Les tsarines ****

Publié le 4 Janvier 2011

les tsarinesDe Vladimir Fédorovski

aux éditions du livre de poche
 


En Russie, l'influence des femmes en politique a pris racine dans une étonnante tradition historique devenue un véritable phénomène de civilisation. Celles que l'on a coutume d'appeler les «Tsarines», même lorsqu'elles n'ont aucun lien avec la famille impériale, voient leur influence prendre corps au XVIIIe siècle, où les femmes régnèrent sans interruption. Le XIXe siècle est celui des Tsarines de l'ombre. Des palais de Saint-Pétersbourg aux souterrains du Kremlin, les égéries occultes d'Alexandre Ier et Alexandre II, Madame de Krundener et la célèbre Katia Dolgorouki, eurent une influence notable sur le pouvoir. Sans oublier la femme de Nicolas II et son redoutable directeur de conscience, Raspoutine. L'époque contemporaine a perpétué cette tradition, de l'égérie secrète de Brejnev, dont très peu connaissent l'histoire, à Raïssa Gorbatchev, qui joua lors de la perestroïka un rôle de premier plan. Tatiana, la fille de Boris Eltsine, releva le défi de ces Tsarines qui, encore aujourd'hui,règnent dans l'ombre.



C'est avec curiosité, et en même temps une certaine crainte, que j'ai entamé ce livre. N'ayant que de vagues notions d'histoire de la Russie datant de mes années fac, j'ai eu peur d'être, à un moment ou à un autre, perdue dans ces portraits de tsarines. Or, si les histoires dynastiques sont complexes, l'auteur réussit à nous expliquer les liens entre faits, caractères, histoires personnelles et Histoire. L'arbre généalogique situé en début d'ouvrage est, lui aussi, d'une grande aide lorsque les prénoms sont les mêmes d'une génération à une autre.


La Russie est un pays particulier, appartenant résolument à l'Orient, mais où un certain nombre de souverain(e)s francophiles ou germanophiles ont fait souffler des vents européens. Passez tout cela au crible de décennies de communisme, et vous obtiendrez une identité encore aujourd'hui si particulière, capable du plus grand des raffinement dans les arts, comme de la plus grande barbarie.
Il est stupéfiant de constater que presque tous les grands tsars de la Russie sont parvenus au sommet à travers meurtres et intrigue. Ivan "le terrible", Catherine II la grande, Pierre le Grand, et beaucoup d'autres moins connus, tous ont accédé au pouvoir suprême au travers de coups d'Etats, avec ou contre les Boyards (aristocratie) nouant et dénouant les alliances dans le sang.


Et à ce jeux, épouses, tsarines et starevnas ne sont pas en reste. Dans un pays où les femmes aussi peuvent accéder au trône, elle prennent une part active dans ces jeux de pouvoir. C'est à travers elle que l'auteur décide de nous raconter 600 ans d'histoire russe.

Un chapitre est consacré à chaque grande figure féminine, de Sophie Paléologue, grand-mère d'Ivan le Terrible, à Tatiana Elstine, tsarevna symbolique. C'est sans doute un peu court pour appréhender pleinement l'âme et l'histoire russe (si tant est qu'on le puisse), mais l'auteur est assez clair. Pour les néophytes intéressés, c'est (je crois) un début solide.

L'officier saisit Pierre par les oreilles, le traîna malgré les cris de Natalia vers les cadavres mutilés et le fit tomber sur le corps de Narychkine. L'enfant se releva et courut se blottir dans les bras de sa mère en tremblant de tout son être. Pierre ne pourra jamais plus éliminer ce cauchemar de ses nuits et il gardera ce tremblement nerveux toute sa vie.

Les streltsi massacrèrent encore une cinquantaine de personnes. Ils pillèrent la cave du tsar, burent tous les vins, même le "Samos" grec destiné à l'Eucharistie du tsar et de quelques boyards.

