La nostalgie de l'ange ***

Publié le 19 Juillet 2011

alice sebold nolstagie de l angeD'Alice Sebold

aux éditions J'ai Lu

 

«Nom de famille : Salmon, saumon comme le poisson ; prénom : Susie. Assassinée à l'âge de quatorze ans, le 6 décembre 1973. [...] C'est un voisin qui m'a tuée. Ma mère aimait ses parterres de fleurs et, un jour, mon père et lui avaient parlé engrais

 

Le viol et le meurtre de la petite Susie sont sans doute les souvenirs les plus effroyables qu'elle ait emmenés au paradis. Mais la vie se poursuit en bas pour les êtres que Susie a quittés, et elle a maintenant le pouvoir de tout regarder et de tout savoir. Elle assiste à l'enquête, aux dramatiques frissons qui secouent sa famille. Elle voit son meurtrier, ses amis du collège, elle voit son petit frère grandir, sa petite soeur la dépasser. Elle observe, au bord du ciel, pendant des années, la blessure des siens, d'abord béante, puis sa lente cicatrisation... Habité d'une invincible nostalgie, l'ange pourra enfin quitter ce monde dans la paix.

 

 

Une histoire tragique, vue à travers les yeux de la victime qui, depuis le paradis, observe la petite ville dans laquelle elle vivait. Sa famille, ses amis, son assassin, la police en charge de l'enquête, tous sont scrutés et analysés. 

 

Ce thème est l'occasion pour l'auteur de dresser le portrait de nombreux personnages et de montrer comment chacun fait face,  a sa manière, au deuil, à la culpabilité, ou à des sentiments qu'il ne sait comment gérer. La jeune Susie même, du haut de son paradis, fait l'expérience de la séparation et de l'impossibilité de communiquer avec ceux qui l'ont aimée. Et cette douloureuse vérité pour sa famille :  malgré le drame, la vie continue. L'absence de corps et de coupable rend plus difficile encore l'acceptation.

 

Malgré le thème plutôt sombre, ce livre regorge d'espoir. Puisque l'histoire est vue à travers les yeux de Susie, le côté tragique du décès en lui-même est sans doute moins frappant. Cet ouvrage se lit comme un roman psychologique, avec une dose de fantastique, mais je dirais presque un roman d'apprentissage, étant donné le cheminement de son héroïne et d'une partie de ses personnages. C'est intéressant, écrit de façon fluide, paradoxalement moins glauque qu'on ne pourrait le croire, et assez optimiste sur le fond.

 

Il ne me reste plus qu'à découvrir, à l'occasion, le film qui en a été tiré l'an dernier "Lovely Bones", car, à vrai dire, je suis curieuse de voir comment le côté subjectif de la narration et l'évolution psychologique des personnages ont été adaptés.

" Bonsoir, monsieur, vous nous apportez quelque chose ? a demandé Mrs Flanagan.

- C'est à l'arrière de ma camionnette" a répondu Mr Harvey. Il avait un billet de vingt dollars en main.

"Vous avez quoi, là dedans, un cadavre?" a-t-elle ajouté en plaisantant.

Elle n'y croyait pas, bien sûr. Elle vivait dans une maison petite, mais chaleureuse. Elle avait un mari qui était toujours à la maison pour réparer des objets et être gentil avec elle parce qu'il n'avait jamais eu à travailler, et elle avait un fils encore suffisamment jeune pour penser que sa mère était la septième merveille du monde.

Lorsqu'un sourire a éclairé le visage de Mr. Harvey, je n'ai pas détourné les yeux.

"c'est le vieux coffre-fort de ma mère, j'ai fini par l'apporter, a-t-il dit, ça fait des années que je veux le faire. Plus personne ne se souvient du code.

- Y a quelque chose là dedans ?

- De l'air vicié.

- Reculez jusqu'ici. Vous avez besoin d'aide ?

- Ce serait super."

Les Flanagan n'ont jamais imaginé un seul instant que l'adolescente dont on parlait dans les journaux - une disparue, on soupçonne un acte criminel; le coude a été retrouvé par le chien des voisins; une jeune fille de quatorze ans probablement tuée dans le champ de maïs stolfuz; les autres jeunes filles sont invitées à se méfier; la mairie doit explorer les terrains jouxtant le collège; Lindsay Salmon, soeur de la défunte, offre un discours d'adieu -, que cette adolescente pouvait se trouver dans le coffre-fort de métal gris qu'un homme solitaire avait apporté un soir en donnant vingt dollars pour qu'on l'enterre.

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