la-ville-des-serpents-d-eau brigitte-aubertDe Brigitte Aubert

aux éditions du Seuil

Ennatown, la ville des serpents d'eau : sans histoire, avec son club interconfessionnel, sa bonne conscience, son lot de mâles chasseurs si conventionnels, et leurs épouses qui s'ennuient à mourir, genre Desperate Housewives. Une sérieuse ombre au tableau, toutefois : l'un des leurs, forcément un des leurs, a enlevé cinq gamines il y a plus de dix ans. Quatre ont été retrouvées au fond d'un lac ou d'une rivière. D'où le surnom du mystérieux criminel : le Noyeur. La dernière n'a jamais refait surface...

Et voici justement que surgit de nulle part, sous la neige à la veille de Noël, une petite créature crasseuse en survêtement rose maculé, muette et terrifiée, qui aussitôt s'enfuit avec le citoyen le moins fréquentable d'Ennatown : Black Dog, géant noir un peu demeuré et SDF.

Qui est-elle? Trop jeune pour être la disparue... alors?

Le fantasme collectif repart de plus belle : c'est Black Dog, le Noyeur, évidemment... Et la chasse à l'homme de démarrer.

Seul Limonta, ex-flic alcoolo à la conscience chargée, s'étonne que personne n'ait signalé la disparition d'une enfant de cinq ans...

 

Un premier chapitre choc, où l'auteur nous plonge, sans ménagement, dans l'enfer d'une enfant séquestrée. A chaque fois que l'on croit avoir lu le plus terrible, on découvre encore plus glauque, l'auteur nous ferrant davantage à chaque ligne.

Les deux grandes réussites de cet ouvrage sont tout d'abord d'avoir résisté à la tentation d'étirer trop son intrigue, d'autre part d'avoir su donner à chaque personnage une identité verbale bien spécifique. Son principal défaut, en revanche, est qu'à force de vouloir attirer ailleurs la suspicion de son lecteur, l'auteur oublie de semer les éléments qui se mettent en place à la fin comme les différentes pièces d'un puzzle. Peut-être la dualité de son coupable est-elle crédible du strict point de vue psycho-pathologique, mais je ne suis pas en mesure de juger cet élément. En revanche, je n'ai pas retrouvé ce faisceau d'indices qui vous fait vous écrier à la fin "mais comment n'y ai-je pas songé plus tôt?". Je n'ai pu me résoudre à croire à l'identité du coupable. J'ai même dû relire les dernières pages pour vérifier que je ne m'étais pas trompée...

Restent une construction solide, des personnages atypiques (à quelques exceptions près) et un suspense tenace. Un bon ouvrage, qui, sans doute à trop vouloir bien faire a fini par oublier que prendre le lecteur à son propre jeu est aussi un des plaisirs du genre policier.

La note tout à fait subjective et qui n'engage que moi : 4/5

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Je suis morte il y a treize ans.
J’avais 6 ans.
On m’a retrouvée noyée dans le lac, sous la glace, pas très loin de la maison. Les poches de ma robe étaient bourrées de pierres.
Les poissons avaient dévoré mes doigts et mon visage.
On m’a identifiée à ma taille et à mes vêtements.
Mon joli anorak rose. Mon sac à dos Scooby- Doo.
On m’a enterrée un après- midi de janvier. Il neigeait.
Sur ma tombe, il y a gravé « Susan Lawson 1992- 1998 À notre cher petit ange ».
Quand le cercueil est descendu dans le trou, ma mère s’est mise à hurler. Mon père s’est évanoui.

Moi, j’ai essayé de me boucher les oreilles pour ne plus entendre rire Daddy.
Mais la chaîne était trop courte. Je n’ai pu que crier, les poignets entravés.

Je suis morte il y a treize ans.
Vera Miles avait 6 ans, elle aussi. Elle avait disparu un mois plus tôt. Elle, on ne l’a jamais retrouvée.

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