Mémoires du Gange 1930 ***

Publié le 17 Novembre 2012

Mémoires du Gange-1930-Krishna dev UpadhyayaDe Krishna Dev Upadhyaya

aux éditions Riveneuve

 

Dans le sillage des nouvelles de Premchand et de Tagore, Mémoires du Gange - 1930 fait partie du courant littéraire régional indien qui retrace la vie quotidienne des humbles, des « subalternes », et dépeint les formes de sociabilité villageoise dans l’univers de domination imposé par la loi des zamindars, les grands propriétaires terriens. Habitué des campagnes, curieux de l’âme paysanne, Krishna Dev Upadhyaya, par ailleurs folkloriste renommé, promène son regard de brahmane, sans complaisance ni parti-pris, sur le canton d’Entre-deux-Rivières, entre les bras du Gange et de la Ghaghara. Loin de mettre fin au système zamindari, le modèle colonial britannique ne fit que renforcer la pratique de l’usure et les privilèges. Droit de cuissage, confiscations des terres, expulsions des villages, exactions des milices et châtiments corporels, tels sont les moyens dont les riches disposent pour asseoir leur pouvoir à l’égard des pauvres.
A travers une galerie de portraits frivoles, féroces, tragiques ou cocasses, Mémoires du Gange - 1930 révèle le poids toujours écrasant des inégalités sociales, des règles de mariage, et des interdits religieux. Mais au-delà des apparences surgissent des échappatoires, des surprises, faisant entrevoir des images moins convenues.

 

 

 

Cela faisait presque quatre ans que je n'avais pas lu de littérature indienne : depuis Mariage à l'indienne et Compartiment pour Dames, deux romans que j'avais pourtant particulièrement appréciés. J'ai donc saisi l'occasion proposée par Babelio de remédier à cette injuste, mais bien involontaire, mise à l'écart.

 

Très vite, on comprend que l'intérêt principal de cet ouvrage réside moins dans l'écriture que dans son parti pris presque naturaliste. Car ces histoires racontent tout simplement la vie des habitants du Nord est de l'Inde, des villages où la vie est rude, où le système de caste est bien présent, où la tradition écrase les plus modestes : il ne s'agit donc pas de nouvelles romancées mais bien de récits à caractère biographique. L'auteur, d'ailleurs, revendique davantage un point de vue de témoin qui donne à voir la vie ordinaire, que de créateur littéraire.

 

La dimension régionale de ce témoignage s'exprime pour l'essentiel au travers de la langue : l'auteur parsème son texte de mots, parfois de phrases en Bhojpuri, pour retranscrire au plus près la réalité. Peut-être certaines coutumes sont-elles également spécifiques de la région, mais mes connaissances en la matière sont trop limitées pour en être certaine.

 

L'immersion dans cet univers très spécifiquement indien est assez complexe lorsqu'on en possède pas les clés. Heureusement, l'éditeur a ajouté un lexique pour permettre au néophyte de mieux comprendre se lecture. Malheureusement, je ne l'ai pas vu tout de suite, ce qui a compliqué ma découverte de ces histoires.

 

Côté écriture, le style n'est pas particulièrement attractif, voire plutôt terne, mais avouons-le, cet aspect est presque anecdotique dans ce contexte. Au fond, le plus étonnant dans cet ouvrage, c'est qu'il a beau être ancré dans une réalité très limitée géographiquement et dans une culture spécifique définie, on y retrouve la peinture bien plus universelle de la médiocrité ou de la grandeur humaine. C'est cette portée à deux niveaux qui fait la richesse du livre, en plus de sa valeur socio-historique.

 

 

Babelio masse critique

L'homme à qui on avait marié ma mère était très pieux. Tout son temps, il le consacrait à la puja et à la récitation des textes saints. Son influence rejaillit beaucoup sur ma mère. Elle avait une foi absolue en dieux et déesses. Aux divers temples où elle se rendait, elle honorait Shiva, Vishnu et Parvati. Chez elle, à la maison, elle avait planté une tulsi dans la cour, et lui faisait la puja . Matin et soir, elle lui rendait hommage en procédant à l' arti avec des petites lampes pleines de ghi. Elle chantait alors ces paroles, toute absorbée dans son service religieux :

"entre les bras du Gange passe un chemin
sur lequel le roi s'en ca chasser l'antilope
O chati mata, je te servirai "

Lorsqu'elle chantait, une atmosphère de dévotion se répandait ds la maison.

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pyrouette 10/12/2012 07:06

L'Inde reste pour moi un attirant mystère, mais dont les récits sont tortueux et compliqués. Je préfère lire ta critique !

akialam 10/12/2012 07:26



Merci !


Si tu souhaites commencer avec l'Inde en lecture, je te conseille "compartiment pour dames" qui pourrait presque s'apparenter à un recueil de nouvelle puisque chaque femme raconte son histoire.


:)