Vingt-quatre heures de la vie d'une femme *****

Publié le 5 Juillet 2010

24h de la vie d une femmeDe Stefan Zweig

aux éditions du livre de poche

 

 

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.


 



Après avoir détesté le joueur d'échecs en classe de Terminale (sans doute par manque du maturité ou le simple fait d'être obligé de le lire), j'ai commencé à redécouvrir Zweig à travers ses biographies: Marie-Antoinette puis Marie Stuart m'ont largement prouvé que cet auteur était un redoutable conteur. En effet, il réussit d'une part à raconter les faits historiques qu'il remet en perspective et associe à la psychologie de son personnage, d'autre part à rendre vivants, sans pour autant les romancer, les évènements historiques.


C'est ainsi que,la jeune femme de 16 ans que j'étais ayant sans doute été injuste avec cet écrivain, j'ai décidé de redécouvrir ses romans. Mais, afin de laisser mes préjugés restants de côté, je n'ai pas relu le joueur d'échecs, pas encore du moins. J'ai jeté mon dévolu sur 24 heures de la vie d'une femme, ouvrage par ailleurs largement salué. Une valeur sûre, en somme.


Je n'ai pas été déçue l'ombre d'un instant. J'y ai retrouvé la sensibilité de l'auteur, cet humanisme et ce respect pour chacun de ses personnages, cette façon d'enchaîner le lecteur au récit, pour qu'on veuille à tout prix savoir la fin. Ces personnages sensés qui sombrent dans une sorte de folie (thème par ailleurs cher à Zweig), passagère ou définitive, révèlent leur failles et sont extrêmement humains. Inexorablement, on s'attache à leur sort.


Je vais sans doute persister dans cette voie et me replonger dans ses romans, d'autant que le Livre de Poche vient de rééditer trente  de ses ouvrages. De quoi largement satisfaire cette curiosité et mon engouement tout neuf pour cet auteur.   

 

Je ne sais pas si pas hasard vous-même vous avez, un jour, simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquel la boule vacille de numéro en numéro, tel un homme ivre, et où, à l'intérieur des quases quadrangulaires, des bouts tourbillonnantsde papier, des pièces rondes d'argent et d'or tombent comme une semence qu'ensuite le râteau du croupier moissonne d'un coup tranchant, comme une faucille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte; toutes ont l'air d'être aux aguets, au bord de l'antre toujours différent d'une manche, mais chacune ressemblant à un fauve prêt à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées bagues et de chaînes cliquetantes; les unes poilues comme des bâtes sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrantes d'une immense impatience. Malgré moi, je pensais chaque fois à un champ de courses, où, au départn les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas avant le bon moment: c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se cabrent. Elle révèlent tout, pas leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter: griffues, elles dénoncent l'homme cupide; molle, le prodigue; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cent caractères se trahissent ainsi, avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte.

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loulou 31/07/2010 10:15


j'ai adoré ce livre, c'est mon premier Zweig, depuis,dans ma PAL, j'ai ajouté Marie-Antoinette et Le Joueur d'échecs :)


akialam 31/07/2010 21:44



marie-antoinette est vraiment super, ce sont les meilleures biographies que j'ai jamais lu...



Edelwe 26/07/2010 18:44


Un roman merveilleux! j'ai adoré! Je ne savais pas qu'il avait écrit une bio sur Marie Tudor. Voilà qui m'intéresse!


akialam 30/07/2010 22:22



Oups, Marie Stuart, Marie Stuart, j'ai écrit trop vite sans réfléchir... désolée.



LN 21/07/2010 12:11


J'adore Stefan zweig et je garde un très bon souvenir de ce roman. J'ai aussi très envie de découvrir ses biographies.


akialam 21/07/2010 15:24



Elles sont vraiment super, et, je trouve, analysent non seulement les caractères de ses sujets, mais également replace ses personnages historiques dans le contexte de façon très juste. Et, cerise
sur le gateau, c'est tellement bien expliqué que même les néophytes en histoire peuvent s'y mettre. Pour preuve, ma soeurette a lu la biographie de Marie-Antoinette par Zweig (un pavé, tout de
même) à 13 ou 14 ans.