Une conspiration de papier **

Publié le 13 Octobre 2010

conspiration de papierDe David Liss

aux éditions 10/18

 

Londres 1719. Benjamin Weaver, juif parmi les chrétiens, ruffian parmi les aristocrates, et justicier parmi les voleurs, sillonne le monde souterrain du crime en redresseur de torts pour le compte des puissants. Mais l'enquête, cette fois, le touche au plus près, car elle est liée à la mort mystérieuse de son père, un important financier qu'il n'a pas revu depuis son enfance. Un meurtre qui va le plonger au sein du monde de la spéculation financière. Avec pour seules armes son cerveau et ses poings, Weaver va découvrir les prémisses d'un nouveau règne économique, un mode de vie qui recèle de grands risques pour le porte-monnaie des investisseurs et de grands dangers pour la vie du jeune homme et des siens.

 


Quel ennui ! L'auteur bien intentionné, et selon toute vraisemblance, extrêmement bien documenté, tente de plonger le lecteur dans les débuts de la spéculation et de la Bourse dans le Londres du début du 18e siècle. L'idée, selon lui, est de faire découvrir cet univers, si nouveau à l'époque, au lecteur d'aujourd'hui. Mais hélàs, de bonnes intentions n'ont jamais suffi à faire un bon roman, particulièrement lorsque le personnage principal est lancé dans une enquête aux ramifications si complexes. Il est difficile d'avoir une idée claire de cet univers si complexe d'"exchange alley", alors même que l'enquêteur se perd dans des hypothèses alambiquées et des échafaudages de suppositions toujours plus incompréhensibles. On en vient à ne plus replacer les personnages, à ne plus savoir où ils en sont, bref, à n'y plus rien comprendre.

D'autre part, Weaver s'excuse trop souvent à mon goût auprès de son lecteur de l'usage qu'il fait de la violence, alors même qu'il admet que cette violence est généralisée dans le Londres de son époque...il y a donc un décalage. Celà donne l'impression qu'il ne s'agit pas de Weaver s'adressant à ses contemporains, mais de l'auteur de l'ouvrage s'adressant à des lecteurs du 20e en se dédouanant de toute critique sur la violence. C'est fort dommage. J'imagine que le fait que Weaver soit juif a incité l'auteur, pour ne pas stigmatiser une communauté, à utiliser ce stratagème pour éluder les critiques, mais c'est agaçant à la fin. Weaver est un personnage de fiction, et en tant que tel, peut assumer ses actions sans problème.

Seule la place du peuple juif en Europe à l'époque est bien dépeinte dans toute sa complexité, entre volonté de s'intégrer et maintien des traditions, nécessité et rejet. Et c'est d'ailleurs là la seule vraie qualité de cet ouvrage, malheureusement noyé dans le marasme de cette enquête sans interêt. Et, cerise sur le gâteau, cette édition recèle au moins une douzaine de fautes d'orthographe. C'est peut-être un détail, mais je trouve cela insupportable. Une raison (certes mineure) de plus pour oublier au plus vite cet ouvrage et passer à autre chose.

 

- Qu'est ce qui vous manque, sir Nettleton ? demandai-je

Son visage de glaça en un instant, puis il me fixa des yeux, une lueur froide dans le regard. J'avais été tellement habitué à voir le baronnet affable et de bonne humeur que j'avais presque oublié que, comme tout un chacun, il était capable de colère. La sévérité de son regard m'apprit qu'il me soupçonnait d'avoir pris ce qu'il cherchait. En vérité, je n'avais pas même jeté un coup d'oeil au contenu du portefeuille, sauf pour m'assurer qu'il s'agissait bien du sien. J'avoue que, si la soirée avait connu une fin moins tragique, j'aurais sûrement été tenté d'y regarder de plus près, peut-être même aurais-je pu succomber à une autre tentation, mais la vue de mes mains tachées de sang me rappelait que j'avais commis mon compte de péchés pour la journée.

Sous le regard scrutateur de sir Nettleton, je me sentais pourtant coupable - une culpabilité que seul l'innocent connaît lorsqu'il se sait observé. C'est un phénomène inexplicable. J'ai été responsable de bien des méfaits durant ma vie, et j'ai toujours su faire face à mes accusateurs sans sourciller. Et voilà qu'à présent, devant sir Nettleton, je me mettais à rougir et à angoisser comme un jouvenceau. Après tout, ce portefeuille était sous ma responsabilité. Avais-je oublié quelque chose ? N'avais-je pas fouillé assez scrupuleusement la chambre de Kate ? En silence, je cherchais à quel moment j'avais bien pu commettre une erreur.

Sir Nettleton profita de mon stupide sentiment de culpabilité. Il m'examina durement en plissant les yeux. Il se leva et me toisa.

- je déteste que l'on cherche à me duper ! lâcha-t-il dans un grognement - je pouvais sentir sur moi son souffle rauque.

Les muscles de mon visage se raidirent tandis que je passais de cette impression de faute sans fondement à une réelle indignation. A présent que l'accusation avait été prononcée, je me levai pour adopter une attitude de défi. j'avais conscience, toutefois, qu'il n'était pas bon pour ma réputation de me montrer en colère, aussi me calmai-je, me contentant de répondre uniquement à l'accusation de sir Nettleton.

- Bous êtes, m'avez-vous dit, venu me voir sur les recommandations de plusieurs gentlemen. Je vous mets au défi de trouver ne serait-ce qu'un seul qui prétende avoir été trompé par moi, à quelque degré que ce soit. Oseriez-vous me traiter de menteur ?

Bien que je ne fusse déjà plus tout jeune et bien loin de l'homme que j'avais été à l'époque de mes combats, je peux dire, sans fatuité aucune, que j'avais conservé une stature imposante. Sir Nettleton cessa donc, dans l'instant, toute attitude de menace. Il recula d'un pas et baissa les yeux. Apparemment, il ne souhaitait nullement me traiter de menteur.

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Edelwe 02/11/2010 14:46


Lol. Vu le début de ton billet, c'est assez dissuasif!


akialam 02/11/2010 15:16



J'avoue, et en plus je n'aime pas quand je n'arrive pas à apprécier quelque chose, j'ai un sentiment d'échec. Mais là j'ai été tellement déçue que il a bien fallu que je m'exprime !