Les très riches heures de l'humanité ***

Publié le 16 Juin 2011

tres riches heures de l humanite zweigDe Stefan Zweig

aux éditions du livre de poche

 

De même que l’artiste ne crée pas de façon continue, mais lors de rares moments d’inspiration, l’Histoire, selon Zweig, procède par bonds : une succession de faits banals est interrompue de loin en loin par des événements clés. Ce sont ces moments « d’une grande concentration dramatique, porteurs de destin, où une décision capitale se condense en un seul jour, une seule heure et souvent une seule minute », que Zweig a voulu illustrer à travers ces douze récits. Il y narre, et commente à sa manière, des événements aussi divers que la prise de Byzance, la quête de l’Eldorado, la bataille de Waterloo, l’expédition du capitaine Scott au pôle Sud, la pose de la première ligne télégraphique sous l’océan Atlantique, les derniers mois de la vie de Haendel et la genèse du Messie, ou la composition de La Marseillaise par Rouget de Lisle.


En 1939 avait paru, sous le titre Les Heures étoilées de l’humanité, une première édition du recueil de Stefan Zweig. Aux neuf textes traduits à l’époque viennent aujourd’hui s’ajouter trois textes inédits en français, ainsi que la préface originale de l’auteur. Les Très Riches Heures de l’humanité constituent la première édition française intégrale de Sternstunden der Menschheit.

 

 

Etant une grande fan de Zweig, je me lance régulièrement dans l'un de  ses ouvrages. Celui-ci raconte par de courts récits les heures, parfois simplement les minutes décisives pour l'histoire du monde. 

 

Au delà de l'habituelle maîtrise de Zweig, lorsqu'il s'agit de raconter une histoire, cet ouvrage est parsemé de quelques surprises, notamment une pièce de poésie sur le simulacre d'exécution de Dostoievski, et une proposition de troisième acte à la pièce inachevée "la lumière luit dans les ténèbres", de Léon Tolstoï.

 

Les histoires transportent plus ou moins le lecteur en fonction de son intérêt pour telle ou telle époque, tel ou tel événement, mais Zweig conteur sait toujours trouver les mots pour convaincre. De la prise de Byzance par l'armée ottomane au retour de Lénine en Russie en passant par la ruée vers l'or, la bataille de Waterloo ou l'écriture de la Marseillaise, laissez-vous porter par ces instants d'histoire uniques.

 

Vite, Napoléon prépare une seconde offensive contre Wellington. Il n'a pas le droit de respirer, ni de laisser souffler l'adversaire, à qui chaque journée de répit amène des renforts; de plus, derrière lui, le peuple français épuisé, inquiet, a besoin de se griser à la lecture de bulletins de victoires enflammés. Le 18, il s'avance avec son armée complète jusqu'en face des hauteurs de Quatre Bras où s'est retranché Wellington, homme froid aux nerfs d'acier. Jamais les préparatifs de Napoléon n'ont été plus prudents, ses ordres plus clairs que ce jour-là: il ne voit pas seulement l'attaque mais aussi ses dangers; il sait que l'armée de Blücher pourrait rejoindre celle de Wellington. Pour l'en empêcher, il détache une partie de la sienne, avec mission de suivre les Prussiens pas à pas et de s'opposer à leur jonction avec les Anglais.

Il remet le commandement de cette division au Maréchal Grouchy, qui est un homme brave, dévoué et sûr, mais sans génie; un général de cavalerie ayant fait maintes fois ses preuves, mais un général de cavalerie sans plus. Rien d'un bouillant entraîneur d'hommes comme Murat, rien d'un stratège comme Saint-Cyr ou Berthier, ou d'un héros comme Ney.

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FT 27/06/2011 13:21


Bonjour Akialam! Je ne te remercierai jamais assez, car c'est toi qui m'a fait connaître Zweig! En effet, quand j'ai fais la connaissance de ton blog en juin 2008( dans des circonstances
romanesques que je te raconterais peut être un jour), j'ai été captivé par ton article sur la biographie de Marie-Antoinette de S. Zweig. J'avais bien lu "24h de la vie d'une femme", mais rien
d'autre de cet auteur, et Marie-Antoinette m'a vraiment passionné, tellement loin de la bio de Castelot que j'aime beaucoup par ailleurs. Depuis j'ai dévoré toutes ses biographies, mais aussi bon
nombre de ses romans, et mon épouse, qui a craqué pour lui aussi, a pratiquement tout lu de lui depuis 3 ans; notre fils aîné qui termine sa 1ere année de fac s'y est mis aussi! Tu prends ainsi
conscience de ta lourde responsabilité dans la diffusion du Savoir ! En ce qui concerne " les très riches heures..." j'avais beaucoup aimé ces petits récits et la capacité de Zweig à communiquer
son intérêt pour un sujet ou un personnage, cette capacité d'émerveillement qu'il a sur tant de sujets différents, un peu ce qui manque aujourd'hui à nos contemporains blasés de tout. Mes récits
préférés restent la 1ere ligne transatlantique du télégraphe-que nous avons lu à nos enfants nés avec les portables!_-, j'ai enfin su pourquoi la Marseillaise n'était pas jouée sur les champs de
bataille de l'Empire. Et puis la prise de Constantinople. Mon dernier Zweig était" la Confusion des sentiments" , qui m'a beaucoup touché. Encore merci Akialam, et bonne journée !


akialam 27/06/2011 14:01



Je suis flattée :)


c'est vrai que Zweig est un fabuleux transmetteur de savoir, et surtout un conteur talentueux. Finalement, il pourrait raconter n'importe quoi, on a envie de le suivre.