Mal de pierres ***

Publié le 4 Mai 2010

Mal-de-pierresDe Milena Agus

aux éditions du livre de Poche

 

Au centre, l’héroïne : une jeune Sarde étrange « aux longs cheveux noirs et aux yeux immenses ». Toujours en décalage, toujours à contretemps, toujours à côté de sa propre vie...  À l’arrière-plan, les personnages secondaires, peints avec une extraordinaire finesse : le mari, épousé sans amour, sensuel, taciturne, à jamais méconnu ; le Rescapé, brève rencontre sur le continent, qui lui laisse une empreinte indélébile ; le fils, inespéré, et futur pianiste ; enfin, la petite-fille, la narratrice de cette histoire, la seule qui permettra à l’héroïne de se révéler dans sa vérité. Mais sait-on jamais tout de quelqu’un, aussi proche soit-il ?
 

 


Il y a beaucoup de tendresse et d'amour dans ce récit. La narratrice raconte l'histoire de sa grand-mère suicidaire et auto-destructrice, que tout le village surnomme "la folle". Pourtant, cette petite-fille n'a toujours trouvé qu'amour et compréhension auprès d'elle et de ses récits. Elle livre au lecteur l'histoire d'une vie pas vraiment ordinaire, d'une femme aux cheveux noirs et aux courbes généreuses, malade, à la sensibilité exacerbée et qu'une rencontre va changer à jamais. A travers ce personnage, la narratrice initie un minutieux travail de généalogie, comme pour comprendre ce qu'elle-même est, d'où elle vient,s'interroge sur la vie de ses aïeules qui la renvoie à sa future vie de femme mariée. 

La structure du roman déconcerte parfois par son côté déstructuré qui peut perdre le lecteur, mais cette faiblesse structurelle ne gâche ni la douceur et l'amour qui se dégagent de chaque ligne, ni ce beau portrait de femme.

 

A partir du moment où grand-mère s'aperçut qu'elle était devenue vieille, elle me disait qu'elle avait peur de mourir. Pas de la mort en soi qui devait être comme aller dormir ou faire un voyage, mais elle savait que Dieu était fâché contre elle parce qu'il lui avait donné plein de belles choses en ce monde et qu'elle n'avait pas réussi à être heureuse, et que Dieu ne pouvait pas lui avoir pardonné ça. Au fond, elle espérait être vraiment dérangée, car saine d'esprit, elle ne coupait pas à l'enfer. De toute façon, elle parlementerait avec Lui avant d'aller en enfer. Elle Lui objecterait que s'Il créait une personne sur un certain modèle, Il ne pouvait pas prétendre ensuite qu'elle agisse comme si elle était faite sur un autre modèle. Elle avait déployé toutes ses forces pour se convaincre que cette vie était la meilleure possible, et pas l'autre dont la nostalgie et le désir lui coupaient le souffle. Mais elle demanderait sincèrement pardon à Dieu pour certaines choses : la robe de cachemire que grand-père lui avait acheté à Milan et qu'elle avait déchirée dans l'escalator de la gare, la tasse de café au pied du lit, leur première année de mariage, comme une gamelle à un chien, son incapacité à profiter de tant de journées à la mer quand elle pensait que le Rescapé arriverait au Poetto, leste sur sa béquille.

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silvi 09/05/2010 22:48


j'ai beaucoup aimé ce roman et l'histoire racontée par une narratrice adorable. une écriture fluide et poétique.


akialam 10/05/2010 22:30



fluide et poétique... adjugé ! c'est exactement ça !



Edelwe 09/05/2010 11:36


Mon préféré de cet auteur! un très beau livre qui donne envie d'aller en Sardaigne!


09/05/2010 19:16

Oui, de voyager et de profiter de la vie!

Bénédicte 07/05/2010 10:12


il a l'air bien ce livre


09/05/2010 19:15

Oui, très beau, je trouve, je ne sais pas si les autres de cet auteur sont ainsi mais celui la est a la fois plein de douceur et de force !