Le Vallon ***

Publié le 5 Octobre 2009

Le Vallon, d'Agatha Christie

Genre: roman policier
Lieu et époque: Angleterre, années 40.

Ce qui m'a marqué, de prime abord, dans cette oeuvre, c'est à quel point elle est peu ancrée dans une époque définie. En effet, mis à part quelques minuscules détails, rien ne permet vraiment  de définir dans quelle époque se déroule cette intrigue: pas de références à des évènements historiques, pas de vêtements trop marqués, seules sans doute les allusions aux méthodes d'investigation de la police (utilisation progressive de la balistique, par exemple) permettent au lecteur actuel de situer plus ou moins l'action dans le temps.
Les personnages sont ici bien définis, avec chacun leurs secrets, mais néanmoins moins bien cachés que dans les autres oeuvres de la romancière. Tous les secrets sont ici des secrets "de polichinelle", et personne ne se cache vraiment. Le dénouement est d'ailleurs presque décevant tant il est peu surprenant.
Contrairement à ses autres romans, l'intérêt réside donc sans doute moins dans la résolution de l'énigme (il y a ici beaucoup moins de suspense et de fausses pistes que d'ordinaire), que dans le spectacle de ces personnages, tous atypiques. Pour ma part, j'avouerai sans mal une préférence personnelle pour Lady Ankgatell, figure bavarde et étourdie, qui ne voit dans le meurtre rien d'autre qu'une façon de mourir comme une autre, qu'un peu de piment dans son existence, qu'une matière pour nourrir son cerveau en constante ébullition.


4e de couverture:
Un cadre bien délimité - le Vallon, propriété de la toujours belle Lucy Angkatell; des suspects en nombre restreint ; pour Hercule Poirot, l'assassinat du médecin John Christow pourrait ressembler aux affaires dont il a l'habitude.
Mais, cette fois-ci, tous les indices mènent à des impasses, tous les soupçons se révèlent injustifiés. Comme si une intelligence non moins redoutable que celle du petit détective à moustaches s'appliquait à brouiller les pistes.
Qui veut-on donc protéger? Et pourquoi? Le lecteur ne le saura qu'aux dernières pages. Et Poirot s'inclinera devant un adversaire à sa mesure.


Extrait:
On leur servit les canards froids au dîner. Et, après les canards, une crème caramel qui témoignait, selon Lady Angkatell, du tact infini dont savait faire preuve Mrs Medway dans les circonstances les plus délicates.
L'art culinaire, leur confia-t-elle, offrait aux âmes bien nées un éventail quasi illimité de recettes susceptibles de souligner l'exquise délicatesse de leurs sentiments:
- Mrs Medway sait que nous n'apprécions que modérément la crème caramel. Il eût été indécent de manger notre gâteau préféré le jour de la mort d'un ami. Mais la crème caramel, ça passe si facilement... ça glisse, si vous voyez ce que je veux dire... et on en laisse toujours un peu dans son assiette.
Elle soupira et déclara qu'elle espérait qu'ils avaient eu raison de laisser Gerda regagner Londres:
- En tout cas, Henry a bien fait de l'accompagner.
Car sir Henry avait tenu à la conduire en voiture jusqu'à Harley Street.
- Elle nous reviendra pour l'enquête, bien évidemment, reprit lady Angkatell en "laissant glisser" sa crème caramel d'un air méditatif. Mais il va de soi qu'elle ait préféré annoncer la nouvelle elle-même aux enfants... Ils auraient pu lire ça dans le journal. Et quand on songe qu'il n'y a qu'une Française dans la maison... Avec ce qu'on sait de leur émotivité... elle aurait pu aller jusqu'à piquer une crise de nerfs. Bref, Henry va rêgler le problème avec elle. Quant à Gerda, je ne me fais pas vraiment de souci. Elle fera venir quelqu'un de sa famille... des soeurs, peut-être. Gerda est du genre à avoir des soeurs en pagaille, trois ou quatre au bas mot, j'imagine, qui toutes habitent probablement Tunbridge Wells.
- Tu dis vraiment n'importe quoi, Lucy! s'exclama Midge.
- Bon, à Torquay, si tu préfères, mon chou... Non, non, pas Torquay. Elles auraient au moins soixante-cinq ans, si elles vivaient à Torquay. Eastbone, peut-être, ou St Leonards.
Lady Angkatell contempla sa dernière cuillerée de crème caramel comme si elle partageait avec elle ses regrets, puis la reposa délicatement dans son assiette.


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Edelwe 10/10/2009 14:22


Un bon polar. Agatha Christie est vraiment un excellent auteur!


akialam 11/10/2009 17:12


C'est indémodable !