Rigoletto *** et quelques considérations sur la découverte des arts

Publié le 20 Janvier 2013

Rigoletto_pavarotti_gruberova_wixell.jpgDe Giuseppe Verdi (DVD)

Réalisateur : Jean-Pierre Ponnelle

Direction musicale : Riccardo Chailly

 

 

 

 

Distribution :

Ingvar Wixell : Rigoletto

Luciano Pavarotti : Le Duc de Mantoue

Edita Gruberova : Gilda

 

Je commence à prendre conscience du nombre finalement assez conséquent d'opéras qui ont eu leur adaptation cinématographique à une certaine époque. Rien qu'en piochant au hasard dans les rayons de ma médiathèque en croyant emprunter des captations de spectacles, celui-ci est le troisième en quelques mois (avec Madama Butterfly et un Otello que le CD en mauvais état ne m'a pas laissé achever...). Vestiges, sans doute, d'une époque où le grand public s'intéressait encore à l'Opéra. Quoique, il me semble que depuis un ou deux ans, on assiste à un relatif regain d'intérêt pour la chose : Arte, France 2 ou même TF1 proposent régulièrement quelques oeuvres, même si elles restent majoritairement confinées aux programmes de nuit. De même, le succès des retransmissions de grandes productions internationales dans certains cinémas semble être la preuve que les choses bougent.  L'autre raison possible à cette analyse étant également que, ne m'intéressant moi-même à ce sujet que depuis peu, je sois simplement un peu plus au courant de ce qui existe...

 

Mais je m'égare dans des considérations générales. Revenons-en à ce Rigoletto. Pourtant oeuvre fort connue, je ne l'avais jamais entendue en entier. Cette version a le mérite d'avoir été tournée dans de vrais décors et Palais de Venise, lui donnant un cachet vraiment particulier.

 

Côté voix, on y retrouve Pavarotti dont j'admire toujours l'impression d'aisance : contrairement à d'autres chanteurs aux voix tout aussi reconnues,  il ne semble jamais lutter avec le son. Peut-être est-ce dû à son impressionnante carrure, mais tout de même, cela force l'admiration. L'interprète de Rigoletto, Ingvar Wixell, m'était totalement inconnu. Je ne pourrais, encore une fois, me prononcer sur la qualité de sa voix, probablement excellente, mais j'ai trouvé son jeu d'acteur relativement peu à mon goût...comme s'il était en décalage avec le texte, curieusement. Peut-être est-ce simplement une mauvaise compréhension de ma part, toutefois. A leurs côtés, pour interpréter la gracile et gourde innocente Gilda se trouve Edita Gruberova, dont je ne peux non plus juger la performance vocale, mais que je n'ai pas trouvée convaincante non plus dans l'interprétation du personnage. Sa coiffure, qui l'enlaidit considérablement et son physique marqué l'éloignent assez largement de l'image que l'on peut avoir du personnage en écoutant le texte. Cependant, je dois avouer que Gilda est tellement stéréotypée qu'elle en est caricaturale : je ne vois vraiment pas comment som personnage pourrait être crédible tout court, sauf à trouver quelqu'un capable de lui insuffler une fraîcheur si désarmante qu'elle en ferait oublier le reste. 

 

Et puis, au fur et à mesure que l'histoire avançait, j'ai eu comme un sentiment de déjà vu. Ne pouvant me retenir de creuser cette affaire, j'ai découvert que cet opéra était en réalité adapté d'une pièce de théâtre de Victor Hugo "le roi s'amuse" que j'ai lue il y a quelques années, ceci expliquant donc cela. Je reste cependant peu convaincue par cette version, du moins au regard des paramètres sur lesquels je me sens capable de porter un jugement constructif.

