Sept contes gothiques **

Publié le 25 Décembre 2011

sept_contes_gothiques_karen_blixen_isak_dinesen.jpgDe Karen Blixen

aux éditions Stock

 

Empruntant un masque masculin, la baronne Blixen avait d abord publié les Sept Contes gothiques sous le nom d Isak Dinesen en 1935. Les histoires qui composent ce recueil ne sont ni des contes bleus ni des aventures fabuleuses. En effet, situées dans le Danemark du XIXe siècle, leur arrière-plan historique et religieux n a rien de fantaisiste, et les personnages qui les peuplent reflètent fidèlement les valeurs et les doutes de l aristocratie de l Ancien Régime : la crainte de Dieu, la religion de l honneur, le goût de la terre et des traditions, le sens du destin. Mais la plume pleine de verve et d imagination de Karen Blixen transfigure ce monde bien réel, et le fait basculer dans le romanesque et le fantastique. Après un raz de marée sur la côte danoise, une vieille demoiselle vierge et noble qui s invente un passé de courtisane, un valet de chambre assassin déguisé en cardinal capable de faire des miracles, une jeune femme fugueuse et un garçon mélancolique, se réfugient dans un grenier en attendant la mort ou une barque libératrice Une abbesse se change en guenon et commet des actes diaboliques Deux vieilles filles aristocrates, restées vierges par amour pour leur bandit de frère, dînent en compagnie du fantôme de celui-ci Voilà un aperçu de ces contes du clair-obscur, où le réel et le délire se fondent et se confondent, où d étonnantes vieilles dames parlent un langage fait de folie et de raison.

 

 

 

Après une première découverte plutôt optimiste avec l'auteur, ces sept contes gothiques m'ont fait de l'oeil au détour d'un stand au salon du livre de Paris 2011. Etablie depuis quelques longs mois dans une stratégie visant à faire descendre ma PAL de manière conséquente (et donc sans racheter de nouveaux ouvrages, ce qui est un combat de tous les jours), voici donc que j'en exhume cet ouvrage.

 

Dès la première nouvelle, c'était plutôt mal parti. D'abord parce que je ne comprenais pas où était l'aspect gothique, ensuite parce que les nombreuses mises en abîme on commencé à m'agacer, ne m'y retrouvant plus dans le flot d'histoires. Ensuite, l'aspect gothique est ressorti dans les nouvelles suivantes, et il est vrai que l'auteur dépeint des personnages à la psychologie étudiée, mais je n'ai vraiment pas accroché aux histoires, un peu perdue dans les narrations.

 

A vrai dire, par moments, j'ai eu quelques pointes d'interêt pour une histoire, un personnage, mais sur l'ensemble des 500 pages que compte cet ouvrage, elles sont bien peu nombreuses et trop brèves. De plus, comme pour Le festin de Babette et autres histoires, je n'ai pas toujours saisi la fin des nouvelles. Entendons-nous: le sens sémantique, oui, mais l'intérêt dramatique de les faire se finir ainsi m'a toujours échappé. Peut-être est-ce l'auteur elle-même, peut-être simplement faudrait-il que je me familiarise avec la littérature danoise.

 

Enfin, je pense que je persévèrerai avec la ferme africaine, du même auteur, puisque le volet autobiographique et l'aspect découverte de l'Afrique me plaît, mais il est peu probable que par ailleurs je relise un Blixen avant longtemps...

Par une nuit de pleine lune de l'année 1863, un boutre, allant de Lamu à Zanzibar, faisait route à environ un mille de la côte.

Voile déployée, il filait ferme sous la mousson avec sa cargaison d'ivoire et de cornes de rhinocéros. Celles-ci sont si renommées comme aphrodisiaques que même de lointains pays comme la Chine des marchands viennent les acheter sur les marchés de Zanzibar. Mais le navire recelait en outre une cargaison secrète, destinée à mouvoir de grandes forces et dont les populations encormies de la côte toute proche ne soupçonnaient guère l'existence.

Cette nuit tranquille était troublante par son calme même, par son silence. Il semblait que le monde eût subi une transformation, que son âme eût été retournée sens dessus dessous par quelque sortilège. Accourant de pays lointains, la libre mousson chassait devant elle la mer, qui poursuivait son long voyage à l'aventure, sans souci de la lune. Mais sur l'eau, le clair de lune brillait d'un tel éclat qu'on aurait pu croire que toute la lumière du monde était émise par la mer, et puis reflétée par le ciel. Les vagues paraissaient assez solides pour permettre la marche, et le ciel, en revanche, offrir des abîmes où l'on risquait de choir et de sombrer, d'être englouti dans les turbulences d'insondables univers argentés, d'argent brillant ou d'argent terni, dans une éternité d'argent reflétée dans de l'argent qui se mouvait, changeait de forme, s'enflait, lentement et sans effort.

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Edelwe 24/01/2012 20:12

Le titre était pourtant alléchant!

akialam 25/01/2012 07:31



Carrément ! c'est vraiment le titre qui m'a donné envie de l'acheter !



Neph 11/01/2012 15:16

J'ai ses "Contes d'hiver" dans ma PAL, qui y dorment depuis un moment. Il faut que je les en fasse sortir !

akialam 11/01/2012 15:34



J'avoue, moi, mis à part la ferme africaine, je ne suis pas sûre de retenter l'expérience ! :(



Rémy 26/12/2011 11:50

Je me suis souvent demandé si le succès de "La ferme africaine " ne devait pas beaucoup (tout ?) au film "Out of Africa" ? Pour des raisons personnelles, j'ai apprécié le livre car je l'ai lu "en
situation", j'ai ressenti le même effet "continent" avec le film, mais bon...

akialam 26/12/2011 18:02



C'est fort possible, sinon, sans doute n'aurait-on qu'à peine connu Karen Blixen ! Cela étant, elle a aussi écrit le festin de Babette, qui a lui aussi inspiré un très joli film !