La symphonie du temps qui passe ****

Publié le 4 Novembre 2010

symphonie du temps qui passeDe Mattia Signorini

Aux éditions Presse de la cité

 

 

"Le début et la fin d'une vie ne comptent pas, c'est le reste seul qui lui donne la signification"

Pour le commun des mortels, la curiosité est un vilain défaut. Pas pour Green Talbot, qui décide de quitter son village endormi pour parcourir le vaste monde afin d'assouvir sa soif de connaissances et d'émotions. Doué d'une empathie hors du commun, il révèle au fil de ses rencontres la diversité de la nature humaine. Un voyage initiatique qui le conduira à traverser deux continents et les grands bouleversements du XXe siècle avec poésie et humanité.

 

 

 

 

Un roman qui s'apparente plutôt à un conte. A sa lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser à "Benjamin Button" pour son aspect philosophant sur la vie, mais le côté assez fantastique m'a plutôt évoqué "Big Fish" de Tim Burton. Si vous aimez ce genre d'histoires, vous aimerez sans aucun doute cet ouvrage.

Certains éléments de l'histoire m'ont toutefois laissée perplexe: une ou deux scènes évoquant l'inceste de façon à peine voilée, par exemple, m'ont intrigué car je n'en saisis pas le sens dans cette histoire. Peut-être au niveau psychanalytique? Si quelqu'un a lu ce roman et a une explication, je suis preneuse.

 

Pour le reste, malgré ce détail sur lequel je m'interroge toujours, cette histoire, légère et grave à la fois, peut avoir plusieurs degrés de compréhension sans toutefois être un conte pour enfant à proprement parler. Une multitude de termes abordés et de symboles le rendraient, je crois, assez propre à l'étude littéraire. Il y a par exemple un certain nombre de caractéristiques qui l'éloignent de la forme traditionnelle du conte, notamment l'ancrage dans la réalité historique avec l'évocation des guerres mondiales. Est également très présente une réflexion sur le langage, sur le sens de la vie, sur le temps qui passe. Un livre assez riche, voire complexe, donc, sous l'apparente simplicité du conte. Et au premier degré, la belle histoire d'une vie pleine d'aventures.

 

 

Ouvrage chroniqué dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio

On l'appela Green. Vert était la couleur qui habillait son père dans l'armée, vert la couleur du néant quand il avait marché sur une mine, verts les beaux yeux de la femme qui l'avait remis d'aplomb à l'hôpital, et qu'il avait ensuite épousée. Et vert était la couleur des bois.

Green Talbot resta longtemps sans parler. A quelques mois, il comprenait déjà tout ce qu'on lui disait. Lui-même se faisait comprendre en désignant les objets, et il aimait rester sous la véranda pour regarder, là bas au loin, les premiers arbres du bois. Il tendait la tête dans toutes les directions, lentement, comme pour enregistrer tous les sons qu'il entendait.

Il écoutait son père lui parler de l'Amérique, où il avait vécu brièvement avant d'être appelé sous les drapeaux,

"Le meilleur endroit pour vivre, si tu n'en as pas vu d'autres"

des mois passés à la guerre

"Que je sois pendu si je reprends jamais en main un de ces maudits fusils"

et de Maria

"Ta mère est un ange. On ne peut pas appeler autrement ceux qui sauvent des gens."

et il écoutait le tabac grésiller quand son père tirait sur sa pipe, les bûches se fendre quand il coupait du bois et sa voix lui raconter des histoires avant d'aller dormir.

Quand un enfant ne parle pas, certains pensent qu'il a une case en moins, mais Gregory Talbot n'était pas de cet avis. Il y en avait partout, des gens qui parlaient sans arrêt, de choses qui n'intéressaient personne.

Green Talbot, en un sens, était une bénédiction.

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Catherine 08/11/2010 15:25


Quelle jolie couverture en tout cas !


akialam 08/11/2010 15:44



Oui ! vraiment, je le trouve très onirique, avec ce côté associations de plein d'éléments, certains rétro... elle résume bien l'esprit du livre!