Lestat le vampire ****

Publié le 8 Février 2011

Lestat Le VampireD'Anne Rice

aux éditions pocket

 

 

Vampire impie, qui ne croit ni en Dieu ni au diable, ivre d'amour et de sensualité, résolu à découvrir les mystérieuses origines de ses semblables, Lestat se lance dans une quête effrénée qui va nous transporter du Paris de Louis XV à l'Egypte ancienne pour nous amener à San Francisco de nos jours où, devenu chanteur de rock, il lance un défi suprême aux "puissances des ténèbres".

 

 

 

 

 

 

Me voici donc venue à bout du deuxième tome des "Chroniques des vampires". Non pas que la lecture en ait été fastidieuse, mais plutôt que ma capacité à dégager des créneaux lecture soit mise en cause.

Enfin, ce deuxième volume s'intéresse à Lestat, créateur de Louis et Claudia (héros du premier opus). Lestat, mais pas seulement, car les histoires de deux autres vampires y sont également insérées. L'image que l'on avait de Lestat au premier opus, plutôt froid par rapport à Louis, beaucoup moins humain, est considérablement changé à la lecture de ce deuxième tome. On le découvre lui aussi torturé par son nouvel état, par une recherche de sens qui va le mener très loin.

Comme pour "Entretien avec un Vampire", les personnages sont fondamentalement romantiques, torturés par des émotions intenses et contradictoires, entre horreur, amour puissant et infinie tristesse, solitude sans fond, colères mémorables. Le seul reproche que l'on pourrait formuler à cet ouvrage c'est d'être parfois un peu trop bavard, mais j'imagine que cela est inhérent à la quête de sens de son personnage, qui passe son temps à s'interroger sur tout. Ce léger défaut est contrebalancé par un tissage de l'intrigue qui donne envie de connaître la suite et des personnages fort, qui bien que secondaires dans la structure du récit, sont tellement étudiés que l'on sent à quel point l'auteur les a conçus dans leur ensemble.

Encore une fois, je constate avec étonnement que cette série me plaît, bien que l'aspect horreur ne soit absolument pas ma tasse de thé : l'ensemble est ficelé et raconté de telle manière que les pires horreurs ne me font pas peur, mieux, qu'elles participent à la compréhension de l'état d'esprit des personnages ou de leur situation (seconde option tout à fait possible: je n'ai pas assez d'imagination pour envisager dans toute leur horreur les situations décrites) . C'est juste incroyable.   

J'ai quitté ma retraite souterraine l'an dernier.

Deux choses m'y ont poussé.

D'abord les informations que me faisaient parvenir des voix amplifiées dont la cacophonie avait déjà commencé à troubler les airs à l'époque où je me suis endormi.

Je parle ici, bien sûr, des voix retransmises par les appareils de radio, les phonographes et, plus tard, les postes de télévision.

Or, quand un vampire se terre, comme nous disons - quand il cesse de s'abreuver de sang et se contente de rester étendu sous terre - il devient vite trop faible pour ressusciter et sombre dans un état onirique.

C'est dans cet état que j'ai absorbé paresseusement ces voix, les habillant d'images qu'elles faisaient naître en moi, comme il arrive à un mortel dans son sommeil. Seulement, à un moment donné durant le demi-siècle écoulé, je me suis mis à "me rappeler" ce que j'entendais, à suivre les émissions de variétés, à écouter les bulletins d'actualités, les paroles et les rythmes des chansons à la mode.

Et, très progressivement, j'ai commencé à entrevoir la portée des transformations qu'avait subies le monde. Commencé à guetter certaines informations spécifiques concernant les guerres ou les inventions, les nouvelles façons de parler.

Alors, j'ai repris conscience de moi-même. Je me suis rendu compte que je ne rêvais plus. Je réfléchissais à tout ce que j'avais entendu. Je gisais en terre et j'étais assoiffé de sang. J'ai commencé à croire que toutes mes anciennes blessures étaient à présent cicatrisées. Peut-être mes forces m'étaient-elles revenues. Peut-être étaient-elles même plus grandes qu'elles ne l'eussent été si je n'avais pas été blessé. Je voulais m'en assurer.

Je ne pensais plus qu'à boire le sang d'un homme.

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