Une seconde vie **

Publié le 13 Novembre 2012

Une-seconde-vie Dermot-BolgerDe Dermot Bolger,

aux éditions Joelle Losfeld

 

Sean Blake réchappe de justesse à un accident de voiture à la  suite duquel il a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. A son réveil, bouleversé, Sean perçoit le 
monde tout à fait différemment, comme s'il débutait une nouvelle existence. Mais ce n'est pas la première fois que Sean voit sa vie modifiée. A six semaines, il a été retiré à sa mère, une jeune fille forcée par la société et l'Eglise de le laisser à l'adoption. Avec le sentiment d'être devenu étranger à sa femme et à ses deux enfants, et très certainement en premier lieu à lui-même, Sean décide de partir à la recherche de cette mère dont il ne sait rien.

 

Il y a vraiment des romans décourageants : sur le thème difficile de l’adoption, et plus encore lorsqu’il s’agit du contexte très particulier de l’Irlande des années 50, j’aurais pu accepter beaucoup. Jusqu’au mélo larmoyant.

 

Hélas, ce roman mélange sans mesure la dénonciation historique, l’analyse psychologique et le fantastique. Le début est déjà difficile à avaler, mais plus on avance, moins l’histoire semble tenir debout. Le style ne revêtant pas un intérêt particulier, rien ne vient vraiment tirer vers le haut un récit qui s’enlise un peu plus à chaque page.

 

Le sujet était pourtant intéressant à la base, qu’il s’agisse de traiter des questions d’identité et du sentiment d’abandon lié à l’adoption ou de dénoncer la pression de l’Eglise et l’aveuglement d’une société obsédée par la respectabilité. Mais qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : un bon sujet ne fait pas un bon ouvrage à coup sûr. Un sujet critique non plus. Encore faut-il donner à l’histoire une structure cohérente pour assurer sa crédibilité et transcender le tout par l’écriture. Ces paramètres n’étant pas réunis, on obtient un objet littéraire non abouti comme celui-ci.

 

Franchement, déçue, et sans doute même un peu fâchée car j’ai eu l’impression au final qu’on se moquait du lecteur. Vous savez, cette impression de construction factice : on va prendre un sujet qui dénonce (parce que ça fait bien de dénoncer), et puis pour agrémenter le tout on va mettre un peu de fantastique, et mettre en scène un sujet dur qui va toucher les femmes (parce qu’un peu d’émotion, ça fait vendre). Je peux pas juger de l’intention de l’auteur, seulement de mon impression en tant que lectrice.  J’espère juste que j’ai tort.

 

Lu dans le cadre du
Capture d’écran 2012-06-09 à 19.08.55

Celui qui avait repeint l'ambulance avait oublié la bordure supérieure des portières. Vus d'en haut, les sillons écaillés de la carrosserie ressemblaient au lit d'une rivière asséchée. Le dessus du chapeau de l'ambulancier était tacheté de poussières et de pellicules et, quand il releva la tête de ma poitrine, je vis mon visage tourné vers le ciel, strié de sang. Les deux arbres séculaires qui surplombaient le portail du Jardin botanique avaient perdu leurs feuilles. Pourtant, au milieu de leurs profondeurs, un merle appelait.
Depuis combien de temps ne m'étais-je pas senti aussi serein ? Les insignifiantes tracasseries du début de matinée, le service photo du magazine qui avait téléphoné pour me rappeler les échéances à respecter, mon fils de trois ans, Benedict, qui refusait de manger et se désintéressait petit à petit de ses cadeaux de Noël, me paraissaient lointaines. Seules quelques minutes s'étaient écoulées entre-temps, mais c'était comme si je n'avais plus eu le moindre rapport avec mon ancienne vie. Et, à mon grand étonnement, je n'éprouvais ni douleur physique, ni tristesse, ni impression de perte. Mais j'observais au-dessous de moi la scène de l'accident avec une insouciante désinvolture.

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Anna Blume 16/11/2012 11:51

Ne t'inquiète pas, on n'est pas les seules. Je n'avais pas été très tendre dans mon billet. Et il me semble que c'était un avis assez général.

akialam 16/11/2012 13:43



Au vu de la sélection Elle de ce mois-ci, j'imagine que les autres livres en pré-sélection ne devaient pas être terribles...



Anna Blume 16/11/2012 11:40

Complèment d'accord avec toi !!

akialam 16/11/2012 11:43



ça me rassure, je me demandais si je n'avais pas été un peu trop dure avec... ou si j'étais passée à côté. Mais si je ne suis pas la seule à le penser, ça va alors :p