Le poisson mouillé ****

Publié le 21 Avril 2010

poisson mouilléLe poisson mouillé, de Volker Kutscher

Genre: Polar
Lieu et époque : Berlin, entre-deux guerres

Ceux qui me connaissent ou qui lisent régulièrement ce blog le savent : je ne suis pas une grande fan de polar. Pourquoi alors avoir accepté, année après année, ceux qu'on m'a proposés, de chez les filles.com à Babelio ? Par défi, probablement, par curiosité, très certainement. Et si parfois j'ai presque regretté de me laisser tenter, la preuve est ici que j'ai bien fait d'accepter.


L'intrigue, bien ficelée, tient à ceci que l'on en apprend pas davantage que le commissaire Rath, à une exception près, et c'est d'ailleurs cette exception qui induit le lecteur en erreur, ce dernier croyant avoir un coup d'avance sur Rath, alors qu'il n'en est rien. Beau pied de nez au lecteur, justement. Pas d'hypothèses fantasques, d'éléments trop tirés par les cheveux et par dessus tout une belle ambiance qui recrée les bas fonds de Berlin de l'entre deux guerre, avec la montée du communisme d'un côté et du nazisme de l'autre. De cette situation historique particulière résulte une ambiance électrique, où la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres,sans que le livre soit tout à fait glauque grâce aux respirations que l'auteur sait distiller pour mieux nous replonger ensuite dans le noir d'un bar clandestin. Dans ce Berlin d'entre deux guerres, où l'on sent que l'humiliation de 18 a laissé des traces, chacun, communistes, SA et police,lutte pour sa vision du monde pendant que la pègre profite de ce désordre pour faire de l'argent.


C'est cette ambiance particulière que j'ai vraiment aimée plus que l'enquête à proprement parler, même si voir Rath se débattre avec ses dilemmes intérieurs et avec ce qu'il reste de normal dans sa vie est intriguant pour le lecteur et donne envie d'aller jusqu'au bout de l'ouvrage. 


4e de couverture:
Berlin, mai 1929. La ville est en pleine ébullition et la police a du mal à être sur tous les fronts à la fois - combats de rue entre forces de l’ordre et communistes, criminalité grandissante et night-clubs clandestins. Et puis il y a ce cadavre repêché au fond du canal et dont personne ne semble connaître l’identité. Sauf Gereon Rath, qui l’a croisé quelques jours avant sa mort. Ce jeune commissaire originaire de Cologne qui travaille pour la brigade des mœurs brûle de résoudre seul cette affaire dans l’espoir d’être intégré à la Criminelle. Car cette enquête risque de rejoindre les dossiers des affaires classées non élucidées appelées « les poissons mouillés».

Ce roman, le premier d’une série mettant en scène le commissaire Gereon Rath, dresse un fascinant portrait politique et social du Berlin des années vingt avec ses aspirations contradictoires – rêve de régime autoritaire ou soif de dissipation.

Extrait:

A part les deux policiers, la rue était déserte, ils virent deux ou trois vitrines brisées mais aucun pilleur. Arrivés dans la Hermannstrasse, ils croisèrent enfin quelques personnes. Mais aucune susceptible d'être arrêtée. Tous les becs de gaz avaient été cassés par des jets de pierre, le verre crissait sur les pavés. A certains endroits, les madriers destinés à la construction du métro avaient été renversés et disséminés sur la chaussée. On ne pouvait pas réellement appeler ça des barricades. Tout au plus des obstacles empêchant la circulation. Mais aucune voiture ne circulait. Le tramway non plus ne passait pas dans la Hermannstrasse ce jour-là. La police avait totalement verrouillé le quartier. Personne ne pouvait ni y entrer ni en sortir sans l'autorisation de la police. De toutes façons, la société de transport berlinoise avait cessé d'envoyer ses bus et ses trams dans les quartiers communistes depuis que de jeunes casseurs avaient stoppé plusieurs trams et démoli les wagons.

Rath et Wolter avaient à peine fait quelques pas dans la Hermannstrasse quand des coups de feu éclatèrent. Ils se mirent à l'abri sous un porche. Des communistes embusqués ? Ils étaient plutôt calmes depuis ce matin. Tonton sortit son pistolet, Rath l'imita et enleva le cran d'arrêt de son Mauser. L'incident sur l'échafaudage lui avait servi de leçon. Il sortit prudemment sa tête du porche. Ce n'étaient pas des communistes qui avaient tiré ! Un véhicule blindé était en train de remonter la Hermannstrasse, la mitrailleuse tirait à intervalles réguliers et crachait du plomb et des gerbes de feu.

-Quelle bande d'idiots !

Rath recula et se blottit contre le porche. Quel bordel ! C'était comme à la guerre ! Se faire tirer dessus par ses propres hommes !

- Ce sont nos hommes, dit-il à Wolter.

Ils rangèrent leurs armes. Pour un civil, il ne faisait pas bon se faire prendre une arme à la main sous un porche, on pouvait vite passer pour ce qu'on était pas.

 

 

Merci à
http://www.chez-les-filles.com/
qui m'a permis de découvrir ce livre !
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