Sophie, le prince Golitsyne et quelques hommes de sa suite avaient quitté le Kremlin durant ces sanglantes journées de mai. La tsarevna gratifia les streltsi de dix roubles chacun et les biens des boyards en disgrâce furent vendus à leur profit. La décision de la Douma de placer Pierre sur le trône fut révisée: la Russie allait avoir deux tsars. Ivan fut proclamé "premier tsar", tandis que Pierre fut proclamé "second tsar". La régence fut confiée à Sophie.

La tsarevna nomma son amant, le prince Golistyne, chancelier et commandant en chef. Fin et cultivé, cet homme se rendit vite compte de la faiblesse militaire des nobles et réorganisa complètement leur armée. Il donne sur la place Rouge la première revue militaire qui impressionna les diplomates étrangers et le peuple. Se souvenant de la vaillance des cosaques Zaporogues, il tranforma en districts militaires leurs fiefs.
Désormais, Sophie et son amant étaient les véritables maîtres du Kremlin. Avant Sophie, deux femmes seulement avaient gouverné l'Etat russe: la princesse Olga à Kiev, et Hélène Glinski régente durant l'enfance de son fils le futur Ivan le Terrible. Pour la première fois, une tsarevna non mariée détenait le pouvoir suprême.
Polonophile et occidentaliste, Sophie voulut avant tout réconcilier Moscou et Varsovie pour entrer dans la Sainte Ligue formée par la Pologne, l'Autriche, la Hongrie et Venise, et la rejoindre dans sa lutte contre les Turcs.
La marâtre de Sophie, la tsarine Natalia, fur obligée de quitter le Kremlin avec sa famille et alla habiter le "Palais d'été" de Préobrajenskoïe, situé non loin de Moscou.

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Pascale 10/03/2012 21:43

c'est une période propice pour s'intéresser à la Russie porteuse de tant de diversités : mélange d'orient et d'occident, dérangeante et intriguante, brute et raffinée ... un pays encore jeune qui a
probablement encore beaucoup à dévoiler ...

akialam 25/03/2012 23:28



Oui, la Russie est un pays plein de mystères pur moi, qui me fascine et me fait peur à la fois ...



Edelwe 12/01/2011 19:18


Je crois qu'on m'en a déjà parlé! Il a l'air très intéressants!


akialam 13/01/2011 07:20



Il faut avoir un certain interêt pour l'histoire, mais ça se lit presque comme un roman!



Choupynette 11/01/2011 16:24


c'est un titre que j'avais noté. j'aime beaucoup la Russie, avec tous ses paradoxes.


akialam 12/01/2011 07:37



Je trouve que c'est un pays fascinant justement pour ces extrêmes ! A l'image de son climat ?



FT 11/01/2011 12:35


Oh merci Akialam pour cet article que j'attendais!J'avais été passionné par la lecture de l'ouvrage de Federovski sur la Grande Catherine,les liens avec la France du XVIII e et les philosophes,et
comme tu le dis l'alliance du raffinement dans les Arts et la pensée et de la barbarie;En ce qui concerne le style de l'auteur,je n'avais pas retrouvé la finesse de l'étude psychologique des
biographies de Stéphan Zweig que j'adore (que j'avais abordé grâce à tes articles d'ailleurs il y a plus de 2 ans),comme Marie Antoinette ou Marie Stuart!Mais la biographie est un genre que
j'affectionne,à quand une femme à la tête de la Russie d'aujourd'hui?Quant à ta lecture actuelle,attention,tu risques de devenir trop brillante!Merci Akialam et bonne journée !


akialam 11/01/2011 14:20



C'est sûr que les biographies de Zweig sont incontestablement les meilleures qu'il m'ait été données de lire, mais là on n'est pas sur le même format non plus que pour Marie-Antoinette par
exemple. C'est beaucoup plus court, du coup il y a moins de place pour l'analyse psychologique.