La mort à Venise **

Publié le 12 Juillet 2012

la mort a venise thomas mannDe Thomas Mann

aux éditions du livre de poche

Suivi de Tristan et Le chemin du cimetière

 

 

La Mort à Venise est le récit de la passion folle et fatale qui saisit un écrivain d’âge mûr à l’apparition d’un gracieux adolescent d’une extraordinaire beauté. Dans Tristan, le dilemme qui s’offre à l’héroïne est de tenter de vivre en étouffant ses dons d’artiste ou « mourir de musique ». La fin de Lobgott Piepsam dans Le Chemin du cimetière prouve que la vie est dure aux faibles, mais que la mort vaut mieux que la débâcle d’une constante lâcheté.

 

 

 

 

 

Plusieurs semaines pour me décider à terminer cet ouvrage : point de jugement moral sur la situation, simplement un profond sentiment d’ennui, doublé de la pesanteur d’une écriture par trop gorgée de symboles mythologiques. Ne m’attachant à aucun personnage, n’arrivant pas même à déceler la folie qui semble s’en emparer, j’ai traîné ce livre comme un boulet, non sans m’autoriser à lui faire quelques infidélités, par paresse d’y revenir.

 

Je n’ai malheureusement même pas l’impression d’être passée à côté de l’ouvrage, comme c’est parfois le cas. Ce n’est pas par incompréhension des symboles ou du cheminement des personnages que je ne l'ai pas apprécié cet ouvrage.

 

Si la situation de départ semblait intéressante - l’envie soudaine de voyage d’un écrivain engoncé dans sa morale et sa vie bourgeoise, puis cet amour interdit pour un bel adolescent – très vite, cet intérêt s’émousse pour faire place à des longueurs qui annihilent toute velléité de sentiment. Le style seul de l’écriture ne laisse la place ni à l’empathie, ni à la condamnation, et achève de tuer dans l’œuf toute bienveillance. La nouvelle suivante, Tristan, n'a pas davantage eu mes faveurs, peu ou prou pour les mêmes raisons. Seule la dernière, Le chemin du cimetière m'a davantage séduit par son ironie malicieuse. Mais quelques pages sur un ouvrage entier, c'est trop peu à mon goût pour sauver le reste.

 

D'être seul et de se taire, on voit les choses autrement qu'en société ; en même temps qu'elles gardent plus de flou elles frappent davantage l'esprit ; les pensées en deviennent plus graves, elles tendent à se déformer et toujours se teintent de mélancolie. Ce que vous voyez, ce que vous percevez, ce dont en société vous vous seriez débarrassé en échangeant un regard, un rire, un jugement, vous occupe plus qu'il ne convient, et par le silence s'approfondit, prend de la signification, devient événement, aventure, émotion. De la solitude naît l'originalité, la beauté en ce qu'elle a d'osé, et d'étrange, le poème. Et de la solitude aussi, les choses fausses, désordonnées, absurdes, coupables. C'est ainsi que les images du voyage, l'horrible vieux beau, ses radotages, ses histoires de bonne amie, et le gondolier en maraude frustré de son argent continuaient d'occuper l'esprit du voyageur. Sans sortir du normal, sans être pour la raison un problème, sans même solliciter la réflexion, ils n'en étaient pas moins de nature étrange, semblaient-ils à Aschenbach, que cette disparate troublait. Entre-temps, il saluait des yeux la mer et se réjouissait de sentir Venise à si proche portée. Finalement, il se détourna de la fenêtre, alla se baigner le visage, donna des ordres à la femme de chambre, et ayant préparé une installation confortable il se fit descendre au rez-de-chaussée par le garçon de l'ascenseur, un Suisse en livrée verte.

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FT 18/09/2012 11:46

Chère Jurée du Grand Prix des lectrices de Elle, tout d'abord bravo pour ta capacité à engloutir les livres dont les chroniques se succèdent à pas cadencé! Pour ma part on m'a offert ( sur une idée
d'un com. de ton blog je précise) La Montagne Magique de Thomas Mann, c'est un gros livre et j'approche de la fin des aventures de Hans Castorp dans lesquelles j'ai eu beaucoup de plaisir à me
plonger. Mon épouse m'en a parlé ces jours ci car il a été cité dans un article de Psychanalyse sur les liens maladie-générosité-ouverture aux autres et effectivement c'est un livre qui ouvre
beaucoup de pistes de réflexion. Et puis notre cher Stéphan Zweig était un grand admirateur de Thomas Mann, c'est une bonne référence! Mais attend la fin du GPLE, il me semble que ta LAL est
pleine! Bonnes lectures Akialam!

akialam 20/09/2012 15:58



Ah oui, la LAL est ultra pleine, en ce moment, d'autant qu'avec le prix ELLE, elle ne descend pas d'un pouce !


Quant à la montagne magique, il faudrait effectivement que je tente ma chance avec !



dasola 26/07/2012 08:05

Rebonjour Akialm, il faut refaire une tentative avec cet écrivain avec La montagne magique (qui est un des chef d'oeuvre de la littérature mondiale) sinon, laisse tomber. Bonne journée.

akialam 01/08/2012 15:03



je vais essayer, sans doute plus tard, mais je n'aime pas rester sur une impression de mauvaise rencontre avec un auteur.



dasola 25/07/2012 17:23

Bonjour Akialam, c'est grâce à ma maman que j'ai découvert Thomas Mann. Mort à Venise, une nouvelle courte devrait être lue par tout le monde surtout quand on aime le film de Visconti. Bonne
soirée.

akialam 25/07/2012 19:14



Je n'ai pas vu le film de Visconti et j'ai tellement détesté la nouvelle (mais ce n'est qu'un avis personnel et qui n'engage que moi) que je ne suis pas sûre de vouloir voir le film... sauf si
tout le monde me dit que le film est largement mieux...



FT 24/07/2012 16:49

Bonjour Akialam! A propos de Bel Ami, je te disais que je preferais souvent le roman à son adaptation cinématographique, mais pour Mort à Venise ce sera l'inverse! As tu déjà vu le "Mort à Venise"
de Visconti? Si ça n'est pas le cas, il faut absolument que tu déniches le DVD, c'est un film que je trouve sublime, bien qu'il semble que le roman soit d'une lecture difficile... La symphonie de
Malher qui accompagne le film porte l'histoire d'une façon qui m'a toujours ému, et je crois- au vu de tes 2 étoiles- que je ne gacherai pas ce souvenir par la lecture du roman! Bonne journée
Akialam!

akialam 24/07/2012 17:04



Non, je n'ai pas vu le film, je pense que je n'aurai aucun mal à le trouver. D'ailleurs, si je ne me trompe, la couverture de mon livre est tirée de l'adaptation cinématographique !