La vie au ranch ***

Publié le 10 Octobre 2010

la-vie-au-ranch-20527-1326511357De Sophie Letourneur

 

 

Pam a 20 ans. Sa bande de copines se retrouve toujours sur le canapé du Ranch, l'appart qu'elle partage avec Manon. Discuter, boire, fumer, danser : c'est de leur âge, mais arrive le moment où l'on a besoin de s'échapper du groupe pour tracer son chemin.

 

 

 

 

 



J'ai eu l'occasion avec ce film de goûter à nouveau aux joies de la salle de projection privée mais pour une projection presse, cette fois-ci. Imaginez :  moi, humble blogueuse, j'avais le privilège de voir un film près d'un mois avant sa sortie ! Oubliés les coups de pieds dans le dos d'un spectateur peu attentif, les chuchotis d'adolescents ou le mangeur de popcorn bruyant. Des conditions de visionnage optimales...
Je n'étais bien entendu pas la seule blogueuse à cette séance, mais je tiens à remercier les... pour m'avoir permis de voir ce film, que, soyons honnête, je ne serais très probablement pas allé voir au cinéma lors de sa sortie. Une ouverture sur un autre cinéma, certainement moins médiatique que celui que je vais voir d'ordinaire (même si je tente de me soigner un peu), ça n'a pas de prix.

Mais attaquons-nous donc au vif du sujet. J'ai un peu tardé à écrire ce billet car j'avais du mal à cerner comment vous en parler. Un film, traditionnellement, lorsqu'il n'est pas un documentaire, possède un scénario, des dialogues, une certaine mise en scène. Tout ces éléments sont absents de ce film, du moins dans leur sens le plus courant. Pour les dialogues pas exemple, ordinairement, le réalisateur "isole" visuellement et auditivement les personnages d'une scène, de sorte que leurs échanges soient visibles et audibles pas le spectateur. C'est un procédé, certes très courant, mais absolument artificiel. Dans la vie réelle on n'a pas cette "focalisation" sur un sujet ou un son, on en est très souvent écarté par des bruits ou des mouvements parasites, même brièvement.

Ici, la réalisatrice semble faire table rase complètement des mécaniques et des artifices du cinéma, ce qui a été assez perturbant pour moi, particulièrement au début du film. Caméra à l'épaule, aucun effet de cadre, peu d'effets de lumière, tout nous donne l'impression de "faire partie" du film, d'être là. Les réunions entre amis, où plusieurs conversations se croisent, donnent lieu à des scènes quasi cacophoniques, où tout le monde parle en même temps, où l'on s'interpelle, les téléphones sonnent, on répond. Bref, la vie, quoi. Cette cacophonie ambiante est perturbante au départ car dans la réalité, l'oreille fait tout de même plus ou moins le tri entre ce qu'elle écoute et ce qu'elle entend autour. Et puis, finalement, on s'habitue à cette absence de focalisation. Il y aurait bien un personnage principal, Paméla, mais finalement, pas vraiment. Le personnage central serait plutôt celui du groupe, de "la tribu" si j'ose dire. Les dialogues également, d'un naturel incroyable, donnent l'impression de réalisme criant, avec des conversations sérieuses mais aussi la philosophie de comptoir, les blagues pas drôles et les délires "entre potes". On croirait vraiment que l'intégralité des dialogues et du jeu des acteurs repose sur de l'improvisation tant l'ensemble paraît spontané.

Si j'en crois les explications de la réalisatrice, ce film n'est certainement pas un documentaire, mais une minutieuse reconstruction de la réalité, fondée sur des acteurs non professionnels et surtout, un groupe d'amis déjà formé. On pourrait presque affirmer que ce film est une étude sur les jeunes d'une certaine couche sociale, à un instant T. Le naturel en est réellement prodigieux, mais je ne sais pas si c'est vraiment ce qu'on attend d'un film. Mon avis est donc mitigé. Soyons honnête, je suis contente d'être allée voir ce film car sa reconstruction de la réalité est tout simplement bluffante. Je n'avais jamais vu cela auparavant. Non, ce film n'est pas mauvais et je ne m'y suis pas ennuyé, simplement, j'ai du mal à cerner son but. Que veut nous montrer la réalisatrice, que veut-elle susciter en nous ? L'absence de point de vue est désarmante, car elle donne l'illusion d'être un simple observateur, et nous laisse quasi apathique, avec le sentiment d'être  presque de trop dans cette tribu. Mais alors, quel est l'intérêt de ce film, outre la brillante recréation du réel ?

 

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