Lucrèce Borgia **

Publié le 18 Avril 2011

lucrèce-borgia-magda-martini-editions-rencontre-lausanneDe Magda Martini

aux éditions rencontre Lausanne

 

J'ai tiré cet ouvrage de ma fameuse série de " ces femmes qui ont fait l'histoire" aux éditions rencontre Lausanne achetée dans un vide-grenier et  dont j'avais déjà chroniqué Isabeau de Bavière il y a quelques temps.

 

L'image de Lucrèce Borgia a beaucoup pâti de celle, sulfureuse, de sa famille. En sous titrant son ouvrage "ou la passive victime", l'auteur soutient la thèse qui fait de Lucrèce, non pas une empoisonneuse et une femme multipliant les amants, mais une épouse soumise, incomprise, ballotée par l'histoire et prisonnière de son nom. Cette piste, bien différente de l'image couramment véhiculée, m'a tout de suite interessée. Ce qui en revanche m'a fortement déplu pour un ouvrage biographique historique, c'est le manque de soucres citées. Parfois, on a l'impression d'être à mi-chemin entre la biographie romancée et la biographie à proprement parler. On a des dialogues, sans savoir si l'auteur reproduit une conversation citée par  témoin ou s'il les imagine, et la psychologie des personnages semble parfois trop affirmative, comme si l'auteur était sûr de ce que Lucrèce ressentait ou pensait à un moment donné...

C'est ce positionnement, à cheval sur deux genres, qui m'a génée. Mais une biographie se doit d'être plus explicative, de séparer les suppositions actuelles des témoignages de l'époque, et je n'ai pas su démêler les deux, particulièrement à partir du milieu de l'ouvrage. Du coup, je ne suis pas  entièrement convaincue par la démonstration de l'auteur. Dommage, surtout lorsque le postulat de départ est autant à contre-courant.

L'année 1516 arriva, mettant un point final aux possibilités d'échanges entre Lucrèce et son beau-frère, François Gonzague. Le courrier qui parcourait la route Ferrare-Mantoue mourait à son tour. Laurent Strozzi rejoignait son frère. Lucrèce s'éleva encore dans la spiritualité. Quel médiateur plus fort que Dieu, pour ceux qui s'aiment d'un irréalisable amour terrestre ? Elle transforma cet attachement humain en une union mystique, tentant d'obtenir, par la ferveur des oraisons, ces étranges communications qui rapprochent les êtres plus encore qu'une présence désirée. Elle demanda chaque jour au Ciel d'accorder sa clémence à l'homme généreux, trop volcanique sans doute, mais au grand coeur, qui lui avait adouci les années moroses d'une vie si différente de ce qu'elle avait souhaité... Elle partagea ses jours entre le palais, le couvent et les réceptions officielles dans les maisons des nobles de la ville. Au Palais Costabili, à un grand banquet, elle retrouva le Cardinal Farnèse, frère de la belle Giulia, qui devait monter sur le trône pontifical sous le nom de Paul III, en 1534. Tout un passé ressuscita soudain pour elle. A ce seul nom de Farnèse, elle revit le palais de Santa Maria in Portico, avec les deux femmes qui s'occupaient d'elle... Adriana Mila et Giulia dont la beauté affolait tous les hommes, et plongeait le pape dans l'extase. "Giulia la Bella..." fut-elle sur le point de murmurer.

Elle venait à peine de revivre les heures de ses années lointaines - quatorze ans déjà! - que l'enfant prénommé Alexandre la quittait... Non, décidément, ce nom-là, il ne faudrait plus jamais le donner à sa descendance... Une vengeance céleste s'y rattachait.

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