Notre force est infinie ***

Publié le 10 Février 2013

notre-force-est-infinie leymah GboweeDe Leymah Gbowee,

aux éditions Belfond


Leymah Gbowee n'a que dix-huit ans quand la guerre civile éclate au Liberia. Pendant quatorze ans, les troupes de Charles Taylor vont semer la terreur et la mort. Premières victimes, les enfants dont le dictateur fait des soldats, et les femmes harcelées, parfois violées par les miliciens.
Au prix d'une volonté inouïe, Leymah Gbowee va relever la tête. Avec dans le coeur une conviction inébranlable : qu'importe l'ethnie, qu'importe la religion, si elles se rassemblent, les femmes peuvent défier la violence des hommes.

D'innombrables sittings en terrifiantes confrontations avec les seigneurs de guerre, en passant par une grève du sexe aussi spectaculaire qu'efficace, Leymah Gbowee et son armée de femmes en blanc vont réussir l'impensable : pousser Charles Taylor à l'exil et ramener la paix au Liberia. Leymah Gbowee a reçu le prix Nobel de la paix en 2011.

 

L

Il y a quelques années, j’ai lu le récit d’une autre prix Nobel de la Paix, Wangari Maathai. Quelles que soient leurs différences culturelles, d’éducation et d’expériences de vie, elles partagent la même volonté de pousser les femmes à s'affirmer et à agir.

 

Ici, on parle de la guerre au Libéria, de ses atrocités, mais également de l’empreinte psychologique qu’elle laisse sur victimes et bourreaux, et qui, à la moindre étincelle, remet le feu aux poudres. Dans ce contexte, les médias occidentaux évoquent les combats, les exactions, tout ce qu’il y a de plus spectaculaire de plus sordide et de plus vendeur, mais s’intéressent peu à la vie des gens ordinaires, la majorité pourtant, qui souffrent et luttent. L’auteur évoque par exemple un journaliste occidental perdant soudain tout intérêt pour son témoignage : elle lui avait dit ne pas avoir été violée pendant la guerre.

 

Voici donc la face cachée de la guerre, ou plutôt, un versant moins télégénique, plus insidieux, mais tout aussi terrible. Elle est celui d’une famille qui ne cesse d’être séparée puis réunie, luttant pour se nourrir, échappant souvent de justesse à la mort, d’une jeune épouse battue, œuvrant pour libérer des femmes de leur traumatisme ou auprès d’anciens enfants-soldats, alors que sans cesse se ravivent les feux de la guerre civile. Les premières victimes, et les plus nombreuses, ne se comptent pas parmi les hommes portant les armes, mais parmi la population civile, parmi laquelle tous les combattants, quel que soit leur camp, sèment la terreur et la mort.

 

Les épreuves qu’a traversées l’auteur ont forgé son caractère, et bien qu’elle ne fasse pas l’impasse sur ses périodes de dépression et d’alcoolisme, elles lui ont apporté la conviction intime qu’il fallait donner la parole aux femmes, et faire valoir leur force : celle de leur union. Elle participe à divers mouvements, puis crée le Women of Liberia Mass Action for Peace, qui organise en 2003 un sit-in dans les rues de Monrovia, accompagné d’un volet plus célèbre en occident : une grève du sexe qui mobilise des milliers de libériennes à travers tout le pays, parfois malgré les intimidations et les coups.  A force d’opiniâtreté, elles obtiennent que s’engagent des négociations pour la paix entre les différents belligérants.

 

Une histoire de courage qui force l’admiration. Cependant, au-delà du témoignage pourtant poignant, je n’ai pas trouvé d’intérêt supplémentaire à cet ouvrage, par trop scolaire dans sa rédaction. Il m’a manqué une vision plus large de ces problèmes, une analyse plus fine, comme a par exemple si bien su le faire Rithy Panh dans Elimination.

 

Un ouvrage intéressant pour découvrir le parcours semé d’embuches d’une femme ordinaire que les circonstances extraordinaires ont poussé à faire changer les choses. 

 

Lu dans le cadre du
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Les histoires de guerre moderne se ressemblent souvent, non parce que les circonstances sont analogues, mais parce qu'elles sont racontées de la même manière. On cite les chefs qui prédisent en toute confiance la victoire. Les diplomates déclament des affirmations pompeuses. Les combattants, vantards, menaçants – toujours des hommes, qu'ils soient des soldats gouvernementaux ou des rebelles, qu'on les dépeigne comme des héros ou des bandits -, brandissent des trophées atroces et transforment leurs bouches en armes aussi dévastatrices que leurs kalachnikovs.

C'était ainsi, dans mon pays, le Liberia. Pendant les années où la guerre civile nous a déchirés, les reporters étrangers sont venus pour informer le monde sur notre cauchemar. Lisez leurs articles ! Regardez les clips vidéo ! Ils ne parlent que du pouvoir de destruction. Des gamins torse nu, à pied ou dans des camions à ridelles, tirent avec d'énormes mitrailleuses, dansent comme des fous dans les rues dévastées d'une ville ou se massent autour d'un cadavre, l'un d'eux brandissant le cœur sanglant de la victime. Un jeune homme portant des lunettes de soleil et un béret rouge fiche un regard glacial dans l'objectif : « On vous tue, on vous mange. »

Regardez à nouveau ces témoignages, plus attentivement, cette fois ! Regardez à l'arrière-plan, car c'est là que vous remarquerez les femmes ! Vous nous verrez nous enfuir, pleurer, nous agenouiller devant la tombe d'un enfant. Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre, c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend.


Un jour, un journaliste étranger m'a demandé : « Avez-vous été violée pendant la guerre au Liberia ? »
Quand je lui ai répondu non, je n'ai plus présenté le moindre intérêt pour lui.


Pendant la guerre, presque personne n'a parlé de ce que fut cette autre réalité : la vie des femmes. Comment, en plein chaos, nous avons caché chaque fois que c'était nécessaire nos maris et nos fils pour éviter que les soldats ne les recrutent de force ou ne les tuent. Comment, en plein chaos, nous avons marché des kilomètres chaque jour pour trouver à manger et de l'eau pour nos familles. Comment nous avons perpétué la vie, afin qu'il reste quelque chose sur quoi reconstruire, quand la paix reviendrait. Comment, enfin, nous avons puisé notre force dans la solidarité pour parler de paix au nom de tous les Libériens.

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mimipinson 08/03/2013 05:30

Tout à fait le style de témoignage sans âme; on relate les fait, mais c'est tout.
Je n'ai pas aimé, et ce dès le début; je m'y suis profondément ennuyée

N'est pas Ingrid Betancourt qui veut.....

akialam 08/03/2013 16:17



C'est instructif, mais pas très intéressant du point de vue littéraire. Tout à fait d'accord !