L'orange de Noël ****

Publié le 20 Août 2011

orange-de-Noel-michel-peyramaureDe Michel Peyramaure

aux éditions Pocket

 

A la fin de l'été 1913, Cécile Brunie, toute jeune institutrice, arrive à Saint-Roch pour y prendre possession de son poste. Dans ce petit village de la basse Corrèze où le curé fait seul la loi et où prospère une école catholique, elle est accueillie comme le diable en personne. Nul doute que, comme ses prédécesseurs, elle ne puisse tenir que quelques mois devant le redoutable abbé Brissaud qui, chaque dimanche, tonne contre l'école sans Dieu et ses suppôts. Mais Cécile fait front, résiste aux injures, aux provocations, aux calomnies et, peu à peu, gagne la confiance du village et voit se peupler son école.

 

 

 

 

Première rencontre avec ce que l'on appelle le roman paysan. Par un hasard tout à fait fortuit, il se trouve que ce roman a lieu en Corrèze, et que je connaissais un peu cette région de France par les récits d'enfance de mes arrière grands-parents et d'autres membres de ma famille.

 

C'est donc avec une certaine émotion que j'ai trouvé dans ce roman quelques mots de patois que j'avais déjà entendu, comme le boueradour (pour blanchir les châtaignes) la couade (pour se laver les mains) ou chabrol (finir sa soupe avec un peu de vin). Je me suis donc très facilement glissée dans ce roman.

 

Cette histoire raconte, avec beaucoup d'humanité, la vie difficile dans les campagnes au début du siècle, les difficultés qu'a pu rencontrer la laïcité à s'imposer, et cette volonté farouche de certains instituteurs d'éduquer les enfants, même dans des conditions difficiles. Une histoire simple et  humaine, en somme. Une belle histoire.

- Eh bien quoi ! Tu n'as jamais vu d'orange ? Tu en fais une tête? ça ne te fait pas plaisir ?

J'ai posé le fruit sur la table, devant moi, entre l'énorme Dictionnaire de pédagogie qui sert à Cécile pour préparer ses leçons et les Chefs d'oeuvre de la peinture, de Max Rooses, avec des reproductions en couleurs, qu'elle vient de recevoir d'une amie fortunée. L'orange est énorme, elle tient à peine entre mes deux mains réunies . Sa peau est à la fois lisse et granuleuse, avec un vernis que je ne connais à aucun fruit, sans un défaut si ce n'est la trace verte du pétiole et, à l'opposé, une boursouflure délicate qui ressemble à un nombril. Je la regarde; je la respire, mais j'hésite à la toucher de crainte qu'elle m'éclate au visage comme un ballon et me laisse entre les mains une peau vide et dérisoire. Je la pousse de la pointe de l'ongle ; elle s'arrête contre ma règle. La lumière de l'hiver glisse sur cette rotondité parfaite, accroche à ses sinuosités des éclats de perle.

- Eh bien, petit singe ! Qu'attends-tu pour la manger ?

La manger... la détruire... cette idée ne m'est pas venue et pourtant j'imagine ce fruit gorgé de suc, fontaine de sensations subtiles et enivrantes. Mon soleil à moi. Ma petite merveille. Je voudrais la garder. J'aimerais qu'elle reste toujours ainsi avec cette promesse de jouissance. Je l'enfermerai dans une boîte de verre et je la cacherai dans ma cellule du château pour que personne ne puisse me la voler. S'il le faut, je l'enterrerai.

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Edelwe 12/09/2011 19:59


Je n'ai pas lu le livre mais j'ai adoré le film. Il faudrait que je lise le roman.


akialam 13/09/2011 13:34



Ah bon ? il y a eu un film ?