Réanimation ***

Publié le 1 Janvier 2013

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De Cécile Guilbert

aux éditions Grasset

 

La narratrice et Blaise, mariés, vivent comme des adolescents, des Robinson parisiens, artistes accrochés l un à l autre, insouciants. Jusqu au jour où Blaise est atteint d une maladie rare, la « cellulite cervicale », forme de nécrose parfois mortelle des tissus du cou. Hospitalisé d urgence à Lariboisière, Blaise se mue du jour au lendemain en « homme-machine » plongé dans le coma. Alors la peur s'installe. De le perdre. De voir le bonheur disparaître. S'installe aussi la curiosité fascinée de la narratrice pour ce service spécial la « réa » tandis que son existence se détraque et se ranime elle aussi...
Récit intelligent et sensible, exercice de mise à distance du malheur, méditation d'une grande douceur sur le temps et l'espérance, les pouvoirs de l'art et de la médecine, les pièges de l'image et les sortilèges de l'imagination, le livre de Cécile Guilbert, traversé de mythes et de contes, et aussi surtout ? une lettre d'amour à Blaise.

 

 

Voilà un ouvrage que j’éprouve la plus grande difficulté à chroniquer. En effet, il ne ressemble ni vraiment à un roman, ni vraiment à un témoignage, plutôt à un ensemble de pensées mises bout à bout, de paragraphes à l’écriture souple, métaphorique, d’une très grande beauté. Ces éléments sont brodés autour de la trame principale qui semble submergée par tant de fioritures, aussi belles soient-elles, à tel point qu’on la soupçonne de n’être qu’un prétexte à cette réflexion sur la maladie, la mort et la solitude.

 

Si l’ouvrage se lit facilement lorsqu’on se laisse bercer par la beauté formelle de l’écriture, il est en revanche assez curieux en ce qui concerne l’aspect temporel, qui semble s’y déformer sans logique. Sans doute s’agit-il d’un effet délibérément voulu par l’auteur, mais alors que les premiers jours paraissent durer un mois,  les deux dernières semaines, sont quasi inexistantes, pas même proprement écartée d’un coup d’ellipse. Ce décalage m’a a plusieurs reprises fait décrocher du récit, car la structure du livre nous fait imaginer un temps soudain démenti par les mots. C’est presque désagréable.

 

A vrai dire, je n’ai pas encore réussi à me décider : cette écriture est-elle vraiment virtuose ou suis-je simplement en train de me faire avoir par une habile accumulation d’esbroufe stylistique sans substance ?  J’ai choisi de lui laisser le bénéfice du doute… pour l’instant. 

 

Cette année-là, dans les derniers jours de mars, quelque chose a lieu.
Le temps balance entre giboulées hargneuses et fulgurantes éclaircies.
Le soleil s’allume d’un coup dans le bleu lavé pour s’éteindre dans la cendre.
Le ciel est zébré de lambeaux et l’atmosphère traversée d’électricité, d’ondes magnétiques qui agacent les nerfs.
Le printemps s’annonce mais l’hiver lui refuse cet éclat.
Les rosiers de la ruelle s’en plaignent.
Le combat des saisons est aussi brutal que la bataille spirituelle.

Blaise vient de fêter ses cinquante printemps.
Son père est mort trois mois plus tôt.
Quelque chose en lui refuse-t-il de naître ? de céder ? de s’ouvrir ?
Une délivrance ? une douleur ? un remords ?
Peut-être.

Car soudain tonne le canon qui abat tout, renverse tout, démolit tout.

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canel 12/01/2013 12:07

Suis très partagée aussi sur ce bouquin : début à rebrousse-poil, puis bluffée par le style, et puis ennui +++. Me suis engluée dans le trop perso, trop intime.
Ras-le-bol des récits comme ça.
Et oui, de l'enrobage 'habile accumulation d'esbroufe stylistique sans substance', comme tu dis...

akialam 13/01/2013 23:28



effectivement, le mot "enrobage" eut été plus concis :p