La sonate interdite ***

Publié le 11 Décembre 2010

sonate interditeDe Taiping Shangdi

aux éditions Labyrinthes
 


À la fin du XIX siècle, l'Empire du Milieu n'est plus que l'ombre de lui-même. Soumise à des pressions occidentales, affaiblie par une dynastie régnante plus préoccupée de son image que du bien-être de ses sujets.La Chine bascule lentement aux mains des Européens.
Au sein de la Cité Interdite où tout n'est plus que masques et intrigues, Sourcil de paon, dame de cour mandchoue, est entrée au service de Joyau incomparable, une des concubines impériales.
Lorsqu'elle découvre un livre à l'écriture inconnue, et qu'il lui est bientôt dérobé, Sourcil de paon s'inquiète.
Elle serait bien plus alarmée si elle savait que ce texte mystérieux va entraîner la mort de plusieurs personnes et un incendie mémorable au coeur de la Cité millénaire...



J'aime les romans historiques, et particulièrement les romans de cour, où les sombres intrigues rampent au milieu du luxe et du raffinement. Ici, nous pénétrons avec l'héroïne, Sourcil de Paon, dans la Cité interdite. Mais les valeurs ancestrales de la Chine déclinent, sous la pression de plus en plus grande des "nez pointus" venus d'Occident avec leurs moeurs grossières, leurs inventions démoniaques et leur dieu unique.


J'aime les histoires de choc de civilisations. Ici, malgré l'espace clos que constitue la Cité interdite, et les différents pavillons qui sont comme autant de cages dorées pour leur occuppants, l'extérieur parvient parfois à pénétrer les hautes murailles, sous des formes parfois inattendues: un appareil photo, une rumeur ou même...une sonate.


Je vous le dis d'emblée, l'intrigue ne m'a pas passionnée et j'ai trouvé le personnage principal agaçant à force d'autoculpabilisation. En même temps, elle trouve le moyen de se méfier d'un rien, de s'imaginer perdue à chaque instant, et d'être d'une grande naïveté la plupart du temps. Elle manque de cohérence dans sa façon d'être, mais peut-être est-ce à mettre sur le compte de son très jeune âge (12 ans).


Non, le charme de ce livre n'est à chercher ni du côté des personnages, ni de l'intrigue (ce qui est un peu dommage pour un roman policier) mais bien du côté de la description de ce monde clos en déclin, qui s'accroche à ses traditions pour retarder sa fin. Les objets précieux, lointains souvenirs des grandes heures de la dynastie Qin, les dédales de pavillons, la complexité du protocole qui cache haines, amours et jalousies, le silence obsédant.

Joyau incomparable vivait dans un décor qui n'avait pas été altéré depuis plusieurs dizaines d'années : une suite de pièces ensoleillées, ornées d'une quantité de calligraphies tracées par des lettrés du siècle précédent, et où était amoncelée une profusion de cloisonnés, de bouquets d'agate et de jade montés sur des blocs de corail, de paysages en ivoire, de boîtes en laque rouge, de vases à un, trois ou cinq cols. La plupart de ces objets étaient placés sous des globes de verre destinés à les protéger de la poussière qui, depuis les masures des bas quartiers aux appartements de l'empereur, couvrait le sol des rues, s’immisçait dans les intérieurs, conférait aux meubles une teinte uniforme, crépusculaire, se déposait sur les tableaux en plumes de martin-pêcheur, les écrans ajourés et les rideaux de perles de bois noir.

Sourcil de Paon comprit très vite qu'elle avait eu beaucoup de chance d'être placée auprès de Joyau incomparable. Au service de cette ancienne concubine, son existence serait plus agréable que celle de ses compagnes qui avaient été adressées à Tseu Hi. L'impératrice douairière passait pour ne pas tolérer le moindre écart au protocole et n'hésitait jamais à faire châtier celle de ses dames de cour qui s'était montrée distraite ou maladroite, ou ne s'était pas suffisamment inclinée lorsqu'elle lui avait apporté une tasse de thé. Un des petits eunuques du Vieux Bouddha, chargé de frotter et de récurer les sols, venait d'être battu jusqu'à en perdre l'ouïe, simplement parce qu'il avait eu le tort, étourderie fatale, de prononcer un des mots - Sourcil de Paon n'avait pu apprendre lequel - qui appartenait au registre de la mort ou du malheur et risquait donc d'être de mauvais augure, d'attirer les influences néfastes sur la Cité interdite ou d'indisposer les Dieux qui y séjournaient parfois, surtout la nuit...

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Edelwe 22/12/2010 18:36


Je ne suis pas sûre que ça me tente. L'intrigue a quand même son importance...


akialam 01/01/2011 20:47



Oui, quand même, c'est pour ça que je ne lui ai mis que ***. mais l'ambiance est vraiment bien faite.