant partagée entre deux hommes dramatiquement opposés et deux vies irréconciliables.

 

 

 

J'ai eu la chance, il y a quelques semaines, d'assister au lancement en France du DVD de la série Outlander. Véritable phénomène outre-Atlantique, elle n'avait jusqu'ici pas pu trouver sa place sur nos écrans. C'est désormais chose faite, en DVD depuis le 16 mars mais également sur Netflix France depuis le 4 avril. 

 

L'histoire, à mi-chemin entre roman historique et fantastique, nous entraîne sur les terres dans les Highlands d'Ecosse, entre les années 40 et le 18e siècle. Le spectateur y suit les pas de Claire Randall, jeune infirmière en voyage de noces, transportée deux cent ans en arrière lors de sa visite d'un Cromlech (cercle de pierres levées), laissant derrière elle sa vie de femme moderne, et son mari.

 

 

Plongée dans un univers de violence radicalement différent de la vie qu'elle connaissait, Claire doit apprendre à survivre dans un monde dont elle ne maîtrise pas les codes.  Avec elle, nous découvrons la vie traditionnelle des Highlands, la domination anglaise et la résistance qui s'organise contre les exactions, les subtilités de la vie des clans, et des lois plutôt rudes qui y ont cours.

 

Parce qu'elle vient d'une autre époque, mais aussi parce qu'elle est anglaise - ce qui ne va pas arranger les choses - elle est doublement  une "Outlander" ou "Sassenach" en gaélique, une étrangère en somme.

 

 

La violence, omniprésente, côtoie une certaine rudesse au grand coeur. Si les règles sont strictes, le sens de l'honneur n'est jamais loin et la famille (au sens clanique du terme) est sacrée. La puissance de l'église, mais également des croyances païennes et des traditions claniques séculaires, dessinent l'image d'une société highlandaise à l'identité forte, et à la fierté légendaire.

 

Et parce qu'aucune saga de ce genre ne s'imagine sans une grande histoire d'amour, Claire va croiser la route d'un fugitif recherché par l'armée britannique, un jeune écossais prénommé Jamie. Si, au départ, elle est obligée de l'épouser pour échapper à la vengeance d'un officier anglais, elle finit part en tomber éperdument amoureuse. Il faut dire que le jeune homme, doté d'un sens de l'honneur à toute épreuve, d'un physique avantageux et de beaux yeux bleus, a déjà fait chavirer le coeur des spectatrices les plus aguerries, bien avant celui de la belle anglaise.

 

 

Outlander s'avère une belle saga historique, avec des personnages forts auxquels on s'attache rapidement. La photographie y est de qualité, de la lumière si particulière du feu éclairant les intérieurs, à la beauté farouche et brumeuse des grandes étendues de collines vertes. De quoi vous donner des envies irrépressibles de voyage !  

 

La musique est tout aussi belle, et les accents celtiques du générique ou de la ronde des druidesses vous poursuivent bien après avoir éteint votre écran. On notera également le soin tout particulier accordé aux costumes, et au contexte politique de l'époque, qui contribue largement à nous faire partager le désarroi de Claire autant qu'elle nous permet de l'accompagner dans sa compréhension progressive de la situation.  

 

 

Vous l'aurez compris, j'ai vraiment apprécié cette première saison pour son côté très immersif, mon goût pour les films historiques, mais également pour les séries en général ayant été satisfait. C'est aussi mon coeur de midinette qui s'est laissé aller à suivre cette belle histoire d'amour, pourquoi s'en défendre? Si l'intérêt de la série ne se borne pas au physique avantageux des deux protagonistes principaux - avec une parité pour une fois respectée - il faut avouer que leur romance fait partie intégrante de l'attrait de la série, sans en être, heureusement, le seul atout.

 

Autant vous dire que j'attends avec impatience de découvrir la suite de leurs aventures, d'autant que la saison 2 vient de débuter aux USA et sera disponible 24h après sur Netflix France. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 4,5/5 

 

Publié le 7 Avril 2016

De Pierre Godeau

 

 

Un homme, une femme.

Un directeur de prison, sa détenue.

Un amour impossible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est au hasard d'une séance cinéma ratée que j'ai découvert Eperdument. Le sujet, une liaison entre un directeur de prison et l'une de ses détenues, promettait d'emblée d'être délicat.

 

Pour donner vie à ses personnages, Pierre Godeau a choisi de les confier à Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos. Le premier incarne cet homme intègre au parcours exemplaire dont la déontologie va peu à peu céder à la passion destructrice. La seconde incarne l'insolente sensualité de la jeunesse, de celle qui s'ignore elle-même mais qui crève l'écran. 

 

 

Du passé de la jeune femme, on ne saura pas grand chose : pourquoi est-elle ici ? Les dialogues délivrent bien quelques indices sur le temps d'emprisonnement possible et laissent filtrer qu'elle était mineure au moment des faits, mais rien de plus. Chaque spectateur va ainsi pouvoir se bâtir sa propre image, et imaginer son passé au regard de ce qu'elle laisse transparaître : une jeune femme entière et sensible, agissant avec ses tripes sans considérer les conséquences de ses actes, sans même les regretter ensuite, semble-t-il. Presque mutique, elle ne se dévoile qu'à ceux en qui elle a confiance. Et cette confiance va instantanément se nouer avec le directeur de la prison, un fonctionnaire attentif et bienveillant, un homme qui a gravi à force de travail et de sérieux tous les échelons de la pénitentiaire, un mari et un père. 

