purge-sofi-oksanenDe Sofi Oksanen

aux éditions Stock

En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes. 
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.

 

 

Un face à face entre deux femmes qui ont vécu la souffrance, le déni d'elles-mêmes. L'une pendant l'occupation  russe, l'autre sous les coups d'un proxénète. A mesure qu'un lien, ténu mais réel, se tisse entre les deux femmes, leur passé se dévoile...

 

La narration, morcelée, fait sans cesse l'aller retour entre le temps présent des personnages et leurs souvenirs, au fur et à mesure que la situation les fait remonter à la surface. Malgré la dureté du récit, qui évoque l'occupation russe, les tortures, les dénonciations, la suspicion au sein même des familles, l'auteur ne se complaît pas à décrire les violences, mais les évoque d'une façon particulière, comme quelque chose d'assez irréel. Comme si le personnage d'Aliide refoulait tout cela au point de ne plus croire à la véracité de ses souvenirs. En revanche, les souvenirs de Zara, plus frais, plus récents, sa peur,  sa transformation en esclave sexuel sont décrits de manière très crue. C'est comme si pour Aliide, le temps avait un peu enfoui la douleur, toujours présente, mais moins aiguë.

 

Un livre poignant, questionnant la notion de culpabilité, les actions que des gens tout à fait ordinaires sont capables de faire en temps de guerre, par amour, ou par haine. Les personnages se découvrent, se révèlent à eux-mêmes surtout. Malgré le sujet délicat qu'est le devoir de mémoire, malgré la difficulté d'évoquer les époques sombres d'un pays sans tomber dans le manichéisme facile ou les raccourcis, l'auteur a su créer un récit dur et humain à la fois, et surtout plein de compassion. Un roman en forme de coup de poing, dont le palmarès est largement mérité.

 

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi 3,5/5 

 

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Elle avait attendu quelqu’un, exactement comme elle avait attendu alors dans cette cave où elle s’était rétrécie en souris dans un coin de la pièce, en mouche dans la lampe. Et une fois sortie de cette cave, elle avait attendu quelqu’un. Quelqu’un qui ferait quelque chose qui l’aiderait ou qui enlèverait au moins une partie de ce qui s’était passé dans cette cave. Qui lui caresserait les cheveux et qui dirait : « Ce n’était pas ta faute. ». Et qui dirait encore : « Plus jamais. ». Qui promettrait que « plus jamais », quoi qu’il arrive. Et en même temps qu’Aliide se rendait compte de ce qui s’était passé, elle comprenait que ce quelqu’un ne viendrait jamais. Que personne ne viendrait jamais dire ces mots, ne les penserait même ni jamais ne prendrait soin d’elle, plus jamais. Qu’elle, Aliide, était la seule qui puisse prendre soin d’elle. Personne d’autre ne viendrait jamais faire cela pour elle.

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