 

Je souhaitais revenir un instant sur la question de l'Opéra mis en film qui me semble épineuse. On le sait, à l'opéra, la voix prime (normalement) sur tout le reste. Le physique, l'âge ou la nationalité, les accents, le sexe, le jeu même, parfois, importent peu : des soprani d'une bonne cinquantaine d'année jouent des jeunes femmes de 15 ans, de jeunes basses interprètent des pères, des rôles d'hommes sont tenus par des femmes. J'ai même vu un excellent ténor à l'accent bien hispanophone jouer un jeune tyrolien ! Cela fait partie des conventions, des choses que l'on fait semblant de ne pas voir. Et sur scène, avec la distance, tout cela passe sans problème. Mais qu'en est-il des productions destinées au cinéma, comme celle qui nous occupe ici ?  Ce qui est convention dans une salle de spectacle ne passe pas s'agissant d'un 7e art qui porte en lui-même une certaine obligation de vraisemblance.

 

Faut-il alors privilégier de grandes voix ou s'attacher davantage à des paramètres plus importants sur grand écran comme l'adéquation entre le rôle et le physique, ou le jeu d'acteur ?  Il est par exemple reproché au Carmen de Francesco Rosi (1984) de compter Julia Migenes dans le rôle-titre (chanteuse moyenne selon certains spécialistes). En revanche, pour certains néophytes (dont je fais partie), Migenes est une des meilleures interprètes de Carmen que j'ai vue : insolente et fougueuse, elle fascine. La question est donc de savoir pour quel public le film est destiné : s'il s'agit du public qui remplit habituellement les salles de spectacle, l'intérêt de porter l'oeuvre au cinéma est limité car le spectacle vivant, ou, faute de mieux, en captation est à mon avis beaucoup mieux. Il me semble cependant que le passage de la scène au cinéma est destiné à attirer un public plus large, pas forcément initié. Ce qui est vrai pour l'adaptation d'une pièce ou d'un roman, à savoir que les conventions propres à leur forme d'origine doivent sauter, l'est, à mon avis, autant pour l'opéra. La forme de départ est encore plus contraignante, il est vrai. Cependant, je persiste à croire qu'une partie des conventions doit disparaître de l'écran pour convenir au format cinématographique, sous peine de devenir sujet de moquerie, et le but recherché - élargir le public - raté. Il faut quitter l'opéra filmé pour aller vers un film musical.

 

Je ne sais pas si certains lecteurs auront eu le courage de lire ce billet jusqu'au bout. Néanmoins, lorsqu'un sujet me tient à coeur, en l'occurrence l'accessibilité, disons la vulgarisation de l'Art, je m'emporte et ne peux m'empêcher de détailler un peu plus ma pensée. Je ne suis pas en train de dire qu'il faille privilégier la quantité de spectateurs au détriment de la qualité du spectacle. Il me semble simplement que le goût à l'Art s'éduque, et que certaines choses ne sont pas si évidentes. Comme pour les vulgarisations scientifiques, il faut parfois savoir se mettre au niveau de ceux que l'on souhaite initier. On le fait bien pour les enfants ! Pourquoi pas pour les adultes ? Le cinéma, la bande dessinée, l'Opérette, souvent considérés, à tort, comme des Arts mineurs au regard des Arts nobles que seraient la peinture, la littérature ou l'Opéra, peuvent en réalité être de formidables portes d'entrée en ce sens qu'ils sont souvent plus faciles à appréhender (bien que tout aussi complexes à réaliser). Combien de livres me suis-je décidée à lire après en avoir vu une adaptation cinématographique? Combien de livres ai-je pu avoir envie de lire, enfant, après en avoir lu les premiers chapitres, mis en bande dessinée dans mes Je bouquine ?  Et c'est via l'Opérette que j'ai commencé à m'intéresser à l'Art lyrique.

 

Vive donc les retransmissions de spectacles à la télévision ou au cinéma, vive les expositions pédagogiques, vive les adaptations cinématographiques et toute initiative permettant intelligemment d'initier le grand public. En Art, comme ailleurs, rien de ce qui peut être une porte d'entrée à de nouvelles découvertes n'est à mépriser. 

 

Commenter cet article