 

Peu à peu, le respect mutuel se transforme en quelque chose de plus fort, irrésistible et destructeur, une passion qui les mènera à l'inévitable chute. Si les acteurs donnent très justement corps à cette relation interdite, la mise en scène peine parfois à faire monter la tension amoureuse, notamment à montrer le déchirement intérieur du directeur et sa lutte contre ses sentiments - qui rendrait, selon moi, d'autant plus fort le moment où il y cède. 

 

 

En évoquant aussi bien la notion de passé coupable que de futur incertain, l'environnement de la prison s'avère un lieu doublement oppressant : il est d'emblée hostile et cloisonné, avec d'innombrables grilles à traverser pour passer d'un espace à un autre, matérialisant les barrières morales et sociales qui s'opposent à la relation entre les deux personnages. Mais, une fois ces barrières franchies, il règne paradoxalement dans ces espaces clos une promiscuité qui rend d'autant plus palpable le danger d'être découvert. 

 

Au final, Eperdument s'avère un film sensible sur un sujet pourtant casse-gueule. Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos forment un couple inattendu et attachant, dont la belle complicité ne fait jamais oublier les caractères radicalement opposés. Seule ombre au tableau, la réalisation laisse un léger goût d'inachevé dans la montée en pression des personnages, diminuant d'autant l'implication émotionnelle des spectateurs dans la seconde partie du film. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5

Publié le 23 Février 2016

De Tim Miller 

 

 

Deadpool est l'anti-héros le plus atypique de l'univers Marvel. A l'origine, il s'appelait Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va le défigurer, mais accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d'un humour noir survolté, Deadpool va traquer l'homme qui a bien failli anéantir sa vie.

 

 

 

 

 

Comme beaucoup de spectateurs, j'ai suivi la vague de films de super-héros qui ont déferlé ces dernières années, avec d'autant plus d'attention que le docteur ès comics avec lequel je partage ma vie s'intéressait au sujet d'encore plus près. Les bibliothèques de la maison étant remplies de DC et Marvel, il lui était à priori difficile de passer à côté de Deadpool. 

 

Curieusement, alors que ce personnage m'était inconnu, Monsieur Lalune a immédiatement relevé son potentiel cinématographique. Parmi ses spécificités, on peut mentionner le fait qu'il ait été le premier à briser le 4e mur, et surtout, une certaine tendance à être bavard, violent, sale, et méchant. Ou franchement idiot. On ne sait pas vraiment, en fait. Toujours est-il que Deadpool apparaît franchement atypique dans le paysage super-héroïque, si tant est qu'on puisse réellement considérer en tant que tel un personnage qui boit, jure, égrène les blagues salaces et fréquente les professionnelles...

 

Le seul réel point commun qu'il partage avec ses autres camarades en collants est de faire la chasse à des super-vilains : des êtres machiavéliques doublés de sadiques assumés, dans le cas qui nous occuppe. Ces derniers vont méchamment amocher sa petite gueule et ça tombe très mal puisque Wade Wilson, qui n'est pas encore Deadpool, était sur le point d'épouser une poulette dont il était raide dingue. Et ça ne va pas l'amuser du tout du tout ! 

 

Dès le générique on comprend que le second - voire le troisième ou quatrième degré - sera le maître-mot du film. Sur un mode qui rappelle les très décalés "Honest trailers", le générique prend un malin plaisir à citer, au lieu du nom des acteurs, les clichés qu'ils sont censés incarner : vous y trouverez donc, entre autres,  "un imbécile heureux", "une bombasse" et  "une ado vénère". Non content de se payer la tête de ses interprètes, il égratigne au passage le reste de l'équipe, précisant que le film est réalisé par "un blaireau surpayé" et  - excusez, je cite - "produit par des trous du cul".

 

Le reste du film est à l'aune de cette entrée en matière  : vannes salaces d'un goût douteux, personnage complètement à l'ouest, références multiples, scènes d'action survoltées, autodérision (Deadpool qui fait des réflexions sur Ryan Reynolds - l'acteur qui l'incarne) tout s'enchaîne quasiment sans répit, avec un sens du rythme certain. Après le côté très lisse de nombreux héros (qu'on aime bien aussi, mais c'est un autre genre), il devient jubilatoire d'en découvrir un complètement déglingo. A chaque fois que l'on semble tomber dans un poncif, il est instantanément pulvérisé, pour notre plus grand bonheur ! 

 

 

Soulignons au passage la belle prise de risque du studio : accepter de produire un film de super-héros interdit à certaines catégories de spectateurs (R-rated aux Etats-Unis soit interdit aux moins de 17 ans non accompagnés et interdit aux moins de 12 ans en France) demeure un fait assez rare pour être remarqué. 

 

Au final, si le film n'est sans doute pas aussi transgressif qu'il aurait pu l'être et bien moins trash que le comics - il faut savoir raison économique garder -  le résultat reste joyeusement décalé, conçu pour assurer un maximum de divertissement. Certains feront - à juste titre - remarquer que l'épaisseur du scénario est comparable à celle du papier à cigarettes. Toutefois, le fait m'a semblé assez peu gênant dans le cadre d'un premier film présentant la genèse du personnage. Il faudra cependant veiller, pour les suites d'ores et déjà en préparation, à sérieusement muscler l'histoire sous peine de finir par verser dans l'avalanche de blagues sans cohérence scénaristique. 

  

Pour des spectateurs un peu lassés du défilé de super-héros de ces dernières années, Deadpool s'avère un spectacle rafraîchissant et insolent, parfois de mauvais goût, mais tellement assumé qu'on accepte avec plaisir de se laisser convaincre. 

 

La note tout à fait subjective qui n'engage que moi : 3,5/5

 

La bance annonce ci-dessous est la version non-censurée, qui vous donnera un bon aperçu de l'esprit du film. A vos risques et périls !